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Published by jules_vergne, 2023-10-16 06:01:12

Monstrueusement_mignons

Monstrueusement_mignons

MONSTRUEUSEMENT MIGNONS    METAL WEAVE GAMES & BLACK BOOK ÉDITIONS


black-book-editions.fr MetalWeaveGames.com BBE MM01 ISBN : 978-2-36328-518-8 Dans un monde de mythes et de magie, de grands héros défont des monstres terribles et entrent grâce à cette victoire dans la légende. Mais qu’arrive-t-il aux bébés que ces créatures laissent derrière elles ? Cet ouvrage est le premier à explorer une nouvelle forme d’aventure : l’éducation des jeunes monstres, qui deviendront ainsi de loyaux compagnons, des amis très chers ou de féroces gardiens. Vous cherchez de l’inédit pour pimenter une campagne de jeu de rôle dans un monde médiéval-fantastique ? À moins que vous ne vouliez tout simplement voir ces monstres sous une facette différente dans l’art de la fantasy ? Il y a dans ce livre tout ce qu’il vous faut : du petit et du mignon. Financé sur Kickstarter en 2014 par plus de 600 passionnés, cet ouvrage n’est que le début d’adorables aventures. Monstrueusement mignons ajoutera sûrement un peu de « Oooooooh » à votre déco et de « Hiiiiii » dans la bouche de vos joueurs qui se traînent péniblement dans les couloirs de donjons humides. Découvrez les adorables


MONSTRUEUSEMENT MIGNONS    Crédits Directeur de création Andreas Walters Auteurs Mikaela Barree, Vickey Beaver, Richard Bellingham, Stephanie Bryant, Jesse Butler, Elizabeth Chaipraditkul, Alana Curri, John D. Kennedy, Karl Larsson, Eloy Lasanta, Ben McFarland, Laura MontgomeryHurrell, Devon Oratz, Jason Pitre, Sarah Richardson, Ryan Schoon, Brie Sheldon, Joel Sparks, Ben Woerner, Jacob Wood Auteurs additionnels Emma Hespa Mann, Gareth Hodges, Sam Mellor Directeur de publication Gareth Hodges Rédacteurs en chef Emma Hespa Mann, Scott Vandervalk Relecture Jeremy Land Illustrations intérieures Conceptopolis www.conceptopolis.com Illustrateurs additionnels Eren Arik www.ErenArik.com Denis Loedner www.ArtStation.com/artist/DenisTheMenace Domenico Neziti www.Nezart.DeviantArt.com Vincent Yau https://www.facebook.com/ArtofVincentYau/ Adafa Trihatma Aji http://djambronx.deviantart.com/ Maciej Kuczynski www.PixelJoint.com/p/925.htm Éditeur Metal Weave Games www.MetalWeaveGames.com Pour Black Book éditions Directeur de publication : David Burckle Traduction : Sabine Abbonato Relecture : Sélène Meynier, Aurélie Pesseas Design : Camille Bourgoin, Damien Coltice, Laura Hoffman Mise en page : Jérôme Cordier Profils techniques Auteur : Laurent Kegron Bernasconi Relecture : Thomas Berjoan, Pierre-Olivier Cervesi L’Équipe de Black Book Éditions : Eric Bernard, Anthony Bruno, Damien Coltice, Jérôme Cordier, Jonathan Duvic, Laura Hoffmann, Marie Ferreira, Romano Garnier, Justine Largy, Aurélie Pesseas, Tête Brulée Édité par Black Book Éditions. 50 rue Jean Zay, 69800 Saint-priest. Dépôt légal : mars 2019. ISBN (relié) : 978-2-36328-517-1 ISBN (PDF) : 978-2-36328-518-8 Imprimé en UE. Copyright © 2019 Metal Weave Games MONSTRUEUSEMENT MIGNONS, et toutes les marques et les logos qui s’y rapportent sont la propriété de Metal Weave Games aux États-Unis et dans les autres pays, et sont protégés par les lois sur la propriété intellectuelle des États-Unis d’Amérique. La reproduction ou l’utilisation non autorisée de tout ou partie de cet ouvrage, ou des illustrations qu’il contient, est interdite sans autorisation expresse de Metal Weave Games. Ce livre est une œuvre de fiction. Venez nous rendre visite sur www.MetalWeaveGames.com.


2 Note du créateur J ’ai toujours eu le truc avec les animaux, sans doute parce que j’ai grandi avec toutes sortes de bestioles et que j’ai toujours eu des animaux de compagnie – mais, hélas, pas de buse (sanguinaire) à queue rousse. En fait, l’idée de Monstrueusement mignons est née au cours d’une discussion. Quelqu’un (Jeremy, notre éditeur) s’est rendu compte que l’oxydeur était catalogué comme une aberration et non comme une créature magique. S’en est ensuivi une conversation du genre « Un chaton oxydeur fait-il moins peur qu’une aberration appelée oxydeur ? ». Le sujet a piqué mon imagination au vif et voilà « Petit & Kawaï ». Hé oui, tous les monstres ont eu leur période adorable. Et comme vous pouvez le constater, ils sont plutôt mignons. Vous trouverez une description détaillée de ce à quoi vous devez vous attendre avec un bébé monstre, et plus particulièrement sur l’alimentation, le développement, le dressage, la remise en liberté et les problèmes qui pourraient découler de sa présence au sein de votre groupe d’aventuriers (ou chez vous). Nous tenons également à dire que c’est grâce à tous ceux qui ont soutenu notre financement participatif, que ce projet a pu aboutir tel qu’il est. Sans votre aide, il n’aurait jamais été autre chose qu’un concept et ce livre magnifique n’aurait jamais vu le jour. À ceux qui ouvrent cet ouvrage pour la première fois, vous découvrez l’œuvre de l’amour. L’amour des animaux et de la mythologie qui nous ont donné la force de mener nos extraordinaires aventures. Mais plutôt que de voir ce bestiaire comme un outil de destruction des bêtes nées des mythes et des légendes innombrables, je voudrais qu’il soit pour vous une source d’inspiration, et qu’il vous donne l’envie de faire connaissance et de tisser des relations complexes avec ces magnifiques créatures. C’est mon premier ouvrage majeur, moi qui n’ai fait jusqu’à présent que de petits suppléments, et je suis plutôt fier du résultat. J’espère qu’il sera à la hauteur, tant au niveau du contenu que de la qualité, tout comme j’espère m’améliorer au fil de mes créations littéraires. Merci, Andreas Walters


3 TABLE DES MATIÈRES Vous, le maître des bêtes 4 Les vrais monstres 12 Aboleth, Rejeton 14 Ancien Dieu, Rejeton 16 Archon Canin, Chiot 18 Baku, Éléphanteau 20 Balor, Brandon 22 Basilic, Lézardeau 24 Beithir, Lézardeau 26 Bulette, Chevreau 28 Centaure, Poulain 30 Cerbère, Chiot 32 Chien esquiveur, Chiot 34 Chimère, Lionceau 36 Cocatrice, Poussin 38 Couatl, Nouveau-né 40 Criard, Bouton 42 Cube Gélatineux, Bébé 44 Destrier Noir, Poulain 46 Djinayni 48 Dodomeki, Petit Œil 50 Dragonnet 52 Dragonnet, Tortue 54 Élémenteau 56 Enfield, Renardeau 58 Gargouille, Moulure 60 Gnoll, Chiot 62 Gobelours, Petit 64 Griffon, Poussin 66 Harpie, Fille 68 Hippocampe, Fretin 70 Hippogriffe, Poulain 72 Homme-Lézard, Bébé 74 Hydre, Serpenteau 76 Kirin, Poulain 78 Kitsune, Chiot 80 Kobold, Petit 82 Kraken, Larve 84 Léviathan, Petit 86 Lézardeau de Foudre 88 Licorne, Poulain 90 Lionceau de Mer 92 Manticore, Lionceau 94 Méduse, Fille 96 Mimique, Bébé 98 Minotaure, Veau 100 Myconide, Spore 102 Naga, Couvain 104 Ogre-Mage, Apprenti 106 Ombre des Roches, Nymphe 108 Orque, Petit 110 Otyugh, Bout 112 Ours-Hibou, Poussin 114 Oxydeur, Charançon 116 Pégase, Poulain 118 Péryton, Hinulus 120 Phénix, Poussin 122 Pseudo-Dragon, Vermisseau 124 Rakshasa, Chaton 126 Rémorhaz, Fraie 128 Satyre, Chevreau 130 Simurgh, Chiot 132 Sphinx, Chaton 134 Sylvanien, Baliveau 136 Tarasque, Poussin 138 Tatzelwurm, Vermisseau 140 Tertre Errant, Petit 142 Tigron de Phase 144 Titan, Rejeton 146 Troglodyte, Têtard 148 Troll, Bourgeon 150 Ver Pourpre, Violet 152 Vouivre, Civelle 154 Wolpertinger, Rejeton 156 Xorn, Bébé 158 Le bestiaire de jeu de rôle 160 Profils techniques 164 Contributeurs 208


4 VOUS,LE MAÎTRE DES BÊTES laissant la bête prendre le dessus sur eux, dans un dernier épisode tout aussi rapide que sanglant. Trouver son bébé monstre Si vous êtes à la recherche d’un nouveau petit à dresser, le meilleur endroit (et il faut bien le reconnaître, le plus dangereux) reste la tanière de ses parents. Vous aurez des défis spécifiques à relever selon la créature que vous aurez choisie. Certaines sont solitaires et leur repaire est donc difficile à trouver, tandis que d’autres défendront férocement leur territoire et le feront jusqu’à la mort (assez probablement la vôtre, d’ailleurs). Il est important de connaître les habitudes et le cycle de reproduction de la bête que vous recherchez. Si vous chassez pendant la saison des amours et non pendant la période des naissances, vous ne trouverez certainement pas votre bonheur. Vous devez aussi savoir ce qu’elle mange, comment elle survit après l’éclosion (s’il s’agit d’un œuf) et apprendre tout ce dont vous aurez besoin pour devenir un bon parent de substitution. Si vous n’êtes pas du genre aventureux, vous pouvez embaucher un courageux chasseur qui attrapera à votre place le spécimen qui vous intéresse, ou l’acheter chez un éleveur. Les deux méthodes comportent évidemment leurs propres risques, mais, au moins, elles ne vous collent pas dans les ennuis. Embauchez un braconnier professionnel et vous n’aurez probablement aucune idée de ce dont vous allez hériter. En effet, vous pourrez lui dire que vous voulez un chiot esquiveur, mais à moins de le lui avoir décrit avec force détails, vous pourriez bien vous retrouver avec un chiot d’une espèce tout à fait canine. Vous auriez bien sûr raison de ne pas vouloir payer un service inadéquat. Mais êtes-vous prêt à discuter avec quelqu’un qui risquerait volontiers sa vie pour quelques pièces ? Si vous allez chez un éleveur, vous pourrez choisir le spécimen désiré. Cependant, ce commerce n’est pas toujours légal et si vous avez jeté votre dévolu sur une espèce exotique, vous devrez peut-être vous fournir au marché noir. Dans les deux cas, le bébé risque d’avoir été maltraité ou battu, ce qui rendra votre tâche beaucoup plus ardue. Intelligence des bébés monstres J’utilise le terme « bête » pour décrire les créatures de cet ouvrage, et pourtant elles n’ont pas nécessairement une intelligence animale. Si certaines sont purement instinctives (qui a dit ours-hibou ?), d’autres ont un esprit bien supérieur à ce que suggère leur nature monstrueuse. Quelques-unes de celles mentionnées ici, comme les kirins, les gnolls, les dragons et les couatls, ont une intelligence qui rivalise, voire surpasse, celle des races dites civilisées. Elles ont donc besoin d’une éducation particulière si vous voulez réussir à en faire des adultes équilibrés. Si ces créatures peuvent parler, elles sont particulièrement intéressantes. Le choix d’enseigner à votre petit le langage de ses parents vous revient, mais rappelez-vous qu’avoir la Quand je me penche sur ma longue carrière d’éleveuse et de dresseuse, j’avoue ne pas savoir à quel moment exactement je suis devenue un maître des bêtes. Certains de mes confrères me disent avoir eu la même expérience. Qu’ils soient issus d’une famille traditionnellement tournée vers le dressage des monstres, ou qu’ils soient tombés dans la marmite par accident ou nécessité, ils se font la même réflexion : si tu n’as aucun talent, ta carrière sera très courte et il n’y a donc par définition aucun apprenti dans cette profession. Chacun y trouve lentement sa place, et souvent sans avoir prévu d’y consacrer sa vie. Croiser à l’improviste des monstres plus ou moins inoffensifs marque fréquemment le début de notre carrière. Qu’il s’agisse de chiots de gnoll chapardant des pommes dans le verger, ou des veaux de minotaure gambadant dans un jardin labyrinthique, nous avons souvent dû pour commencer nous occuper de nuisibles. Ironie du sort, nous avons plus ou moins tous voulu les tuer, mais après avoir éradiqué la menace des adultes, nous avons eu beaucoup plus de mal à nous résoudre à faire de même avec leur progéniture sans défense, que nous avons fini par adopter. Ce qui vous attire dans les bêtes et les montres importe peu. L’essentiel, c’est ce qui vous fait changer. Quand vous les dominez, vous vous dominez également. Vous vous enseignez la maîtrise de soi et la patience et, à travers vous, la bête apprend à faire de même. Sa nature animale ouvre la voie à la nature humaine et ses avantages. Ne soyez pas dupes, pourtant. Il ne s’agit pas d’une véritable intelligence même si elle en a l’apparence ; il s’agit plutôt de remplacer les instincts bestiaux par un instinct humain. L’écuyer le plus loyal du monde est capable d’expliquer la dévotion qu’il éprouve envers son seigneur, mais ce n’est pas le cas de la monture du seigneur. Avec la logique, cependant, apparaît la possibilité de contestation et c’est pour cela que le seigneur en question fera plus confiance à sa monture qu’à son écuyer. Pour le maître des bêtes accompli, les relations qu’il entretient avec les monstres dont il s’occupe éclipsent rapidement celles qu’il pourrait avoir avec un être humain. Je crois pour ma part que l’on devient un maître des bêtes quand la domination cesse d’être un moyen d’arriver à ses fins pour devenir une fin en soi. Certains dressent des chevaux pour que d’autres puissent les monter, d’autres font de même avec des griffons, ou même des dragons. Ils n’en sont cependant jamais les maîtres, à peine les ont-ils asservis. Vous n’embrassez véritablement cette vocation que lorsque la présence de la créature n’est plus seulement tolérée, mais qu’elle devient une nécessité. Quand vous ne voyez pas la fin du dressage d’un monstre comme un simple travail que vous venez d’achever, mais comme une expérience personnelle gratifiante. À ce moment-là, vous vous tournerez vers des défis plus grands, et vers des créatures plus inhabituelles. Mais soyez vigilant ! Si vous n’y prenez pas garde, vous deviendrez la proie de l’esprit animal. L’histoire regorge d’anecdotes relatant comment des dresseurs se sont laissé dominer par la bête qu’ils étaient censés entraîner, que ce soit en libérant la férocité de leur nature animale ou en


