The words you are searching are inside this book. To get more targeted content, please make full-text search by clicking here.

Dragons - FR - 4 - Livre d'univers Encyclopédie

Discover the best professional documents and content resources in AnyFlip Document Base.
Search
Published by Patrick PIGNOL, 2023-08-02 16:36:10

Dragons - FR - 4 - Livre d'univers Encyclopédie

Dragons - FR - 4 - Livre d'univers Encyclopédie

Épée de bonne fortune Arme (toute épée), légendaire (affinité requise) Vous bénéficiez d’un bonus de +1 aux jets d’attaque et jets de dégâts effectués avec cette arme magique. Lorsque l’épée est sur vous, vous bénéficiez aussi d’un bonus de +1 aux jets de sauvegarde. Chance. Si l’épée est sur vous, vous pouvez faire appel à sa bonne fortune (aucune action) pour relancer un jet d’attaque, test de caractéristique ou jet de sauvegarde qui ne vous convient pas. Toutefois, vous devez conserver le nouveau résultat. Cette propriété ne peut alors pas être réutilisée avant l’aube. Souhait. L’épée dispose de 1d4 – 1 charges. Lorsque vous la tenez, vous pouvez au prix d’une action dépenser 1 charge et lancer le sort souhait. Cette propriété ne peut alors pas être réutilisée avant l’aube. L’épée perd cette propriété quand elle n’a plus de charges. Gemme de condensat élémentaire Gemme, rare I l existe des condensats principalement sous trois formes  : feu, froid et foudre. Rien n’exclut en théorie qu’il en existe d’autres sortes (comme des condensats radiants ou acides), mais elles seraient exceptionnellement rares. Ces minéraux rayonnants et luminescents apparaissent naturellement dans les lieux où les éléments se déchaînent et où la magie est dense. Ces régions sont dangereuses, ce qui n’empêche pas certains aventuriers de s’improviser mineurs, cherchant des condensats élémentaires près de volcans en activité ou de l’antre d’un dragon blanc endormi. Par ailleurs, quand un élémentaire puissant est détruit, l’implosion d’énergie primordiale qui en résulte laisse parfois derrière elle un condensat élémentaire. Les gnomes des îles Éoliennes utilisent les condensats comme source d’énergie pour certaines de leurs machines. Arme. L’arme inflige +1d6 dégâts de l’élément du condensat. Armure. L’armure confère la résistance aux dégâts de l’élément du condensat. Gemme de dracopale Gemme, rare La dracopale résulte de la fossilisation d’os de dragons, ce qui en fait une gemme d’une extrême rareté. Une dracopale de dragon métallique possède des reflets irisés et dégage une douce tiédeur, tandis qu’une dracopale de dragon chromatique est déplaisante au toucher et capte la lumière de façon dérangeante. La dracopale sert de composante pour des sorts liés au Plan Astral ou pour des objets magiques imprégnés d’énergie radiante (pour les métalliques) ou nécrotique (pour les chromatiques). Arme. L’arme inflige +1d6 dégâts radiants dans le cas d’une dracopale métallique, ou +1d6 dégâts nécrotiques dans le cas d’une dracopale chromatique. Armure. L’armure confère la résistance aux dégâts radiants dans le cas d’une dracopale métallique, ou nécrotiques dans le cas d’une dracopale chromatique. Spécial. La dracopale peut remplacer n’importe quelle composante de sort d’une valeur inférieure ou égale à 1 000 po. Il existe plusieurs petites mines de dracopale dans les Drakenbergen, notamment à Gyldenscala, Pendrage et Beinopal. Qui d’autre qu’un héros halfelin aurait pu être le premier porteur de cette arme ? Il aurait d'ailleurs été un paladin borgne qui sillonnait le Cyfandir, se laissant porter par son intuition pour trouver l’aventure. Faisant sans cesse montre d’une hardiesse insensée, il dut longtemps sa survie à sa bonne étoile. Extrait du Traité des Accords enchantés, par la magister Aria Malachaï 149 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Gemme d’éternite Gemme, rare Aussi appelée « fragment d’Éternité », l’éternite est au sens propre un morceau de la lune Éternité tombé sur Eana, comme en un don céleste. Ce n’est d’ailleurs qu’acquise dans ces circonstances qu’elle possède ses capacités  : des héros ayant visité cette lune n’ont trouvé aucune propriété extraordinaire à ses sols. Si elle semble n’être à première vue qu’un fragment de météorite quelconque, une éternite recèle dans ses reflets des visions fugaces et incompréhensibles. Elle confère des intuitions et des prémonitions vagues à qui la porte, et certains astronomes prétendent que convenablement canalisé, ce matériau fabuleux permettrait de percer les secrets de l’avenir et de la destinée. Arme. Le porteur de l’arme peut bénéficier d’un bonus d’appoint de +5 à un jet d’attaque, avant ou après avoir jeté le d20, mais avant d’en connaître le résultat. Le porteur doit ensuite terminer un repos court ou long pour que l’arme recouvre cette propriété. Armure. Le porteur de l’armure peut infliger un malus d’appoint de –5 à un jet d’attaque dont il est la cible, avant ou après que le d20 ait été jeté, mais avant d’en connaître le résultat. Le porteur doit ensuite terminer un repos court ou long pour que l’armure recouvre cette propriété. Beaucoup de chasseurs de trésors croient que les éternites tombent sur les plus hauts sommets du monde, car ceux-ci sont naturellement plus proches des astres. Pour cette raison, ils cherchent les fragments de pierres notamment dans les hauteurs glacées des Drakenbergen. Harnois nain Armure (harnois), rarissime Tant que vous portez cette armure, vous bénéficiez d’un bonus de +2 à la CA. En outre, quand un effet vous déplace au sol contre votre volonté, vous pouvez jouer votre réaction pour réduire la distance correspondante d’un maximum de 3 m. Wolstan, le forgeron nain héros de la guerre de l’Aube conçut une collection de harnois nains. Les membres de sa lignée de maîtres-forgerons signent leurs œuvres d’un poinçon évoquant un loup et un éclair. C’est un gage de qualité, mais des artisans malhonnêtes ont déjà par le passé contrefait le symbole. La vengeance des héritiers de Wolstan est impitoyable, mieux vaut ne pas se trouver sur leur chemin ! 150 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Havresac sans fond Objet merveilleux, rare Ce sac à dos est pourvu d’une poche principale et de deux poches latérales, chacune constituant un espace extradimensionnel à part entière. Chaque poche latérale peut renfermer jusqu’à 10 kg de matériel, sans dépasser un volume de 60 litres. La poche centrale, elle, peut abriter 40 kg de matériel, sans dépasser un volume de 240 litres. L’objet pèse toujours 2,5 kg, quel que soit son contenu. On y range des objets en observant les règles habituelles d’interaction avec des objets. Vous pouvez, au prix d’une action, y récupérer un objet. Quand vous y glissez la main pour en sortir un objet, la magie du havresac le place systématiquement au sommet de la pile. Le havresac présente toutefois quelques limites. S’il est surchargé, percé ou déchiré, il se rompt et est détruit, et son contenu est perdu à jamais (cependant, un artefact finira toujours par resurgir quelque part). S’il est mis entièrement sur l’envers, son contenu se répand au sol, sans dommages, mais il faut le remettre à l’endroit avant de pouvoir le réutiliser. Une créature qui s’y trouve a de l’air pour 10  minutes, après quoi elle commence à étouffer. Si plusieurs créatures s'y trouvent, ce temps est divisé par le nombre de créatures présentes dans le sac. Si l’on place un havresac sans fond à l’intérieur de l’espace extradimensionnel créé par un sac sans fond, un puits portable ou autre merveille de ce type, les deux objets sont aussitôt détruits et un portail s’ouvre vers le Plan Astral, à l’endroit où l’on a placé un objet dans l’autre. Toute créature située dans un rayon de 3 m du portail se retrouve aspirée vers un lieu aléatoire du Plan Astral, après quoi le portail se referme, sachant qu’il est à sens unique et que rien ne peut le rouvrir. Marteau de lancer nain Arme (marteau de guerre), rarissime (affinité requise, avec un nain) Vous bénéficiez d’un bonus de +3 aux jets d’attaque et jets de dégâts effectués avec cette arme magique. Elle présente la propriété lancer avec une portée normale de 6 m et une portée étendue de 18 m. Quand vous touchez avec une attaque à distance effectuée avec cette arme, elle inflige 1d8 dégâts supplémentaires, ou 2d8 si la cible est un géant. Aussitôt après l’attaque, l’arme revient dans votre main. Aujourd’hui, les Drakenbergen sont dominés par la civilisation naine. Les chroniques de ce peuple évoquent une grande guerre qui les opposa aux géants du givre qui tentèrent de bâtir un empire au Cyfandir après un débarquement dans le Septentrion. Les nains se plaisent à évoquer leur victoire dans les montagnes, repoussant peu à peu l’envahisseur. Les tribus de géants du givre sillonnent désormais les taïgas du nord du Kaan, et ne viennent plus que ponctuellement, en hiver, piller les rivages vulnérables. Une prophétie de provenance incertaine aurait annoncé que la prochaine grande guerre contre les géants du givre serait précédée par la redécouverte d’un marteau de lancer nain. Extrait du Traité des Accords enchantés, par la magister Aria Malachaï 151 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Marteau de tonnerre Arme (maillet), légendaire Vous bénéficiez d’un bonus de +1 aux jets d’attaque et jets de dégâts effectués avec cette arme magique. Fléau des géants (affinité requise). Vous devez porter un ceinturon de force de géant (d’un type au choix) et des gants de force d’ogre pour nouer une affinité avec cette arme. L’affinité prend fin si vous retirez l’un ou l’autre de ces objets. Tant que vous entretenez une affinité avec cette arme et que vous la tenez, votre valeur de Force augmente de 4 et peut dépasser 20, mais pas 30. Quand vous obtenez un 20 sur le dé d’un jet d’attaque effectué contre un géant avec cette arme, ce dernier doit réussir un JS Constitution (DD 17) sous peine de mourir sur le coup. Le marteau dispose aussi de 5 charges. Tant que vous entretenez une affinité avec cet objet, vous pouvez dépenser 1 charge et effectuer une attaque d’arme avec, en le jetant comme s’il avait la propriété lancer avec une portée normale de 6 m et une portée étendue de 18 m. Si l’attaque touche, le marteau produit un coup de tonnerre audible sur 90 m. La cible, ainsi que toute créature située dans un rayon de 9 m d’elle, doit réussir un JS Constitution (DD 17) sous peine d’être étourdie jusqu’à la fin de votre tour de jeu suivant. Chaque jour à l’aube, le marteau récupère 1d4 + 1 charges dépensées. Daega Fortetête fut cheffe de clan dans les Drakenbergen lors de la grande guerre opposant les nains aux géants du givre. Guerrière émérite, elle l’était d’autant plus avec sa ceinture et ses gants enchantés qui lui conféraient une force prodigieuse. Selon la légende, lors d’un combat décisif qui opposa son clan à un redoutable chef de guerre géant, la bataille prit une tournure dramatique, et les troupes naines furent débordées par les hordes de morts-vivants contrôlées par les nécromanciens géants. Ce fut alors que la foudre frappa l’arme de Daega, qui en resta nimbée, signe de la faveur de Verndari. Au moyen de cette arme fabuleuse, elle renversa le cours de l’affrontement et terrassa le chef de guerre. Par la suite, Daega disparut. On dit qu’elle parcourut le Labyrinthe et fut déifiée, devenant l’agent privilégié de Forgeron, et qu’elle reparaîtra à la prochaine guerre contre les géants du givre. Extrait du Traité des Accords enchantés, par la magister Aria Malachaï Projectiles +1, +2 ou +3 Arme (tout projectile), assez rare (+1), rare (+2) ou rarissime (+3) Vous bénéficiez d’un bonus aux jets d’attaque et jets de dégâts effectués avec ces projectiles, bonus déterminé par la rareté du projectile. Après avoir touché une cible, le projectile n’est plus magique. 152 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Sac dévoreur Objet merveilleux, rarissime, blasphème Ce sac ressemble grossièrement à un sac sans fond, mais il s’agit en fait du gosier d’une gigantesque créature extradimensionnelle. Pour le fermer, il suffit de le mettre entièrement sur l’envers. La créature extradimensionnelle liée à cet objet merveilleux sent tout ce qu’on y met. Les matières animales et végétales qui y sont glissées sont dévorées et irrémédiablement perdues. Quand une partie d’un être vivant y est plongée (lorsqu’on y fourre le bras, par exemple), il y a 50 % de chances que la cible soit tirée dans le sac. Elle peut au prix d’une action effectuer un test de Force DD 15 pour en ressortir. Une autre créature peut au prix d’une action effectuer un test de Force DD 20 pour tenter de sortir la cible (pourvu qu’elle ne soit pas elle aussi entraînée dans le sac). Toute créature qui commence son tour de jeu dans le sac est dévorée et son corps détruit. Des objets inanimés peuvent être rangés dans le sac, qui peut renfermer un cube de 30 cm d’arête de matières inertes. Toutefois, une fois par jour, le sac avale tout ce qu’il contient et le recrache dans un autre plan d’existence. Le meneur détermine le plan en question et le moment où se déroule cette purge. Si le sac est percé ou déchiré, il est détruit et tout ce qu’il contient finit en un lieu au hasard du Plan Astral. L’origine des contenants magiques Les sacs dévoreurs, comme les sacs sans fond et les havresacs sans fond sont des créations typiques des Fjordkungden. On raconte que les premiers gnomes qui s’y installèrent avaient la nostalgie des îles Éoliennes. Quand l’un d’eux y retournait voir la famille et les amis restés là-bas, il emportait ces prodigieux contenants pour y amener un maximum de souvenirs et en ramener tout autant. Les artisans fabricants de sacs sans fond furent victimes de leur succès et fréquemment cambriolés. Pour punir les misérables qui venaient leur dérober leur stock, ils conçurent les sacs dévoreurs. Ces objets furent revendus souvent plusieurs fois à des aventuriers naïfs croyant faire une bonne affaire. On en trouve désormais éparpillés dans tous les Drakenbergen. Sac sans fond Objet merveilleux, assez rare L’ intérieur de ce sac est nettement plus vaste que ne le laisse deviner son apparence : une ouverture de 60 cm de diamètre et 1,20 m de profondeur. Il peut renfermer jusqu’à 250 kg, sans jamais dépasser un volume équivalant à un cube de 1,20 m d’arête. Il pèse 7,5 kg, quel que soit son contenu, et on y récupère un objet au prix d’une action. Si le sac est surchargé, percé ou déchiré, il se rompt et est détruit, et son contenu se déverse dans le Plan Astral. S’il est mis sur l’envers, son contenu se répand au sol, sans dommages, mais il faut le remettre à l’endroit avant de pouvoir le réutiliser. Les créatures qui s’y trouvent ont de l’air pour un nombre de minutes égal à 10 divisé par leur nombre (1 minute minimum), après quoi elles commencent à étouffer. Si l’on place un sac sans fond dans un espace extradimensionnel créé par un havresac sans fond, un puits portable ou autre merveille similaire, les deux objets sont aussitôt détruits et un portail s’ouvre vers le Plan Astral, à l’endroit où l’on a placé un objet dans l’autre. Toute créature située dans un rayon de 3 m du portail se retrouve aspirée vers un lieu aléatoire du Plan Astral, après quoi le portail se referme, sachant qu’il est à sens unique et que rien ne peut le rouvrir. 153 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Le Grand Kaan Troisième partie Patrick PIGNOL (Order #40465564)


e Grand Kaan désigne l’immense territoire allant de l’Ulkanijer au sud, jusqu’au Septentrion à l'extrême nord du continent. Dans cette partie, vous découvrirez les aspects de ses cultures, depuis le Septentrion jusqu’aux limites montagneuses entre le Kaan et l’Ajagar. Chroniques. Bekasi, conseillère de l’actuel empereur kaani en la capitale de Khaalgany, récolte des documents et témoignages sur l’histoire du continent. Connaître le passé doit permettre de mieux se préparer à un avenir qui s’annonce trouble. Septentrion. La grande proximité entre les cultures de l’extrême nord du Kaan et du Cyfandir porte à les considérer comme un ensemble, le Septentrion. Les peuples qui le composent ne connaissent pas d’unité politique et sont avant tout liés par les rigueurs du climat, sous le règne de Givreuse, la Vieille de l’Hiver. Kaan. Les frontières entre ce que l’on appelle communément le Septentrion et le Kaan fluctuent selon les époques. Actuellement, l’usage est de parler du Kaan à partir des limites nord de l’empire de Kartaçöl, la nouvelle puissance montante du continent. Les cités d’argile et les communautés dispersées regardent tantôt avec crainte, tantôt avec envie, en direction d’Easafir, la nouvelle grande capitale. Merveilles du Grand Kaan. Fruits d’une culture originale, adaptée à un continent s’étirant depuis le cercle polaire jusqu’à l’équateur, les créations artisanales et magiques du continent sont présentées dans ce chapitre. Patrick PIGNOL (Order #40465564)


epuis le naos aux murs aveugles, seulement éclairé par un conduit de lumière indirecte tombant du plafond, la noble Bekasi examinait les rapports qui lui étaient délivrés par ses serviteurs masqués. La pénombre protégeait les pièces les plus rares de ces archives précieuses, qui dataient pour beaucoup de bien avant sa naissance. Perpétuellement drapée dans de lourds et luxueux vêtements de brocart, entièrement couverte, jusqu’au masque sur son visage, la liche travaillait ici dans le silence. Cette étrange conseillère morte-vivante âgée d’au moins un siècle guidait la politique de l’empereur kaani depuis le palais de Khaalgany. Érudite raffinée, elle prenait à cœur de mettre en lumière les mystères du vaste continent dans lequel elle avait vu le jour. Rassemblant de nombreux témoignages et les études d’agents à son service, elle œuvrait à rédiger une histoire complète du Grand Kaan. En lisant les tomes de telles chroniques, plus personne ne douterait de la gloire éternelle de ses habitants, dont les riches civilisations avaient marqué les temps passés et ne manqueraient pas d’en faire autant à l’avenir. Bekasi relisait ses notes préparatoires et les documents qui lui serviraient pour les compléter avant de donner forme à l’ensemble. Calame taillé trempé dans l’encre, elle esquissait avec adresse les idéogrammes santak sur le papyrus. Le reposant, elle prit un petit marteau pour sonner à un gong. À ce signe, la porte ne tarda pas à s’ouvrir. Sa servante Tahirih entra en s’inclinant sobrement. Cette femme bien vivante à la peau de bronze et aux cheveux noirs coupés courts était tout autant garde du corps que maîtresse des agents de Bekasi, chargée de s’assurer que tout se passait selon les plans établis. C’était aussi une confidente, respectée pour ses jugements, et la première relectrice de l’œuvre littéraire et historique de la liche. Chroniques de la banquise au pays des sources Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Les ères historiques Des repères en calendrier républicain Les dates ci-après sont énoncées dans le calendrier républicain de la Cité Franche. Cette mesure du temps est assez connue à travers le monde, mais les autres civilisations utilisent généralement des décomptes distincts. Ère des Voyageurs (origine à – 10 000 ?) : règne des Géants et des Voyageurs ; s’achève avec la Chute des Voyageurs. Âge de Mort : période intermédiaire et non précisément datée entre la Chute des Voyageurs et l'Âge de Givreuse. Elle se caractérise par une lutte intense contre la mort-vivance et d’autres formes de sombre magie qui mettaient le renouveau en péril. Les populations humanoïdes et de nombreuses espèces se dissimulent dans des refuges. Le plus célèbre d’entre eux est les Piliers de la Création, dans le Septentrion. Ère du Renouveau (– 8 000 ? à – 5 000 ?) : le moment exact du renouveau est difficile à dater. Les érudits kaani distinguent deux âges au sein de cette ère. • Âge de Givreuse : se caractérise par de grands froids, d’immenses glaciers, un niveau de la mer plus bas qu’actuellement. La civilisation boréale dominait alors. • Âge de Flore : second âge du Renouveau, caractérisé par un climat bien plus doux. C’est l’âge d’or des Elfes du Cyfandir ; la période s’achève avec la guerre de l’Aube. Ère des Rois destinés (– 5 000 ? à – 980) : âge des royaumes et empires des élus d’Éternité  ; s’achève avec l’ascension divine de Tamerakh et Xonim. Ère des nouveaux royaumes (–  980 à l’An 0)  : le monde se reconstruit et les grandes puissances actuelles s’organisent ; s’achève avec la fondation de la République de la Cité Franche (du moins les Francs le voient-ils ainsi). Ère de la République (An 0 à présent) : âge d’or de la République de la Cité Franche ; beaucoup pensent qu’une nouvelle ère s’ouvre désormais avec la chute de la dynastie Kadméïde de Cyrillane en 330 du calendrier républicain. Comparaison des calendriers La chronologie du Kaan commence au moment du serment des clans et tribus de la steppe jurant de suivre Tamerakh dans ses conquêtes, jusqu’au bout du monde. Quelques repères comparés francs et kaani Événement Date dans le calendrier de la République franque Date en calendrier kaani Serment de la steppe – 991 An 0 Chute de l’empire de Haltepas – 980 An 11 Proclamation de la république franque An 0 An 991 Chute de la dynastie Kadméïde de Cyrillane An 330 An 1 321 Présent An 331 An 1 322 «  Tahirih, j’aimerais ton avis sur ces premières ébauches et les nouveaux documents que je compte intégrer à l’ensemble. –  Merci de cette marque de confiance, mais ne souhaiteriez-vous pas le retour d’historiens ou de poètes ? – La plupart des gens ont trop peur de moi pour me faire des critiques exploitables. Ils oscillent entre une pusillanimité onctueuse et une rage odieuse provocatrice. – De quoi avez-vous besoin ? – Relis-moi, dis-moi ce qui manque de clarté  ; signale-moi les aspects qui te paraissent poser problème dans leur ton ou l’interprétation qui pourrait en être faite ; pointe-moi ce qui est faible ou manque et mériterait d’être amélioré ; questionne-moi sur ce que tu voudrais apprendre en tant que lectrice. » 157 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Ère des Voyageurs et des Géants ahirih prit un siège sans attendre que Bekasi l’y invitât et s’installa pour lire la première synthèse des chroniques du Grand Kaan. Au commencement était Eana, un monde vivant accompagné de la danse cosmique de ses lunes à l’influence profonde sur la magie et le destin. Les peuples des Voyageurs et des Géants, tous deux grands bâtisseurs et maîtres des arcanes, s’imposèrent et se partagèrent les terres émergées. Le Septentrion et le Kaan étaient les domaines des Géants d’antan, des êtres comparables aux géants du présent, mais distincts néanmoins à bien des égards. La garde du corps s’interrompit dans sa lecture pour interroger Bekasi. La haute magie des Voyageurs « Sait-on dans quelle mesure les Géants d’antan étaient différents de ceux d’aujourd’hui ? – Nous en sommes réduits aux spéculations. En premier lieu, les Géants d’antan avaient édifié des sites chargés d’une puissante magie, à l’instar des Piliers de la Création. J’en parle un peu plus loin. Ni les géants du givre ni ceux des pierres n’en sont plus capables. Les érudits estiment que les anciens Géants s’exprimaient en tumiit, une langue que les géants du givre ont pour beaucoup oubliée, parlant un dialecte mélangeant des racines de cet idiome et des termes tirés du kaani véhiculaire. –  Les connaissances techniques d’un peuple ne proviennent pas de sa nature mais de sa culture. – En effet. La culture des Géants s’est perdue, de même que leur haute magie. Les érudits qui ont étudié le plus sérieusement les peuples de géants actuels pensent qu’ils sont tous les descendants d’une unique lignée. Il faudrait en apprendre plus sur les légendes et les traditions des géants pour se faire une idée de ce que pouvait être ce peuple. –  C’est assez vague. D’ailleurs, la seule chose solide à leur propos semble être leur haute magie, en quoi consistait-elle ? – Poursuis ta lecture, j’ai essayé d’expliquer les différences entre les hautes magies des Voyageurs et des Géants. » La maîtrise des ateaks et l’apport de nouvelles espèces Des Voyageurs, on savait qu’ils avaient bâti les formidables ateaks et qu’ils avaient ramené de leurs périples des créatures étranges. Le basilic et la gorgone taurine, prédateurs de la steppe, étaient des descendants de ces spécimens. Pour expliquer leur aptitude commune à transformer la chair en pierre, des érudits étudiés par Bekasi avaient échafaudé une théorie selon laquelle ils proviendraient d’un même monde extra-eanéen, baptisé poétiquement « monde du serpent de pierre ». De nombreuses monstruosités et l’ensemble des aberrations étaient supposées provenir d’au-delà des ateaks. La création de la Forge du Destin L’autre œuvre majeure des Voyageurs fut l’édification de la Forge du Destin sur la lune Éternité, un moyen d’utiliser l’influence de l’astre sur le hasard, les coïncidences et les aptitudes héroïques. Grâce à cet instrument d’une puissance insensée, il était devenu possible de créer des dieux ou d’infléchir le cours du destin comme le tissu même de la réalité. Les tentatives de limiter un instrument trop puissant Il y avait de nombreux érudits pour affirmer que Forgeron, le premier dieu majeur, était autrefois un Voyageur, et le second dieu majeur, Façonneur avait été un Géant. L’ascension divine avait transformé leur manière de voir le monde et les avait éloignés grandement des considérations partisanes, mais les théologiens actuels continuaient de les considérer globalement comme des rivaux. On peut imaginer que les Voyageurs n’avaient pas prévu que leur invention de la Forge du Destin serait utilisée par d’autres peuples. Il n’était pas possible de réduire sa puissance ou son champ d’action. Alors comment éviter que d’autres l’utilisent à des fins qui pourraient nuire par exemple aux Voyageurs ? L’édification du labyrinthe menant à la Forge du Destin pourrait avoir été une solution en limitant l’accès à celle-ci. Le temps passait et la lumière déclinait, aussi Bekasi intervint-elle pour créer une source d’éclairage pour l’humaine. Tahirih émit un nouveau commentaire : «  J’ai entendu des érudits discuter avec un diplomate dvaerg des Drakenbergen. Il disait que la Forge du Destin pourrait être la cause de l’apparition du Chancre. – La tentation d’un pouvoir absolu aurait créé un mal absolu et immortel. J’en ai entendu parler. L’hypothèse la plus terrifiante énonce que le Chancre pourrait perdurer tant que la Forge du Destin existerait. Par le sang qui modèle la chair, Par la boue que le potier façonne, Ô Afirînerê, père des peuples, Tu donnes vie et savoir. Louée soit Ta création ! Par la main et par l’esprit, Tu inspires et Tu guides. Ta divine semence Tu as mêlé aux terres du Kaan, 158 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


– Alors il serait impossible de le vaincre ? – Je ne crois pas en l’impossible. » Bekasi avait embrassé l’éternité en devenant une liche, les évidences absolues étaient des défis à surmonter. L’auguste conseillère prit un recueil relié, un ouvrage proche de son bureau et qu’elle semblait avoir consulté souvent. « Achevons d’abord notre discussion sur la haute magie, mais je pense que tu devrais trouver cette autre lecture instructive. » La haute magie des Géants Patiente, Tahirih accepta de poursuivre sa lecture des notes de travail de Bekasi. La magie était très éloignée des domaines maîtrisés par la guerrière, mais le texte tendait vers la vulgarisation de ces notions complexes et la fréquentation quotidienne d’une magicienne morte-vivante lui donnait quelques repères. La création et la transformation du vivant De nouveau le silence se fit dans le bureau de Bekasi tandis que Tahirih lisait les notes sur les papyrus suivants. Concentrée, elle prenait le temps nécessaire pour mener à bien sa mission. Au service de la liche, la qualité primait avant toute autre considération. Une des dimensions de la magie des Géants était la maitrise du haut et du bas, du grand et du petit. Ils pouvaient concevoir des modèles à une taille et les réaliser à une autre. Cependant leur art ne se limitait pas aux objets – tantôt miniatures, tantôt massifs – car il touchait aussi à la transformation du vivant. À cet endroit du manuscrit, Tahirih buta plusieurs fois sur des concepts médicaux. Bekasi s’étonna d’abord, mais admit que le commun des mortels ne pouvait être expert dans tous les domaines de la connaissance. Elle ajouta quelques notes en marge pour se rappeler où reprendre son texte. Poussée à poursuivre sans s’arrêter aux éléments techniques, Tahirih comprit approximativement qu’il était question de considérer le corps comme une machine animée par une partition secrète, écrite de manière infiniment petite, à l’intérieur des briques qui constituaient le vivant. Façonneur le Père créateur À en croire les notes de Bekasi, leur savoir dépassait de loin les pouvoirs des magiciens spécialisés dans l’école de la transmutation. Grâce à cet art, les Géants étaient capables de créer des espèces nouvelles. « Si je comprends bien, quand les croyants affirment que Façonneur, le Père créateur, a créé les peuples natifs du Kaan, ce serait en réalité l’œuvre des Géants ? – En effet, je pense que c’est ainsi que les choses se sont passées. –  Est-ce une si grande différence  ? J’entends par là que Façonneur était autrefois un Géant. –  En premier lieu, cela signifie que la dimension religieuse est à exclure de cet acte fondateur. Les humains ressemblent à des géants miniatures : je ne suis pas loin de penser que ce peuple a été conçu initialement comme une espèce de « jouet vivant », et que les Géants les traitaient un peu à la manière dont les enfants humanoïdes d’aujourd’hui s’amusent avec des poupées. » Tahirih demeura un moment silencieuse à essayer de se représenter le monde d’avant la Chute des Voyageurs, une époque durant laquelle les premiers peuples humanoïdes auraient pu être utilisés comme des choses, des distractions ou des supports d’expérimentations petits et maniables, qu’on pouvait enfermer en nombre dans des cages, minuscules au regard de laboratoires d’arcanistes Géants. Hymne à Afirînerê–Façonneur, le père des peuples Par le sang qui modèle la chair, Par la boue que le potier façonne, Ô Afirînerê, père des peuples, Tu donnes vie et savoir. Louée soit Ta création ! Par la main et par l’esprit, Tu inspires et Tu guides. Ta divine semence Tu as mêlé aux terres du Kaan, De la matrice minérale sont nés les peuples de sang : Çan la poussiéreuse mère des orcs ; Dîlketina l’humuse mère des gobelours ; Eseptöçü la quartze mère des ulkani ; Ilay l’ocreuse rouge mère des hobgobelins ; Shavarlag l’argileuse verte mère des gobelins ; Zanar la schisteuse mère des kobolds. Ton amour et Ta bienveillance nous soutiennent, Ton génie nous inspire, Puissions-nous vivre et agir à Ton image ! 159 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


De l’interprétation des mythes « Qu’en serait-il alors des mères des peuples natifs ? demanda Tahirih. – C’est une question difficile et je n’ai pas encore réussi à me faire un avis ferme sur la question. Il est possible qu’elles soient une simple construction fictionnelle. En quête de merveilleux et de réconfort, ou bien pour créer une unité artificielle entre des espèces humanoïdes très différentes, les populations de l’ancien temps auraient pu imaginer cette histoire faisant de tous les peuples d’ici des demi-frères. – Certaines tribus les honorent avec plus de respect qu’elles n’en montrent envers Afirînerê. – Oui, et cela me conduit à une seconde hypothèse, celle d’un syncrétisme. Les « mères » seraient des esprits de tradition druidique, liés à un territoire. Pour faire admettre le culte de leur dieu, les prêtres d’Afirînerê le Façonneur auraient cherché un moyen d’entremêler les mythes. – Ces deux explications pourraient suffire à éclairer le mythe d’Afirînerê le créateur des peuples sans que les Géants ne soient réellement impliqués. – Tu doutes de mon interprétation ? – Vous m’avez demandé de vous dire les faiblesses que je voyais au raisonnement et au récit que je lisais. » Bekasi avait été un instant désarçonnée par cette remise en question d’une idée qu’elle avait fini par prendre comme une vérité établie. Elle réfléchit intensément. Tahirih se garda bien de parler, attendant que la liche reprît la parole : « Il y a des moyens de vérifier que ma théorie est exacte. Il faudrait étudier les vestiges et traces laissés par les Géants. Je pense à la magie des géants des pierres ; elle a un lien avec le grand et le petit. Il faudrait étudier les ruines dans les terres des géants de givre. Hum, pour cela il est essentiel de maîtriser le tumiit, sans quoi nous ne pourrons pas déchiffrer les écrits qui pourraient y être trouvés. Au-delà des recherches sur notre continent, en apprendre plus sur les géants des nuages et les géants des tempêtes permettrait de confirmer ou d’infirmer les premières conclusions. Il paraît que ces deux peuples ont gardé bien des secrets et traditions de l’ancien temps… » De nouveau silencieuse, la liche reprit son calame, le plongea dans l’encre et s’attela à noter toutes ces pistes. Elle ne pourrait affirmer ses idées avec force qu’en ayant des éléments plus solides sur lesquels s’appuyer. Ce n’est qu’alors qu’elle pourrait accuser le clergé d’Afirînerê de mensonges. Une fois des preuves plus évidentes récoltées, elle pourrait exposer la véritable origine des humanoïdes et mettre un terme aux fausses fables qui font de Façonneur le « père des peuples » du Kaan. Après tout, si son existence avait commencé avec le caprice des anciens maîtres, cela ne diminuait en rien la grandeur de la population du Kaan et des civilisations qu’elle avait bâties au fil des siècles. Et la liche ne serait pas opposée à remettre certains propagateurs de mythifications à leur place.  Tahirih la regardait en essayant de comprendre pourquoi sa maîtresse était tellement attachée à répandre une vérité iconoclaste. S’agissait-il simplement d’une question de principe ou bien Bekasi voyait-elle là un moyen de saper la puissance de l’empereur de Kartaçöl ? Ce pays était le plus dangereux rival du Kaan et sa propagande s’appuyait beaucoup sur la religion. Célébration officielle de l’empereur solaire de Kartaçöl Gloire soit rendue à l’éternel Süi Adaçayi Kartaçöl ! Sublime sapient, Connaisseur des arts et des techniques, Maître du calame et de l’épée, Dernier-né et prophète d’Afirînerê, Père de la nation et des peuples nouveaux, Guide-nous vers les neiges couronnées des aurores nocturne, Mène-nous aux confins de Manbalarer aux sources des fleuves, Suivons avec toi la course de l’astre divin vers l’ouest, Que jamais le soleil ne se couche sur ton empire ! 160 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


La mémoire de l’ancien monde Se rappelant que sa servante était mortelle, Bekasi lui proposa de faire une pause pour boire et déguster quelques fruits qu’elle fit apporter. La liche profita de ce temps pour ranger une partie des papyrus et compléter ses notes avec les idées qu’elle avait pour le moment à l’esprit. Satisfaite de cette première phase de travail, elle revint au livre dont elle avait promis de parler : « Les druides des forêts primaires d’Ündsenoin dans le Septentrion recueillent les leçons d’Yksittäinen, un arbre extraordinaire et l’un des rares témoins vivants de la Chute des Voyageurs. Je ne sais même pas s’il en existe d’autres sur Eana, dans le Plan Matériel s’entend. Les druides de la forêt primaire d’Ündsenoin rassemblent ses réponses à leurs questions dans un recueil nommé Leçons traduites et trahies d’Yksittäinen. – J’ignorais que les druides tenaient un tel ouvrage. – Ils n’en font guère étalage. D’après eux, le langage imagé et végétal d’Yksittäinen est trop riche et trop complexe pour que ses révélations soient diffusées. – Je ne comprends pas. – L’adage dit « Traduire, c’est trahir » : ils ont peur de réduire la pensée d’Yksittäinen à des bribes grossières éloignées du message originel et tributaires des idées politiques du traducteur, quand bien même ce serait un druide. Toutefois certains, suffisamment nombreux, estimaient qu’il fallait transmettre au moins une partie des vérités d’Yksittäinen pour lutter contre certains fléaux. Des traductions partielles circulent ainsi depuis longtemps, qualifiées de Souffle du tremble, Prophétie des racines ou d’autres titres analogues. Il m’a fallu un peu de temps pour rassembler les fragments jusqu’à reconstituer ma version des Leçons traduites et trahies d’Yksittäinen. – Qu’est-ce qu’un arbre peut nous apprendre sur les temps passés ? » Le terreau du Chancre Immobile en apparence, Yksittäinen étirait ses racines dans l’Inframonde et ses frondaisons vers le ciel. Elle n’avait pas d’yeux ni d’oreilles, mais elle percevait la lumière, les vibrations, les fluctuations de la magie, la pluie et la vie autour d’elle. C’était grâce à Yksittäinen que Bekasi affirmait que les Voyageurs transformèrent l'énergie d'Eana profondément en établissant la Forge du Destin. Au commencement, la lune Éternité avait des propriétés qui influaient sur les courants de la magie sur Eana. Le Chancre n’existait pas. À l’époque, Yksittäinen ne pouvait pas imaginer ce qui adviendrait, mais elle comprit plus tard certains détails qui l’avaient troublée. Le terreau qui permettrait l’apparition du Chancre était déjà là, créé par les Voyageurs en même temps que la Forge du Destin. Ce mal être était semblable à une pesanteur qui ne se retenait qu’à peine, attendant un événement déclencheur, un peu comme la neige d’une avalanche prête à s’effondrer. Le germe du Chancre Le changement commença par l’écho d’une sombre magie d’un genre qu’Yksittäinen n’avait jamais ressenti auparavant. Elle ne provenait ni de l’art des Géants ni de celui des Voyageurs, mais d’une autre puissance, radicalement différente. C’était comme un appel lancinant du néant tourné vers les astres. Il se conclut par un choc d’une violence inouïe frappant Eana, détruisant les roches à l’échelle de pays entiers. L’éclat destructeur eut lieu très loin du Kaan, et ce fut une chance pour Yksittäinen, sans quoi elle aurait été intégralement détruite comme pratiquement toutes les formes de vie au cours du désastre. Une vague sombre et brûlante se répandit dans le ciel, privant le monde de toute lumière, et retomba en pluie de feu de toutes parts. L’incendie qui eut lieu alors consuma toute la surface. Aucune forêt ne réchappa du brasier. Seuls survécurent ceux qui avaient des racines profondes, capables de plonger en dormance avant de renaître, et ceux dont les graines bien enterrées, étaient assez vigoureuses pour traverser la longue nuit de cendres, obscure, froide et acide. Tandis que le terreau fertile du Chancre avait été créé par les Voyageurs, l’effondrement de leur monde créa le germe immortel et destructeur de ce qui ronge désormais les entrailles d’Eana. Il était apparu juste après un fort rayonnement en provenance de la lune Éternité. Quelqu’un avait dû formuler un vœu, mais de quelle nature ? 161 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Ère du Renouveau roublée par sa lecture, Tahirih ne savait que dire. Que le Chancre fût le résultat d’un souhait était insensé, personne ne pouvait vouloir l’horreur qui rongeait les tréfonds d’Eana ! La guerrière méditait également sur les temps longs de l’histoire. L’Ère du Renouveau commençait après la Chute des Voyageurs et prenait fin à la guerre de l’Aube. En substance, durant toute cette époque que les mythes décrivent comme bienheureuse, un mal terrifiant n’avait cessé de croître, perçu par certaines créatures comme Yksittäinen, mais sans que personne n’ait jamais cherché à comprendre quelles étaient ces inquiétantes anomalies qui apparaissaient. Rien n’avait été fait pour anticiper le désastre. Après la Chute des Voyageurs, une ère trouble et chargée d’une magie obscure avait brièvement dominé Eana. Trois héros s’étaient rendus dans la Forge du Destin pour devenir Mort, Givreuse et Flore. Le premier s’assura que l’ancien monde n’était plus – qu’il s’agisse de mort-vivance ou d’autres maléfices  ; il fallait trancher pour permettre le renouveau. La seconde appela un hiver purificateur qui acheva l’œuvre de Mort tout en préparant les temps à venir. La troisième, enfin, permit à une vie nouvelle, différente de l’ancienne tout en la poursuivant, de s’épanouir. Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Les Piliers de la Création Le plus grand refuge Si la vie avait pu traverser l’épreuve d’une longue et froide nuit de cendres acides, c’était aussi grâce à l’existence de refuges. Beaucoup se trouvaient dans l’Inframonde, mais l’un des plus grands se trouvait à la surface. Les Piliers de la Création furent l’œuvre des Géants. «  Mais alors, s’étonna Tahirih, si les Géants ont fait tant d’efforts pour protéger les peuples humanoïdes lors de la Chute des Voyageurs, ils devaient les aimer  ! Personne ne s’épuise à défendre des jouets méprisés. –  Certes, concéda Bekasi. Les Géants et les Voyageurs ne formaient pas un tout uniforme. Il est certain que parmi eux, il y en eut pour tenter de protéger non seulement les peuples humanoïdes, mais bien d’autres espèces. Défendre la profondeur complexe de l’univers… – Je ne comprends pas. – Ce n’est pas très important. Disons brièvement que c’est une forme d’éthique qui dépasse la banale question d’une morale du bien et du mal. Il est important de défendre la diversité et la rareté. S’il ne restait qu’une dizaine de papillons de nuit d’une espèce en particulier alors qu’il existe des dizaines de milliers d’orcs, de merosis et d’humains, la mort même d’une centaine d’humanoïdes serait acceptable au regard de la défense des derniers papillons. » Même derrière un masque qui dissimulait totalement son visage, il semblait à Tahirih qu’elle pouvait deviner un énigmatique sourire à la liche, fière de ses idées qui la coupaient de tant d’anciens semblables. La guerrière estimait que la protection de la complexité du monde ne pouvait expliquer tout ce qui s'était passé. Il lui semblait plutôt que les Géants et les Voyageurs avaient réagi en parents prêts à se sacrifier pour que la vie perdure au travers de leurs enfants. Elle-même n’aurait guère d’hésitation à en faire autant pour son fils. Coupée du cycle de vie et de mort, la liche pouvait-elle le comprendre ? Les grandes migrations Quelles que fussent leurs motivations, les Géants avaient permis d’en réchapper à leurs descendants, qu’il s’agît des géants actuels ou des humanoïdes supposément créés par eux. Une longue migration avait alors commencé, chacun cherchant sa place sur la nouvelle Eana. Gobelours, gobelins, hobgobelins, orcs, ulkanis et kobolds descendirent le long des côtes du Kaan, le peuplant peu à peu ; dans le même temps, les nains partaient vers le Cyfandir. Le détroit de Bruisadur entre les deux continents était alors une terre émergée, qu’il suffisait de franchir à pied. Les humains des Piliers de la Création choisirent de demeurer un temps dans le Grand Nord. Par la suite, les voyages et les explorations donneraient l’occasion aux peuples de se mêler à nouveau, donnant notamment naissance aux merosis. Un lieu de pèlerinage et de méditation Bekasi reprit ses commentaires sur le chapitre que Tahirih relisait : « D’après ce que j’ai pu récolter comme informations, les Piliers de la Création sont aujourd’hui inhabités. C’est encore un lieu de pèlerinage pour certains géants et les adeptes de Façonneur. Ils s’y rendent pour méditer sur l’histoire du monde et son destin. Les hautes colonnes qui s’y trouvent toucheraient, parait-il, le ciel et soutiendraient la consistance des lois physiques d’Eana. Je suis convaincue qu’un tel lieu recèle bien des connaissances sur les Géants et la nature de la magie. » La liche déroula avec affection un grand parchemin cartographique qui révélait ce que l’on savait des régions septentrionales. Des côtes découpées, des lacs, des fleuves puissants, de vastes forêts et plusieurs sites présumés de ruines boréales. 163 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Patrick PIGNOL (Order #40465564)