5 faculté de leur parler dans une langue qui leur est familière facilitera certainement les choses. Dans ce cas, les relations se basent plus souvent sur l’échange, contrairement à ce qui se passe avec des bêtes qui ne parlent pas. Quand vous essayez d’entraîner un dragon capable de négocier, vous devez faire un peu plus que le nourrir pour qu’il soit heureux. Quel que soit leur degré d’intelligence, toutes les bêtes apprennent et acquièrent de nouvelles compétences tout au long de leur vie. Leur enseigner les fondamentaux quand elles sont jeunes, comme la chasse, le camouflage et l’hygiène, est d’une importance capitale. Même si vous voulez en faire un trappeur, un gardien ou un spécialiste des énigmes (dans le cas des sphinx et des minotaures), vous ne devez en aucun cas négliger les bases. Certaines créatures apprennent plus vite que d’autres, mais, dans tous les cas, la maîtrise de ces compétences viendra avec le temps. Apprenez donc à être patient. Élever un bébé bête Vous venez d’acquérir votre petit. À présent, il est temps de l’éduquer et d’en faire le petit compagnon serviable que vous avez toujours voulu avoir. Les premières étapes sont toujours les plus importantes, alors ne les prenez surtout pas à la légère. J’ai vu nombre de dresseurs essayer de s’occuper d’un nouveau-né et échouer lamentablement, parfois de manière catastrophique. Je vous recommande tout d’abord d’étudier son espèce et d’en apprendre le plus possible sur elle. L’une des erreurs de novice les plus courantes consiste à supposer que toutes les créatures sont identiques, alors qu’il n’y a rien de plus faux. Chaque bébé est unique et surtout, chaque type de créature répond différemment à vos actions. Vous pouvez tout à fait parvenir à élever les créatures les plus bestiales, simplement en leur donnant à manger à heures fixes et en les laissant se promener dans votre jardin. Mais les monstres présentés dans cet ouvrage ont pour la plupart une psyché bien plus complexe. Avant de ramener une bestiole du marché (ou de son antre, ou de là où vous l'avez trouvée) et de l’installer chez vous, assurez-vous de bien comprendre le genre d’aménagements qu’impliquera son arrivée. Je vous conseille de continuer à apprendre tout ce que vous pouvez sur elle pendant son enfance et jusqu’à l’âge adulte. Il vaut mieux connaître l’habitat qui lui convient le mieux, le genre de nourriture qu’elle affectionne et sa manière de réagir à la discipline. Beaucoup de créatures ont des pouvoirs magiques qui demandent aussi une attention spéciale. Vous aurez peut-être besoin de vêtements ou d’objets magiques pour vous protéger des utilisations accidentelles de leurs attaques naturelles et surnaturelles. Une fois que vous saurez comment vous occuper correctement de votre animal, vous devrez mettre votre connaissance théorique en pratique. Commencez pas établir la hiérarchie ; vous êtes son maître (ou son parent, s’il est trop malin pour vous laisser faire), et il apprendra à vous faire confiance et à vous obéir. Enseignez-lui tout d’abord à survivre et à s’adapter, puis passez à des techniques plus élaborées au fur et à mesure de son développement. Rappelez-vous que toutes les créatures n’ont pas toutes la même espérance de vie ; l’une peut devenir adulte en quelques années et d’autres ont besoin de plusieurs dizaines d’années. L’essentiel, c’est votre implication en tant que maître des bêtes, à moins que vous ne tombiez sur une petite chose furieuse qui transforme votre intérieur en champ de ruines. Les bébés monstres en ville Vous aurez beau vivre tout en haut d’une tour perdue au fond des bois et ne pas sortir souvent, vous n’y couperez pas : à un moment ou à un autre, vous devrez emmener votre petit protégé en ville. Si vous y vivez à demeure, vous êtes peutêtre déjà au fait de quelques-uns des détails que j’aborde ici. Cela ne doit pourtant pas vous empêcher d’être très attentifs à ce qui va suivre, car ce sont des informations importantes. La plupart des créatures présentées dans cet ouvrage n’appartiennent pas à la catégorie des animaux familiers domestiques, et presque toutes les villes ont des politiques restrictives sur leur présence. Il vous faudra un permis si vous voulez une bête de grande taille ou dotée de capacités surnaturelles dangereuses, si toutefois elles sont autorisées dans l’enceinte tout court. Les oxydeurs en particulier sont un vrai péril, et il est rarement permis de les sortir dans la rue, même tenus en laisse. Si vous avez besoin d’un permis pour détenir votre petit protégé, vous devez l’avoir sur vous en permanence quand vous l’emmenez en ville. Vous êtes seul responsable de ses actions ; s’il grignote le cheval d’un aventurier ou saccage l’échoppe d’un marchand, vous aurez à payer pour les dégâts (et les sorts de transmutation de la pierre en chair). Je vous déconseille de le faire tant qu’il n’est pas assez âgé pour comprendre vos ordres et y obéir. C’est le genre d’escapade qui peut vous coûter cher en amendes. Dans certains cas, vous devrez montrer que vous êtes capable de maîtriser votre bête et de l’empêcher de ravager les rues de la ville. Afin d’obtenir une autorisation de détention, il vous faudra prouver que votre maison est convenablement équipée pour accueillir la créature, et, surtout, pour éviter qu’elle ne s’échappe. Cela peut signifier d’avoir des ancres


6 dimensionnelles qui empêcheront vos chiots esquiveurs de franchir la clôture, ou des murs de pierre pour vos monstres oxydeurs, et ainsi de suite. Attendez-vous à ce que les forces de l’ordre vous rendent des visites de routine, et s’assurent que toutes vos protections répondent à leurs exigences. Dans certaines cités, les lois considèrent les gnolls, les kobolds et d’autres créatures comme des humanoïdes inférieurs, ce qui peut leur faire courir le risque d’être réduits en esclavage. Si vous dressez l’une de ces créatures dans ce genre d’endroit et que vous souhaitez conserver votre bébé, soyez prêt à le déguiser. Les nouveau-nés passent facilement pour des chiots ou des lézards, mais quand ils grandiront et commenceront à marcher, vous devrez améliorer vos techniques de dissimulation. Je vous suggère de vous renseigner sur d’éventuels déguisements magiques, ou bien d’éviter complètement ce genre d’endroit. Entraîner votre bête Après lui avoir enseigné les bases, vous souhaiterez sans doute apprendre à votre bébé de nouvelles compétences. À moins que vous ne soyez du genre à vous satisfaire d’un animal de compagnie dépendant entièrement de vous, incapable de vous remercier de toutes les années que vous avez consacrées à son éducation ? Si c’est le cas, vous devriez plutôt songer à prendre un chat. Une bête bien entraînée, capable d’accomplir des tours uniques, est la raison principale pour laquelle on devient maître des bêtes. Avant de commencer à lui enseigner de nouvelles choses, évaluez les forces et les faiblesses de votre petit. Vous ne réussirez probablement pas à apprendre les subtilités du crochetage des serrures à un minotaure. Par contre, poursuivre les intrus entre les murs de votre labyrinthe sera tout à fait dans ses cordes. De même, un kobold fera un piètre gardien de pont-levis, mais un éclaireur du tonnerre. Votre tâche n’en sera que plus facile si vous apprenez à votre créature comment utiliser ses forces. Même si certaines sont des prédateurs féroces aux réactions instinctives, ne cédez pas à l’envie de les punir durement quand vous les faites travailler. Une école de pensée préconise de fouetter et d’affamer leurs créatures afin de les rendre plus méchantes. Je vous avertis : avec de telles techniques, vous n’obtiendrez que des individus incontrôlables qui n’auront envie que d’une chose, boulotter leur maître. Préférez le renforcement positif et récompensez un bon comportement. Votre animal aura non seulement envie de vous écouter, mais il aura aussi plus de facilités à assimiler les tours que vous essayez de lui apprendre. Ce système des récompenses est un élément-clé dans l’éducation des bébés. Quand vous leur enseignez un nouveau tour, offrez-leur une friandise alléchante (ou pour certains, une babiole brillante) pour leur faire comprendre qu’ils ont correctement exécuté ce que vous leur demandiez. Pour conclure une longue journée d’activités répétitives, brossez-les ou chantez-leur quelque chose. Vous tisserez des liens étroits avec eux et ils voudront ensuite plus volontiers travailler avec vous. C’est un détail particulièrement important si vous dressez un gardien. La dernière chose que vous voudriez de la part d’une cocatrice mécontente, c’est qu’elle vous transforme en pierre au moment où vous vous y attendez le moins. Des monstres pour montures J’ai connu un nain du nom de Torvald Marteau-Glorieux qui avait décidé d’élever un ravageur gris pour le monter au combat. En dépit du lien qu’il avait tissé avec cette bête, sa forme géante à deux pattes n’était pas du tout adaptée. Plusieurs sorts de guérison et une longue convalescence plus tard, Torvald a décidé que sa prochaine monture serait plutôt un destrier de guerre. Prenons cette anecdote comme un avertissement. De nombreux dresseurs entrent dans la profession dans l’unique but de faire de leur bébé monstre une monture, mais ils ne savent pas toujours dans quoi ils mettent les pieds. Toutes les créatures ne sont pourtant pas faites pour ça ; ne vous épargnez pas quelques recherches avant d’arrêter votre choix. Votre bête est-elle capable de porter un cavalier ? Les chiens esquiveurs font par exemple de très mauvaises montures, puisqu’il leur faut environ 1 mètre avant de devenir intangible et vous laisser le cul par terre. Les sphinx sont en général trop intelligents et fiers pour se laisser chevaucher. Quant aux cubes gélatineux... bon, disons simplement que si vous parvenez à dresser un énorme tas de gelée gluante, je mange mon chapeau. Dresser certaines créatures pour les monter constitue un vrai défi, mais cela en vaut largement la peine. Peutêtre aurez-vous du mal à faire coopérer les trois têtes d’un cerbère, mais si vous arrivez, vous pourrez compter sur un puissant allié au combat. De nombreux dragons se laissent convaincre de porter un cavalier, mais ils sont assez tatillons et le service est rarement gratuit. Les destriers noirs, avec leurs sabots enflammés et leurs naseaux fumants, figurent parmi les montures les plus classes et les plus terrifiantes sur un champ de bataille, mais ils sont aussi vicieux qu’un étalon sauvage et deux fois plus difficiles à apprivoiser. Une fois que vous aurez choisi une espèce convenable comme monture, assurez-vous de l’entraîner avec sérieux dans ce but. Toutes les bêtes ne sont pas naturellement enclines à se laisser chevaucher et à foncer tête baissée dans une horde d’orques. Il faut de l’organisation, de la pratique et de la patience pour éduquer votre petit dans cette tâche. Si vous n’êtes pas prêts à vous y consacrer pleinement, enseignez-lui un truc plus simple, comme rouler sur le dos ou rapporter un bâton.


7 Étapes de développement Il existe trois stades de développement principaux : bébé, juvénile et adulte. Certains naturalistes affinent cette séparation en catégories plus nombreuses. Malgré toute la fascination que j’ai éprouvée en lisant l’ouvrage de Janni Aldan Fils-de-Cendres, « Les 42 motifs incandescents chez les phénix », je considère qu’au-delà de trois stades, c’est un peu comme couper les cheveux en quatre. Les bébés sont les créatures les plus jeunes de leur espèce, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’ils ne sont pas déjà âgés de plusieurs années. Il ne faut que 18 ans à un bébé humain pour devenir adulte, mais pour un dragon, c’est à peine le temps qu’il lui faut pour devenir un juvénile. Les kobolds, eux, sont adultes en quelques années ; ils ne restent bébés que les premiers mois de leur vie. C’est au cours de cette période que vous devez enseigner à votre bête les bonnes habitudes et l’obéissance. Si vous ne le faites pas, elle risque de mal tourner et personne n’apprécie un sphinx aux manières de cerbère incapable de s’asseoir et de rester tranquille. L’obéissance est particulièrement difficile à apprendre, car chaque individu répond d’une manière différente aux stimuli. Les minotaures ont besoin d’une main ferme, certains diraient agressive, tandis que les baliveaux de sylvanien écoutent tout ce que vous dites tant qu’ils ont plein d’eau et de soleil. Si une tactique ne fonctionne pas pour vous, relisez la description que j’en ai faite afin de vous faire une idée de sa personnalité et ajustez votre méthode en fonction. Au stade juvénile, votre créature est à peu près indépendante, mais a toujours besoin de conseils et d’encadrement. Si vous avez fait correctement votre travail de parent, les jeunes pourront se débrouiller à peu près tous seuls dans la nature. Mais c’est aussi à cet âge que vous pouvez leur apprendre de nouveaux tours qui ne seront pas indispensables à leur survie. Les juvéniles peuvent être assez intelligents pour assimiler plusieurs talents superflus, ce qui semble être le but de la plupart des dresseurs. À l’âge adulte, votre bête devrait être totalement indépendante. Si vous deviez soudainement mourir, elle pourrait continuer à vivre sans vous, mais dans l’idéal, vous aurez une vie longue et prospère en sa compagnie. Certaines espèces ayant une longue espérance de vie (comme les sylvaniens et les dragons) survivent à leurs maîtres, et il est donc important d’en faire des adultes tout à fait aptes à prendre soin de vos descendants. D’autres espèces, à l’existence plus courte, n’ont que quelques années devant elles et vous devrez vous habituer à répéter les phases de dressage sur plusieurs individus.


8 Protéger votre bébé monstre Tant que vous aurez besoin de protéger le reste du monde de votre futur monstre, vous aurez besoin de protéger votre bébé du monde extérieur. Même une créature aussi puissante qu’un dragon peut être victime des braconniers et des esclavagistes quand elle est jeune et sans défense. Il est important de connaître les risques liés à l’éducation d’un bébé monstre et aux actions que vous pourriez entreprendre pour le protéger. Tous les bébés peuvent atteindre un bon prix sur le marché (ou au marché noir si leur commerce est interdit), mais les créatures rares et exotiques arrivent en tête. Ce qui signifie que plus elle est rare, plus vous aurez de chances de tomber sur quelqu’un qui ferait n’importe quoi pour vous la prendre. Les voleurs aimeraient bien vendre votre petit pour une somme rondelette, mais s’il est connu pour fournir de puissants composants alchimiques, les braconniers pourraient bien le découper en morceaux. Les plumes de phénix, les cornes de minotaure, les écailles de dragon et la sève de sylvanien ne sont qu’un petit échantillon de ce que ces individus recherchent. Quand votre bébé est jeune, vous devez le surveiller de près. Si vous pouvez, par des moyens magiques, créer un gardien qui n’a pas besoin de dormir et que vous chargerez de sa protection, n’hésitez pas à le faire quoi qu’il vous en coûte. Sinon, investissez au maximum dans des gardes, des protections magiques, des murs et des serrures qui éloigneront, autant que faire se peut, les braconniers. Évitez si possible d’engager quelqu’un pour faire ce travail ; j’ai découvert que vous ne pouvez pas faire confiance à ceux qui sont prêts à risquer leur vie contre un peu d’argent. Une fois qu’il a grandi, votre bébé pourra se défendre, mais cela ne signifie pas que vous pouvez le laisser seul. Je vous conseille d’utiliser une laisse (s’il ne proteste pas violemment) quand vous êtes en public. Tout le monde saura sans l’ombre d’un doute que la créature est à vous. Si des braconniers essaient quand même de vous la prendre, souvenez-vous que vous pouvez utiliser la force pour la protéger. Si ce n’est pas votre genre, alors oubliez ce que j’ai dit au sujet des mercenaires, mais rappelez-vous de ne vous servir d’eux que si vous les surveillez constamment. Remettre une bête en liberté Si vous avez décidé que le dressage n’est décidément pas pour vous, ou si votre petit protégé a fait trop de ravages pour que vous puissiez le garder, alors peut-être choisirez-vous de lui rendre la liberté. Souvenez-vous que s’il est élevé par quelqu’un d’autre que ses parents naturels, il sera vulnérable au monde extérieur, et ce, comme n’importe quelle créature domestiquée. Il aura besoin d’acquérir les connaissances et les outils nécessaires et efficaces pour vivre seul. Dans le cas contraire, vous le condamnez à une mort certaine et vous en serez seul responsable. S’il n’a compté que sur vous pour sa nourriture, vous devez lui apprendre à chasser et à chercher de quoi manger dans la nature avant de le relâcher. Si vous ne le faites pas, il en sera incapable sans l’aide d’une population humanoïde. En règle générale, il devrait avoir appris ce dont il a besoin pour se débrouiller tout seul une fois devenu un juvénile. Si votre petit ne l’a pas fait, vous devrez consacrer plus de temps à lui apprendre comment devenir indépendant. Relâcher votre bête pourrait être une aubaine pour l’écologie locale si vous la réintroduisez dans son habitat naturel. Certaines créatures aident à réguler les populations de consommateurs secondaires ou de prédateurs, tandis que d’autres sont... eh bien, disons simplement que votre petit pourrait bien être l’un de ces prédateurs secondaires. Dans tous les cas, et à moins que vous ne relâchiez en même temps que lui un grand nombre de proies, ce qui peut déséquilibrer l’écologie locale, vous faites probablement une bonne chose pour l’environnement en le laissant partir. Bien sûr, vous avez aussi besoin de savoir où relâcher votre protégé. Certaines créatures sont, par exemple, des solitaires qui habitent les montagnes, et les relâcher dans une forêt surpeuplée pourrait avoir des effets non souhaitables. Si c’est un prédateur supérieur, il peut dévaster le stock de proies animales de la région. D’un autre côté, si vous le libérez dans un environnement où il ne dispose d’aucune proie naturelle, il peut mourir de faim. Quand vous le ferez, veillez à choisir avec soin le moment et l’endroit si vous souhaitez qu’il