La civilisation boréale « L’Âge de Givreuse est peu étudié au Cyfandir, leurs érudits sont obnubilés par l’Âge de Flore et la grandeur des Elfes. Il me semble qu’il y a un lien intéressant entre les géants du Renouveau et la civilisation boréale. C’est une période assez mystérieuse encore. Je suis très curieuse d’en savoir plus. » L’entrain de la liche piqua la curiosité de Tahirih qui reprit sa lecture pour comprendre ce qui intéressait tant sa maîtresse. La civilisation boréale est aujourd’hui connue des aventuriers pour ses ruines impressionnantes, perdues dans la glace. Leur aura surnaturelle confère à ces lieux une quiétude irréelle et mystique : elles sont nimbées d’un froid polaire en toute saison. Elles apaisent les uns, terrifient les autres, et attirent bien des regards. Le renouveau glacé d’un monde éphémère Durant le règne glacé de Givreuse, le climat de l’actuel Septentrion s’étendait à des latitudes plus basses et l’actuelle faune du Grand Nord s’épanouissait dans des espaces immenses. Ce fut l’époque des smilodons, des lions des cavernes, des rhinocéros laineux, des mammouths, des bisons, des bœufs musqués, et de bien d’autres. Cette faune s’égayait dans les vastes plaines steppiques aux herbes abondantes qui forment désormais le fond des mers peu profondes. En ces temps reculés, la mer était en effet bien plus basse qu’à présent, son eau était prise dans d’immenses glaciers qui façonnèrent les vallées et les fjords. « Si je comprends bien, tout cela s’est déroulé entre environ 10 000 ans et 8 000 ans ? Ou bien 10 000 et 5 000 ans ? L’Âge de Givreuse couvrirait cette époque ? – Peut-être. La durée exacte des ères n’est pas aussi certaine à mon sens que certains érudits voudraient bien le croire. Ce n’est pas très important je crois. Que la Chute des Voyageurs ait eu lieu il y a 100 000 ans ou 10 000 ans, est-ce que cela change l’essentiel du déroulement des événements ? » C’était une question rhétorique à laquelle Tahirih ne prit pas la peine de répondre. La civilisation boréale était l’œuvre d’une alliance entre les humains du Nord et les géants de givre d’antan. Il y avait eu un premier renouveau dans les glaces, sous le regard à la fois bienveillant et intransigeant de Givreuse. Il avait existé une époque mystérieuse, vouée à disparaître avec la venue nécessaire de l’Âge de Flore. Les mystères d’une antique haute magie « Les géants de givre sont aujourd’hui connus pour être hostiles à toute forme de civilisation bâtie durable. Que s’est-il passé pour qu’ils changent autant ? – J’aimerais beaucoup le savoir. Malheureusement, je n’ai que des indices épars. Ils s’allièrent aux humains pour bâtir une civilisation constituée d’une myriade de cités-états protégées contre le froid par des fortifications et des dômes magiques. Certaines installations étaient mixtes, d’autres dominées par les humains, d’autres par les géants de givre. Cela donne des ruines étranges, mêlant rampes monumentales et escaliers secondaires à notre taille. On maîtrisait alors une haute magie qui n’était peut-être pas aussi puissante que celle des Voyageurs et des Géants, mais qui n’en était pas moins remarquable. – En quoi la haute magie se distingue-t-elle de la magie ? –  Pour te répondre brièvement, notre magie permet à un arcaniste unique, comme moi par exemple, de manier des sorts formels selon neufs niveaux de stabilité de puissance croissante avec dans l’ensemble relativement peu de contraintes.  » Notre magie est héritière de la culture d’Eben-chekwa, dans le Mibu. Il est possible que la magie individuelle de la civilisation boréale fût très différente de ce que nous connaissons aujourd’hui. » Les hautes magies sont des techniques qui associent des lieux construits spécifiquement pour leur pratique et qui impliquent plusieurs participants, même s’ils ne sont pas tous aussi expérimentés les uns que les autres. Ensemble et en ces lieux dédiés, ils peuvent réaliser des prodiges autrement inaccessibles. À l’heure 165 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


actuelle, je crois que seuls les elfes d’Ellerìna maîtrisent activement un art de cette nature, mais j’en sais trop peu sur leurs pratiques pour t’en dire plus. – Il existerait donc des sites visant à pratiquer la haute magie boréale alors ? – En effet, c’est ce que l’on pense. Beaucoup d’arcanistes sont en quête de l’ancienne académie de magie des humains d’alors. On suppose qu’elle est édifiée dans des montagnes du Septentrion, mais lesquelles ? S’agit-il de la face nord des monts Hevitur ? Ou bien encore des monts Kupatwacuw, dans les terres des géants de givre ? –  À supposer que ce lieu soit retrouvé, que pourrait-on y faire ? – Nous en sommes réduits aux spéculations. D’après les légendes, les peuples de la civilisation boréale essayaient de restaurer le savoir perdu lors de la Chute des Voyageurs. Ils auraient recherché des ruines, des sites de pouvoir. Avec l’aide de descendants des Géants et avec l’aide d’élus de Givreuse – réputés nombreux à l’époque – ils auraient été en mesure de mêler connaissances sur le cosmos, la nature de la vie, le temps, l’infini et la magie brute. – Qu’est-ce que la magie brute ? – C’est une manière de nommer l’énergie pure. L’idée derrière ce concept est qu’il y a des points communs entre magie profane et magie divine. Cela laisse imaginer l’existence d’une magie plus primordiale, au-delà de ces délimitations artificielles. Certains détails laissent à penser que les boréens trouvèrent un moyen pour commencer à la maîtriser. Peut-être est-ce là une des causes de leur disparition. » Une langue indéchiffrable Madame, J’espère que ce rapport vous parviendra  : les corsaires aux ordres de Kartaçöl sillonnent la mer Ustalva pour s’abattre sur tout vaisseau en provenance d’Arolavie. La perte de leur tête de pont de Moramiek leur a beaucoup coûté et tout le monde s’attend à ce que les hostilités reprennent bientôt. La ville a souffert de l’occupation et reste dangereuse. Par chance, plusieurs de mes anciens contacts sont toujours en vie. Ils m’ont permis de rencontrer un couple d’archivistes érudits qui ont travaillé au cours de la guerre à mettre à l’abri des pillages d’innombrables et précieux ouvrages. Vous trouverez ci-joint une synthèse plus complète de mes recherches, incluant copie des textes qui me paraissaient les plus pertinents. Je vous livre ici un résumé. Les seuls écrits en boréal qui subsistent semblent être les inscriptions murales des ruines et les tablettes d’archives qu’elles contiennent. Les textes sont rigoureusement indéchiffrables par magie. Un interdit de Mort pèse sur tous les objets provenant de la civilisation boréale. En soi, c’est déjà l’indication d’un événement important que les dieux eux-mêmes souhaitent dissimuler. Pour revenir auxdits textes, ils furent écrits avec un syllabaire non encore déchiffré. Il faudrait avoir un recueil complet des symboles, un grand nombre de textes et enfin, une clef. Nous avons besoin de dresser des lexiques de langues proches. Les candidats les plus solides sont des idiomes nordiques actuels de peuples du Grand Nord, vivant dans la banquise, tels les Denisovas. Le tumiit parlé par certains géants pourraient être la langue la plus proche actuellement existante. La profanation de Hiémal pourrait être une explication de l’inimitié que les géants du givre vouent aux humains. Je vous joins une première étude à ce propos. Nous reprendrons prochainement notre route, en direction du nord de l’Arolavie et du versant sud des monts Hevitur. Courrier envoyé par l’agent Blanc Basilic La geste de Hiémal, renégat de Givreuse En Arolavie et en Lothrienne, les bardes chantent parfois la geste de Hiémal le renégat de Givreuse. «  Hiémal  » signifie « celui qui appartient à l’hiver ». C’est manifestement un surnom traduit, il n’a pas de consonance tumiit. Les détails varient selon les versions, mais la trame principale semble assez sûre. Le récit est toujours accompagné d’une portée morale, dénonçant selon les cas les blasphémateurs atteints d’hybris ou bien critiquant la toute-puissance des dieux. Hiémal était un parangon des adeptes de la déesse mais, alors qu’il était au sommet de sa puissance, il commit une faute. Il refusa les avertissements divins qu’il recevait sous la forme de cauchemars terrifiants et dédaigna les admonestations de messagers surnaturels. Persistant dans l’erreur, il aurait dû perdre tous ses pouvoirs. Pourtant, ce ne fut pas le cas. Personne ne sait précisément comment, mais il parvint à continuer de manier la magie divine. Il y eut un grand schisme dans le culte de Givreuse, entre les fidèles traditionnels de la déesse, et ceux qui considéraient le renégat comme leur guide. Il aurait été vu comme un futur dieu, ou bien au contraire celui qui pourrait émanciper les humanoïdes de la tutelle divine. La magie divine est canalisée par les dieux jusqu’à leurs prêtres. Des érudits estiment que Hiémal aurait découvert un moyen de puiser directement dans la source de la magie divine, sans plus ressentir le besoin d’être approuvé par la déesse qui ne pouvait dès lors plus rien pour le priver de ses pouvoirs. Il pourrait avoir découvert le moyen de puiser à l’énergie primordiale, au-delà des notions de magie profane ou divine. Le sort de Hiémal à l’issue de cette guerre civile n’est pas connu, mais beaucoup pensent qu’il est désormais l’un des prisonniers les mieux gardés de Gémonies. Une autre conséquence du conflit fut la rupture profonde entre humains et géants du givre. Notes de l’agent Blanc Basilic 166 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Les aldarons d’Ündsenoin Tandis que les cités boréales disparaissaient sous les flots, dans la banquise et la neige, plus au sud, dans un Cyfandir au climat désormais bien plus doux, s’épanouissaient les elfes. Créés par les nouvelles fées, ils devaient veiller sur les maelossas et Eana. «  J’avais entendu dire que les elfes bénéficiaient d’un héritage féerique, mais je n’ai pas bien compris en quoi il consistait. – Il est probable que nombre d’elfes et de melessës d’aujourd’hui ne connaissent pas leur origine. Pour comprendre ce qu’il en est, il faut se rappeler ce que sont les fées. Ce sont des intermédiaires entre notre réalité naturelle prosaïque et la nature vivante d’Eana, dans toute sa splendeur du Plan Astral. Les fées sont à l’image de la nature, et réciproquement. Lors de la Chute des Voyageurs, les anciennes fées avaient disparu presque entièrement en même temps que la vie à la surface d’Eana. S’il existe encore d’anciennes fées semblables à l’ancien temps, elles se trouvent quelque part dans l’Inframonde ou dans les profondeurs océaniques.  » Lorsque la vie végétale s’épanouit à nouveau, doucement durant l’Âge de Givreuse et fortement durant l’Âge de Flore, les fées du Cyfandir naquirent à nouveau des jeunes maelossas de la surface. Seulement, les fées sont liées à ces lieux  : elles manquent de liberté de mouvement. Créer les elfes était un moyen de disposer d’agents capables d’aller et venir dans le Plan Matériel.  » Les aldarons actuels perpétuent scrupuleusement leur mission originelle, en défendant les plus anciennes forêts. Ils vinrent du Cyfandir pour rejoindre Ündsenoin. Ils forment à présent une communauté importante, de tradition druidique, dans l’ensemble en bons termes avec les tribus gobelourses qui vivent dans la même région. Contrairement aux aldarons du Cyfandir, ceux du Kaan sont assez ouverts et beaucoup moins portés à attaquer sans sommation. – Je ne connais pas de mentions de présence féerique marquée dans le Kaan, comment cela se fait-il ? – C’est difficile à dire. Il y a beaucoup d’esprits sauvages, peut-être leur présence rend-elle celles des fées de type cyfand moins nécessaire ? Peut-être le Kaan a-t-il subi moins de destructions naturelles, de sorte que les manifestations d’Eana sont plus proches de ce qu’elles sont spontanément ? Après tout, l’arbre Yksittäinen a bien survécu à la Chute des Voyageurs. Par ailleurs, la guerre de l’Aube a donné lieu à moins de ravages sur le Kaan qu’au Cyfandir : ce sont deux environnements naturels et mystiques différents. » 167 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Les échos de la guerre de l’Aube Tahirih connaissait de réputation la guerre de l’Aube qui avait dévasté le Cyfandir et causé la chute de la glorieuse civilisation elfique d’alors, mais ce conflit avait moins marqué les esprits sur le Kaan. Elle examina les notes de Bekasi à ce propos. Par chance pour le Kaan, le Cyfandir avait été la première cible du Chancre. Il s’était agi, par l’intermédiaire du Cauchemar, de détruire ou soumettre les elfes. À la même époque, il existait une civilisation kaani métisse composée de nombreux merosis, surnommée Dalain’khümüs, c’est-à-dire le peuple de la mer. Ces pêcheurs et pirates alternaient les phases de diplomatie et d’attaque des cités elfiques du Cyfandir. Ils furent témoins de l’horreur qui frappaient leurs splendides rivaux et comprirent que la menace était d’une exceptionnelle gravité. Ces merosis prirent pour certains part aux combats au Cyfandir, ce qui leur valut le privilège d’être qualifiés de « peuples piliers ». D’autres retournèrent au Kaan pour prévenir du danger. Les druides d’Ündsenoin avaient également ressenti de leur côté un grand trouble, mais ils ne pouvaient s’en représenter la gravité ou la nature, tant elle dépassait tout ce qui était connu. Les nouvelles arrivaient de toutes parts. Les géants des pierres étaient les meilleurs connaisseurs de l’Inframonde dans le Kaan, suivis par les kobolds. Ces peuples avaient été en première ligne pour se rendre compte de ce qui se passait et mettre des mots sur le cataclysme. Les combats contre les hordes de ravageurs se déroulèrent pour beaucoup sous terre, dans les domaines des géants des pierres. La guerre coûta beaucoup à ce peuple, mais en définitive, le sacrifice fut fructueux, car la tragédie de la guerre de l’Aube au Kaan paraissait presque supportable au regard de ce qui s’était déroulé au Cyfandir. «  J’imagine qu’un récit de la guerre de l’Aube fait par les géants des pierres serait d’une tonalité plus sombre. La quasi-extermination de leur peuple pour sauver la surface ne leur aura valu qu’une reconnaissance assez légère de notre part », remarqua Tahirih. 168 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Ère des Rois destinés andis que la lumière déclinait dehors, Bekasi alluma les éclairages de son bureau. Tahirih considéra les feuillets suivants en essayant d’évaluer le temps de lecture et d’analyse qu’ils représentaient. Elle alla à la porte demander aux serviteurs dehors de lui apporter une collation. Quelques minutes plus tard, on toqua en lui apportant un plateau composé de café, de galettes, de fromage de brebis et de poivrons corne-de-bœuf vinaigrés, ainsi que de petits gâteaux au miel et à la cannelle. Travailler pour un être qui ne connaissait plus la fatigue depuis des décennies imposait parfois des séances d’études vespérales. Les successions d’empire « Je lis ici que les empires et royaumes éphémères de l’Ère des Rois destinés ont été très nombreux, avec des relations complexes faites de serments, de trahisons, de mariages et de guerres incessantes. Comptez-vous tous les recenser ? – Ce serait assez remarquable, mais il me faudrait sans doute des décennies, peut-être des siècles de travail pour écrire des chroniques exhaustives sur toutes les cités-états, tous les royaumes, tous les empires du Kaan.  » Le voyageur qui se risque dans les désolations de Khoosrol se rend sur une terre autrefois prospère, que se disputaient les gens de la steppe et ceux des montagnes. Les terres des sources de Manbalarer constituent une immense et riche forteresse, dont les nombreuses vallées abritèrent des sanctuaires sacrés, des royaumes de vassaux des rajah d’Ajagard ou les domaines de dragons honorés comme des dieux. – Serait-il opportun d’en décrire quelques-unes uniquement pour donner un aperçu à votre lecteur de la diversité des destinées ? » Les cités d’argile Bekasi commenta tout en notant ses idées pour un futur chapitre dédié : «  Les plus proches de nous sont les cités d’argile qui appartiennent aujourd’hui nominalement à l’empire kaani. Elles étaient alors des entités politiques indépendantes. Certaines paraissent vouloir revenir à cet état antérieur, mais sont prudentes dans leurs intrigues. Elles étaient toutes rivales, cherchant à tous prix à se distinguer des autres par l’édification de temples et de ziggourats plus somptueuses les uns que les autres. Chaque ville était fière d’avoir sa propre vision des dieux honorés, voire de célébrer un dieu local, un héros qui avait atteint la Forge du Destin. Parfois des hospodars diaboliques recevaient une place d’honneur. Certains souverains croyaient pouvoir espérer davantage de ces êtres que des dieux.  » La magie noire des désolations, celle qui anime les spectres et les golems, est héritée de cette époque. Certains arcanistes espéraient par l’invocation de fiélons disposer d’armes qui leur confèrerait un avantage décisif. Xonim elle-même étudia les recueils de nécromancie et d’enchantement d’alors. » L’empire de Bail Tandis que Bekasi écrivait sur les cités d’argile, Tahirih lisait les papyrus qui évoquait le peu qu’on savait sur d’autres empires. Celui de Bail s’était étendu sur la mer et n’avait touché le Kaan que superficiellement, dans certaines villes côtières. Il honorait une divinité à tête de taureau et liée au destin, apparemment nommée Bhaagykabail. C’était l’un de ces dieux mineurs de l’Ère des Rois destinés, un héros devenu dieu, mais qui n’avait pas su s’imposer ni demeurer dans le temps. L’empire de Bail, en définitive, était surtout connu pour avoir édifié des sanctuaires comprenant des labyrinthes à vocation d’initiation et d’ordalie. Les minotaures étaient les derniers témoins de cette religion. 169 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Depuis, ils avaient été assimilés par certaines sectes honorant Tamerakh. « Qu’est-il advenu de ces dieux oubliés ? demanda Tahirih. – Certains ont été absorbés par le Cauchemar. On suppose que certains ont pu rejoindre l’essence d’autres dieux. Dans le Plan Astral flottent aussi des vestiges fossiles de domaines divins, les restes de dieux morts, si tant est que la notion de mort s’applique à de telles entités. J’ignore ce qui peut coûter la vie à un dieu… Peut-être leurs vœux dans la Forge du Destin furent-ils imparfaits et leur fin fut-elle entraînée par une faille de formulation ? Peut-être tentèrent-ils de manipuler des puissances qui les dépassaient  ? J’ai entendu parler d’une mystérieuse dimension dans laquelle évolue le lamentrope, un monstre éternel et immortel qui s’en prend implacablement à tout ce qui cherche à modifier la trame de l’espace et du temps. Tous les arcanistes apprennent à le craindre. –  Il y a donc des choses qui peuvent vaincre les dieux ! –  La Forge du Destin est une «  chose  » qui les crée, alors pourquoi ne pourraient-ils pas être détruits ? » L’épopée de Tamerakh L’épopée de Tamerakh clôtura l’ère des Rois destinés. Après lui, la lune Éternité rayonna moins fort – jusqu’à très récemment. Tout le monde connaissait le merosi qui devint dieu et ramena sa mère d’entre les morts pour lui offrir l’ascension divine. Chaque peuple du Kaan avait une anecdote ou une tradition évoquant le premier grand ezen et les héros de sa Horde. On se transmettait depuis des siècles les épées et bijoux portés alors, conservés précieusement, qu’ils fussent enchantés ou non. Une grande partie de ce que l’on sait de Xonim et de Tamerakh provient du livre sacré des Versets de minuit, fruit des révélations d’Élus de la déesse. Autrefois prêtresse humaine de Mort, elle avait tenté de façonner son destin puis celui de son fils, en devenant la troisième épouse du souverain orc, Khüch’adal, et mère de son cinquième enfant, Tamerakh. Avec le temps, entre l’entremêlement des traditions orales et des prêches religieux des adeptes de Xonim et de Tamerakh, il est difficile de dénouer la vérité du mythe. 170 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Une conquête intransigeante Si l’efficacité de Tamerakh – toujours conseillé par Xonim, jusqu’à la mort de cette dernière – ne fait de doute pour personne, son sens moral a été fortement questionné. Même racontée par des fidèles, son histoire est riche d’opposants éliminés ou ne devant la survie qu’à leur fuite. Les géants des pierres et les orcs des Iruuls sont connus pour avoir refusé d’obéir et avoir été contraints à disparaître, dans l’Inframonde ou dans les régions les plus inaccessibles des montagnes. Au sein de sa propre famille, Tamerakh tua ou fit tuer tous ceux qui auraient pu prétendre à une forme de légitimité à sa place. Sa fratrie nombreuse se partagea rapidement entre ceux qui acceptaient de devenir ses généraux, et ceux qui croyaient – à tort – avoir une chance de le vaincre. Une fois les tribus de la steppe unies sous sa férule, Tamerakh fit tomber une à une les cités d’argile et les cités-états du Kaan. L’exemple tragique de Megem fut une leçon pour tous, et de plus en plus de contrées étaient prêtes à se rendre, négociant le paiement d’un tribut pour sauver les vies de leurs populations. La leçon de Megem Megem était une ville riche et prospère, dotée par ailleurs de solides défenses. Lorsque ses habitants entendirent parler de la Horde de Tamerakh, ils s’imaginèrent qu’il s’agissait simplement de pillards des steppes un peu plus nombreux que d’habitude, mais ils avaient confiance en leur armée et en la solidité de leurs alliances. Tamerakh vint assiéger Megem, il la somma de se rendre. Trop fière pour reconnaître la grandeur de celui qui deviendrait un dieu, elle le traita avec arrogance et le méprisa de ses hautes murailles. Furieux et déterminé, l'ezen s’assura qu’aucun allié ne viendrait et crucifia tous les messagers, tous les renforts, tous les fuyards. Depuis la ville, on voyait les routes marquées par l’agonie de ceux qui voulaient en partir ou y venir. Megem aurait-elle pu tenir le siège ? Elle fut en tous cas trahie par certains qui croyaient pouvoir acheter une place de choix auprès de Tamerakh. La famille Lakhmis, de haute naissance, ouvrit les portes contre la promesse d’être placée au sommet de la main de Tamerakh lui-même. Las ! La ville fut pillée et la population intégralement massacrée. On forma à l’entrée de la cité une pyramide de têtes tranchées. Les Lakhmis s’indignèrent, mais Tamerakh leur dit alors  : «  Je n’ai que faire de traîtres et de lâches, mais je tiendrai ma parole. Je trancherai vos têtes moi-même et la déposerai au sommet de la pyramide des morts. » Le conquérant tint parole, gravissant le macabre monticule pour y déposer les têtes honnies des Lakhmis. Récit oral dit de la leçon de Megem Les versions de la chute de Mangulik Native du Kaan, Tahirih avait déjà entendu bien souvent les récits évoquant l’histoire de Tamerakh. Elle lisait rapidement les suites de batailles, les temps forts stratégiques, les drames de la vie intime du souverain. «  Il n’y a encore rien d’écrit à propos de la destruction de Mangulik, s’étonna la guerrière. –  Oui, je me demandais quelle version favoriser dans mon ouvrage. Il en existe plusieurs et toutes sont également crédibles en l’absence de données complémentaires. » 171 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Le choix de la version de la destruction de la capitale Il existe plusieurs versions de l'histoire qui décrit la chute de la capitale Mangulik. La vérité aura de l’importance pour un aventurier qui serait prêtre de Tamerakh, la perception de sa divinité pouvant en être influencée. À la discrétion du meneur, certaines options peuvent se combiner. Le sacrifice d’une population pour gagner une double divinité Il n’est possible de se rendre à la Forge du Destin qu’une seule fois pour un seul vœu. Tamerakh avait acquis la divinité pour lui-même, mais il voulait aussi la donner à sa mère Xonim, par ailleurs décédée et demeurant dans le domaine de Mort. L’immense massacre de Mangulik était nécessaire pour assurer la divinisation de sa mère. Cet acte terrifiant put avoir un rôle différent dans les plans de l’ezen selon les choix du meneur. Utiliser l’énergie vitale. La mort simultanée d’une population entière permet dans cette option de dégager autant d’énergie que lorsqu’on formule un vœu dans la Forge du Destin. Si le rituel est connu, il pourrait inciter des déments à l’accomplir pour leur propre bénéfice. Diversion. La mort instantanée d’une population cause un trouble majeur dans le domaine divin de Mort. Grâce à cette diversion extrême, Tamerakh put libérer Xonim de l’endroit où elle était retenue. Dans cette option, Tamerakh sait comment provoquer l’ascension d’une âme de son choix. Il pourrait donc à l’avenir créer de nouveaux dieux. La trahison des rivaux Dans cette variante, Tamerakh disparut de la surface d’Eana pour se rendre dans la Forge du Destin, mais ses contemporains l’ignoraient. Ses généraux et sa population constatèrent seulement le départ du souverain. Il en résulta un grand chaos et une lutte pour la succession. Lorsqu’enfin Tamerakh atteignit la Forge du Destin après avoir traversé le labyrinthe, il comprit que ses fidèles ne croyaient pas en lui. Trahison objective. Dans cette variante, Tamerakh avait préparé son ascension, mais elle avait été sabotée par ses généraux et serviteurs. Il réussit malgré tout à survivre à la traversée du labyrinthe, mais était furieux. Voyant non seulement qu’il avait été trahi mais que son héritage était l’objet de querelles méprisables, il détruisit sa cité terrestre pour enseigner qui il était désormais. Colère divine. Tamerakh, dans cette version, fut profondément ébranlé par son ascension et considérait le monde d’une manière très différente de celle de son vivant de mortel. Il voyait ses successeurs indignes, il voyait l’imperfection de son œuvre terrestre, et frappa la cité pour la détruire. Le nécessaire anéantissement au service d’un bien supérieur Devenir un dieu change profondément un être. Tamerakh fut frappé par la nouvelle compréhension de la réalité qu’il avait désormais. Il pouvait voir des futurs probables, il pouvait présider aux destinées, et comprendre comment hasard et volonté s’entremêlent pour tisser les événements. C’est en étudiant les signes qui lui apparaissaient qu’il comprit avec horreur que quelque chose n’allait pas à Mangulik. Détruire les armes. Il fallait détruire certains des plus puissants artefacts de la cité pour protéger le monde contre une escalade de violence catastrophique qui risquait de provoquer la perte de bien plus que quelques villes. Tamerakh devait sacrifier Mangulik, sa capitale bien-aimée, pour protéger Eana. Détruire le savoir. À Mangulik, les serviteurs de Tamerakh avaient acquis une expertise dans le domaine de la destruction. Leur savoir et leurs expériences atteignaient un stade critique au-delà duquel il n’y aurait plus de retour possible en arrière. Pour éviter l’escalade de violence catastrophique qu’il pressentait et pour s’assurer que personne ne pourrait ne serait-ce que répandre l’idée qu’une telle puissance avait été possible, il fallait sacrifier Mangulik tout entière. La perte de contrôle sur la tarasque Si les dévastations sont associées à Tamerakh, elles peuvent aussi être objectivement le fait d’une autre force. Dans ces options, la tarasque est au cœur des événements. Une arme de Tamerakh dépourvue de maître. Dans cette version, la tarasque était l’une des armes de Tamerakh, mais le contrôle de cette créature fut perturbé au départ du souverain. Il s’agissait peut-être d’une querelle entre successeurs, ou bien d’un problème plus profond, impliquant que la tarasque devait être tenue par une créature dotée d’une puissance exceptionnelle. Dans tous les cas, la ville de Mangulik fut en réalité dévastée par le monstre et non par Tamerakh. Celui-ci intervint même peut-être pour faire cesser le carnage en renvoyant la tarasque sommeiller. Une attaque ennemie. Tamerakh avait conquis de vastes territoires, mais il avait encore des ennemis nombreux, dissimulés et déterminés. Certains avaient préparé une arme qu’ils espéraient fatale pour abattre le tyran sanguinaire. Ils lancèrent la tarasque sur Mangulik. La ville, privée de son meneur charismatique était fortement perturbée et subit de plein fouet 172 l’attaque cataclysmique. Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Ère des nouveaux royaumes ekasi notait encore des points à clarifier ou à développer pour la reprise de son texte. Elle fit signe à Tahirih qu’elle pouvait partir. La nuit était tombée et de ponctuelles lanternes perpétuelles balisaient le chemin. Plus de mille ans séparaient la fin de l’empire de Tamerakh des temps présents. Depuis cette époque, les descendants de membres éminents de la première Horde n’avaient cessé de réclamer des postes d’importance, dans les tribus ou les cités d’argile. Leur noblesse d’épée se mêlait à celle des anciens rois, qui avaient souvent le lion, le griffon ou l’hippogriffe comme emblème. Aujourd’hui les terres du Grand Kaan étaient morcelées. Les héritiers autoproclamés de Tamerakh régnaient à Khaalgany, leur autorité s’étendant surtout aux cités d’argile des côtes et le long des fleuves, la steppe ayant toujours suivi sa propre voie. Il y avait toujours un empereur kaani, mais son pouvoir n’était plus que l’ombre de celui du fondateur du pays. Désormais, la principale puissance était l’empire de Kartaçöl qui aspirait à conquérir le Grand Kaan tout entier, depuis les sources de Manbalarer jusqu’aux confins glacés du Septentrion. La situation actuelle n’était qu’un équilibre précaire que Bekasi et Tahirih cherchaient à maintenir, à défaut de pouvoir abattre totalement la menace. 173 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Noms typiques du Septentrion Les peuples du Septentrion parlent souvent plusieurs langues. La plus commune est appelée simplement nordique, mais il existe quantité de dialectes. Certains dérivent de la langue parlée dans l’ancienne civilisation boréale : le tumiit. Prénoms féminins Agda. Ajke. Alfdis. Astrij. Bera Calda. Carja. Daghild. Digrid. Drifa Ebba. Eldrid. Erkja. Finna Ganhild. Gudrun. Gunna. Hellny. Huldjis. Idjis. Inge. Ingva. Janike. Jigrid. Katja. Kerhild. Lertrud. Lojda. Magda. Magnhild. Mirja. Nanhild. Nudrun. Olga. Olja. Orva. Päivi. Pihlaya. Qullik. Reidun. Rikke. Rita. Sigbritt. Signhild. Siri. Sivanu. Sivja. Solveig. Svea. Tanja. Turid. Udrun. Urja. Vega. Vibeke. Vilma. Ylva. Yrhild. Prénoms masculins Anautak. Ansgar. Arvid. Asbjorn. Bjarn. Bror. Carl. Cromir. Dalgrik. Dekleif. Egill. Ekbjorn. Erling. Finkel. Frejof. Gjerson. Gudmar. Gunner. Hagen. Halvar. Holmfried. Hrafn. Illutak. Ingmar. Ivarr. Jarl. Jorgan. Kjell. Knutt. Leif. Leifson. Melker. Mjoll. Naring. Nils. Olaf. Oovaut. Orjan. Orvar. Osbern. Patulik. Ragnar. Rikvir. Rorik. Qinuajuak. Sigvard. Skeggi. Styrbjorn. Sverker. Torkel. Ulfson. Ulvar. Vagder. Valdemar. Vidar. Wilfrid. Yngve. Ysmir. Nom de famille Les nordiques ont des usages variés pour compléter le prénom, propres aux différentes tribus. Une tribu est un groupe élargi, partageant les mêmes coutumes, les mêmes traditions et les mêmes lois. Elle est composée de clans – plus petite unité culturelle – et de familles. Totem de la tribu. Dans ces groupes, le nom de famille est celui du totem. On pourra ainsi être Yngve de l’Ours blanc. Pour ces populations, le nom reflète l’importance accordée au sacré : les individus placent leur existence sous le signe de leur totem. Lignage par genre. Chez certaines groupes prime le lignage qui permet de remonter de parent en parent jusqu’aux ancêtres fondateurs. Les femmes sont « filles de » leur mère, elle-même fille de sa mère et ainsi de suite ; réciproquement les hommes sont « fils de  » leur père, lui-même fils de son père, etc. Connaître les hauts faits de chaque ancêtre du lignage est important car cela permet de s’inscrire dans une histoire vivante dont on constitue une nouvelle étape. À charge pour l’individu de se montrer digne de l’épopée qui s’écrit depuis les origines du clan. Nom de lieu. Les membres de ces tribus s’attachent particulièrement à un lieu qui est leur foyer et qui peut aussi comporter pour eux des sites sacrés. On parlera par exemple de la tribu des chutes de la Miqunuk. Nom décliné d’un grand ancêtre. Le lien entre les membres du groupe est basé sur la filiation à un ancêtre glorieux dont on pense qu’il est devenu un sednae protecteur – un céleste qui se rend dans le Septentrion lors des aurores boréales et qui veille sur ses descendants. L’usage pour créer un nom de tribu d’après un ancêtre commun est d’ajouter un suffixe  :  –ide ou   –him dans les contrées australes, et –ak pour les langues les plus marquées par l’influence du tumiit. On pourrait ainsi parler de la tribu des Ôkatuqnupak. Septentrion omaine de Givreuse, le Septentrion s’étend dans les contrées polaires, depuis les forêts froides de la taïga au sous-sol gelé en permanence jusqu’à l’extrême nord de la banquise battue par les vents polaires. Malgré la difficulté de vivre dans ces régions, des communautés, essentiellement humaines et gobelourses, se sont adaptées. Elles vivent selon une organisation tribale avec des principes traditionnels inspirés par une nécessaire symbiose avec la nature. Leur point commun est un attachement farouche à leur liberté d’agir et de circuler, qui resserre leurs groupes autour de cellules de quelques dizaines de personnes. La confrontation avec les puissances sublimes d’une nature farouche forge leur caractère et modèle leur sens de l’honneur. Dans ce chapitre, cinq territoires placés sous le regard de la Vieille de l’Hiver sont abordés : La colonie de la Boréïa, fondée par la Cyrillane ; Ündsenoin, la forêt primaire et terre sacrée des druides ; Kokciqusqacu dit le Grand Nord, domaine des éleveurs de rennes et des géants du givre ; Yotumkupatunsh, dit aussi simplement Yotum, territoire des glaces affamées et du blizzard ; Les Gémonies, plan maléfique dirigé par l’hospodar Askinos. 174 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