9 survive et ait une vie longue, prospère et en harmonie avec l’environnement. Le maître des bêtes Nous sommes des maîtres des bêtes. Nous partageons un lien sacré avec les monstres qui parcourent notre monde. Nous les secourons, nous les protégeons et nous les entraînons pour les faire travailler avec et pour nous. Notre voie nous révèle des secrets bien au-delà de l’entendement des gens ordinaires. En échange d’une grande compréhension des bêtes, nous acceptons une responsabilité encore plus grande : en prendre soin. Chacun d’entre nous entretient un lien particulier avec ses bêtes. Certains les traitent comme de simples animaux de compagnie, des objets précieux à exhiber devant leurs amis et dressés pour exécuter des tours et obéir à des ordres. D’autres s’occupent de ces orphelins comme de leurs propres enfants, et les protègent (parfois au sens propre) des pierres et des flèches cruelles. Certains d’entre nous sont des enseignants, qui élèvent leurs bêtes pour en faire des compagnons utiles et sûrs. Peu importe la manière dont vous voyez notre rôle. Être un maître des bêtes peut se révéler la plus belle des récompenses. Cela dit, notre métier est loin d’être une sinécure. J’ai passé de trop nombreuses nuits à chercher désespérément mes petits, partis à la chasse au criquet ou qui s’étaient amourachés d’une jolie babiole sur un aventurier de passage. Je leur ai fait la leçon, je les ai cajolés, je les ai menacés, dans le vain espoir de garder un contrôle sur leur instinct sauvage. J’ai empêché un poulain de centaure dépressif de tomber d’une immense falaise. Consacrer sa vie à une telle cause est épuisant et terrifiant, et me fait apprécier la valeur des cadeaux que nous font nos bébés. J’aimerais pouvoir dire que mes petits monstres étaient protégés du reste du monde, mais ce serait désespérément optimiste. Nous devons veiller à créer l’environnement le plus favorable à leur croissance et leur apprentissage. Nous devons être patients et observateurs afin d’empêcher les plus bas instincts de l’humanité, l’avidité et la méchanceté, de leur faire du mal. Nous devons honorer la responsabilité que nous avons prise envers les petites bestioles qui nous apportent tant de joie. L’inné et l’acquis Après avoir dressé et apprivoisé son premier bébé, le jeune maître des bêtes est souvent plutôt fier de lui. Je débordais moi-même de fierté après avoir terminé l’éducation de mon premier bébé xorn, persuadée d’être à présent capable de dresser n’importe quoi. L’incident avec ma méduse et le serviteur du duc m’a prouvé à quel point je me trompais, et m’a rappelé tout ce qu’il fallait apprendre. Quand vous voulez vous occuper de plusieurs bêtes à la fois, vous devez avoir plusieurs choses en tête. Comment nourrir et vous occuper correctement de chacune d’entre elles ? Comment gérer les chasseurs solitaires qui évitent la compagnie ? Comment entretenir une dynamique de meute sûre, qui reste sous contrôle ? Comment sociabiliser les bêtes intelligentes et leur permettre de se développer ? Comment empêcher vos bestioles de se boulotter entre elles ? J’aurais voulu connaître ces secrets quand j’ai emprunté cette voie pour la première fois. Puisse cette sagesse vous aider à ne pas répéter mes erreurs. Nourrir votre bête Tout ce qui marche, qui rampe, qui ondule et qui vole a besoin de manger. Une bonne alimentation est ce qu’il y a de plus important pour des jeunes en bonne santé. Préparer les repas est parfois un vrai défi et une bonne planification est donc essentielle. Certains monstres ayant des habitudes alimentaires assez dérangeantes, gérer ce volet est une clé importante de succès. Nourrir des créatures végétariennes ou omnivores est relativement facile. Plus leur régime alimentaire sera proche de celui d’un être humain, plus il vous sera facile d’acheter ce dont vous avez besoin sur un marché local. J’avais une petite hutte remplie d’avoine, de blé et de millet pour mon premier veau de minotaure, mais il adorait les carottes. Il insistait pour en manger trois fois par jour, et puis sa fourrure claire a pris une teinte orangée. Quelques-unes de mes bestioles avaient des préférences plus inhabituelles et j’ai dû conclure des arrangements avec certains fermiers du coin pour pouvoir les nourrir correctement. J’ai même payé une paysanne pour qu’elle plante un champ entier d’asclépiades et elle a été ravie de prendre mon argent. Certaines ont des goûts plus étranges, du plus trivial au plus éhontément coûteux. J’ai fait venir des chariots entiers de ferraille, allumé d’immenses brasiers, acheté des tonnes de fumier et commandé des enchantements pour remplir le ventre de mes petits. Je dois reconnaître que quand il s’agissait de nourrir mes bestioles, mes préférés étaient les baliveaux de sylvanien. J’avais juste à trouver un joli pré au bord d’une rivière paresseuse et planter la petite graine avec un peu de compost. Tout ce que j’avais à faire ensuite, c’était m’asseoir et discuter avec la petite pousse, lui apprendre la langue commune et répondre à ses adorables questions. Hélas, beaucoup des monstres que nous élevons ont des goûts plus carnivores. J’ai découvert qu’un complément de poisson fait des merveilles et donne un beau lustre à leur fourrure. De plus, nombre d’entre eux se contentent sans problème des poissons pourris ou toxiques que je leur achetais pour quelques pièces de cuivre. De la même manière, j’ai appris à mes bébés kobolds à chasser les rats, ce qui a le mérite de les nourrir à peu de frais tout en leur apprenant des techniques de piégeage importantes, et d’améliorer leur réputation dans les villages du coin (bien que certains villageois restent quelque peu prudents). Toutes les bêtes ne peuvent pas se contenter de petites quantités de viande, et c’est bien dommage. Les poulets et les œufs sont faciles à trouver, mais nombre de créatures ont besoin de repas plus consistants. J’ai acheté des chèvres, des vaches et d’autres têtes de bétail pour mes petits monstres, ce qui se révèle à long terme assez coûteux. Emmener mes jeunes « animaux de compagnie » à la chasse reste la meilleure solution. Les petites communautés ont souvent des problèmes avec des grenouilles géantes, des rats ou des loups sanguinaires. J’ai appris à mes monstres d’une nature plus prédatrice à traquer ces nuisibles, et il arrive même que les villageois me paient pour me remercier !


10 J’ai rencontré les plus grandes difficultés quand j’ai dû trouver de quoi nourrir les bêtes qui préféraient les créatures intelligentes. À l’évidence, ne donnez jamais à vos petits monstres le goût de la chair des humains ou des demi-humains. Quel que soit le crime que la victime ait commis, il ne justifie pas de se faire dévorer. C’est surtout une mauvaise pente dès que vos monstres réalisent qu’un hobbit est plus goûteux qu’un poulet rôti. Une de mes amis emmenait son bébé hydre quand elle partait chasser les gobelins qui tendaient des embuscades aux marchands. L’hydre a vite commencé à manger des orques, puis les gardes de la ville. Je n’ai plus entendu parler de mon amie depuis des mois, et je crains le pire. Gérer les solitaires Les monstres solitaires sont paradoxalement les plus difficiles à gérer. Ce sont souvent des prédateurs, des chasseurs et des abominations assez dangereux qui ne s’entendent pas trop avec les autres. Ce genre de créature fait un bon compagnon de travail tant que vous êtes capables de maintenir un certain degré d’intimité et d’isolement. Les monstres solitaires sont en général des prédateurs territoriaux. Pour moi, les lionceaux de manticore, les chevreaux de bulette, les larves de kraken et les chats domestiques sont les parfaits exemples de monstres solitaires. Ils sont adorables à leur manière, mais ont besoin d’une main ferme. J’ai pu constater combien il était utile de les habituer aux humains dès leur plus jeune âge. Ils ont tendance à intimider les autres et obéiront à celui qu’ils considéreront comme le dominant. Il faut leur apprendre très tôt que les humains sont beaucoup plus gros, plus forts et plus vicieux qu’eux, ce qui augmentera sensiblement vos chances de vous faire respecter plus tard. Quand les rôles seront inversés. Les solitaires ont besoin de beaucoup plus d’attentions et de stimulations. Ils sont souvent proactifs, aventureux et joueurs. J’ai consulté des magiciens pour créer des énigmes et des illusions capables de mettre à l’épreuve leur esprit et leur corps. Je leur confie la garde de bâtiments, je leur demande de traquer des animaux errants ou d’éloigner des bêtes géantes. Ils garderont la confiance nécessaire à leur épanouissement tant qu’ils auront l’opportunité d’exercer leur domination sur quelque chose d’autre. Je pense qu’il est essentiel de surveiller étroitement leur régime alimentaire. Si certaines créatures sont plus attentives quand elles ont un peu faim, je préfère de loin que mes petits carnivores soient repus et léthargiques. Un solitaire bien nourri est beaucoup plus tolérant et enclin à apprendre que s’il est à moitié affamé. Je vous conseille de ne jamais utiliser la faim comme punition avec eux. Élever les créatures grégaires Les bêtes qui vivent en groupe sont incroyablement amusantes à entraîner. Ce sont des exploratrices enjouées qui s’aventurent dans les bois et se poursuivent pendant des heures. Elles mangent ensemble, s’empilent adorablement pour dormir et chassent comme une machine bien huilée si vous les laissez faire.


11 Ayant fait mes premières armes dans le métier de bergère, je me suis rendu compte qu’il est plus aisé d’entraîner des animaux grégaires. Les moutons et les chiens qui les rassemblent m’ont beaucoup appris sur la manière de m’occuper des chiots de phase, des poussins d’ours-hibou et des lézardeaux de foudre. D’accord, les moutons sont un tantinet moins enclins à manger quelqu’un sans faire exprès, mais il reste quelques points communs. En règle générale, les animaux grégaires ont tendance à être sensibles aux sentiments des autres. Je trouve qu’il est sage d’écouter attentivement leurs jappements, leurs grondements et leurs sifflements pour y détecter d’éventuels signes de détresse. Soyez généreux en matière d’affection. Brossez leur fourrure ou grattez les écailles qui les démangent au-dessus des arcades sourcilières. Soyez cohérents et donnez-leur une routine prévisible afin qu’ils se sentent à l’aise et se concentrent sur l’apprentissage. Maintenant, la nourriture et l’attention sont les meilleurs outils de gestion des monstres grégaires. Offrez-leur leurs friandises préférées quand ils accomplissent des tâches difficiles ou gardent leur calme dans des situations de stress. Quand ils commencent à faire des bêtises, n’hésitez pas à les nourrir un peu moins ou à leur donner ce qu’ils aiment moins. Quand ils font vraiment n’importe quoi, envisagez de leur faire faire une pause et mettez-les à l’écart de leurs amis. Une heure de solitude aura son petit effet et renforcera le fait que quand on travaille, c’est sérieux ! Enseigner aux créatures pensantes Si les solitaires sont les plus difficiles à gérer et les grégaires les plus faciles, je dois dire que les monstres intelligents sont les plus enrichissants. Chacun d’entre eux a sa propre façon de penser, et ils ont tous leurs espoirs, leurs peurs et leurs rêves. Je considère en quelque sorte mes petits intelligents comme mes enfants. Ils apportent une perspective rafraîchissante et me font voir le monde à travers des regards différents. La première des choses est de pouvoir communiquer. Si quelques rares individus sont capables de télépathie, la plupart des autres ont besoin de la parole ou de l’écriture pour se faire comprendre. La controverse autour du choix de la langue agite pas mal notre ordre. Certains prétendent que le commun leur permettra de s’intégrer à la société et d’interagir plus facilement. D’autres campent sur leurs positions et insistent sur l’importance d’apprendre aux bébés monstres leur langue natale. Les deux partis ont des arguments de poids et j’essaie si possible d’apprendre à mes petits au moins les bases des deux langues. Cela dit, tout le monde ne veut pas apprendre la langue des naga juste pour enrichir la vie de leur dernier projet. Des questions similaires se posent quand on aborde les sujets de la culture et de la foi des créatures intelligentes. Cela peut sembler une théorie de cœur tendre, mais adopter un bébé d’une origine différente est terriblement compliqué. Rien n’est plus déchirant que d’entendre vos petits vous demander qui ils sont au milieu de la nuit. Prenez bien soin de les aider à construire leur propre identité afin qu’ils soient en mesure de choisir leur propre voie. J’aurais aimé avoir pris le temps qu’il fallait pour mon petit minotaure orange avant qu’il ne soit trop tard. Voyager avec eux C’est un vrai défi pour nous tous. Je perds souvent patience en quelques semaines quand je voyage avec des compagnons humains, mais voyager avec des bébés monstres est bien plus compliqué à gérer. Quand je me déplace sur terre, je fais de mon mieux pour éviter les routes principales. Si vous ne risquez pas grandchose en passant quelques heures sur des petites routes et des sentiers de chasse, les marchands et les gardes de caravanes nerveux sont à mon goût trop nombreux pour que je me sente à l’aise sur les grandes routes commerciales. Même si c’est un itinéraire beaucoup plus lent, je continue pourtant de penser que les déplacements dans la nature sont une option plus sûre. Quand vous avez un petit troupeau de prédateurs supérieurs avec vous, il n’y a pas beaucoup d’animaux sauvages qui prendront le risque de vous casser les pieds. Ces voyages au grand air sont aussi de formidables occasions d’enseigner à vos petites bestioles certaines compétences basiques de survie, comme apprendre à faire un feu ou à creuser un terrier. Par expérience, je peux vous assurer que voyager par mer est beaucoup plus compliqué. À moins d’entraîner exclusivement des créatures marines (et je n’ai rien contre mes pairs aquatiques), vous rencontrerez de grandes difficultés quand il s’agira de traverser les mers. Si vous vous montrez assez persuasif, des marins superstitieux laisseront peut-être vos monstres les plus petits et les plus calmes passer quelques jours sous le pont, et ne vous poignarderont pas pendant votre sommeil. Les créatures volantes peuvent précéder le bateau et vous attendre à destination ou se percher dans les voiles. Mon expérience m’a pourtant appris que vous ne parviendrez probablement pas à transporter de gros carnivores sur un navire, malgré tout l’argent que vous pourriez dépenser. La diplomatie inter-espèces Alors vous vous êtes débrouillé pour élever votre otyugh et le convaincre de ne pas se rouler dans les poubelles ? Vous avez entraîné vos petits tertres errants à rester près de vous ? Convaincu votre satyre de l'importance du consentement ? Cela signifie-t-il que les problèmes sont terminés et que vous pouvez prendre un repos bien mérité ? Pas si vite. S’occuper d’une demi-douzaine de bêtes, toutes situées à différents niveaux de la chaîne alimentaire, peut se révéler problématique. Il faut avant toute chose les empêcher de se manger. Soyez particulièrement vigilants sur les relations prédateur-proie et gardez vos moutons loin des lions. Faire coopérer et interagir vos différentes bestioles autrement qu’à coup de crocs et de griffes monopolise énormément d’énergie. Vous devez aussi veiller à ce que les monstres ne deviennent pas trop amicaux les uns avec les autres. J’ai entendu parler d’un petit groupe de kobolds qui avait dressé une vouivre avec laquelle ils vivaient, et qui avait échappé en sa compagnie à leur gardien au milieu de la nuit. Si la coopération est importante, ne laissez pas vos bébés se liguer contre vous !