La colonie de la Boréïa endant des siècles, les tentatives pour établir des civilisations urbaines au nord du fleuve Asmandariya – frontière conventionnelle entre le Septentrion et le Kaan – échouèrent systématiquement. Alors même qu’il faisait face à des tensions internes déjà fortes, l’empire cyrillan était déterminé à prouver sa grandeur intacte. Il entreprit de conquérir ces terres, concevant une mission de colonisation qui demeure encore aujourd’hui un succès. Hélas, ses coûts immenses furent peut-être l’une des causes de la chute de la dynastie Kadméïde. Coupée de la mère patrie plongée dans une guerre civile, la Boréïa est de facto un pays indépendant dont la population doit désormais survivre par elle-même, sans espérer de renforts. Le général Atrée et sa légion doivent défendre leurs terres à la fois contre les géants du givre et les ambitions de Kartaçöl (cf. chapitre Kaan : Kartaçöl). Noms typiques en Boréïa Les noms des habitants de Boréïa proviennent pour beaucoup de leur Cyrillane natale. Certains cherchent néanmoins à les adapter à leur nouveau pays, parfois en modifiant les terminaisons ou les surnoms. Prénoms féminins Admété. Aglaïa. Aithra. Aithilla. Alekto. Alkyoné. Althaïa. Amalthée. Andromède. Antigone. Antikléa. Arachné. Ariadnè. Arisbé. Arsippé. Astérié. Atalante. Atropos. Avile. Briséïs. Chryséïs. Créuse. Cyrène. Danaé. Daphné. Déidamie. Dioné. Dirké. Eidothéa. Élara. Électre. Endéis. Ényo. Éos. Éphyra. Éris. Eurydice. Hespéris. Ida. Ilia. Ino. Io. Iole. Iphtimé. Kassandra. Kéto. Killa. Lachésis. Lamia. Laodiké. Léda. Léto. Licinie. Maïa. Mettie. Myrrha. Naïs. Nausikaa. Néphélé. Niobé. Nyktéis. Nyx. Octavie. Pasithéa. Peïtho. Phylira. Psamathé. Sophie. Thalia. Theia. Thémis. Thémisto. Prénoms masculins Aiétès. Agrippa. Akamas. Akarnan. Akastos. Amyntor. Amyklos. Appius. Arcadius. Aspar. Aulus. Borée. Derkynos. Dryas. Faustus. Caïus. Carinus. Constantin. Éryx. Haimon. Hostus. Itys. Kadmos. Kalaïs. Kalchas. Julien. Léto. Lucius. Lykos. Magnus. Mamercus. Marcus. Marius. Maxence. Ménas. Mettius. Maximus. Numerius. Octavius. Opiter. Ophis. Oreste. Pélias. Phinée. Phoinix. Quartus. Quintus. Rhakios. Secundus. Septimus. Sertor. Sévère. Sextus. Skiron. Talaos. Tantale. Télamon. Tertius. Thersite. Titus. Valentinus. Vibius. Volesus. Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Nom de famille Le nom de famille peut être un ancien surnom transmis de génération en génération. Le nom se termine souvent en –us/–er en hommage à un ancêtre masculin et –a/–ix en hommage à un ancêtre féminin. Voici quelques exemples de patronymes communs : Acilius/Acilia. Aelius/Aelia. Albinus/Albina. Anicius/ Anicia. Atius/Atia. Caelius/Caelia. Decius/Decia. Gellius/Gellia. Horatius/Horatia. Julius/Julia. Laelius/ Laelia. Mélissèner/Mélissènix. Mucius/Mucia. Skléros/ Skléra. Terentius/Terentia. Ulpius/Ulpia. Valerius/ Valeria. Vibius/Vibia. Les aristocrates préfèrent souvent la mise en avant du nom de leur lignée. Lorsqu’on désigne une lignée, notamment aristocrate, on accole le suffixe –ide au prénom du fondateur. Ainsi les Kadméides sont-ils les descendants d’un dénommé Kadmos. Les temps forts de la colonisation de la Boréïa Les dates ci-après sont indiquées dans le calendrier de la république de la Cité Franche : 299. La compagnie d’aventuriers de la Flèche d’or explore les alentours du fleuve Uposkesio et le site de ce qui deviendra par la suite Katafygia. Il s’agit alors de cartographier la zone au maximum et d’identifier les ressources et les périls. 301. À la suite de la présentation du rapport de la Flèche d’or, la colonisation de la Boréïa est décrétée. Elle commence par l’établissement de contingents limités, ici une vingtaine, là une cinquantaine. Ces premiers colons doivent confirmer la viabilité des sites pressentis. Pratiquement chaque année après la proclamation du décret de colonisation, des groupes de colons tentent leur chance. Certains camps sont détruits par des géants du givre, d’autres ne passent pas l’hiver  ; certaines populations enfin disparaissent sans explication. 316. Les résultats mitigés des premières expériences de colonisation ne découragent pas l’empire et l’incitent au contraire à employer les grands moyens. Le général Atrée et la 8e légion sont appelés à stationner de manière permanente dans la colonie de la Boréïa. Leur mission est de consolider les frontières et de les étendre autant que possible, en s’appuyant sur un réseau de forts et de routes. Les 5 000 légionnaires sont soutenus par des cohortes civiles d’au moins 20  000 artisans, paysans et marchands. Ces colons reçoivent très facilement des terres qu’ils ont à charge de défricher et développer. Dans les années qui suivent, la population croît à mesure que des aventuriers et des familles viennent en quête d’une nouvelle vie. 331. Présent. La colonie n’a plus de contact avec la métropole en proie à une guerre civile suite à la chute de la dynastie Kadméïde. Les colonies perdues Je me suis souvent demandé depuis mon arrivée comment il se faisait que la Boréïa prospère – même si elle connaît de mauvais moments – tandis que les colonies précédentes ont toutes échoué à s’implanter durablement. Cette question, d’autres que moi se la posent à Fort Anoigma. Le général-gouverneur Atrée doit penser qu’il est plus prudent d’anticiper les problèmes que de les découvrir avec effroi au plus mauvais moment. Même si la légion est bien organisée et jouit d’un grand prestige ici, elle ne dédaigne jamais de faire appel à des auxiliaires aventuriers pour des missions circonscrites. L’exploration préalable et l’enquête en particulier peuvent être confiées à des personnes de confiance extérieures à l’armée. Beaucoup de rumeurs circulent sur les colonies perdues. On parle de dragons blancs dont la seule présence aurait causé un mal mystérieux qu’on nomme le sommeil glacé. Des géants du givre seraient venus à bord de leurs vaisseaux de glace, ou bien par les terres, tuant certains, avant de les relever sous la forme monstrueuse de morhâves, qui attaqueraient ensuite leur propre communauté sous les ordres du porteur d’une amulette maléfique. On évoque aussi la famine ou la folie furieuse, qui s’empareraient de malheureux au cœur de l’hiver. Pour survivre, des désespérés auraient pactisé avec l’hospodar diabolique Askinos le buveur de douleur, seigneur des Gémonies, en lui sacrifiant leurs proches pour être sauvés. D’autres auraient offert leur âme au prince démon Gegaôr la bête furieuse. On dit qu’ils se seraient enfuis dans les terres sauvages sous la forme de loups monstrueux, mangeurs de chair humanoïde. Quant aux victimes qui survivent à leur assaut, elles seraient maudites et rejoindraient leurs rangs. Sitôt que quelque chose se passe mal, il est des gens pour croire que des sorciers et des adorateurs de fiélons sont à l’origine de l’incident. Il y a quelques années, cette angoisse ne touchait qu’une petite partie de la population, mais depuis la chute des Kadméides en Cyrillane, la peur est plus forte. Il faut lui donner un sens, une forme que l’on peut maîtriser et tuer. Extrait du journal de Lysidiké, érudite, marchande, tisserande et aventurière, propriétaire de la boutique de la Toile chamarrée à Katafygia 176 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


YOTUMKUPATUNSH, LES GLACES AFFAMÉES Terre des géants du givre KOKCIQUSQACU, LE GRAND FROID ÜNDSENOIN, LA FORÊT PRIMAIRE Colonie de la Boréïa Portail vers les Gémonies Colline des Arbres emmêlés Bois des Lucioles d'Eana Yksittäinen Puits des Aulnes Piliers de la Création Menhir de l'Arpenteur Cairn du Nouveau-né Bains de la Louve folle Trophée de la Longue chasse Fleuve Uposkesio Fleuve Asmandariya 0 km 500 km Ômki Akomuk Katafygia MONTS KUPATW A C UW VERS LE KAAN Katafygia La capitale de la colonie est une ville portuaire construite avec rigueur, à l’allure de fort militaire. Les bateaux peuvent s’abriter des vents dans la baie et les solides défenses sont conçues pour faire face aux attaques de géants du givre ou de dragons blancs. Essentiellement construite en bois, la cité s’étend depuis la mer et le long du fleuve Uposkesio, jusqu’aux collines proches, dominée par Fort Anoigma, le premier fort de la colonie, où demeure le général Atrée. La routine de l’eau à Katafygia Chaque matin, ils me réveillent. Depuis le temps, ça ne devrait plus me déranger... Rien à faire, j’entends toujours les chiffonniers prendre les poubelles triées et les charger dans des charrettes dédiées. Il n’y a pas d’égout ni d’eau courante : sans eux, ce serait vite infernal. Ils travaillent sous la supervision de la légion, et amènent les déchets au dépotoir, à côté du port. Il y avait autrefois des ruisseaux dans la forêt où serait bâtie Katafygia. Le puits de Fort Anoigma est toujours alimenté par ces sources, en revanche, cette eau est insuffisante pour la population de plus en plus nombreuse. Bien qu’un large fleuve coule à proximité, il n’est pas toujours évident d’en avoir. Des citernes permettent de collecter l’eau de pluie. On en trouve un peu partout, aux coins des maisons, en bas des gouttières. Une des pires craintes des habitants est d’être empoisonnés, par des tribus hostiles ou des serviteurs de fiélons. À ma connaissance, c’est une peur qui ne s’est jamais concrétisée. En complément de cette ressource personnelle, des porteurs d’eau descendent plusieurs fois chaque jour pour puiser l’eau du fleuve et la vendre en ville. Ils rechargent aussi les citernes proches des remparts, qui sont prévues pour éteindre d’éventuels incendies. La ville est presque entièrement construite en bois, nous craignons autant les incendiaires que les empoisonneurs. Extrait du journal de Lysidiké, érudite, marchande, tisserande et aventurière, propriétaire de la boutique de la Toile chamarrée à Katafygia L’organisation de la 8e légion La 8e légion de 5 000 soldats est divisée en 10 cohortes, dirigées par autant de commandants. En Boréïa, les cohortes sont chacune affectées à la surveillance d’un territoire, ces régions grandissant en même temps que le pays. Chaque cohorte comprend 5 centuries dirigées par un centurion. Ces groupes peuvent, selon les besoins, être spécialisés pour un type de mission ou plus généralistes. Une centurie est divisée en 10 décuries, chacune dirigée par un décurion. Enfin, l’échelle inférieure de groupe est la manicle qui compte de 4 à 6 membres. Les groupes d’aventuriers sont typiquement considérés comme des manicles du point de vue de la légion. 177 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


10 11 12 15 13 14 1 2 3 4 5 6 7 9 8 Katafygia, capitale de la Boréïa 1. Village de Psaras 2. Rochers des naufragés 3. Vers le village de Koila 4. Forêt de la rive ouest 5. Port de Katafygia 6. Dépotoir 7. Forum couvert 8. Brasserie de l’âme 9. Ambassade de Kartaçöl 10. Fort Anoigma 11. Le quartier du feu 12. Camp de tentes 13. Temple de Flore 14. Temple de Forgeron 15. Temple de Givreuse Lieux emblématiques de Katafygia Village de Psaras On accède au village de Psaras en empruntant le bac depuis le port de Katafygia. Cette localité est essentiellement peuplée de pêcheurs et collecteurs. Dès l’enfance, on part à pied vers les Rochers des naufragés, au sud-ouest, tandis que d’autres partent vers le fleuve ou la mer. Rochers des naufragés Il y a quantité de moules et coquillages  ; on y récolte des homards dans des casiers, ainsi que des algues comestibles qui finissent souvent en soupe. La bonne humeur des collecteurs ne doit pas faire oublier le danger. Le site doit son nom aux nombreux drames causés par ses récifs. Il est envisagé d’édifier un phare, mais les premiers préparatifs en ce sens ont accumulé les accidents. Les moyens limités de la colonie de Boréïa ont dissuadé jusqu’à aujourd’hui de persévérer. On raconte que des fantômes ou d’autres morts-vivants y rôdent sitôt la nuit tombée, dissimulés durant le jour dans les nombreuses grottes marines. Des esprits plus rationnels pensent que ces monstres sont en réalité des contrebandiers, des voleurs et des sectateurs qui y ont installé repaires et lieux de culte. Village de Koila Il faut gravir la colline par un chemin sinueux, dont la pente est souvent raide, pour atteindre Koila. Fondé par des fermiers et des artisans unis par l’appartenance au même courant religieux rigoriste de la Forge d’âme, il se présente comme un lieu accueillant dont tous les habitants sont vêtus selon les mêmes codes, dans un strict souci d’égalité. La doctrine recommande de lutter contre le chaos par la discipline et la droiture dans tous les aspects de la vie, qu’il s’agisse de la parole, de l’artisanat, du jardin ou des vertus. Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Le village est conçu selon un plan régulier autour de deux rues principales se croisant. Quatre lieux importants pour les habitants furent édifiés : au sud, le portail d’accueil dans la communauté ; au nord, le « manoir », c’est-à-dire la demeure fortifiée de la cheffe du village, Antonia Cistera ; à l’est, la forge qui est aussi le temple de Forgeron ; à l’ouest, au couchant, le cimetière, où l’on allume régulièrement des flambeaux pour prier en faveur du pèlerinage ultime des âmes des défunts qui se rendent dans le domaine divin du grand dieu. Forêt de la rive ouest Tandis que la forêt de la rive est du fleuve Uposkesio a été largement défrichée, de grandes portions à l’ouest sont encore intactes du fait du terrain accidenté. Les bûcherons concentrent leurs efforts sur les bois les plus accessibles. Port de Katafygia Le port de Katafygia est presque un village avant la ville, avec son marché aux poissons, ses entrepôts et ses tours fortifiées à l’extérieur des remparts ; l’une d’elles fait office de phare de fortune. Les navires s’amarrent aux embarcadères en bois. L’un d'entre eux est réservé pour le bac de Psaras, d’autres aux pêcheurs. Poissons et fruits de la mer constituent une part importante de l’alimentation locale. Beaucoup de gens ont un petit bateau pour améliorer l’ordinaire. Dépotoir Situé à l’est du port, le dépotoir reçoit les déchets du port, mais aussi de toute la ville. Les chiffonniers sont chargés d’assurer la salubrité, sous la tutelle de la légion. Il n’y a pas d’égout : chaque matin, ils collectent les déchets et nettoient autant que possible les rues. Forum couvert Le marché de Katafygia est situé approximativement à son centre. Appelé « forum », il est conçu dans un style qui rappelle la lointaine Cyrillane, mais a été adapté aux rigueurs du climat. On entre dans le bâtiment rectangulaire par quatre grandes portes. À l’intérieur se trouvent des étals permanents et des boutiques tout le long de l’enceinte, bien à l’abri des intempéries. Comme en beaucoup de lieux à Katafygia, l’éclairage diffus provient de fenêtres dont les vitres sont en peau cirée. Une galerie à colonnades entoure une petite cour sur laquelle les jongleurs et musiciens expriment leur talent à la belle saison. Brasserie de l’âme Il y a peu de nains en Boréïa, mais les sœurs Leghals voyaient la colonisation comme une opportunité. Pour elles, il s’agissait tout à la fois de créer des bières uniques aux saveurs du Septentrion, et d’accueillir des clients dans leur taverne. Elles purent installer leur établissement à un angle de rue entre le forum et le jardin du temple de Flore. C’est un des hauts lieux de la convivialité à Katafygia, et beaucoup de légionnaires y passent volontiers leur temps libre. C’est l’endroit idéal pour faire des rencontres et entendre les derniers potins bien au chaud. Ambassade de Kartaçöl L’ambassade de Kartaçöl est le domaine d’Inci d’Easafir. Il s’agit d’un riche bâtiment de plusieurs étages, peint avec goût dans des tons dominants jaune doré. De nombreux réfugiés aristocratiques de Cyrillane y logent ou y passent simplement du temps dans les salons. L’ambiance feutrée des espaces ouverts au public donne l’impression d’évoluer dans une cour noble en exil. On discute volontiers de politique et on bâtit de nombreux plans, des plus pragmatiques aux plus chimériques, des plus simples aux plus retors, et on a souvent besoin d’aventuriers pour les mettre en œuvre. Fort Anoigma Hautement sécurisé et toujours prêt à réagir à un assaut de dragon blanc, Fort Anoigma est une ville au-dessus de la ville. Il a en particuliers ses puits, ses dortoirs, ses réserves, sa forge, et un petit temple dédié à Forgeron, protecteur de la légion et de tous ceux qui entreprennent de défricher de dangereuses contrées sauvages. C’est ici que l’on décide où seront édifiés les nouveaux forts, quelles ressources leur affecter, ou quels aventuriers recruter pour quelle mission. Le quartier du feu La ville craint les incendies, aussi les ateliers des métiers du feu ont-ils été installés systématiquement à l’écart des maisons et près de citernes. Les forgerons et les potiers – il n’y a pas de verriers à Katafygia – sont rassemblés près de la porte haute de la ville. La centurie vigile patrouille régulièrement dans le quartier, réagissant immédiatement à la première anomalie. Camp de tentes Le long de la route des colons se trouve un quartier informel sous la forme d’un camp de tentes. C’est ici que vivent les membres des tribus qui ont à faire en ville, mais aussi les patrouilleurs ou les trappeurs. En somme, si l’on cherche un guide connaissant bien les terres sauvages, c’est ici qu’il faut venir. Héraldique de Boreïa 179 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Le culte du Temple de Flore Flore est la déesse favorite de la plupart des Cyrillans, en concurrence avec Forgeron, le gardien de l’ordre. Elle apporte l’abondance, la beauté et la joie. Son temple à Katafygia fait l’objet de tous les soins. Richement peint, il dispose d’un jardin ornemental où se trouvent les derniers arbres de la ville. Ce bosquet enchanteur, fleuri avec art, est un baume pour l’âme. On vient y prier pour retrouver la force d’affronter les difficultés du quotidien. On y célèbre toutes les naissances et tous les mariages, de sorte qu’il y a presque toujours une cérémonie. On y prépare aussi les grandes fêtes de la belle saison. Ainsi, chaque année au début du printemps, quand apparaissent les premières fleurs, on sort la statue en bois de la déesse pour une grande procession accompagnée de chants et de joyeuses festivités, moments de tous les excès – exceptionnellement tolérés par la légion. Les centuries de la capitale Les cinq centuries de Katafygia ont été formées pour assurer la sécurité et le bon fonctionnement de la capitale : La centurie d’écailles est dédiée spécialement aux équipements lourds susceptibles d’abattre un dragon blanc en plein vol. Ses membres sont à la fois compétents en armes de siège et en ingénierie. La centurie vigile est chargée d’assurer la sécurité de nuit à Katafygia et la lutte contre les incendies. La centurie urbaine est chargée de l’ordre au quotidien dans la capitale. La centurie fluviale est équipée de quatre petits navires à voile, du même type que ceux des marchands. Elle est également chargée de patrouiller à terre, sur la rive occidentale du fleuve Uposkesio. La centurie côtière ne dispose en tout et pour tout que de deux navires armés légers. Elle surveille le port et vient en aide aux navires en détresse. Le culte de Givreuse À l’origine, les Cyrillans n’étaient guère portés à honorer la Vieille de l’Hiver, mais leur vie dans une contrée aussi rude leur a donné la foi, semble-t-il. Le temple de Givreuse est situé à l’extérieur de la ville, le long de la route des colons. Le terrain est entouré d’une palissade, sa cour est austère, ornée presque uniquement de rochers, disposés dans une esthétique du dépouillement et de la contemplation. Le voyageur découvre avec surprise qu’il s’agit aussi d’un cimetière. Sous l’influence des croyances des tribus du Septentrion, certains se sont mis à prier Givreuse plutôt que Mort. Si j’ai bien compris, ils espèrent devenir des sortes de célestes des aurores boréales. C’est un culte encore assez marginal. En revanche, toute la population se rassemble pour célébrer la déesse à l’entrée de l’hiver et on la conjure de retenir les pires rigueurs de la mauvaise saison. Notes de Berguin de la Cité Franche, l’année de l’installation de son commerce de fourrures Le culte de Forgeron La légion honore Forgeron par-dessus tous les autres dieux. Il est celui qui permettra de maîtriser les périls des terres sauvages et il aide à lutter contre les monstres du Septentrion. Il guide ses fidèles pour civiliser ces contrées dangereuses. Les colons qui défrichent les forêts et labourent péniblement de nouveaux champs rendent aussi grâce au dieu civilisateur qui transforme le monde pour le faire entrer dans une ère de progrès et d’ordre. Je comprends leur ressenti, ce pays peut être assez effrayant tant il est immense, méconnu, totalement différent de ce que nous connaissons au Cyfandir. Je m’inquiète tout de même de la ferveur de certains croyants qui en viennent à adopter des attitudes très dures, à l’égard de ceux qui honorent Eana notamment. 180 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Figures emblématiques de Katafygia Général Atrée Akastide Âgé de 45 ans, marié et père de deux garçons dont l’un né en Boréïa, le général Atrée est issu de la lignée Akastide, connue pour sa loyauté aux Kadméïdes. C’est un homme rigoureux, franc et pieux. Profondément loyal, il prend des décisions sur la base de principes plutôt que d’intérêts. Lieutenant-commandante Karybde Viride Karybde officie depuis de nombreuses années auprès du général Atrée. En quittant la Cyrillane, elle laissait derrière elle son époux peu désireux de partir dans le nord, ainsi que ses enfants, devenus grands déjà. Elle n’a réussi à reprendre contact avec aucun d’eux depuis, elle ignore où ils sont et même s’ils sont en vie. Elle assure l’essentiel de l’intendance du fort et coordonne le travail des centuries tout en surveillant les anomalies et problèmes qui pourraient se poser. Centurion Julien Skléros de la centurie d’écailles D’un abord avenant, ce colosse adepte de Givreuse est stoïque, terre-à-terre et critique. Il a déjà affronté des dragons et se prépare au prochain combat. Il est prêt à payer sur ses deniers personnels les éliminations de jeunes dragons blancs. Centurion Julien Aelius de la centurie vigile Ce roturier de moins de 30 ans sut utiliser ses relations en Cyrillane pour se faire imposer comme sous-officier. Il donne l’impression d’être insouciant et superficiel, mais il sait très bien évaluer ses interlocuteurs. Pragmatique, manipulateur, ambitieux et sans guère de scrupules, il semble quelqu’un d’intéressant aux yeux d’Inci d’Easafir. Centurionne Arisbé Phinéide de la centurie urbaine Femme d’âge mûr, sans aspérité évidente, Arisbé sait résoudre les problèmes en contournant la difficulté et en s’adaptant à son interlocuteur, faisant constamment montre de diplomatie. Sous ses ordres, la centurie urbaine est proche de la population, ce qui lui permet de recevoir de nombreuses informations, même au travers de banales discussions du quotidien. Des plaisantins surnomment « bureau des rumeurs » son lieu de travail, soulignant la fiabilité toute relative des renseignements qu’elle recueille. Centurionne Nyx Albina de la centurie fluviale Cette trentenaire doit son ascension à ce poste à une série de coups de chance (tous ses prédécesseurs mourant successivement lors de combats contre des monstres et des bêtes du Septentrion) et à l’aptitude à se mettre en avant au bon moment, avec un sens de l’opportunisme qui fait écho à son goût excessif des jeux d’argents et des paris. Depuis qu’elle est centurionne, Nyx dépense en outre une partie de sa solde en vêtements et accessoires ostentatoires. On dit qu’elle ne parle plus à ses anciens compagnons de beuverie, mais seulement à des notables, comme si elle se voyait désormais comme étant de leur milieu. Centurion Marcus Atius de la centurie côtière Personne n’aime contrarier Marcus Atius, tant ses colères sont éruptives. Il effraie même ses soldats les plus loyaux, pourtant c’est aussi un homme courageux et responsable très soucieux de la survie de ses marins. Il peste chroniquement contre l’état misérable des ressources de la centurie côtière et n’en peut plus de faire simplement des patrouilles à proximité de Katafygia. La situation en Cyrillane lui est insupportable, il veut retourner au pays et combattre. L’ambassadrice Inci d’Easafir Ancienne enel – représentante d’un territoire dans l’assemblée consultative – auprès de l’Immortel de Kartaçöl, Inci est une femme ambitieuse. Après son temps de service à la capitale de l’empire, elle a sollicité une charge diplomatique. Inci est consciente qu’elle a la chance de pouvoir conforter la puissance de son pays en étendant de manière déterminante son aire d’influence. Prêtresse de Flore Daphné de la Rose Daphné paraît à première vue exubérante, souriante, et même très drôle. Les gens aiment beaucoup les cérémonies qu’elle dirige. En passant du temps en privé avec elle, on découvre qu’elle nourrit pourtant une nostalgie destructrice de son amour pour l’aventurier Lucilius, disparu lors d’une mission d’exploration au niveau des sources du fleuve Uposkesio. Alors qu’elle prêche l’espoir et le renouveau, elle-même en est incapable. Même l’espoir ténu d’une piste pourrait la conduire aux pires extrémités, peu importent les conséquences de ses actions sur sa communauté. Prêtre de Givreuse Thersite des Nives Marchand, Thersite s’était aventuré loin dans le nord, en hiver, et survécut à l’attaque de géants du givre. Il n’a jamais oublié l’horreur et la violence, et a décidé à donner un sens nouveau à sa vie en devenant prêtre. Il met son énergie au service de sa communauté et son exemplarité lui vaut un grand respect, tant des anciens Cyrillans que des membres des tribus. Patrouilleur franc Tantale Peau-d’ours Tantale est un excentrique à l’allure assez effrayante, avec ses yeux peints de noir, mais il a aussi la réputation d’être un excellent guide, capable d’éviter les dangers du Septentrion. En secret, il est aussi un adepte de Gegaôr la bête... 181 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