12 LES VRAIS MONSTRES de la guerre. Ils vous font confiance, en tant que maître des bêtes, et risqueront leur vie si vous le leur demandez. De manière assez dérangeante, la violence et la brutalité viennent en vérité assez facilement à certaines de ces créatures. Empêcher une hydre de se jeter dans la bataille est bien plus difficile que de la laisser donner libre cours à sa fureur. Pour les monstres plus primaires, les objectifs militaires sont en phase avec leur instinct et leurs talents naturels. En même temps, ils ne comprennent pas complètement les risques auxquels ils font face. Les créatures intelligentes apportent des préoccupations et des perspectives différentes. Elles peuvent opter pour le sentier de la guerre en toute connaissance de cause. Les gobelours, par exemple, sont de brillants tacticiens et leur culture place les valeurs militaires au-dessus de tout. J’ai tenté d’empêcher un jeune de se joindre à la milice locale et je n’oublierai jamais l’expression de trahison sur sa face velue. En dépit du danger, beaucoup de bêtes cherchent des emplois de mercenaire avec l’enthousiasme de la jeunesse. Si vous voulez que vos bébés survivent sur le long terme, je vous recommande de les tenir éloignés des champs de bataille. Ils sont bien trop influençables et dangereux pour être utilisés par n’importe quel roitelet. Les composantes magiques Je peux au moins me consoler en pensant que le service militaire donne à une jeune bête une chance de trouver gloire et fortune. Beaucoup de mages et d’enchanteurs posent des yeux envieux sur le corps de nos petits. Il est triste de savoir que nombre de potions, d’artefacts et de rituels exigent dans leur composition des morceaux de certains monstres. Le sang d’un troll peut être essentiel à une potion de régénération, et la fourrure noire et lustrée d’un chat de phase servir à une cape de déplacement. Les merveilles des enchantements magiques sont indéniables, mais je ne supporte pas ces mages cruels qui tuent des monstres innocents pour s’approprier leur puissance. Quel rituel justifie de prendre la vie d’une magnifique créature ? Je m’excuse. Certaines blessures sont longues à guérir et je n’oublierai jamais l’enchanteur vénal qui a sacrifié le kirin que j’élevais depuis son plus jeune âge. J’espère que son épée fait le bien dans le monde pour compenser le sort cruel qu’il réservait à mon compagnon. Je vous en conjure, protégez vos bébés. La vengeance Les monstres sont par définition dangereux. La plupart du temps, nous héritons des bébés dont les parents ont provoqué des dégâts. Les créatures plus âgées sont enclines à manger, écraser ou pétrifier quiconque se met en travers de leur chemin. Des compagnies de mercenaires ont été fondées et des groupes d’aventuriers créés dans le simple but d’éliminer ces menaces qui pesaient sur des villages innocents. Je me Alors comme ça, vous êtes un maître des bêtes En rejoignant notre ordre, vous vous êtes engagé à entraîner et à protéger les bêtes sous votre garde. Vous devez vous demander honnêtement pourquoi. Nombreux sont ceux à vouloir en contrôler, et nombre d’entre eux ont des raisons bien moins avouables que les vôtres. Ils se servent de ces petits monstres pour leur plaisir, au sein de l’armée, dans un but purement magique ou simplement pour soulager leur haine. Vous devez être conscient de ces menaces si vous souhaitez tenir votre promesse. Nous sommes tous devenus maîtres des bêtes pour différentes raisons. Certains cherchaient l’argent et la gloire en s’appropriant ces trésors de la nature. D’autres ont capturé des monstres dans l’espoir de défendre les innocents. D’autres encore voulaient obtenir les ingrédients magiques pour accomplir des miracles, soigner des maladies ou obtenir la vie éternelle. Si beaucoup d’entre nous n’ont au départ rien de vertueux, la compagnie de nos petits nous change et nous rend meilleurs. Les collections personnelles L’utilisation la plus innocente des bébés monstres consiste à les collectionner, c’est-à-dire à se constituer une ménagerie. Un chevalier souhaite peut-être monter un pégase dans la bataille, à moins qu’un riche seigneur ne veuille remplir sa cour des chants d’un satyre. J’ai rencontré une jeune fille qui, après avoir perdu sa mère pendant une épidémie, avait demandé un bébé ours-hibou pour lui tenir compagnie. C’était la deuxième créature que je récupérais et le sourire sur son visage valait bien toutes les cicatrices que ça m’avait coûtées. Les collections personnelles sont parfois d’excellents endroits pour les bébés monstres. En échange de leur liberté, ils bénéficient d’un endroit sûr et relativement confortable. Je sais combien le monde peut être dur et nos chères petites bêtes seront probablement le plus en sécurité avec vous. Cela dit, j’ai toujours peur de les voir dépérir en captivité, car c’est à ce moment-là qu’elles seraient à la merci des puissants. Que se passera-t-il quand le seigneur ou la dame se lassera de son nouvel animal de compagnie ? Le service militaire Les humains ont toujours recherché le soutien des bêtes pendant la bataille, que ce soient des chiens, des chevaux ou des éléphants. Il semblait évident que les monstres de notre monde pouvaient faire la même chose. Un ogre loyal est un vrai engin de siège ambulant, capable de dévaster les lignes ennemies. Les krakens peuvent protéger les ports et les griffons surveiller les cieux. Les monstres sont capables d’incroyables exploits sur un champ de bataille si vous obtenez leurs services. Qu’elles soient solitaires ou grégaires, les bêtes ne possèdent pas la faculté de comprendre les vraies horreurs


13 de ce braconnier, le monstre qu’on vous a volé connaîtra un sort sans doute terrible. Si vous ne lancez pas la chasse, vos autres petits sont en grand danger. Une voie prometteuse Je sais que jusqu’ici mes conseils peuvent sembler pessimistes, mais ils sont là pour vous avertir des dangers que nous courons. En tant que maîtres des bêtes, vous seuls êtes capables de faire face à ces défis et de mettre vos jeunes en sécurité. C’est une noble vocation et je crois sincèrement que vous trouverez votre voie. J’ai élevé une douzaine de bêtes et leur ai offert un futur sûr et sans nuage. Ce jeune gobelours guerrier dont j’ai parlé plus tôt a créé sa propre compagnie de mercenaires et lui a trouvé différentes tâches à accomplir dans les villages installés le long de la Côte de Foudre. Mon petit xorn a trouvé un emploi dans une mine, où il protège les ouvriers humains des bandits et localise les riches veines de minerais en échange de lingots d’argent. J’ai rendu sa liberté à mon hydre et je l’ai relâchée dans un marais isolé, où elle pourra enfin se détendre et élever une famille. Ma petite sylvanienne a bien grandi. Elle s’occupe d’un verger d’arbres fruitiers éveillés et échange sa production contre les fréquentes visites d’adorables bambins humains. J’ai entendu dire que certains petits l’appelaient « professeur » ou « maîtresse », ce qui fait fondre mon vieux cœur cynique. Si vous avez un jour eu le plaisir de boire le calvados de Tanner, vous avez eu l’occasion de goûter à sa production. Chacun de mes élèves m’a enseigné quelque chose de nouveau. Mon ami xorn m’a appris à écouter la chanson de la terre. J’ai aidé un jeune kobold à rassembler son courage et à demander sa chérie en mariage. J’ai appris la patience au fil des longues journées passées à entraîner mes petites manticores. Certaines leçons ont été apprises à la dure, mais grâce à tout cela, je suis devenue meilleure. contenterai de dire que tous les participants éprouvent des sentiments difficiles. Peu importe qu’un bébé monstre soit innocent ou non, les ignorants le rendront responsable des crimes de ses parents. Beaucoup verront vos petits comme de futurs destructeurs et meurtriers, et non comme d’adorables boules de joie. Les individus puissants qui ont eux-mêmes été blessés sont plus dangereux. Une duchesse, dont le fils avait été tué par un troll en maraude, avait juré qu’elle ne tolérerait aucune de ces créatures sur ses terres. Elle avait promulgué une loi exemptant pour toujours d’impôts et élevant au rang de chevalier quiconque rapportait la tête d’un de ces monstres. Je suis restée loin de ses terres, et pour de bonnes raisons. Le braconnage Comme si tout ça ne suffisait pas, il y a toujours le risque de l’enlèvement. Élever nos petites bestioles est un travail difficile et quelques personnes peu scrupuleuses décident de prendre des raccourcis. Ils arrachent les petits aux maîtres des bêtes qui s’en occupent, que ce soit pour un profit immédiat ou parce qu’ils veulent malencontreusement devenir des professionnels. Ce sont de dangereux idiots qui se feront probablement tuer. Gardez un œil vigilant sur vos petits monstres et verrouillez les portes. Si vous le pouvez, je vous conseille de faire profil bas et de ne pas dévoiler votre profession pendant vos déplacements. Bien sûr, c’est un bon conseil en règle générale, mais il se révèle particulièrement utile quand vous tentez de cacher aux yeux des braconniers vos adorables petits trésors. Si vous ne voulez pas qu’on vous les enlève, vous devrez prendre une décision difficile. Aucun garde de la ville ne vous aidera à récupérer vos petits, et vous jettera même sans doute en prison pour avoir fréquenté ce genre de créatures. Si vous ne vous lancez pas très rapidement à la poursuite


14  ABOLETH,REJETON Soins quotidiens Les aboleth ont besoin d’un vaste environnement marin dans lequel ils pourront chasser. Ces omnivores mangent n’importe quelle matière organique, mais ils préfèrent, et de loin, les proies intelligentes. En effet, ils absorbent leurs pensées et leurs souvenirs par osmose psychique. Si cette forme de nourrissage vous semble discutable d’un point de vue éthique, je me dois d’insister : ce n’est certainement pas le compagnon qu’il vous faut. En dehors du stimulus issu de son régime alimentaire (à base de créatures intelligentes), l’aboleth est dangereusement autonome et robuste, et ne nécessite qu’un entretien physique négligeable. Si vous avez le cœur suffisamment bien accroché pour supporter la présence d’un monstre avide aussi borné, vous constaterez qu’il répondra bien à la flatterie et à la vénération de la nourriture qu’il a épargnée. Dressage Pendant sa croissance, un aboleth testera en permanence votre volonté. Ses vrilles psychiques mettront votre esprit à l’épreuve et tenteront de trouver une faille ou une faiblesse pour vous dominer et vous asservir. Si vous résistez continuellement et si vous montrez un comportement dominant strict, il finira par abandonner ou sa frustration le rendra docile. Cela peut cependant prendre des années. Il est crucial de ne jamais considérer que vous êtes totalement en sécurité, ne serait-ce qu’une seule seconde ; ce sont des créatures amères à la rancune tenace. Tenace pendant des siècles. Je vous conseille de lui permettre d’avoir ses propres esclaves qui pourront s’occuper de son ménage, de ses repas et de sa toilette une fois que le mucus qui les recouvre les aura transformés et acclimatés à son milieu. Assurezvous simplement que leur nombre ne dépasse pas celui de vos propres serviteurs et de vos propres gardes, et que vos renforts suffiront à mâter les rebellions que l’aboleth provoquera contre vous. Le plus commode pour gérer ces révoltes consiste à considérer qu’il s’agit d’un jeu normal, et de laisser votre aboleth mener sa guerre et évacuer sa frustration. Laissez-le se gargariser de ses petites victoires, et du butin et des esclaves qu’il aura amassés grâce à la supériorité de ses tactiques. Devon Oratz La mémoire ancestrale dont elles héritent est le trait le plus frappant chez ces créatures exotiques. À peine sorties de l’œuf, elles disposent des souvenirs de tous les parents qui les ont précédées, et de toutes leurs victimes. Celles qui s’ennuient, ou dépriment parce qu’elles n’arrivent pas à dominer le monde, se plongent dans une sorte d’hibernation onirique, où elles revivent les existences passées de leurs ancêtres et leurs si délicieuses victoires. Ces créatures cruelles et arrogantes se considèrent comme la première espèce intelligente au monde, et toutes les autres ne sont à leurs yeux que des pions à dominer. Les aboleths élisent domicile dans les eaux profondes et apparaissent aux humains sous la forme d’amalgames obscènes de poissons, d’anguilles et de vers. Leur croissance se poursuit tout au long de leur existence, et ils peuvent atteindre 17 mètres de long pour un poids de 30 tonnes à l’âge adulte. Avec ces mensurations, difficile de leur trouver un toit. Armé d’un intellect et de capacités psychiques formidables, l’aboleth peut contrôler les esprits sans grand effort. Il utilise les esclaves ainsi obtenus pour satisfaire ses étranges caprices. La plupart des races de la surface ne survivent normalement pas à la pression qui s’exerce dans les abysses qu’il préfère. Cependant, une fois que l’aboleth est parvenu à dominer une créature, il la recouvre d’un mucus visqueux qui remplace sa peau par une membrane lui permettant de respirer sous l’eau. Si par miracle elle parvenait à s’échapper, elle ne pourrait jamais retourner à la surface sans suffoquer ; en effet, cette peau se dessécherait et ses poumons atrophiés ne pourraient plus remplir leur office. Cette substance est d’ailleurs tout aussi essentielle à l’aboleth pour respirer, mais au lieu de s’étouffer, il entre dans une sorte de léthargie qui le laisse sans défense et qui est pour lui pire que la mort. Nombre d’entre eux qui s’étaient échoués ont été sauvés in extremis par des serviteurs désespérés au prix d’un grand nombre de vies. Ces ingrats les ont ensuite tous massacrés pour les avoir vus dans un tel état de faiblesse. Les aboleths ne meurent pas de vieillesse et résistent incroyablement bien aux dangers naturels. De temps en temps au fil des siècles, le besoin de se reproduire l’emporte ; la créature auto-fertilise alors un œuf unique, le recouvre d’une épaisse substance gluante et le dissimule dans les profondeurs de son antre, où elle pourra le surveiller. Contrairement à la plupart des parents, l’aboleth se montre soupçonneux et exclusif envers sa progéniture. Bien avant son éclosion, il entre en contact télépathique avec son rejeton et passe son temps à le tester, s’assurant ainsi qu’il n’est ni faible mentalement ni physiquement malade. À sa naissance, le petit maîtrise déjà la communication télépathique et en sait autant qu’une créature adulte intelligente et éduquée. Et cela s’avérera très utile, étant donné qu’il doit rapidement s’échapper du repaire de son géniteur s’il ne veut pas être considéré comme une menace, et donc éliminé. Il faut une dizaine d’années à un rejeton d’aboleth pour devenir adulte. Plus il sera jeune quand vous l’acquérez et plus vos chances de survivre à sa compagnie seront grandes. Je dois quand même vous prévenir : tenter de dresser un individu de cette espèce quand on n’est ni le plus puissant des magiciens ni le plus puissant des psioniques, est tout aussi désespéré que suicidaire. Essayer de sociabiliser un adulte est inutile. Il vaut mieux, dans l’idéal, récupérer un œuf d’aboleth juste avant son éclosion, mais il faut aussi pour cela s’occuper d’une manière ou d’une autre de son parent immortel. Difficulté de dressage ÉPOUVANTABLEMENT DIFFICILE Intelligence VIVE A


16  ANCIEN DIEU,REJETON cervelle, car les vies ne comptent pas pour un rejeton divin. Ce genre de dévot étant relativement rare (les dieux en soient remerciés), entretenir et alimenter une telle hiérarchie s a n g l a n t e et corrompue nécessiterait à mon humble avis plusieurs générations d’endoctrinement culturel et éducatif. Il faudra séparer, briser et conditionner une partie entière de la société afin d’obtenir de sa part une loyauté et une brutalité sans faille, puis l’autoriser à s’entraîner sur ses congénères pendant des dizaines d’années avant l’arrivée du rejeton divin. La viabilité d’une telle société est en soi une tâche incommensurable, bien supérieure à l’éducation de n’importe quelle créature décrite dans cet ouvrage. Soin et dressage Une fois cette entité acquise, elle aura des besoins spécifiques auxquels les fidèles devront répondre d’une manière ou d’une autre. Des oracles déments interpréteront les accès de folie, les gribouillis sanglants, les motifs ésotériques dessinés par les viscères explosés de victimes sacrificielles, ou le roulement des nuages sous un soleil obscurci, comme l’expression de ses désirs. Une légende raconte qu’un rejeton divin sous-marin, supposé amener la Fin des Temps, avait demandé que des tonnes de poussière d’or et de poudre d’os, provenant des possessions les plus précieuses de ses victimes, soient répandues dans les eaux au-dessus de son berceau. Une autre décrit la construction d’une tour sans porte vers la lune. Ces quêtes semblent impossibles pour un lecteur sain d’esprit, mais au fur et à mesure qu’elles sont accomplies, l’utopie se réalise pour les serviteurs d’un rejeton divin. Des rituels magiques corrompus seront également nécessaires, et seront ciblés par des adversaires cherchant à empêcher le jugement dernier. La transformation finale peut requérir une conjonction cosmique rare, ou un acte si dépravé qu’il marquera le monde à jamais, et permettra à la toute-puissance du rejeton divin de pénétrer dans le monde mortel. À ce stade, les autres dieux sont peut-être déjà intervenus et l’on peut s’attendre à une pléthore d’événements apocalyptiques. Gareth Hodges & Ryan Schoon J ’ai exhumé des archives historiques concernant un certain « Xzyml’nh-qaag et le Culte de l’Œil Ensanglanté », qui semblent confirmer la plupart de mes hypothèses. Je ne m’attendais cependant pas à apprendre qu’une fois tous ses plans déjoués par un groupe de courageux héros, la Tempête Sanglante a pris la forme d’une pieuvre anthropomorphe timide mais amicale, avec un penchant pour les pommes d’amour. Les voies des dieux sont impénétrables... Difficulté de dressage ÉPOUVANTABLEMENT DANGEREUX Intelligence SUPÉRIEURE Mauvaise idée. Très mauvaise idée. J’ai précédemment décrit quelques-unes des créatures les plus dangereuses du monde, ainsi que la meilleure façon de les élever et de les entraîner, mais j’implore mes confrères, assez délirants et mégalomanes pour envisager la chose, de s’engager dans une activité moins destructrice en termes de monde. Quelque chose comme le crochet, ou un herbier, voire un génocide à petite échelle. Afin de dissuader ceux qui tenteront inévitablement de le faire, je ne peux qu’exposer de mon mieux les défis auxquels ils devront faire face s’ils s’obstinaient. Pour tous les autres, nous sommes sûrs que personne n’est jamais parvenu à accomplir cet exploit, pour la simple et bonne raison que nous sommes encore là pour en discuter. Acquisition On ne trouve pas bêtement un rejeton divin. Sa venue est prédestinée, prédite et organisée par des forces supérieures, et souvent accompagnée de signes et de présages bouleversant le monde. L’engeance d’un démon peut faire tourner le lait et naître des animaux à deux têtes, mais les rejetons des Anciens Dieux sont annoncés par des pluies d’étoiles filantes, de terribles tremblements de terre, de nombreuses épidémies ou de grandes guerres. À chaque fois qu’une telle venue a été consignée dans l’histoire, il y a eu des fous pour vouloir s’approprier cette créature et l’aider à parvenir au faîte de sa terrible puissance, et des héros pour les arrêter. Après avoir été choisis par le destin pour élever une telle entité, prenez soin d’examiner les ingrédients essentiels à son ascension. Tout d’abord, les ressources nécessaires à l’ascension d’un rejeton divin en véritable divinité sont immenses. Un simple culte en serait incapable. Une nation entière, ou une organisation équivalente, aurait peut-être les épaules assez solides afin d’accomplir chacune des nombreuses étapes de cette transcendance, sans aucun doute annoncées à grand renfort d’énigmes dans un obscur et vieil ouvrage blasphématoire. La logistique qu’il faudrait déployer pour procéder aux milliers de sacrifices requis au cours de cérémonies grandioses ou dans des lieux perdus ferait passer l’approvisionnement d’une armée en campagne pour une aimable plaisanterie. Ensuite, le clergé d’une telle entité devra nécessairement être constitué de martyrs volontaires et de zélotes sans Pardon Si cette page devait un jour se retrouver parmi la litanie religieuse d’une société comme celles que je décris plus haut, je vous présente mes plus sincères condoléances. J’espère honnêtement que des puissances plus lumineuses appelleront le lecteur à se dresser contre ses maîtres. A


18  ARCHON CANIN,CHIOT enfants. Si les parents sont malins, ils élèveront les chiots avec leur progéniture et elle sera protégée de tout, forces du mal ou petites brutes du coin. Hélas, étant donné leur rareté, beaucoup de gens ne reconnaissent pas les étranges animaux qui suivent leur enfant partout, et ils risquent de les chasser. Les chiots rejetés adopteront un protégé de remplacement, la première personne qui les prendra sous son aile et leur montrera de la gentillesse. Ils deviendront souvent des gardiens particulièrement consciencieux. L’autre manière d’obtenir un chiot est encore plus improbable. Certains archons arrivent sur ce plan non pas pour veiller sur une personne, mais sur un endroit. Ils prennent souvent l’apparence de modestes chiens errants parcourant les rues ou les couloirs d’un lieu, et gardant subtilement la place pendant des années. Se lier d’amitié avec un chiot errant vaut donc toujours la peine ; cet acte de bonté ne vous coûtera presque rien et, même si l’animal n’est probablement pas un archon, c’est déjà arrivé. Soins quotidiens Quand ils arrivent dans notre royaume, les chiots d’archons se déplacent tout seuls et mangent de la viande tendre hachée. Ils grandissent vite et il ne leur faut qu’un an pour atteindre leur taille définitive. Il leur faudra cependant environ cinq ans pour atteindre leur maturité intellectuelle. Étant donné que les archons adultes dépassent allègrement les 1,80 m, c’est une période particulièrement difficile pour les parents adoptifs. Au cours de cette période, ils auront besoin de beaucoup de jeu, de beaucoup de câlins, d’un certain nombre de limites bien définies et d’un régime riche en viande. Nombreux sont ceux à se demander s’ils doivent traiter leurs enfants à poil comme des chiens ou comme des gens. La réponse se situe plus ou moins entre les deux. Vous devez par exemple apprendre à vos archons à s’asseoir à table et à manger avec des couverts, mais vous ne devez pas attendre d’eux qu’ils dorment dans un lit étant donné qu’ils se sentent mieux roulés en boule près du feu. Je vous recommande de garder l’esprit et l’œil ouverts, d’encourager les comportements civilisés qui ne stressent pas vos chiots et d’accepter les habitudes obstinément canines. Leur apprendre à aller aux toilettes est la seule exception, si vous voulez que vos archons soient acceptés partout. Un archon canin ne rapportera jamais, au grand jamais, de bâton. Et je vous recommande aussi de ne pas les insulter en essayant de le faire quand même. Devon Oratz & Sam Mellor Les amoureux des chiens savent que tous les chiens sont des anges et pourtant, certains le sont (littéralement) plus que d’autres. Les archons canins sont des créatures surnaturelles originaires des royaumes célestes qui marchent parmi nous et veillent sur notre monde. Sur le plan mortel, ils prennent la forme de n’importe quel chien de grande taille, mais, en général, ils apparaissent dans leur forme naturelle, celle d’un humanoïde ailé à tête de chien, au corps musculeux recouvert de fourrure. Certains sages pensent qu’ils sont nés dans les royaumes célestes et veillent sur nous par devoir sacré, tandis que d’autres prétendent qu’ils sont la réincarnation de chiens terrestres qu’on a traités avec gentillesse, et que la loyauté envers leurs maîtres a ramené jusqu’à ce plan pour aider d’autres personnes méritantes. Les archons restent eux muets sur le sujet. Tous les archons canins sont motivés par un sens permanent de la responsabilité. La plupart d’entre eux commencent leur existence en veillant sur une personne en particulier, mais comme celle-ci dure des siècles, ils survivent souvent à celui ou celle qu’ils avaient en charge et endossent d’autres rôles. Chevaliers errants, loyaux soldats ou plus simplement ce voisin amical qui peut réparer tout ce qui casse, ils ne sont heureux que lorsqu’ils aident les autres. Les archons canins sont aussi à l’aise sur deux pattes que sur quatre. Ils évitent cependant cette dernière posture, car ils sont sensibles au ridicule social. C’est fort dommage, car leur vitesse à quatre pattes est presque sans égal. Pour une raison que j’ignore, cette gêne ne s’étend pas aux vêtements ; ils ne ressentent aucun besoin d’en porter sauf sous les climats les plus froids. On pourra persuader ceux qui vivent régulièrement en société de se couvrir, afin de respecter le sens de la pudeur de leurs voisins (ou de leur probable manque d’adaptation). Acquérir un archon canin Il est impossible d’acheter des chiots d’archon canin, même auprès des vendeurs les plus spécialisés. Ne faites jamais confiance à ceux qui prétendent pouvoir vous en vendre, ce sera probablement un chien ordinaire à l’apparence altérée par la magie. Cette pratique malhonnête est hélas répandue. De même, je déconseille de voler un chiot dans les royaumes célestes sous un prétexte moral ou pratique quelconque. Si vous en élevez un, c’est principalement parce que vous serez tombé dessus par hasard. Cela peut arriver de deux manières différentes. Les individus destinés à devenir de grands héros reçoivent souvent deux chiots gardiens, qui apparaissent sur le seuil de leur porte ou les suivent jusque chez eux quand ils sont Difficulté de dressage ÉPINEUX Intelligence CIVILISÉE A


20  BAKU,ÉLÉPHANTEAU Soins quotidiens Nourrir un jeune baku sevré est en fait relativement aisé. Il se contente au début de peu et un dresseur peut en général offrir un ou deux de ses propres rêves pour satisfaire leur appétit. Même s’ils sont très doués pour faire la différence entre imagination et esprit, je vous recommande pourtant de vous adjoindre les services d’un psion ou d’un illusionniste les premiers temps. Veillez à sevrer progressivement votre petit ; donnez-lui d’abord des mauvais rêves, puis de vrais cauchemars, afin d’éviter l’indigestion. Les éléphanteaux sont amicaux et curieux, et c’est un vrai plaisir de travailler avec eux s’ils sont bien nourris. Les jeunes sont particulièrement sensibles à l’invocation, mais heureusement, on ne peut pas les dérober très longtemps à leurs maîtres. En effet, même les sortilèges les plus résistants finissent par s’étioler au fil du temps. Les bakus sont loyaux et tant qu’ils seront bien traités, ils reviendront de leur plein gré. Si vous êtes d’un naturel inquiet, vous pouvez vous procurer un collier spécial qui fera office d’ancre spirituelle et empêchera quelqu’un d’autre de le conjurer. Entraînement S’agissant d’une tendance naturelle, apprendre à un baku à se nourrir de cauchemars quand on le lui demande est facile. Nombre de dresseurs gagnent leur vie en louant les services de leur baku à des personnes hantées par de mauvais rêves. J’y ai moi-même eu recours pendant les temps de vache maigre, mais je n’insisterai jamais assez sur la nécessité d’un entraînement rigoureux afin qu’il apprenne quels rêves dévorer et, chose plus importante, quand s’arrêter. Il n’y a rien de pire pour ruiner une réputation qu’un client prostré dans la dépression, et c’est une chose que mon beau-frère Perceval a apprise à ses dépens. Vous disposez de tout un arsenal de tours qui vous permettront d’apprendre à votre petit à se nourrir de manière sélective. La meilleure solution consiste à identifier la victime des mauvais rêves grâce à un objet, comme un diadème magique. Faites en sorte que le temps des repas soit court pour éviter qu’il ne soit tenté de se gaver, et utilisez un sort de conjuration modifié pour rappeler votre compagnon au bout de 20 minutes. Si vous procédez de la sorte, il gardera un petit appétit, plus facile à gérer pour vous. Eloy Lasanta Le baku présente un défi particulier pour les futurs maîtres des bêtes, car il est pratiquement absent du plan physique sur lequel la plupart d’entre nous résident. C’est une créature spirituelle, une sorte d’hybride avec un corps d’ours, une trompe d’éléphant, une queue de renard et des griffes de tigre. Ces indices suggèrent que le baku a été fait à partir de morceaux inutilisés, peu après que les dieux eurent terminé de créer les animaux du monde physique. Le débat reste entier quant à l’identité du dieu responsable de son existence. En dehors de son apparence et de sa nature astrale, l’aspect le plus étrange du baku est son régime alimentaire. Il se nourrit principalement de cauchemars même si, dans certains cas, il peut manger d’autres matières psychiques. Les histoires de sorciers et de conjurateurs ayant appelé un baku pour les libérer de leurs rêves sont légion et elles ont toutes la même fin : l’insatiable créature a continué de se nourrir sur l’inconscient du magicien endormi, a dévoré ses aspirations, ses rêves et ses désirs, et n’a laissé derrière lui qu’une coquille vide. Ces problèmes sont probablement plus rares qu’il n’y paraît, mais je devais vous en avertir. La reproduction des bakus est difficile à appréhender pour des êtres physiques. Tout ce que j’ai pu découvrir, c’est que le genre n’a aucun rapport et qu’il n’existe peut-être même pas. Au cours d’une période d’ovulation de deux semaines, le parent principal reçoit la visite d’un certain nombre de partenaires sur le plan astral. Ils se fondent à tour de rôle dans le corps de celui-ci, y vont de leur petite contribution (quelle qu’elle soit), après quoi le parent donne naissance à un ou deux petits au cours d’un processus qu’aucun observateur n’a pu correctement décrire. Les premiers rêves dont le bébé se nourrit sont ceux de son géniteur, qui le sevrera au cours de son premier mois d’existence et lui apprendra à se sustenter sur les rêves des êtres physiques. Il devient ensuite plus facile de dresser ces créatures. À l’âge adulte, un baku mesure 3 mètres au garrot, mais ce n’est pas là le problème le plus important. En effet, il n’existe pas beaucoup d’objets capables de l’arrêter et la taille de son enclos n’a donc pas vraiment d’importance. On croyait au siècle dernier que si on la matérialisait grâce à la magie, la peau d’un baku pouvait affaiblir les mauvais esprits et protéger son porteur de leur influence. Abondamment chassés pour cette raison, les bakus ont bien failli disparaître. De nos jours, le nombre de bakus sauvages reste faible et ils sont toujours menacés par cette chasse astrale ; il n’y a pourtant aucune preuve que leur peau possède un quelconque pouvoir magique. Difficulté de dressage DIFFICILE Intelligence VIVE B