L’organisation du territoire Dotée de frontières floues, la Boréïa s’étend chaque année davantage à partir la péninsule d’Evnoïka – un nom cyrillan évoquant la bonne fortune et une situation propice, censé porter bonheur aux colons. Fleuve Uposkesio Nommé d’après un terme cyrillan évoquant une promesse ou une espérance, ce cours d’eau irrigue toute la colonie et sert d’axe principal pour l’exploration vers l’intérieur des terres. Il y a de nombreux hameaux, villages et forts à proximité de ses rives. Ses crues violentes au début du printemps génèrent d’importantes inondations, de sorte qu’on évite de construire autre chose que quelques bâtiments utilitaires près des flots. Autant que possible, on construit en hauteur et solidement pour pouvoir se défendre contre les dangers de l’hiver. Forts Plusieurs forts de taille variable, parfois associés à des hameaux, sont construits dans la colonie, dans une logique d’expansion. Tous sont reliés par des routes carrossables. Des systèmes d’alarme permettent de prévenir les forts voisins en cas de problème. Fermes fortifiées Les colons les plus riches et les plus persévérants bâtissent des fermes, fortifiées dans la mesure des moyens disponibles. Ils s’installent dans une contrée encore largement sauvage, au plus proche des quelques populations natives de gobelours et d’aldarons. Ce faisant, ils sont livrés pratiquement à eux-mêmes quand l’hiver vient. Ceux qui survivent agrandissent leurs fermes, qui ressemblent progressivement à de petits châteaux. Avec le temps, leurs propriétaires formeront peut-être une nouvelle noblesse féodale… Une colonie isolée Éloignée des grandes routes commerciales, la Boréïa pourrait devenir une contrée pleine de vie, mais elle est pour l’heure surtout très isolée, d’autant plus depuis que les navires en provenance de Cyrillane se font très rares. Un refuge pour les loyalistes Même si la Boréïa est une colonie lointaine et froide, pour nombre de Cyrillans désespérés, elle fait aujourd’hui figure de terre promise. Parmi ceux qui fuient la guerre civile, le général Atrée et sa légion sont parés de toutes les vertus tandis que le pays devient une contrée d’abondance et d’opportunités. De nombreux loyalistes de l’empire déchu des Kadméïdes embarquent pour se mettre à l’abri avec leur famille. Contrairement aux premiers colons qui arrivaient avec un savoir-faire et des outils, les nouveaux-venus sont pour beaucoup des citadins autrefois riches qui ne sont pas préparés aux rudesses de la vie locale. Il leur faut s’adapter rapidement, ou bien trouver des protecteurs qui verront un intérêt à leur compagnie. 182 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


L’ambassadrice Inci d’Easafir Les Sitarides avaient débarqué au port de Katafygia avec soulagement après une traversée éprouvante. Eux qui avaient autrefois été immensément riches, n’avaient plus que ce qu’ils pouvaient porter. Ils avaient perdu leurs terres et des centaines de serviteurs. Après toutes ces infortunes, pourraient-ils enfin se reposer et reprendre le cours de leur vie ? Tandis qu’ils demandaient où se trouvait la demeure du général Atrée, un garçon d’une quinzaine d’années, bien habillé et d’allure distinguée, vint à leur rencontre : «  Bienvenue à Katafygia. Mon nom est Ector. Vous avez dû vivre des épreuves terribles, mais elles trouvent ici leur terme. – Merci. Où se trouve le palais du général Atrée, s’il vous plait ? demanda Leto Sitaride, le doyen de sa famille. –  Il est là-haut, près des garnisons de la légion, mais même s’il vous reçoit, il ne pourra pas faire grand-chose pour vous. L’armée a ses limites et elle ne bénéficie plus du soutien de la Cyrillane. Vous êtes bien placés pour le savoir, hélas ! – Mère, je suis épuisée, intervint la jeune Oïno. Pourrions-nous au moins nous reposer dans une auberge et aviser ? –  Les auberges coûtent cher et les incertitudes sont longues, répondit Ector. Aujourd’hui, vous pouvez trouver un refuge en la demeure de l’ambassadrice Inci, venue directement d’Easafir. – Une ambassadrice de Kartaçöl ? s’étonna Leto en entendant mentionner la capitale de cet empire. –  Oui. L’empire considère la Boréïa comme un élément important du territoire cyrillan. L’ambassadrice est une femme charitable. C’est elle-même qui m’a demandé d’accueillir les réfugiés et de m’assurer que chacun puisse avoir un logement décent sans être rançonné par les aubergistes. Si vous le souhaitez, je peux vous mener à elle. Vous aurez tout loisir de vous restaurer et de reprendre des forces avant de rencontrer le général Atrée. La Boréïa est riche d’une nature majestueuse, mais elle demeure une contrée assez fruste, comme vous le constaterez vite. » Éprouvés par le voyage, les Sitarides suivirent Ector. Ils étaient au début un peu suspicieux, prêts à refuser de s’engager dans de sinistres venelles, mais l’adolescent empruntait uniquement de grandes voies passantes et animées, les menant, comme il l’avait annoncé, à l’ambassade de Kartaçöl. À leur grande surprise, ils rencontrèrent de vieilles connaissances dans les salons. Bien des nobles en fuite avaient trouvé ici un refuge et celui-ci, même si on n’aimait guère parler d’argent, était gratuit. Du moins sur le plan strictement pécunier. Une porte vers l’aventure dans les terres sauvages Les grandes forêts du nord du Kaan sont habitées par des nomades gobelours et aldarons pour l’essentiel. Curieux des nouveaux venus, mais aussi parfois en conflit avec eux pour l’accès à certaines ressources, ils apportèrent une aide déterminante aux colons qui ne connaissaient pas encore leur environnement. Grâce à eux aussi, légionnaires et aventuriers se représentent mieux l’immensité du continent et ses mystères. Pour ceux qui veulent découvrir les secrets de ce nouveau monde, Katafygia est une porte vers l’inconnu et toutes les richesses du Grand Nord. Avidité. De riches marchands ont besoin de soutiens armés pour chercher des ressources nouvelles et mettre en place de nouvelles implantations fortifiées à proximité. Il s’agit d’escorter, patrouiller, surveiller, anticiper, négocier et parfois éliminer les menaces. Ces dernières peuvent provenir de la nature, des tribus, des ruines ou de sectes adoratrices de fiélons. Géopolitique. La 8e légion engage parfois des aventuriers pour des missions érudites impliquant exploration, cartographie et parfois archéologie. Il s’agit de mieux connaître le territoire, bien au-delà des limites actuelles de la Boréïa, pour identifier les menaces potentielles et les possibles alliés. En savoir plus sur l’histoire de ces terres immenses permettrait de comprendre pourquoi elles sont si peu peuplées, pourquoi les géants du givre sont hostiles, ce qu’il advint de la civilisation boréale et ce qui causa la perte des premières colonies. Pouvoir arcanique. Quelques chasseurs de trésors spécialisés dans le domaine des mystères arcaniques se sont installés à Katafygia. Ils viennent de différents pays, poussés par une obsession  : la découverte de l’académie de magie de la civilisation boréale. Lutte contre l’emprise fiélonne. L’essentiel du Septentrion est de tradition religieuse druidique. Pour les plus fervents adeptes de l’Étoile (cf.  Aventuriers, chapitre Classes, Prêtre : Le panthéon de l’Étoile), ces territoires nouveaux méritent de recevoir la bonne parole. Il s’agit de les prémunir contre les faux dieux et en particulier de les sauver de l’emprise de grands fiélons. Pour les plus enflammés, les cultes animistes sont trop primaires et rendent vulnérables à la vénération de ces créatures maléfiques ; d’ailleurs, les totems représentant les esprits animaux sont vus comme des fétiches démoniaques ou diaboliques. Les prêtres plus modérés n’en sont pas moins préoccupés par les agissements de deux puissants fiélons : le prince démon Gegaôr la bête furieuse et l’hospodar Askinos le buveur de douleur. 183 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Les clans de drakéides blancs et argentés Bleuet et Lyra détonnaient dans la salle commune. Comment ces deux halfelins avaient pu se perdre ici, si loin de tout ? Les deux aventuriers, pourtant, sentaient qu’ils étaient là où ils voulaient être. Ils s’assirent, confiants, à une table, installant des coussins pour rehausser leur assise. Dans une région où les étrangers n’étaient guère communs, leur présence suscitait la curiosité. La fille des propriétaires, suivie comme son ombre par un enfant de cinq ans, vint prendre commande et bavarder. Toutes les oreilles alentour se tournaient vers eux : « Messieurs-dames, qu’est-ce que ce sera ? – Le plat du jour, annonça Lyra, approuvée par Bleuet d’un hochement de tête. – En avant pour lentilles et patates ! Et sinon, que nous vaut le plaisir de voir par ici des… gnomes ? – Des halfelins ! » corrigea Bleuet avec bonhomie, mais un peu d’étonnement. Comment pouvait-on confondre les deux ? Lyra parlait assez fort pour que tout le monde entende et souriait à l’assemblée, encourageant les autres convives à se mêler à la conversation : « Nous avons entendu dire que la Boréïa et le nord attiraient ceux qui sont en quête de mystère et d’aventures ! Et surtout, il paraît qu’il y a des drakéides blancs et argentés ! » Les clients, presque tous des habitants des alentours proches, répondirent avec un entrain manifeste, même si certains étaient plus prudents : « Ah ! Alors… En fait, on ne sait pas vraiment si c’étaient des drakéides. – Personne n’en a jamais vu ! – Mais ils ressemblaient bien à des sortes de dragons sur deux jambes ! – Ils parlaient une langue qu’on ne comprenait pas, alors on a essayé de les comprendre avec des mimes. Apparemment, ils venaient de l’est, loin, et ils y retournaient. On pense qu’ils étaient allés en pèlerinage aux Piliers de la Création. Il y a régulièrement des groupes qui viennent d’ailleurs dans le Kaan pour s’y rendre. Mais ils viennent du sud, par les routes qui longent la côte. Il y a des merosis, des hobgobelins, des gobelins, parfois aussi des kobolds. – Personne qui ressemble à ces peut-être drakéides… –  J’ai discuté avec un chasseur aldaron l’autre jour. Il disait que les drakéides blancs et d’argent avaient combattu pendant la guerre de l’Aube au Cyfandir et qu’ils avaient presque été exterminés. Ceux qui restaient étaient à moitié fous et n’arrivaient plus à dormir. Alors, guidés par un mystique élu de Givreuse, ils sont allés dans le Grand Nord pour se guérir. Après ça, ils auraient rejoint une cité-sanctuaire de l’époque boréale, quelque part au nord-est. Ils en seraient des sortes de gardiens. » Des richesses à découvrir Certains s’interrogent sur les raisons qui ont pu pousser la Cyrillane à tant investir pour donner vie à la colonie de la Boréïa. S’agit-il seulement d’orgueil ou bien espérait-on s’enrichir grâce aux ressources de ces terres aux hivers si froids ? Richesses secrètes. Les ruines du Septentrion fournissent d’assez belles quantités d’alecrithe, qu’il s’agisse de vestiges des anciens Géants et des premiers géants du givre, ou bien d’installations de la civilisation boréale. Au Cyfandir, les érudits pensent que cette gemme est une création artificielle, mais les aventuriers en Boréïa ont découvert des cristaux non loin de vieilles constructions, comme si l’antique aura magique s’était finalement décomposée en alecrithe ou lui avait donné naissance. Exploiter ces gemmes extraordinaires en quantité permet de disposer d’une ressource à exporter ou d’un moyen de renforcer l’équipement de la 8e légion afin de mieux défendre le pays. Jusqu’à récemment encore, les alecrithes découvertes étaient envoyées secrètement en Cyrillane, mais depuis la guerre civile, elles ont rejoint le trésor du Fort Anoigma. Richesses sauvages. Parmi les ressources naturelles susceptibles d’avoir de la valeur à l’étranger figurent les fourrures (vison, renard blanc et bleu, etc.) ; l’ambre gris récolté sur les côtes (un composant précieux pour les parfums) ; la sève sucrée des érables ; les eaux poissonneuses du Septentrion (morues, harengs, baleines, etc.) ; les bois de qualité de forêts très anciennes. 184 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Rapport de l’éclaireur Potius Terrentide Mon général, Je me permets de vous faire parvenir ce rapport directement du fait de la nature sensible de certains éléments. Si les tribus gobelourses et aldarones ont accueilli les colons avec une relative bienveillance, l’exploitation et, surtout, la destruction de leur environnement seront très mal perçues. Les frontières de la Boréïa empiètent sur les territoires des bois sacrés d’Ündsenoin. Des colons s’en prennent à des lieux perçus comme sacrés : le site de Wuyacasq a été partiellement défriché, les arbres coupés et le sol brûlé, suscitant l’indignation des tribus locales. Pour l’heure, la centurione Octia Perrontide du Fort Kedros maintient un équilibre. Les tribus s’efforcent de parlementer pour éviter le conflit, mais je crains que nous n’approchions du point de rupture. Le risque est moins une guerre contre les tribus – même si des embuscades ne sont pas à exclure – que l’intervention de troupes nombreuses de géants du givre. Ils ont déjà exterminé d’anciennes colonies par le passé, et la Boréïa peut s’estimer chanceuse de n’avoir eu à déplorer que des assauts isolés. Nous savons que les géants du givre ne sont pas les alliés naturels des peuples natifs du Septentrion. De fait, ces créatures ont empêché toute civilisation urbaine de s’établir depuis des millénaires. Cependant, si nous les poussons dans leurs derniers retranchements, les tribus pourraient fort bien nouer une alliance de circonstance avec les géants du givre. Des informateurs m’ont appris que des débats ont lieu à ce propos dans la tribu aldarone de Morcak. Ce serait catastrophique. Les géants du givre ont un grand conseil en la cité d’Akomuk où demeure leur roi, seul à même de coordonner et d’unir les tribus de son peuple contre un ennemi commun. Il faut éviter de devenir leur cible. Merci pour l’attention que vous porterez à ces éléments, Éclaireur Potius Terrentide, attaché au Fort Kedros L’heure de choisir ses alliés et son avenir Le général Atrée avait été choisi pour la mission de colonisation en vertu de sa loyauté absolue à l’empire et à ses valeurs. Soldat stoïque et lettré, il était respecté pour son intégrité et son courage. Avec un tel homme à la tête de la colonie nouvelle, on espérait qu’elle pourrait prospérer en dépit des difficultés et qu’elle n’aurait pas la tentation de s’émanciper loin du contrôle de la métropole. Pour beaucoup de légionnaires, les nouvelles catastrophiques en provenance de Cyrillane sont un déchirement moral. Ils voudraient mettre fin à la crise, aider à la résoudre, mais retourner au pays reviendrait à abandonner les populations civiles de la Boréïa aux périls qui les menacent. Sur un plan strictement pratique, le retour n’est pas possible en l’état. Transporter une légion complète, ou même seulement une portion significative de celle-ci requiert de nombreux navires, or ceux-ci manquent. Il n’y a dans le port de Katafygia que quelques navires de pêcheurs. Seule l’intervention d’une puissance marine stable pourrait fournir les moyens de traverser la mer Ustalva. 185 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Certains pays seraient prêts, pour diverses raisons, à aider la Boréïa à affronter la guerre civile en Cyrillane, et ces choix d’alliance seront déterminants pour l'avenir de la colonie : Arolavie L’Arolavie, royaume des Karalievae, sort d’une guerre avec Kartaçöl, mais personne ne doute que le conflit reprendra prochainement. Aujourd’hui, les marins arolaves sont en lutte constante avec les corsaires à la solde de l’empire. La nouvelle de l’installation d’une ambassade de Kartaçöl à Katafygia pourrait être prochainement suivie de l’arrivée d’un ambassadeur arolave pour éviter que la Boréïa ne tombe dans la zone d’influence de leur ennemi. Intervenir pour rétablir l’ordre à ses frontières. L’Arolavie a une frontière commune avec la Cyrillane et aurait un intérêt évident à rétablir l’ordre pour se protéger des débordements sur son propre territoire. Intervenir pour éviter le renforcement de l’influence de Kartaçöl au Cyfandir. Kartaçöl a installé une tête de pont en Cyrillane, contrôlant ainsi une région sous le prétexte de venir en aide aux populations civiles. Ce faisant, l’empire pourrait à l’avenir menacer plus facilement l’Arolavie, avec la possibilité de l’attaquer par la mer et par le sud. Si l’Arolavie veut éviter cette situation, il lui faut agir avant que la position de Kartaçöl en Cyrillane ne soit consolidée. Installer une faction qui lui est favorable – car redevable – serait une solution pour se protéger durablement. Conséquences d’une alliance avec l’Arolavie. Faire appel à l’Arolavie pour retourner en Cyrillane signifierait automatiquement se déclarer ennemi de Kartaçöl. Il en découlerait des attaques en mer et le risque d’un assaut complémentaire par la terre. Outre ces assauts, il faudrait craindre à Katafygia même des intrigues menées par l’ambassadrice Inci d’Easafir. Si un assassinat politique discret lui permettait de protéger efficacement les intérêts de son pays, elle n’hésiterait sans doute pas à agir. Ghardat Puissance maritime et marchande, Ghardat est rivale de Kartaçöl sur de nombreux terrains. Les escarmouches entre les deux pays se limitent pour le moment à des affrontements ponctuels en mer et des jeux d’espions – incluant l’assassinat. Intervenir pour contrecarrer le développement de la puissance de Kartaçöl. Le principal intérêt de Ghardat à agir consiste à faire feu de tout bois pour limiter l’expansion de Kartaçöl. Le royaume des Sables pourrait être tenté d’agir discrètement, par exemple en soutenant financièrement une alliance officielle entre l’Arolavie et la Boréïa. Conséquences d’une alliance avec Ghardat. Kartaçöl considère que ceux qui ne sont pas avec elle sont contre lui. S’allier avec Ghardat exposerait  – moins vite qu’une alliance avec l’Arolavie cependant – à des désagréments. Kartaçöl Kartaçöl doit son expansion autant à sa puissance militaire qu’à ses manœuvres diplomatiques. Tantôt il conquiert, tantôt il subjugue. Bien des états clients sont d’ailleurs satisfaits de leur sort. Aujourd’hui, Kartaçöl s’applique à gagner la colonie de la Boréïa par la douceur. Son ambassadrice Inci d’Easafir aide les réfugiés cyrillans récemment arrivés, surtout s’ils sont d’anciens cadres de l’empire. Même ruinés, ils pourraient s’avérer utiles pour influencer le général Atrée et la population de Katafygia. Si Kartaçöl parvient à confirmer son emprise militaire sur l’est de la Cyrillane, avoir l’aide de personnes du pays ne pourra que favoriser une implantation à long terme. Intervenir pour consolider son emprise. Si le général Atrée en fait la demande, l’empire de Kartaçöl se fera un plaisir d’aider une partie de la 8e légion à rentrer triomphalement en Cyrillane, tout en aidant la Boréïa à se protéger. Conséquence d’une alliance avec Kartaçöl. Ce qui resterait de la Cyrillane perdrait son indépendance et sa souveraineté pour devenir une portion d’un nouvel empire ambitieux. Ces suites politiques sont telles que le général Atrée, loyal à l’empire déchu de Cyrillane, ne peut s’y résoudre. Ce serait renoncer définitivement à toute possibilité de restauration. Khaalgany Le Vieux Kaan n’est pas un allié évident pour la Boréïa, tant ce pays est lointain. En revanche, à Khaalgany, la liche Bekasi observe avec attention l’influence croissante de Kartaçöl. Elle sait que le Kaan et les cités d’argile sont des proies aux yeux du souverain du nouvel empire. Agir trop ouvertement causerait sans doute plus de problèmes qu’autre chose, aussi les agents de Bekasi s’efforcent de défendre les intérêts à moyen terme de leur pays en sapant les jeux d’influence de Kartaçöl dans l’ombre. 186 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Ündsenoin, la forêt primaire n vaste territoire boisé s’étend au nord du fleuve Asmandariya qui marque la frontière entre le Septentrion et le Kaan. Ündsenoin est une forêt primaire plurimillénaire. Elle existerait depuis le tout début de l’Ère du Renouveau. Très précieuse pour les druides, elle n’en est pas moins habitée. Les populations d’Ündsenoin Les habitants de la Cité Franche s’imaginent que de tels lieux sont nécessairement dépourvus de populations, que la notion même de forêt primaire implique l’absence de tout humanoïde. Il n’en est rien. Des tribus nomades gobelourses et aldarones la parcourent. Certaines vivent de la chasse et de la collecte – cueillette et pêche –, tandis que d’autres sont éleveuses de rennes. Parmi elles, il en est qui suivent des migrations saisonnières vers la taïga et la toundra, plus au nord encore, jusque dans le domaine des géants du givre. Dans ce monde nomade, même si les communautés sont peu nombreuses, elles échangent les nouvelles, les marchandises, les idées et les légendes sur des centaines voire des milliers de kilomètres. Les nomades d’Ündsenoin font le lien entre Kartaçöl, la Boréïa, le Grand Nord et les esprits. Les limites sont tout autant poreuses entre les espaces qu’entre les cultures et les religions. Ainsi, les druides du Cercle des Esprits sont les premiers référents des populations, mais on honore aussi souvent les fondateurs des tribus, sous la forme de sednaï – des célestes associés au froid et aux aurores boréales – ou les grandes mères des peuples du continent. Façonneur, sous la forme d’Afirînerê le Père créateur, et Givreuse la Vieille de l’Hiver reçoivent également des prières. Patrick PIGNOL (Order #40465564)