22  BALOR,BRANDON Dressage Les balors commencent leur existence comme une petite étincelle jaillie du corps de son parent dans une explosion dévastatrice, et qui dégagera assez de chaleur pour faire fondre la pierre et vitrifier le sable. Si elle reste chaude, l’étincelle prend forme physique et devient une petite braise fumante. C’est à ce stade qu’il est possible de la ramasser et de la mettre dans un lieu relativement sûr. Dans les quelques jours qui suivent, le brandon grossit. Alors apparaît une petite réplique de ce qu’il sera à l’âge adulte. Heureusement pour son futur gardien, le parent s’aperçoit rarement qu’il a fait un rejeton et il continuera sans doute sa route. Les mages peu scrupuleux récoltent très volontiers les petits brandons, car ils font des sujets d’expériences et des composantes matérielles pour de puissants sorts de feu ou des rites de conjuration démoniaque. Celui qui les ramasse ne doit pas seulement faire attention au parent ; il doit également se méfier des charognards qui les suivent, et s’armer en conséquence. Les balors ont une intelligence équivalente à celle d’un loup, ce qui permet de les dresser (et ce, même si c’est une tâche ardue). Leurs besoins sont assez basiques et il ne vous faudra qu’un peu de matière inflammable pour éveiller leur intérêt. Ils aiment bien la viande carbonisée, quelle qu’elle soit, mais ils préfèrent jouer avec jusqu’à ce qu’elle tombe en poussière plutôt que de la manger. J’ai eu la chance de rencontrer un balor qui adorait sa torche permanente ; il s’enroulait autour d’elle quand il dormait et la tapotait pour faire changer la flamme de couleur. Un autre adorait les feux d’artifice et était aussi excité devant ce spectacle qu’un enfant avec une sucette. Il est important que votre brandon vous considère comme son maître. S’il perçoit de la peur ou de la faiblesse, votre relation peut tourner au désastre et compromettre sa sociabilisation et son dressage. Lorsque vous jouez avec lui, vous devez maintenir un contact visuel et une autorité ferme et cohérente. Le traiter avec cruauté, ou le priver de combustible, fera probablement ressortir son héritage démoniaque. Les balors peuvent apprendre à parler (avec une voix qui vous rappellera le ronflement de flammes dévorantes), mais ils ne parviendront jamais tout à fait à maîtriser le langage comme un humain. Ils pourront comprendre des concepts simples et répéter des phrases courtes, mais le débat est bien au-delà de leurs capacités. Ils ont en effet bien plus l’habitude de réduire à leur plus simple expression les choses compliquées. Devon Oratz Les légendes disent que les balors étaient autrefois des élémentaires de feu inoffensifs, qui furent corrompus par des pouvoirs démoniaques et devinrent de redoutables soldats dans les armées infernales. Ils sont rares dans notre monde, mais il est possible d’en rencontrer dans des lieux isolés, loin sous la surface, là où les démons et le magma se rencontrent. Ce sont des humanoïdes cornus faits de flammes et d’ombre, d’une taille gigantesque et dotés d’immenses ailes ténébreuses. La matière incandescente éphémère qui les constitue leur confère une forme fluide et leur permet de se glisser dans des espaces étroits, comme un nuage de feu tourbillonnant, ou de se dilater afin de terrifier leurs ennemis. Leur flamme intérieure corrompue a faim, et elle les pousse en général à frapper directement leurs adversaires et à les consumer. Comme ils sont capables de tenir une arme s’ils le veulent, leurs maîtres leur demandent parfois de servir dans leur garde infernale. Nombre de balors sont ainsi liés à des armes distinctives, signe de leur servitude. Soins quotidiens Quand on prend en charge un brandon, il faut être fermement persuadé que le mal qui les afflige n’est pas intrinsèquement lié à leur véritable nature. Une bonne dose de compassion, dans un environnement d’apprentissage positif, peut effacer les cauchemars des terres brûlantes des Enfers. Faire d’un balor un simple serviteur est un sujet maintes fois abordé, que nous ne prendrons même pas la peine de commenter ici. Si vous aspirez à faire autre chose que simplement renforcer les chaînes de son esclavage, poursuivez donc votre lecture. Ces créatures sont des esprits du feu et en tant que tels, elles brûlent inconsciemment tout ce qui les entoure, et ne peuvent survivre très longtemps si elles ne sont pas en contact direct avec le feu les premières années. Une caverne de lave, un volcan ou une poche dimensionnelle ardente est tout indiqué pour les abriter. Un de mes collègues s’était brusquement retrouvé en possession d’un brandon, et il a fait un excellent usage d’un grand four à céramique. J’ai entendu dire que d’autres ont improvisé un peu, et hébergé leurs bébés dans des forges et des fours de boulangerie. Au cours de leur première décennie, leur feu intérieur devient autonome et ils peuvent se déplacer plus librement. Si l’on ajoute à cela le développement rapide de leurs ailes, il est important que le soigneur et l’environnement dans lequel votre brandon évolue soient bien ignifugés, et qu’il ait accès à des combustibles nouveaux et intéressants. Un balor en fuite peut s’avérer dévastateur ; vous devrez toujours avoir un stock d’engins incendiaires sous la main pour le ramener à la maison quand il aura décidé de partir en exploration. Difficulté de dressage DIFFICILE Intelligence BASIQUE B


24  BASILIC,LÉZARDEAU Selon certaines légendes, le premier basilic est né d’un œuf de lézard pétrifié puis couvé par une cocatrice. C’est à mon humble avis une histoire un peu ridicule, étant donné que ça ne marche tout bonnement pas. Le basilic, souvent confondu avec la cocatrice est une créature sur huit petites pattes, équipée de puissantes mâchoires hérissées de crocs et dotée d’un regard capable de transformer sa proie en pierre. Une chose est en revanche certaine à son sujet : il entretient un lien très étroit avec les minéraux de son nid, comme le démontrent l’endroit où il choisit de vivre, ses habitudes alimentaires, son aptitude à détecter les minéraux à l’odeur, et même le type de pierre dans lequel il transforme ses victimes (en général de l’ardoise, du grès ou du granit). J’ai pourtant, en de rares occasions je l’avoue, vu certaines d’entre elles changées en jade, en lapis-lazuli et même en obsidienne. Mais peu importe, après tout. Les créatures qui croisent le regard d’un basilic font des statues de toute beauté. Soin des œufs Ces créatures pondent deux fois par an dans des dépôts minéraux purs. Ils se fondent dans leur environnement et sont très difficiles à repérer et à identifier, car leurs œufs ont les mêmes formes et les mêmes couleurs que les pierres qui les entourent. Ils sont de plus presque aussi durs que celles-ci, ce qui les protège efficacement si on leur marche dessus. Je doute cependant que cette solidité soit d’une quelconque utilité sous le pied d’un géant. Des pierres de même taille sont mélangées aux œufs et offrent nourriture et camouflage aux lézardeaux. Si vous avez réussi à avoir plusieurs œufs, je vous recommande de les séparer et de les enfermer chacun dans un tonneau rempli du même minéral que celui de l’œuf et du nid. Si vous ne le faites pas, ou si vous utilisez un mélange de différentes pierres, le potentiel du lézardeau sera moindre. Juste après l’éclosion, les petits commencent à manger les pierres et les œufs autour d’eux. Ainsi, seul le plus fort de la couvée survit (d’où le besoin de séparer les œufs). Soins quotidiens Quand ils naissent, les basilics sont petits et pourtant très affamés et très dangereux. Leur regard pétrifiant est tout à fait opérationnel et il est impossible d’en neutraliser les effets. La meilleure méthode pour s’occuper de ces créatures est donc à s’en protéger. Je vous recommande vivement de garder votre basilic dans un enclos isolé, où il pourra chasser et qu’il pourra explorer sans être un danger pour quiconque se trouve à l’extérieur. À moins bien sûr que ce ne soit intentionnel... Le basilic peut manger différentes sortes de pierres et de minerais. Cependant, il tirera un bien meilleur parti de sa nourriture si ce sont des proies qu’il a lui-même pétrifiées. Ce fait, d’importance, affectera sa croissance et la puissance de son regard. Certains dresseurs excluent délibérément ces proies de l’alimentation de leurs basilics afin d’affaiblir cette capacité, ce qui leur permet de prendre moins de précautions quand ils les manipulent et les entraînent. Cette pratique a deux conséquences. Elle retarde la croissance et la puissance du regard de la créature (qui augmente avec l’âge) et, surtout, votre basilic affamé et contrarié sautera sur toutes les occasions de se retourner contre vous. Entraînement Un rayon émane de ses yeux en permanence et ne peut être ni désactivé ni éteint. C’est ainsi que je décrirais le mieux le regard d’un basilic. Il permet accessoirement de suivre la créature à la trace, tout simplement en remontant la piste de ce qu’elle a pétrifié. Il ne faut pourtant pas oublier que cette aptitude est toujours très dangereuse et très mortelle. Quand on travaille avec un basilic, prévoir une bonne protection – et une sécurité supplémentaire à portée de main – est essentiel. Je vous recommande des lunettes munies de verres d’ambre pétrifié, et une cape de voyage sur laquelle aura été au préalable lancé le sort peau de pierre, et qui devra recouvrir entièrement votre peau. Ce sortilège dure plusieurs heures, mais étant donné son coût et le temps de dressage, optez pour un enchantement permanent, plus économique. En ce qui concerne la fameuse sécurité supplémentaire que nous avons évoquée, je vous conseille un magicien ou des potions permettant de réparer les dégâts provoqués par le basilic pendant son entraînement. Les basilics sont des créatures solitaires et caractérielles qui n’ont aucune conception de la hiérarchie, ce qui rend leur dressage, interminable, encore plus compliqué. Rien que ce processus vous occupera entre trois et cinq ans. Ne le nourrissez pas avant les séances de dressage, et prévoyez ses friandises préférées en récompense d’un bon comportement. N’attendez cependant pas de miracle les premières années. Vous devrez sans doute au début faire preuve d’un peu de fermeté, car les basilics ne répondent ni vite ni bien aux ordres verbaux. Jacob Wood J ’ai rencontré lors d’un de mes voyages une jeune magicienne, qui avait dressé un basilic dont le regard changeait les objets en quartz rose. Elle offrait une rose de quartz à ses invités de marque et je ne me déplace jamais sans la belle fleur qu’elle m’a donnée. Difficulté de dressage EXTRÊME Intelligence VIVE B B


26  BEITHIR,LÉZARDEAU Soins quotidiens Dans la nature, les petits sont souvent trouvés et adoptés par des beithirs adultes, qui leur apprennent à chasser pour se nourrir. Un jeune cherchera de petites proies, comme des souris ou des poissons, et se mettra en quête de prises plus grosses au fur et à mesure qu’il grandit en taille et en appétit. Si vous élevez votre propre beithir, adoptez une stratégie similaire. L’estomac des jeunes ne peut guère contenir qu’un poisson rouge, et c’est un excellent choix pour commencer. Au fil de leurs croissances, augmentez la taille de leurs repas afin de vous assurer qu’ils n’aient pas faim. Ils ne sont pas très difficiles, mais comme ils préfèrent quand leur nourriture bouge encore, donnez à votre bestiole des proies vivantes et il sera tout à fait content. Si vous les laissez chasser, ils pourront également avoir l’activité physique quotidienne dont ils ont besoin. Entraînement Comme ils sont sourds, inutile d’essayer les ordres vocaux, mais ils sont assez malins pour comprendre les instructions qu’on leur donne. Certains dresseurs optent pour des gestes ou un langage des signes simple, et d’autres ont même ouvert la voie à une nouvelle forme d’éducation basée sur des vibrations particulières indiquant un ordre spécifique. Un beithir bien entraîné peut faire un excellent gardien ou un animal de compagnie amusant. À l’état sauvage, ce sont des créatures méfiantes et prudentes, qui deviennent assez familières quand elles sont élevées parmi des gens. Vous ne devez en aucun cas laisser tomber un petit ; cela signera en général la fin de votre relation avec lui. Ces créatures ont extrêmement peur de la hauteur et sont proprement terrifiées par une chute. De même, laisser le plus amical des beithirs avec des enfants (petits ou qui sentent bon) est une très mauvaise idée. Devon Oratz & Sam Mellor Les beithirs sont attirés par les orages et certains pensent même qu’ils les provoquent. Un orage violent et long peut signifier que vous avez raté quelque chose dans l’éducation de votre bestiole, et que vous devrez peut-être la relâcher si vous voulez retrouver un temps de saison. Les individus qui s’ennuient sont souvent libérés au cours de tempêtes, et c’est un bon moyen de permettre des retrouvailles avec leurs congénères sauvages. Restez simplement à bonne distance, histoire de ne pas devenir le premier repas de leur liberté retrouvée. Le beithir vit dans les régions des lacs ou des marécages, et on le confond souvent au premier abord avec un gros lézard ou un crocodile. Cette espèce ne s’accouple pas, elle n’a ni sexe ni organes reproducteurs et ne peut pas naître sans intervention humaine. Si un serpent ordinaire meurt et que l’on sépare son corps en deux, les deux parties fusionneront pour devenir un œuf de beithir. Cela peut même arriver si les deux moitiés sont éloignées l’une de l’autre. On sait que certaines ont parcouru des centaines de kilomètres, et même traversé des océans, pour être à nouveau réunies. La seule manière d’empêcher la création d’un œuf de beithir est d’enterrer les deux parties du corps du serpent dans deux tombes distinctes. Même s’ils n’ont ni parents ni frères et sœurs, ce sont des créatures grégaires qui peuvent suivre la trace de leurs congénères grâce aux phéromones déposées par leur passage. Certains en ont conclu qu’ils étaient de nature territoriale. Les beithirs n’ont pas d’oreilles, mais ils utilisent leur langue pour « entendre » les vibrations provoquées par le son. Les bébés ont un corps translucide légèrement bleuté, et leurs écailles prennent un bleu profond au cours de leurs premières semaines. Leurs origines uniques confèrent à ces créatures une grande valeur pour les collectionneurs, et elles peuvent se vendre un très bon prix. Les œufs naturels de beithir sont si rares que certains éleveurs peu scrupuleux chassent les serpents sauvages et les coupent eux-mêmes en deux pour accélérer le processus. Cependant, les individus nés de cette opération brutale ont une coloration plus pâle, un tempérament plus violent, et donc une valeur moindre. Grâce à ces horribles marchands particulièrement avides, nous savons maintenant qu’un serpent ne donnera naissance qu’à un seul beithir, et ce, quel que soit le nombre de morceaux. Un éleveur honnête souhaitant créer un œuf de grande valeur doit récupérer ou acheter des moitiés de serpent obtenues naturellement. Si vous avez beaucoup de chance, vous récupérerez les deux morceaux, voire un œuf tout neuf ; sinon, il vous suffira de suivre la moitié que vous avez, et elle trouvera l’autre. Cela risque de poser quelques problèmes si celle-ci se trouve en possession d’un autre éleveur de beithir qui fait exactement la même chose que vous. La nécessité de résoudre les conflits de propriété a donc conduit à l’édiction de certaines lois très spécifiques. Les nouveau-nés sont très petits, souvent de la taille d’une main humaine. Ils grandissent cependant à une vitesse alarmante si l’on s’en occupe correctement et en fonction de leur alimentation, ils atteindront leur taille définitive en un ou deux ans. Un beithir adulte peut gober tout rond un humain de taille moyenne. Difficulté de dressage ÉPINEUX Intelligence INSTINCTIVE B


28  BULETTE,CHEVREAU La bulette, également appelée requin terrestre, est aussi grosse et vorace que le spécimen le plus imposant de son homonyme aquatique. Son aptitude à « nager » à travers le sol lui donne un avantage de taille quand elle chasse ; elle creuse sous ses proies et surgit, et ses victimes ne se doutent de rien jusqu’à ce que la bulette les attaque ou les gobe tout rond. Si la cible résiste, sa carapace la protège efficacement jusqu’à ce qu’elle ait l’occasion de replonger dans le sol. Cette capacité, et son goût prononcé pour la chair des humanoïdes, rend la créature difficile à étudier en milieu naturel. Plusieurs érudits ont émis des hypothèses sur leur cycle de reproduction, mais aucune preuve ne permet d’étayer ces théories. J’ai pu tirer les conclusions suivantes de ma propre expérience. La femelle pond ses œufs dans un trou creusé dans la terre, et le tapisse d’un musc qui attirera les mâles. Quand l’un d’entre eux trouve le nid, il les fertilise puis les transfère dans une poche spéciale située à la base de sa queue. Après une gestation de 16 à 18 mois, un seul chevreau en sortira, et ce, même si plusieurs œufs ont été pondus. En effet, le plus fort aura mangé les autres dès qu’il aura éclos. Une fois que le petit est assez gros pour sortir de la poche, le père indigne le laisse se débrouiller tout seul. Les plus petits spécimens observés mesurent 50 cm de long et, à les voir, on ne se douterait pas qu’ils affichent un bon 45 kg sur la balance. À peine quelques heures après avoir quitté la poche paternelle, leur carapace est assez dure pour les protéger des rochers tranchants qu’ils croiseront en creusant le sol. Soins quotidiens Éduquer un chevreau de bulette est une tâche qu’on peut qualifier de monumentale. Ils sont non seulement gros, mais aussi imprévisibles, et ils ont une fâcheuse tendance à vite oublier ce qu’ils ont appris si on ne les fait pas travailler régulièrement. Quand vous aurez votre bébé bulette, que ce soit après l’avoir capturé ou récupéré sur le cadavre d’un mâle, vous aurez tout le loisir de constater que s’ils ont mauvais caractère, ils sont très impressionnables, et très désireux de faire plaisir à un maître qui les nourrit. Élever une bulette équivaut plus ou moins à élever un chiot. Un genre de chiot énorme, terrifiant, fouisseur, carnivore, destructeur, et dont le pelage a été conçu par des mineurs nains. Les bulettes préfèrent engloutir de grandes quantités de proies vivantes. Tant qu’ils sont jeunes, les poulets et les petits animaux de ferme font leur bonheur. Au fur et à mesure de leur croissance, cependant, vous découvrirez qu’ils ont une préférence pour la chair humanoïde. Si la perspective vous écœure, vous pouvez toujours leur refiler des chevaux et du bétail, mais rappelez-vous bien de ce détail : de nombreux dresseurs de bulettes ont une jambe de bois, et ce n’est pas par hasard. S’ils sont imprévisibles, les chevreaux ne sont pourtant pas incontrôlables. On attribue souvent ce comportement à l’absence d’éducation parentale et les bulettes élevées en captivité montrent une grande capacité de retenue, en particulier quand il s’agit de ne pas boulotter les hobbits du voisinage. La chose importante à retenir avec un bébé bulette, c’est la constance. Des séances de toilettage, et des heures de repas et de coucher régulières structurent son existence et diminuent les pulsions nées d’une vie en pleine nature. Toiletter votre chevreau n’a rien de sorcier si vous avez accès à une grande étendue de sable mouillé ou à de la pierre ponce. Encouragez-le à y nager ; cela le débarrassera de la saleté et des écailles mortes, ainsi que des parasites que vous ne pouvez pas déloger à l’aide d’un ciseau de toilettage. Entraînement Dresser un chevreau est une expérience certes dangereuse, mais profondément enrichissante. Je ne le répéterai jamais assez : la régularité de ses habitudes quotidiennes est la clé du succès. Le problème le plus épineux quand on est l’heureux propriétaire d’une bulette, c’est son extraordinaire capacité de fouisseur, qui peut provoquer panique et gros dégâts dans un environnement urbain. Percez donc un trou dans le bord de la carapace protégeant la tête (pas de panique, cela ne lui fera aucun mal), et accrochez-y une longue chaîne d’acier attachée à un poteau de métal bien enfoncé dans le sol. Vous pourrez ensuite l’entraîner à répondre à des ordres relatifs à la profondeur en tapotant la chaîne, et le récompenser avec de la nourriture que vous aurez cachée à la profondeur désirée et qu’il devra trouver. Investissez dans du matériel d’excavation magique ou des appareils à rayons X ; ils vous permettront de localiser plus facilement une bulette boudeuse ou endormie. Essayez également autant que faire se peut de traîner derrière vous une bûche de bois ; elle empêchera une bulette joueuse de s’amuser avec vos chevilles. Jacob Wood À cause de sa taille énorme et de sa nature redoutée de prédateur (et pour parler franchement, de sa forme), nombreux sont ceux à croire que certains organes de la bulette améliorent la fertilité. Ils atteignent donc des sommes rondelettes sur différents marchés « spécialisés ». Prenez garde aux braconniers. Difficulté de dressage COMPLEXE Intelligence INSTINCTIVE B