La sagesse des druides Les forêts primaires Les forêts primaires n’existent que dans les contrées qui n’ont jamais connu l’agriculture et les villes. Elles se distinguent des autres par la coexistence d’arbres séculaires voire millénaires et d’autres beaucoup plus jeunes. Personne n’y ôte les troncs qui chutent, se couvrent de mousses et abritent des colonies de millions de minuscules formes de vie. En ces lieux, les arbres sont tous reliés les uns aux autres directement par leurs racines ou par l’intermédiaire des réseaux souterrains de mycètes. La forêt communique silencieusement. Elle avertit des intrusions, des agressions dont un arbre ferait l’objet ; elle soutient et nourrit parfois les jeunes pousses qui croissent à l’ombre, ou bien de grands anciens foudroyés dont la souche demeure vivante grâce aux dons de nourriture produite par les feuillages d’arbres amis. Outre les liens profonds entre ce qui grandit sur et sous la terre, la diversité des espèces est étourdissante, à un degré qui défie l’imagination des profanes qui ne voient que la surface sans distinguer les nuances ni songer aux invisibles interdépendances. L’inspiration des druides Pour les druides du Kaan, les forêts primaires du nord sont un trésor. Elles expriment la vérité profonde d’Eana. Beaucoup souhaitent au moins une fois dans leur vie y venir en pèlerin, se retirer un temps dans ces contrées pour méditer et renforcer leur lien avec le monde. À leur retour, ils décrivent les merveilles entrevues et narrent des histoires dont les héros sont tantôt de minuscules coléoptères, tantôt de facétieux loirs ou de patients frênes. Fables et contes des druides se déroulent dans les forêts primaires, un monde que les citadins des cités d’argile ou des grandes villes de Kartaçöl peinent à se représenter, eux qui ne distinguent pas la fauvette du rossignol, le pinson du bruant. Les traces de l’ancien temps Bien que les forêts du nord soient intactes des assauts des haches et des brûlis, elles aussi ont une histoire. Les premières graines germèrent lors du grand Renouveau après la destruction des Voyageurs et des Géants d’antan. L’être vivant le plus âgé d’Eana semble être l’habitante de la colline d’Yksittäinen. Les druides la décrivent comme immense, mais les quelques voyageurs qui se sont risqués dans la région pour voir cette merveille de la nature ont souvent été déçus. Il ne s’agit que d’un bois de peupliers faux-trembles, au beau tronc presque blanc, au feuillage doré à l’automne. Le néophyte s’y promène sans voir ce qui ici est prodigieux. Yksittäinen est née avant la chute des Voyageurs, elle a survécu par son réseau racinaire. Tous les arbres ici présents ne sont qu’un seul individu qui s’étend sous la surface avant de faire jaillir de multiples pousses. 188 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Certaines peuvent mourir, mais le tout demeure, avec sa mémoire des millénaires écoulés. D’après les druides, Yksittäinen n’est pas omnisciente, mais sa connaissance de l'histoire d'Eana en fait une guide précieuse. Ils se transmettent les leçons qu’ils ont pu apprendre d’elle au fil des générations. Traduire le langage étrange de l’arbre en langage humanoïde semble n’être probant que sous une forme poétique mêlée de musique, les simples mots réduisant la puissance évocatrice et les nuances du message. L’adage dit que traduire est trahir. Les druides en sont conscients. Ils se transmettent les leçons d’Yksittäinen de la manière la plus juste possible entre initiés, mais ils se sont aussi efforcés de simplifier le contenu pour le transmettre aux non-initiés dans l’espoir que cela aidera les dirigeants et les élus d’Éternité à prendre de bonnes décisions. Comme certaines leçons étaient assez ambivalentes, quelques druides sont réservés et craignent que la manière de présenter le message puisse davantage refléter les désirs de l’interprète d’Yksittäinen que la vérité, causant ainsi peut-être plus de mal que de bien. La conseillère Bekasi de Khaalgany a récolté le plus d’éléments possible de ces traductions pour ses chroniques de l’histoire du Kaan (cf.  chapitre Chroniques de la banquise au pays des sources  : Ère des Voyageurs et des Géants). Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Le monde des esprits Si dans le Cyfandir, les intermédiaires avec la nature sont souvent des fées, dans le Kaan et le Septentrion, les esprits sont des interlocuteurs privilégiés par les druides du Cercle des Esprits (cf. Aventuriers, chapitre Classes, Druide : Cercle des Esprits). Une culture animiste Une grande partie des populations du Septentrion est de culture animiste. Tout ce qui existe porte une âme éminemment respectable. Le cycle de vie et de mort s’impose à tous, mais la dignité impose d’être respectueux des autres formes spirituelles. Il ne faut tuer ou détruire que le strict nécessaire, et remercier le cas échéant la créature qui donne sa vie pour qu’on puisse poursuivre la sienne. Pour les druides du Septentrion, la forêt d’Ündsenoin est vivante et puissante. Les bêtes et plantes qui croissent en son sein sont douées d’intelligence et de volonté. Les esprits qui lient la matière et le monde cosmique sont attentifs à l’équilibre de l’élan qui permet à la vie d’exister. Il est donc tout à fait possible que des signes discrets dans la nature soient en réalité des messages. Les signes des esprits Si vous utilisez cette option, la présence et la volonté des esprits dépassent la simple légende pour être une réalité. Un signe est un phénomène rare qui se produit à un moment qui fait sens pour son témoin. Les animaux immaculés sont rares. Croiser un cerf totalement blanc au moment de faire le choix de prendre le sentier de gauche ou de droite peut signifier que les esprits invitent le témoin à s’engager dans la voie indiquée par l’animal. Les esprits ne donnent pas d’explications, ils ne verbalisent pas. Ils peuvent être ambigus et ambivalents. Leur domaine n’obéit pas aux règles de morale des grandes civilisations urbaines. Voici quelques pistes d’intervention : Chancre et destructions d’ampleur. Tout ce qui menace brutalement l’intégrité d’Ündsenoin est susceptible de pousser les esprits à alerter les protecteurs d’Eana. Guides spirituels. Certains esprits sont intéressés dans la relation qui les lient aux mortels humanoïdes. Ils observent le chemin et le vécu d’individus, parfois tout le long d’une vie. Les humanoïdes croient souvent que les esprits sont tous dotés d’une grande hauteur de vue mais il en existe qui sont naïfs, joueurs ou simplement curieux. Certes, ils en savent plus que les êtres de chair sur Eana, mais ils sont très loin d’être omniscients. Pactes entre mortels et esprits. Des esprits choisissent parfois de se lier intimement à un humanoïde mortel. Ces pactes sont assortis de devoirs pour chacun des membres et peuvent prendre l’aspect d’une succession de services rendus. Tandis que les esprits s’engagent souvent totalement dans cette relation, il est arrivé que les mortels la brisent pour des raisons circonstancielles ou parce qu’ils ont changé d’avis. Les conséquences sont bien souvent dramatiques et concernent des communautés entières. La faute d’un seul peut avoir des répercussions sur tout le groupe. Pour l’essentiel, les signes s’adressent à ceux qui ont le plus de chances d’y être attentifs, à savoir ceux qui sont proches de la nature, qu’il s’agisse de druides, de rôdeurs ou d’individus sensibles et ouverts. 190 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


YOTUMKUPATUNSH, LES GLACES AFFAMÉES Terre des géants du givre KOKCIQUSQACU, LE GRAND FROID ÜNDSENOIN, LA FORÊT PRIMAIRE Colonie de la Boréïa Portail vers les Gémonies Colline des Arbres emmêlés Bois des Lucioles d'Eana Yksittäinen Puits des Aulnes Piliers de la Création Menhir de l'Arpenteur Cairn du Nouveau-né Bains de la Louve folle Trophée de la Longue chasse Fleuve Uposkesio Fleuve Asmandariya 0 km 500 km Ômki Akomuk Katafygia MONTS KUPATW A C UW VERS LE KAAN Lieux emblématiques d’Ündsenoin Le Puits des Aulnes Le Puits des Aulnes est situé dans un bois ombragé, poussant dans une gorge. Une petite rivière y serpente jusqu’à un étang circulaire aux eaux calmes, claires et pourtant presque noires. Les parois sont rocheuses et malgré l’afflux continu d’eau, la surface ne déborde jamais. Certains disent de ce site qu’il s’agit d’un puits de Mort naturel. En ce lieu, des personnes endeuillées viennent passer une ou plusieurs nuits, convaincues que leurs rêves porteront des messages des défunts ou à propos d’eux. On dit aussi que ceux qui plongent dans le puits n’atteignent pas son fond, mais émergent, si Mort l’accepte, à la surface d’un autre puits de Mort, quelque part sur Eana, où ils seront mis à l’épreuve et pourront donner un sens à leur existence. Le Bois des Lucioles d’Eana Chaque nuit, le bois est envahi de petits fragments de lumière imprégnés de l’essence d’Eana. Les druides disent qu’il s’agit de la décomposition d’âmes défuntes en particules élémentaires d’énergie radiante. La présence de ces lucioles d’Eana serait le signe qu’il y a dans les environs un portail menant jusqu’au domaine spirituel du Monde dans le Plan Astral. Des pèlerins viennent ici pour chercher à raviver leur lien à l’essence de la vie elle-même. Des couples stériles méditent pour recevoir enfin l’enfant tant attendu. Ceux qui partent affronter le Chancre prient en quête d’une bénédiction. Le Bois des Nuages La région est composée d’étranges reliefs en granit semblables à des piliers irréguliers ou de petits plateaux aux parois verticales, dont certains dominent les nuées. Le territoire est souvent envahi de nuages et bénéficie d’une abondante pluie qui nourrit de nombreuses rivières, dont certaines deviennent des affluents du fleuve du ciel Asmandariya. Des druides souhaitant faire une retraite et se mettre à l’épreuve s’installent parfois sur l’un de ces sommets, seuls ou avec des élèves. Quelques tribus, principalement gobelourses, se sont adaptées à cet environnement de hauteurs et de gouffres, de nuées et de pins. On les décrit comme des acrobates hors pair. Les Collines des Arbres emmêlés La région est couverte en grande partie d’arbres aux troncs tordus qui paraissent se mêler les uns aux autres. Leur feuillage persistant sombre semble faire d’eux des cousins du buis. Cette essence ne pousse nulle part ailleurs qu’en cette zone de distorsion temporelle (cf. Grimoire, chapitre Géomagie, Catalogue des phénomènes géomagiques : Distorsion temporelle). Il semble que des fidèles de Gegaôr la bête y ait édifié un repaire bien protégé d’où ils préparent des actions ambitieuses. Yksittäinen Le bois d’Ykisttäinen est un lieu sacré éminemment important pour les druides, car abritant la forme de vie la plus ancienne à leur connaissance, un témoin de la Chute des Voyageurs. 191 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Kokciqusqacu, le Grand Froid ommunément appelée le Grand Nord, cette terre est nommée Kokciqusqacu en langue locale, c’est-à-dire le Grand Froid. Perpétuellement glacée en profondeur, elle est parcourue par les peuples nomades, chasseurs ou éleveurs de rennes. Cette population comprend beaucoup de gobelours, des humains descendant de la civilisation boréale et d’anciens pèlerins de Façonneur restés après avoir visité les Piliers de la Création. C’est aussi une contrée où l’on risque de voir des géants du givre, des dragons blancs et des remorhaz – monstrueuses créatures arthropodes de glace et de feu. Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Explorations saisonnières Chère Lysidiké, J’ai confié cette lettre à un pèlerin de Façonneur qui repartait vers le sud après son séjour aux Piliers de la Création. J’espère qu’elle te parviendra et qu’elle te trouvera en bonne forme à Katafygia ! Je poursuis mon séjour dans le Grand Nord, en profitant de l’hospitalité de la tribu de l’Ours de l’Aube qui migre dans ces régions à la belle saison avant de repartir plus au sud à l’approche de l’hiver. Je noircis des pages entières de légendes et d’anecdotes de la vie d’ici. J’ai commencé à réfléchir à organiser mes idées sous la forme d’un recueil géographique ; j’ai l’impression qu’il pourrait être utile à d’autres voyageurs et peut-être aussi à la légion. J’ai en tête Mon voyage dans le Nord par Armande Pluguein de la Cité Franche, et je gage que je peux compléter les éléments qu’elle a rassemblés. Tu trouveras ci-joint quelques notes qui te donneront un aperçu de ce que j’ai pu voir. Phrixos de Lymnipogéïa Patrick PIGNOL (Order #40465564)