30  CENTAURE,POULAIN Soins quotidiens Les centaures sont omnivores, mais ont tendance à préférer un régime végétarien, et à réserver les viandes cuisinées pour des occasions spéciales. Contrairement aux chevaux, leurs petits ne marchent pas dans les heures suivant la naissance et ne le font qu’à l’âge d’un mois environ. Quand ils en sont capables, cependant, ils apprennent vite à courir, et se marchent beaucoup sur les sabots avant de maîtriser cette allure. Plus encore que les bébés humains, les bébés centaures sautent. Leurs cheveux poussent aussi bien plus vite et ils auront une crinière et une queue dignes de ce nom à environ 6 mois. Il est important de se rappeler que, même si un centaure nouveau-né a l’apparence d’un enfant humain de 5 ans, il ne parle pas et acquiert le langage au même rythme que les humains. Ils ne gazouillent pas comme les bébés, mais émettent un doux hennissement des plus plaisants. À la puberté, la graisse disparaît et les centaures deviennent des créatures dégingandées tout en bras et en jambes, sujettes quel que soit leur sexe à des sautes d’humeur et des pulsions physiques violentes. Un de leurs passe-temps favoris consiste à se bagarrer, dressés sur leurs postérieurs, avec leurs bras et leurs antérieurs. J’ai autrefois pris soin de jumeaux qui manquaient quotidiennement de me piétiner ! Ils sont peut-être jeunes, mais ils sont bien plus forts que ce que vous pourriez croire. Attendez-vous donc à être bousculés et à recevoir quelques bosses, même de la part du plus calme des poulains. Jusqu’à ce qu’ils aient 9 ans, toutes les mères de la tribu prennent soin des enfants. À partir de leur première cérémonie de passage à l’âge adulte, on enseigne aux adolescents les aspects les plus matures de leur culture. Les juments resteront dans le troupeau de leurs mères et élèveront leurs enfants avec leurs fratries et leurs cousins. Les étalons commenceront à passer du temps avec les mâles adultes et apprendront à surveiller et à marquer un territoire jusqu’à leur maturité sexuelle. Après cela, ils revendiqueront leur propre territoire et se prépareront à gagner l’attention des juments au prochain Naadam. Sarah Richardson L’urine de centaure enceinte est particulièrement appréciée au marché noir, car elle est utilisée dans les sorts de changement de sexe et dans les potions destinées aux femmes ménopausées. Elle est en général consommée sous forme de poudre. Attention cependant, car certains individus réagissent à cette substance ; une abondante crinière soyeuse leur pousse alors tout le long de la colonne vertébrale. La vie des centaures tourne principalement autour de leurs familles étendues. Chaque troupeau compte plusieurs femelles adultes (les juments), leurs petits et de jeunes mâles. Les mâles adultes (les étalons) veillent sur un territoire situé à la limite des terres, plus étendues, de leurs tribus, et sont à la fois les gardiens des frontières et les protecteurs de leurs familles face au monde extérieur. À la saison des amours, une fois tous les cinq ans comme l’indiquent les constellations sacrées pour les centaures, les différentes tribus se réunissent et tiennent un Naadam, une sorte de tournoi à forte connotation culturelle et cependant beaucoup plus subtil que toutes les traditions elfiques que je connaisse. Pendant un mois entier, les étalons s’affrontent au cours de divers tournois de poésie, de chasse, de tir à l’arc et de sculpture, en plus des habituels jeux de force, d’astuce et d’endurance. Certaines courses ont lieu sur un jour et une nuit et je vous assure que la vue d’une plaine couverte d’étalons jeunes et puissants, chancelant comme des poulains épuisés, est une vraie leçon d’humilité. Vous éprouverez une crainte teintée de respect devant leurs danses, en voyant ces créatures massives s’élancer haut dans les airs et en sentant la terre trembler sous leurs sabots quand ils retombent. Ne considérez pas les centaures comme des créatures sans esprit – leurs énigmes et leurs labyrinthes plongeraient nos plus respectables anciens dans la perplexité. Il n’y a pas de grand gagnant au cours de ce rassemblement et ce sont les juments qui choisissent leurs partenaires en fonction des spectacles qu’elles ont le plus appréciés. Elles offrent à l’étalon de la nourriture, des ceintures qu’elles ont cousues et des ornements décoratifs. Les deux centaures sont ensuite unis pour la vie selon un rite de mariage sacré. Les nouveaux époux passent une lune entière ensemble, puis l’étalon retourne parmi les tribus extérieures, mais il saisira toutes les occasions pour rendre visite à sa famille. Après 16 mois de grossesse, le troupeau de la mère prépare un endroit sûr abondamment pourvu de paille, d’eau et de couvertures. Les plus vieilles juments assistent la naissance tandis que les membres plus jeunes de la famille montent une garde vigilante dans les environs, chantent des chansons et fabriquent des cadeaux pour le poulain. À cause de leur anatomie unique, et contrairement aux chevaux et aux humanoïdes, les centaures ne naissent pas la tête la première. Le nouveau-né vient au monde par le poitrail, son torse humain couché le long de son dos ; la tête et les postérieurs sortent en même temps. C’est un véritable privilège d’assister à ce spectacle des plus inhabituels ! Difficulté de dressage FACILE Intelligence CIVILISÉE C


32  CERBÈRE,CHIOT Quand il grandit dans un environnement familial, un cerbère est intensément loyal et partage de nombreux traits avec un chien domestique, dont son entrain, ses aboiements et l’éternelle queue qui remue dans tous les sens. Dans un certain sens, c’est, à peu de choses près et à plus grande échelle, un Colley à trois têtes. Les soins et le toilettage sont plus ou moins similaires. Il est important de garder l’espace entre chaque tête propre, car le cerbère ne peut pas atteindre aisément ces zones seul et que c’est là que se cachent les puces et les parasites. Des bains réguliers, dans l’eau et dans la poussière, sont essentiels quand on veut se lier à un cerbère. C’est dans ces moments-là qu’il est le plus détendu. Entraînement C’est une tâche qui peut se révéler éprouvante, en particulier quand vous avez à faire à un jeune chiot. Il est un peu plus intelligent que la plupart des chiens domestiqués, mais vous devez avoir l’attention des trois têtes pour que les exercices que vous lui faites faire portent leurs fruits. Dans le cas contraire, vous perdriez votre temps et une tête dissipée distrairait celles qui seraient concentrées. Ce conseil est particulièrement important quand vous jouez à la balle, étant donné que les trois têtes se bagarreront pour le même objet même si vous avez pensé à lancer autant de balles qu’il y a de têtes. L’entraînement de base aux ordres simples devrait commencer quand votre boule de poils a environ 4 mois, époque à laquelle il devrait être totalement sevré et à peu près propre. Comme pour les chiens domestiques, les ordres à mot unique fonctionneront le mieux ; en effet, le chiot aura moins de chance de les confondre. Vous pourrez enseigner des ordres plus complexes au fur et à mesure qu’il grandit, mais vous devez vous limiter à des choses ou des phrases simples pour être sûr qu’elles sont tout à fait comprises. Certains cerbères peuvent apprendre un ordre différent pour chacune de leurs têtes, mais cette technique de dressage est extrêmement difficile. Alana Currie Bien que personne ne connaisse leur origine exacte, il semble que les premiers cerbères soient sortis des neuf strates de l’Enfer. Les histoires qui n’ont pas tardé à les suivre évoquaient leur capacité à pister les esprits et à les ramener en Enfer, ou à les dévorer selon la version. Si cette rumeur est exacte, il serait possible de leur apprendre à traquer ou à détecter les morts-vivants. Le cerbère est une sorte de très gros mastiff célèbre pour ses trois têtes reliées à la base du cou, sa taille monstrueuse et sa nature loyale et possessive. Férocement territorial, ce chasseur vicieux mesure en général à peu près 2 mètres et peut utiliser ses têtes indépendamment les unes des autres quand il s’agit de surveiller les alentours. Un cerbère bien entraîné fait un garde merveilleux ou un compagnon de chasse loyal. Au cours de la saison des amours, le mâle parcourt son vaste territoire à la recherche d’une femelle et couvre parfois jusqu’à 130 km en une seule journée. Quand il croise une femelle en chaleur, il la prévient de sa présence en émettant une sorte de gazouillis guttural et, si elle accepte ses avances, elle lui répondra et approchera de lui. Un couple restera souvent plusieurs jours ensemble, chassant et s’accouplant jusqu’à ce que la demoiselle se lasse et force son compagnon à déguerpir. Quand elle est sur le point de mettre bas, elle cherchera une tanière convenable et fera un nid avec les végétaux de la zone, en général des branches et des hautes herbes. Elle s’assurera aussi que l’entrée de cette tanière soit bien cachée et/ou dissimulée pour protéger ses petits d’éventuels prédateurs. Une femelle donne en général naissance à une portée de deux à quatre chiots, mais un ou deux seulement survivront à leurs premières semaines d’existence, tant est féroce la compétition pour le lait maternel. Soins quotidiens Carnivores, les cerbères préfèrent la viande aussi fraîche que possible, mais, s’ils y ont été habitués chiots, ils accepteront certaines sortes de viandes et de poissons cuits. Les adultes, même domestiqués, préfèrent chasser leur nourriture et il faut autant que possible encourager ce comportement ; en effet, aucune des têtes ne doit s’ennuyer, car cela provoquerait une conduite destructrice. Vous pensiez qu’une tête mâchouilleuse est désastreuse ? Essayez voir avec trois ! Les cerbères peuvent survivre à la perte de l’une de leurs têtes extérieures, s’ils ne meurent pas d’infection ou d’hémorragie. Ils ne survivront cependant pas si on tranche celle du milieu. Un vieux chasseur de démon que j’ai connu autrefois avait cautérisé le moignon de son loyal compagnon blessé avec la seule chose qu’il avait sous la main : son symbole sacré. À partir de ce jour, la tête manquante réapparaissait à chaque fois que des démons traînaient dans le coin, sous la forme d’une étrange flamme verte. Difficulté de dressage ÉPINEUX Intelligence VIVE C


34  CHIEN ESQUIVEUR,CHIOT Soins quotidiens Élever un chiot esquiveur est une tâche ardue mais gratifiante, qui s’avère plus aisée s’il s’est imprégné de son propriétaire, ce qui intensifie le lien entre eux et l’affection qu’il lui porte. Avec assez d’amour et de soins, le petit devient un membre à part entière de n’importe quelle famille, et même s’ils se téléportent ailleurs, ils reviendront toujours chez eux. Si les chiots peuvent manger aussi bien de la viande que des légumes, nombre d’éleveurs ont remarqué une adéquation entre régime alimentaire et comportement. La viande crue a tendance à les rendre agressifs, et une alimentation exclusivement végétarienne tout à fait dociles. J’attends de la plupart de mes lecteurs qu’ils emmènent leur chien esquiveur en voyage, et je ne saurais trop leur recommander d’adopter pour leur compagnon un régime équilibré. Pour les débarrasser de la terre et de la saleté accumulées, il suffit de les tremper : pas besoin de leur donner un véritable bain, leur pelage étant si fin qu’une petite douche les nettoie complétement. Le problème se pose quand il s’agit de les immerger, étant donné que leurs capacités de téléportation sont intrinsèquement liées à leurs réactions instinctives. Si vous trouvez que jouer à la balle est un tantinet trop facile, et qu’éviter de se faire débarbouiller une vraie gageure, ne vous étonnez pas si un simple bain vous prend toute la journée. Pour des raisons obscures, les chiots esquiveurs aiment beaucoup être sales, et ils prennent un malin plaisir à se rouler dans une flaque de boue dès qu’ils en voient une. Entraînement « Comment puis-je l’empêcher de s’échapper ? » Telle est la plus grande inquiétude du propriétaire d’un chiot esquiveur. Obliger un chien ordinaire à ne pas bouger pendant les séances d’éducation est déjà compliqué, alors quand on parle d’un chien capable de se téléporter n’importe où dans sa ligne de vue... Impossible de les enfermer ou de les tenir en laisse ! Il existe pourtant un objet particulièrement onéreux, vendu à un prix généralement exorbitant avec son chiot esquiveur : la laisse temporelle. Elle est composée de deux parties : la laisse proprement dite, que l’on place autour du cou de l’animal, et un bracelet de contrôle porté par le propriétaire à son poignet. Cet objet crée une sorte de mur invisible qui empêche le chiot de s’éloigner. Un petit prix à payer pour assurer la sécurité de sa petite boule de poil favorite. Propriétaires, gardez toujours un œil sur les gens qui observent votre chien esquiveur en action. Cette vision peut surprendre ceux qui ne s’y attendent pas et appâter les tristes sires. Les braconniers sont partout et même s’ils préfèrent idéalement les chiots nouveau-nés, des gens peu scrupuleux sont prêts à payer de jolies sommes pour des jeunes ou des adultes. Eloy Lasanta Cette race particulière de chien se reconnaît facilement à ses yeux exceptionnellement brillants, sa loyauté et, bien entendu, son talent inné pour la téléportation (également appelé clignotement). Évidemment, il n’y a que leurs propriétaires qui sont témoins de cette capacité. Les ennemis eux devront s’attendre à un accueil chaleureux avec force grognements, claquements de mâchoires et vacheries en tout genre. Redoutés pour leurs attaques imprévisibles, les chiens esquiveurs apparaissent soudainement, mordent leur proie et se téléportent tout de suite après pour se mettre en sécurité. Les petits rapportent des sommes rondelettes au marché noir, et l’on sait que les braconniers prennent de grands risques pour les capturer. Quand une femelle est en chaleur, elle crée une trace odorante, se téléportant de place en place, laissant derrière elle une sorte de jeu de piste que le mâle suivra. Seuls les prétendants les plus assidus, à l’odorat le plus fin et aux facultés de téléportation les plus pointues parviendront à la débusquer, dans la caverne sombre où elle attend. Personne n’a jamais été témoin de l’accouplement des chiens esquiveurs, mais les gens qui ont aperçu leur tanière au loin ont remarqué des éclairs, un peu comme des feux d’artifice, qui s’en échappaient. Trois à cinq petits naissent au bout de trois mois de gestation. Ils tiennent dans la paume de la main et n’ouvrent les yeux qu’au bout de quatre jours minimum. Ils s’imprègnent alors instantanément du premier être qu’ils aperçoivent et lui montrent une loyauté extrême pour le reste de leur existence. Dans la plupart des cas, cette loyauté s’applique à leurs parents et aux autres chiots de la portée, créant ainsi un lien familial immédiat. C’est ce qui pousse les braconniers à rechercher avidement les nouveau-nés, qu’ils placent dans une boîte fermée jusqu’à ce qu’ils soient vendus et puissent se lier au plus offrant. Les premiers mois, les deux parents restent dans leur grotte et attendent que leurs chiots soient assez grands pour courir. Pendant cette période, ils se montrent férocement territoriaux et peuvent se montrer hostiles à l’égard des membres de leur propre meute. Il n’est pas rare d’entendre parler de promeneurs sévèrement molestés par un chien esquiveur alors qu’ils passaient un peu trop près de la caverne dans laquelle se trouvaient des petits. Ce n’est que lorsque ces derniers sont parfaitement capables de se déplacer et de coordonner leurs mouvements que la petite famille rejoint la meute et reprend une vie essentiellement nomade. Les conditions de vie des chiots captifs sont souvent terribles, confinés dans des caisses sombres et étouffantes en attendant de nouveaux propriétaires avec lesquels ils se lieront. Difficulté de dressage ÉPINEUX Intelligence INTELLIGENTE C