YOTUMKUPATUNSH, LES GLACES AFFAMÉES Terre des géants du givre KOKCIQUSQACU, LE GRAND FROID ÜNDSENOIN, LA FORÊT PRIMAIRE Colonie de la Boréïa Portail vers les Gémonies Colline des Arbres emmêlés Bois des Lucioles d'Eana Yksittäinen Puits des Aulnes Piliers de la Création Menhir de l'Arpenteur Cairn du Nouveau-né Bains de la Louve folle Trophée de la Longue chasse Fleuve Uposkesio Fleuve Asmandariya 0 km 500 km Ômki Akomuk Katafygia MONTS KUPATW ACUW VERS LE KAAN Lieux emblématiques du Grand Froid Akomuk La capitale des géants du givre et demeure de leur vieux souverain se trouve dans l’est lointain du Grand Froid, au pied des monts Kupatwacuw. Les seules forges de ce peuple se trouvent là. Bains de la louve folle Réseau de cavernes recelant des sources d’eau chaude, les Bains de la louve folle furent utilisés par une mère démente devenue sorcière d’Askinos pour se cacher de ses poursuivants durant l’hiver. Aujourd’hui, de nombreuses légendes courent sur cet endroit. Cairn du nouveau-né Le Cairn du nouveau-né domine un lac gelé en hiver. D’après la légende, ses parents, éprouvés par la faim et le froid ne purent rien pour empêcher sa mort et l’inhumèrent ici. Par la suite, ils revinrent chaque année déposer de nouvelles pierres sur le monument. On dit que les membres de cette famille sont devenus des sednaï après leur mort mais qu’ils continuent de passer encore de temps en temps dans cette région, empreints d’une forme de nostalgie, et qu’ils aident discrètement les voyageurs en détresse. Menhir de l’Arpenteur Cette pierre levée d’aspect étrangement sinistre attirerait les créatures liées à l’hospodar diabolique Askinos. Les sorciers des neiges viendraient y sceller leurs pactes maléfiques et les kûshus – les diables gelés – s’enquerraient des prières qu’on rend à leur seigneur. Monts Kupatwacuw Chaîne de montagnes qui s’étend à l’extrême-est du Septentrion kaani. C’est une contrée inexplorée sur laquelle courent beaucoup de légendes, à propos des géants du givre, des drakéides blancs et d’argent, ainsi que sur l’académie de magie de la civilisation boréale. Ômki La cité sacrée d’Ômki remonte à la civilisation boréale. Située dans les Monts Kupatwacuw, on y honorait Givreuse. Des drakéides blancs et d’argent, survivants purifiés de la guerre de l’Aube purent y trouver refuge. Alors qu’ils étaient restés longtemps à l’écart du monde, les récents troubles parmi les géants du givre et l’activité croissante des suppôts de l’hospodar Askinos les poussent à sortir de l’isolement. Piliers de la Création Site démesuré édifié par les Géants de l’ancien temps et qui permit à de nombreux humanoïdes de survivre. Il est un lieu de pèlerinage majeur pour les fidèles de Façonneur. Des secrets de l’antique magie des Géants pourraient y sommeiller. Trophée de la longue chasse Ce site maudit est un lieu de rassemblement des adeptes de Gegaôr, qu’il s’agisse de loups-garous ou de sorciers géants du givre. Ensemble, ils célèbrent les pleines lunes de Mélancolia. Des chasses à l’humanoïde et des massacres sauvages y sont organisés. 194 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


La vie nomade Saison claire La débâcle Les neiges fondent entre l’équinoxe de printemps et la période qui précède le solstice d’été. La débâcle est un des moments les plus dangereux de l’année. Les glaces qui couvrent les cours d’eau et la mer se fragilisent et sont emportées. L’humidité s’infiltre partout. Tandis qu’en hiver, des bottes épaisses de feutre permettent de marcher sans problème dans la neige avec les pieds au sec, à la débâcle, l’eau détrempe sols comme objets pendant que la boue se colle partout. Les paysages lumineux de l'hiver, scintillants de la réverbération sur la neige et la glace, laissent place à une ambiance morne et terne. L’été polaire Après la fonte des neiges commence presque aussitôt l’été avec un retour triomphal de la lumière et de la vie. Outre une grande quantité de fleurs, le pays accueille des millions d’oiseaux migrateurs. Le jour est long, au point qu’aux latitudes les plus élevées, le soleil ne se couche pas. Les troupeaux se réjouissent des pâturages frais, tandis que les chasseurs récoltent les œufs et chassent les oiseaux migrateurs. Chasses héroïques Les habitants du Grand Nord sont les premiers menacés par des créatures monstrueuses telles que les loups arctiques, les remorhaz ou les dragons blancs. La vigilance et la discrétion permettent d’échapper à certaines menaces, mais les chasseurs du nord ne vivent pas perpétuellement dans l’attente craintive d’assauts de ces puissants ennemis. Ils mettent à profit l’été pour retrouver les antres de certaines créatures et les abattre tant que le climat ne leur est pas favorable. Ces chasses sont extrêmement dangereuses et sont préparées minutieusement. Les guerriers et druides de plusieurs clans, voire tribus, se rassemblent pour remonter une piste vers un repaire souvent bien dissimulé et difficile d’accès. L’effet de surprise est important pour permettre au plus grand nombre de revenir vivants de ces expéditions. Les victoires entrent dans les légendes des peuples du nord et les trophées permettent de fabriquer de nouvelles armures adaptées aux combats dans ces contrées. Réunions estivales Chaque été, il y a des rassemblements entre groupes. Certains sont fortuits, d’autres coutumiers. Ils se déroulent toujours aux mêmes lieux, connus pour fournir assez de ressources. L’enceinte de ces villages éphémères est considérée comme sacrée et il est strictement interdit d’y verser le sang. On est ici pour échanger nouvelles et objets, ou pour chercher un nouveau clan avec lequel voyager. Les aînés des clans discutent d’affaires communes, réglant les mariages et les procès. La justice y est essentiellement consensuelle, cherchant à maintenir l’harmonie au sein de groupes qui ont besoin de solidarité autant que de confiance pour survivre. Les pires peines consistent en des bannissements, parfois assortis du droit de revenir à condition de ramener un objet particulier. Le cas échéant, celui-ci ne peut être trouvé qu’en des lieux à la fois éloignés et dangereux  : fruit d’un arbre, poterie de la civilisation boréale, larme de sednae, etc. 195 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Le temps des fiançailles Durant le bref été où j’eus le plaisir de partager leur route, mes amis installèrent plusieurs semaines leurs tentes côte à côte avec celles d’un autre clan de la même tribu. Nous fûmes bientôt rejoints par un troisième, et jusqu’à sept à la fin de leur court été ! Pour la tribu de mes hôtes, ces réunions revêtaient une grande importance. Je compris vite que le troc auquel s’adonnaient les membres de la tribu était aussi un temps de parade et de négociation, où chaque clan pouvait découvrir les jeunes gens des autres groupes en vue de former des couples. Ces fiançailles rapidement suivies de mariages concernaient surtout les parents et les chefs de clans, qui président aux échanges exogamiques. Les négociations furent intenses car les jeunes gens sont des atouts de taille dans les forces vives d’un clan, et incarnent l’espoir de le voir se perpétuer avec leurs enfants à venir. Aussi les chefs de chaque clan décidèrent-ils entre eux de la composition des couples pour chacune des familles en vue de l’intérêt des clans. Quand bien même ces unions étaient arrangées, la fête qui s’ensuivit fut admirable de simplicité mêlée de joie. Ce sont cinq couples d’un coup qui furent formés et mariés en ma présence lors de ce bel été. Autour d’une stèle sculptée, on rassembla des offrandes utiles à l’équipement de la tente des futurs époux. Eux-mêmes furent revêtus de parures en très belles fourrures de renard roux et blanc, ainsi que de bijoux du clan, essentiellement sculptés dans des os d’animaux. Les trois jours et trois nuits de festivités furent intenses, entre musique, chants, jeux, luttes et grands repas partagés comme si aucune économie ne devait être faite pour les saisons à venir ! J’y participai comme si j’avais été des leurs depuis toujours, et au matin du quatrième jour chacun reprit sa route. C’est ainsi que je compris que ma jeune amie Saqqaq, avec laquelle j’avais sympathisé pendant l’hiver, ne serait pas de la suite du voyage. J’eus l’impression d’en être plus affectée que ses propres parents. Au moment de nous quitter, je crus discerner une certaine résignation alors même qu'elle venait d'être mariée à un parfait inconnu. Mon voyage dans le Nord par Armande Pluguein de la Cité Franche La saison sombre La destination hivernale L’automne est bref, les nuits de plus en plus longues – jusqu’à être permanentes sous certaines latitudes – et le froid devient mordant. Certaines familles et clans restent dans la toundra, d’autres migrent un peu plus au sud, s’abritant dans les taïgas. Certains groupes bâtissent des camps d’hiver qu’ils rejoignent chaque année. Il s’agit de sortes de villages, idéalement placés près de ressources accessibles durant la saison sombre. Les bâtiments peuvent être partiellement creusés, édifiés en pierres avec de la terre sur le toit pour que l’herbe pousse durant la belle saison et contribue à garder la chaleur pour la rudesse de l’hiver. D’autres ressemblent à des tentes permanentes en forme de petit dôme dont l’ossature est constituée de lourdes défenses de mammouths. Près de la mer ou des grands lacs, les proies sont typiquement le poisson, les phoques ou les morses. Des camps peuvent aussi être installés le long des routes migratoires de grands troupeaux. Il suffit de stocker la viande dans le pergélisol pour pouvoir la consommer sur de longues périodes. 196 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Le quotidien de l’hiver Si beaucoup d’étrangers imaginent l’hiver septentrional comme un long cauchemar durant lequel les habitants restent en permanence cloîtrés dans leurs tentes, la réalité est plus nuancée. Le quotidien est rythmé par les nécessités : tant que le temps est clair, même de nuit, il est aisé de pêcher par un trou creusé dans la glace, c’est d’ailleurs un loisir apprécié  ; il faut souvent quotidiennement ramasser du bois pour chauffer la tente ; les éleveurs surveillent leurs bêtes pour éviter qu’elles ne soient attaquées par des loups ; etc. Se déplacer dans les paysages enneigés Les populations sont bien adaptées à la neige comme à la glace. Pour les groupes qui dépendent principalement de la chasse, c'est une nécessité, car les grands troupeaux se déplacent sans cesse et il faut pouvoir les suivre. Pour les autres, cela permet de s’approvisionner autour du camp d’hiver ou, au besoin, de rejoindre d’autres communautés. Si la nature hivernale est rude, elle offre des opportunités. Les fleuves et bras de mer gelés peuvent être traversés en toute sécurité. Il est ainsi possible d’aller à pied du nord du Kaan au nord du Cyfandir. Un individu isolé peut opter pour la marche sur raquettes – afin de ne pas s’enfoncer dans la neige – ou l’usage de skis. Des traineaux peu chargés tirés par des chiens du Septentrion bien entraînés peuvent couvrir au cours d’une seule journée des distances dépassant 100 km ; du moment que les voyageurs transportent assez de viande gelée ou séchée, ils peuvent ainsi aller vite et loin. L’enfer de Givreuse …purée de pois infâme, jamais retombée depuis vingt jours ! …retrouver mon chemin dans cet enfer blanc… un enfer… un enfer de pays, rejeton maudit de Nuit et Givreuse… avaient dit et j’ai suivi la piste… que… …chiens sont morts hier, plus assez de nourriture pour continuer… dû en garder dans le sel… ai pu rater le cairn qui marquait l’entrée du… réchapperai pas à moins de… …sauvé ! …vu la lumière du… …foutue tempête, foutue grêle… harassé… vais faire une pause, repartirai d’ici une heure… rien qu’une heure… Restes d’un journal mangé par l’humidité, retrouvé dans la carcasse d’un traineau des steppes de Eifjülliukiiplüten. a Les mots du Grand Nord Pergélisol Même sous ses latitudes les plus clémentes, le sol profond reste gelé en permanence –on parle de pergélisol ou de permafrost. Il est dur comme de la pierre. Nous avions découvert un malheureux défunt, méconnaissable, et je voulus l'enterrer pour ne pas abandonner ce qui restait de cette dépouille aux charognards. Mes compagnons tentèrent de me dissuader mais me laissèrent essayer. Mes outils rudimentaires furent mis à rude épreuve et je ne parvins qu'à gratter un peu la surface du sol. Finalement, nous rassemblâmes des pierres pour édifier un cairn. Après ma mésaventure, je pensais qu'il fallait renoncer à toute idée de trou. Pourtant, j'en vis un une fois : un véritable tunnel, assorti de plusieurs chambres souterraines. Nous étions en plein été mais à peine quelques mètres après l'entrée, les murs étaient couverts de givre et de glace. Je ne sais pas quel en était l'usage mais j'imagine qu'il serait opportun d'y stocker des graines ou de la nourriture qui demeureraient congelés et intacts. Taïga Les taïgas ne constituent pas un ensemble uniforme. Composées en grande partie de conifères, comme le mélèze, l'épicéa, le pin et le sapin au Septentrion, on y trouve aussi quantité de bouleaux et bien d'autres essences de bois adaptées au froid tels l'érable, le peuplier et le saule. Quantité de baies (myrtilles, airelles, canneberges, aronia, etc.) peuvent être ramassées pendant les brefs étés. La faune sauvage est abondante et plus nombreuse que les populations humanoïdes. Parmi les prédateurs, on compte notamment les ours, les lynx, les smilodons, les tigres du Septentrion, les loups, les gloutons et les renards. Il y a en outre souvent plusieurs sous-espèces, adaptées à des environnements spécifiques. Ils chassent les lemmings, les lièvres des neiges, les élans, les caribous et les rennes. À ces bêtes s'ajoute un abondant gibier à plumes, en grande partie migrateur. Les eaux des rivières et des mers sont notablement poissonneuses, avec des espèces présentes à l'année et d'autres saisonnières. Steppe froide Par endroits, et m'a-t-on dit, plus largement dans les territoires des géants du givre, s'étend une steppe froide avec de nombreuses et très hautes graminées adaptées à un froid sec. C'est le domaine d'herbivores aussi massifs que le mammouth ou le rhinocéros laineux. Les prédateurs – de grands loups, des ours puissants ou des lions arslanikhs adaptés à ce climat – sont à l'avenant. Toundra En montant vers le nord, quand même la taïga ne parvient pas à pousser, ne demeure plus que la toundra, steppe de lichen qui s'étend sur les collines et les plaines froides. Dans les vallées abritées du vent froid, on trouve encore quelques bois parsemés. Ces régions sont blanchies d'une épaisse couverture neigeuse durant neuf mois de l'année et la nuit, au cœur de l'hiver, dure plusieurs semaines durant lesquelles la seule clarté provient des lunes ou des aurores boréales. L'été s'achève dès le mois d'août et la maigre végétation prend des couleurs déjà automnales. Notes de voyage de Phrixos de Lymnipogéï 197 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Mystères et sacré Le sacré et le spirituel sont considérés comme constamment présents par les populations du Grand Froid. Pour elles, les bêtes et les lieux naturels ont une âme. Des esprits bons ou mauvais sont présents en de nombreux lieux. Les règles de Givreuse se dessinent dans les signes des événements et des rencontres fortuites. Les créatures aux ordres de Givreuse sont autorisées à s’en prendre à des voyageurs et peuvent avoir à défendre l’accès à des lieux importants – les ruines de la civilisation boréale par exemple. De la même manière qu’elles peuvent attaquer avec fureur sans raison apparente, elles peuvent se retirer sans plus d’explication évidente. Les épreuves morales et physiques sont considérées comme un tout. On suppose que la fermeté face au danger suffit parfois à convaincre la Vieille de l’Hiver de laisser un aventurier poursuivre son chemin parce qu’il a montré qu’il était digne d’atteindre un lieu normalement interdit. Le cycle des âmes selon Givreuse Les trois types d'après-vie, telles qu'ils sont décrits dans la doctrine de Givreuse, sont visibles directement par les habitants du Septentrion. Quand quelqu’un meurt, ses proches sont bien sûr affectés, mais ils croient aussi profondément que le défunt est encore là sous une autre forme. Bienheureux. Quand un individu qui a mené une vie mesurée et juste succombe, il retourne à Eana ou bien, guidé par les sednaï jusqu’au domaine de la déesse, il est appelé au travers des aurores boréales. Les individus valeureux deviennent à leur tour des sednaï et peuvent revenir de temps en temps aider en personne leur clan. Mis à l’épreuve. Ceux dont le mérite est plus incertain deviennent des glas des limbes, aussi appelés nowôhtam – ceux qui sont tristes. Ces morts-vivants incorporels qui paraissent sortir d’une froide brume demeurent dans une sorte d’inquiétant purgatoire hivernal. L’égoïsme furieux des allouvis, c’est-à-dire ceux qui se comportent comme des loups féroces envers leurs semblables, est sanctionné dit-on par une incarnation en loup arctique. Damnés. Les remorhaz sont considérés comme l’incarnation terrifiante de défunts maléfiques, condamnés à mener une vie horrifique qui servira de leçons aux vivants. Les pires criminels risquent pour leur part d’être emportés par les diables gelés jusqu’aux Gémonies. Héros des contes Les contes et légendes que l'on raconte aux enfants pour les endormir ou leur apprendre les principes moraux essentiels ont des héros différents des régions tempérées. Lemming Le lemming est un des animaux emblématiques du cercle polaire. Ce petit rongeur, au pelage châtain rehaussé de noir, vit le plus clair de l'hiver sous le manteau neigeux. Il creuse des galeries pour atteindre la mousse et le lichen dont il se nourrit ; ponctuellement, il jaillit hors du couvert neigeux en se lançant à toute vitesse dans de stupéfiantes glissades sur le ventre. Au printemps, les lemmings vivent une période de grand désarroi : ils sont nombreux et n'ont plus leur précieux couvert neigeux. Ils cherchent de toutes parts des abris. Tout est bon pour ça : trou, anfractuosité de rocher, sac d'aventuriers. Dans ces régions, tous les prédateurs veulent manger les lemmings : renards polaires, grands corbeaux, chouettes harfangs, labbes à queue longue, ours et aventuriers en manque de viande fraîche. Cette menace perpétuelle est au cœur de bien des récits, répétés ou improvisés commençant par « Il était une fois un lemming… » et son astuce ou bien son imprudence servent à instruire le jeune public. Ces petites bêtes sont célèbres par leur nombre de prédateurs, leur allure et certains mystères de leur mode de vie. Tous les quatre ans environ, les lemmings surgissent en masse et entament une grande migration durant laquelle ils prennent une direction mystérieuse, en faisant montre d'une grande témérité pour coloniser de nouveaux territoires. Ils s'exposent ainsi à entrer dans les domaines de prédateurs et à quitter leurs habitats naturels protecteurs. Renard polaire Plus petit que son voisin des forêts plus tempérées, le renard polaire a des oreilles courtes et change de robe au cours de l'année. Il est blanc en hiver et d'un gris de fumée à partir du printemps. Avisé, il sait chasser des lemmings puis les enfouir dans un garde-manger glacé pour avoir de quoi se nourrir durant les périodes difficiles. Sa capacité à survivre avec très peu de ressources en fait un emblème de la déesse Givreuse et certains clans du Septentrion considèrent comme tabou le meurtre d'un renard polaire. Ils prennent ainsi parfois très mal l'activité de trappeurs qui alimentent les puissants de Lothrienne et d'Arolavie en fourrure. Les chamanes sont également à l'affût d'anomalies de comportement de ces animaux, les voyant comme des messagers divins. Notes de voyage de Phrixos de Lymnipogéïa 198 Patrick PIGNOL (Order #40465564)


Click to View FlipBook Version