36  CHIMÈRE,LIONCEAU première année. La crinière commence à pousser sur la tête léonine à 8 mois, et c’est un bon indicateur de l’âge et de l’état de santé de la créature. À 16 mois, les ailes atteignent leur taille définitive et sont tout à fait fonctionnelles. Les parents aideront le petit à se toiletter et à lisser ses plumes jusqu’à ce qu’il puisse le faire tout seul, ce qui implique que vous devrez vous en charger s’ils ne sont plus là. Sa croissance rapide le dote d’un appétit vorace et pour corser le tout, chaque tête a faim séparément et disputera la nourriture, de la viande fraîche, aux autres. Honnêtement, je vous déconseille de les séparer ; ces affrontements leur permettront de définir leurs personnalités et la chimère se rendra compte qu’elle est une créature unique dotée de trois têtes travaillant de concert. Entraînement À l’instar de nombreux animaux, il est possible d’imprégner les chimères si elles sont trouvées très jeunes, mais il ne sera possible de les dresser que si elles sont orphelines ou qu’on les a enlevées à leurs parents avant le sevrage (au cours des trois premiers mois de leur existence). Un soigneur humain doit à ce moment-là imiter le comportement de la mère. Les nouveau-nés peuvent se nourrir de lait de chèvre, auquel on aura rajouté des composants végétaux magiques. Ils doivent être nettoyés avec des linges humides et enveloppés dans des couvertures chaudes pendant toute cette période. Les bébés chimères récupérés avant l’adolescence, mais après le sevrage, peuvent être dressés jusqu’à un certain point, mais ils resteront toujours plus ou moins sauvages. Elles ne sont peut-être pas vraiment intelligentes, mais ce sont des chasseurs rusés et astucieux. Laissées sans surveillance et sans exercice conséquent, elles auront probablement un comportement destructeur. Les petits ont besoin de jouer, à peu près de la même manière que les autres jeunes prédateurs, afin de s’entraîner au combat et à la chasse. Amis humains, je vous déconseille de jouer à la bagarre avec une petite chimère sans avoir pris les précautions qui s’imposent. En effet, sa tête de dragon est capable de cracher du feu dans la première année (ce qui a failli emporter ma propre tête au printemps dernier, et je n’en ai qu’une). Mikaela Barree Contrairement aux lions ordinaires, les chimères mâles et femelles arborent une crinière sur leur tête léonine. La chimère est une créature ailée dotée d’une tête de dragon, d’une tête de chèvre et d’une tête de lion, et beaucoup la considèrent comme naturellement maléfique. Elle est certes dangereuse, mais pas plus mal léchée qu’un ours ordinaire. Territoriale, parfois agressive, chasser les humains et le bétail ne lui pose pas de problème si le besoin s’en fait sentir. Mâles et femelles rivalisent deux fois l’an pour trouver le meilleur partenaire et le meilleur territoire. Les vainqueurs de ces affrontements forment souvent des couples durant la saison des amours et, au cours de la gestation, ils vivent sur le même territoire, le mâle chassant, nourrissant et défendant sa femelle incapable de voler les derniers temps de la gestation. Les chimères n’ont en général qu’un seul petit et si des jumeaux naissent, le plus faible atteint rarement l’adolescence. Le bébé est allaité pendant trois mois, au cours desquels le père continue de prendre soin d’eux. Après le sevrage, le plumage du petit commence à pousser et la femelle quitte le territoire pour une chasse débridée (il faut bien qu’elle se requinque), tandis que le mâle prend en charge sa progéniture jusqu’à l’âge adulte. Ce dernier ne la laissera jamais seule et l’emmènera chasser avec lui, pour deux raisons. Les jeunes chimères apprennent par l’exemple, en regardant leur père chasser, et celui-ci est en mesure de protéger son petit de ses congénères adultes, qui pourraient l’attaquer et le tuer. Les trois têtes de la créature agissent plutôt comme une fratrie durant l’enfance et l’adolescence ; elles se mordent et se disputent souvent la nourriture. Durant tout le temps qu’elle passe auprès de son père, la jeune chimère apprend à chasser et à se battre en utilisant ses trois têtes de concert. L’adulte lui enseigne progressivement le vol et la traque, et enrichit ces expéditions de jeux simulant le combat. Il surveillera aussi le petit quand il commencera à ramener ses propres proies. Ce dernier quittera son père après l’adolescence, entre deux et trois ans, et se cherchera de nouveaux terrains de chasse. Soins quotidiens À la naissance, les chimères sont très petites (à peu près de la taille d’une chèvre), mais elles grandissent rapidement pour afficher une taille respectable de 3,60 m après la Difficulté de dressage COMPLEXE Intelligence VIVE C Les chimères femelles sont difficiles à différencier des mâles. Les premières sont un peu plus grosses et les seconds ont des ailes légèrement plus brillantes, d’une couleur dorée en comparaison du plumage brun des femelles.


38  COCATRICE,POUSSIN Entraînement Élever et dresser un de ces poussins est difficile et dangereux, mais, contrairement au basilic, il est capable de contrôler le pouvoir de son regard. Les cocatrices sont fainéantes et intéressées ; tout ce qu’elles ont à faire, c’est de vous regarder d’un air bizarre pour que vous lâchiez tout ce que vous étiez en train de faire. Si vous vous débrouillez pour élever un poussin jusqu’à l’âge adulte et le faire obéir, vous aurez un animal de compagnie fantastiquement puissant (et tout un tas de statues à vendre). Pour entraîner une cocatrice avec succès, vous devez absolument avoir trois objets : une mangouste (pour la discipliner, car ces animaux sont immunisés à son regard), une paire de lunettes pétrifiées (pour limiter l’exposition à ce regard), et un stock de potions de transmutation de la pierre en chair. Et si vous pouvez apprendre à la mangouste à les administrer, c’est encore mieux. Quand vous entraînez votre cocatrice, apprenez à reconnaître ses sentiments. Quand le poussin commence à s’ennuyer, à se fatiguer ou à ressentir de la frustration, il peut exiger plus de bains de soleil ou de temps libre. Ne pas lui accorder ce qu’il demande pourrait s’avérer désastreux pour vous et tout votre entourage. Bien que le fait de se plier à ses caprices semble aller à l’encontre de votre capacité à la contrôler, il est important de rappeler que la relation avec une cocatrice tient plus de l’accord de cohabitation que d’un rapport maître-animal. Jacob Wood Les alchimistes apprécient énormément la cocatrice pour son pouvoir à transformer la matière vivante en minéral. Beaucoup pensent qu’il est possible d’obtenir une créature capable de changer la chair en or, mais on n’a pas encore découvert la bonne combinaison poulet-reptile. Nombreux sont les alchimistes à élever des cocatrices pour leurs propres expériences, nombreux aussi sont ceux à avoir changé d’avis et choisi d’élever des basilics. Dans le même but, bien sûr. Selon une croyance populaire, la cocatrice serait née des expériences d’un sorcier qui aurait joyeusement mélangé magie et nature. Étrangement opportuniste, elle peut pondre ses œufs, ou voler ceux des serpents ou des oiseaux, qui donneront naissance à des poussins de cocatrice. Le plus fascinant chez elle est son aptitude à assimiler des traits, et parfois des capacités, quand son œuf a été couvé par un reptile magique quelconque. J’en ai acheté un une fois qui avait été couvé par un couatl. La cocatrice qui en est sortie avait un plumage et des écailles arc-en-ciel magnifiques, et possédait même des pouvoirs magiques, bien que ces derniers soient incontrôlés et erratiques. Soins aux œufs Si vous avez obtenu un œuf de cocatrice, la chose la plus facile est de laisser une poule le couver. Ce n’est en aucun cas une obligation, mais ce sont les volatiles les plus faciles à trouver. Si vous avez l’âme aventureuse, vous pouvez essayer de faire couver votre œuf par un reptile ou un oiseau magique et si vous dégottez un dragon ou un phénix volontaire, tenir un journal et partager vos résultats pourrait se révéler particulièrement utile. Soins quotidiens Les cocatrices sont des créatures à sang froid qui ont besoin d’une source de chaleur externe pour maintenir leur température corporelle. Elles font donc de mauvais candidats pour la vie dans un donjon obscur, mais sont parfaites quand il s’agit de monter la garde dehors. Le regard pétrifiant d’un poussin n’est pas aussi immédiatement mortel que celui d’un adulte, mais je vous conseille pourtant de garder vos autres animaux de compagnie et vos familiers hors de sa vue. Bizarrement, la cocatrice ne mange pas de pierre, mais elle semble vraiment admirer ses créations. On a observé les créatures les plus intelligentes pousser leurs victimes à prendre des poses stupides avant de les transformer en figurines commémoratives, et ainsi améliorer la décoration de leurs petits nids douillets. Contrairement à une croyance répandue, le régime alimentaire de la cocatrice ne comporte que très peu de minéraux. Elle préfère les œufs, en particulier ceux de ses congénères, et il vaut mieux en avoir un bon stock sous la main. Les poussins n’avalent heureusement qu’un seul repas par jour, mais attendez-vous à ce que leur appétit grandisse en même temps qu’eux. Difficulté de dressage EXTRÊMEMENT DIFFICILE Intelligence VIVE « La cocatrice est une créature unique, à la fois coq et serpent, mais ne vous fiez pas à son apparence. Comme elle n’arbore pas d’armes naturelles visibles, vous pourriez être tentés de détailler son magnifique plumage et ses fantastiques écailles, mais vous signeriez votre perte. Vous pouvez sans danger la contempler, mais ne la fixez pas du regard, car, si elle fait de même, vous serez sans coup férir changé en pierre. » C


40  COUATL,NOUVEAU-NÉ Une fois pondus, les œufs sont soigneusement enterrés là où règne une température élevée constante : dans du sable près des sources chaudes naturelles, de la cendre volcanique ou des évacuations de feu élémentaire stables. Si aucun endroit de ce genre n’est disponible, il suffira de les enterrer dans un monticule de terre et d’entretenir en permanence un feu autour d’eux. L’incubation dure approximativement 14 mois. À partir du douzième, vous entendrez des cliquetis et des grattements à l’intérieur de la coquille, alors que les poussins commencent à bouger. Les couatls pensent qu’un nouveau-né doit sortir seul de l’œuf, mais cela ne les empêche pas de prodiguer des encouragements télépathiques à leur progéniture. Soins quotidiens Les couatls sont capables de communiquer par télépathie avec n’importe quelle créature intelligente qui se trouve en leur présence, et ce, même quand ils sont encore dans l’œuf. Ils commencent à parler à leurs voisins de nid, à leurs parents et à leurs soigneurs au cours des derniers mois de l’incubation. Et si vous, vous commencez à entendre une voix dans votre tête pendant que vous prenez soin d’une couvée, vous ne devenez pas fou. C’est simplement le poussin qui fait connaissance et développe sa curiosité naturelle. S’occuper et éduquer un couatl est relativement facile pour un soigneur dévoué qui possède des connaissances magiques, et un accès à une abondante nourriture pour un nouveau-né omnivore en pleine croissance. À partir de sa naissance, il lui faut un régime équilibré à base de viande, de fleurs, de fruits et de racines, à l’instar des adultes humanoïdes. Leur appétit grandira jusqu’à ce qu’ils puissent consommer quotidiennement l’équivalent d’une petite vache en nourriture. À leur naissance, ces créatures ont l’intelligence d’un humain de 3 ans. L’enseignement est donc essentiel, et ce, depuis leurs premières minutes au monde. Fondamentalement bons, les nouveau-nés couatls sont très confiants ; ils écouteront leurs soigneurs et suivront, presque trop, leurs instructions. Il leur faut plus de deux décennies pour parvenir à l’âge adulte, le contact avec d’autres adultes leur sera profitable et devrait si possible être encouragé. Ces derniers peuvent enseigner aux adolescents des compétences essentielles pour changer de plan, se téléporter et voler, ce qu’un soigneur n’est pas toujours capable de faire. Les adultes comprennent le lien unissant un petit à celui qui s’en occupe et à moins qu’ils ne remarquent des signes de maltraitance, ils n’essaieront pas de séparer l’adolescent de son parent de substitution. Ben Woerner Naturellement doués de télépathie et capables de se téléporter entre les plans, les couatls ont des pouvoirs magiques considérables, et ils sont associés à des phénomènes météorologiques comme les ouragans et les arcs-en-ciel. Sages et puissants, on les vénère souvent comme des dieux et on sait même qu’ils servent les dieux en personne. L’envergure des adultes atteint près de 11 mètres. Ils parcourent de longues distances et forment d’immenses réseaux avec d’autres créatures intelligentes et puissantes, comme d’autres familles de couatls, les phénix et même les dragons d’alignement Bon. Ils se considèrent comme des coordinateurs et des guides, tissant souvent des relations bénéfiques avec les tribus et les villes de leur terre natale, en général les forêts chaudes ou tropicales et les hautes montagnes brumeuses. Quand ils atteignent l’âge adulte, les couatls célibataires arrivent des quatre coins du monde et se rassemblent pour trouver un partenaire. Ils choisissent des lieux où soufflent des courants ascendants d’air chaud, et accomplissent une danse aérienne complexe et unique. Si celle d’un couatl plaît à un autre, ils mêleront leurs ellipses puis s’en iront partager un moment d’intimité. Les couples resteront ensemble pendant vingt ans puis choisiront un nouveau partenaire. Ils garderont pourtant le contact avec leurs anciens compagnons et leurs précédentes couvées afin d’entretenir leurs réseaux. La femelle pond trois œufs dans un nid construit par son mâle avec des plumes, des fourrures et des offrandes faites par les gens que le couple a aidés au cours de leurs voyages. Il est arrivé que des couatls emmènent avec eux des serviteurs dévoués, issus de civilisations avec lesquelles ils sont en contact, pour les aider à prendre soin de leurs nouveau-nés. Soins aux œufs Les œufs de couatl mesurent environ 40 cm dans leur plus grande longueur et ont une coquille d’un beau vert jade sombre. Cette dernière prend un reflet arc-en-ciel au fur et à mesure que le poussin se développe à l’intérieur, jusqu’à ce que le vert original ne soit plus qu’une couleur parmi les autres. Il est alors temps pour le petit de pointer le bout de son bec. Les œufs doivent être maintenus au chaud en permanence, sinon ils cesseront de se développer. Les plumes de couatl sont très prisées par les collectionneurs et certaines cultures pour leur taille, leur résistance et leurs couleurs vives. Elles repoussent heureusement souvent et des relations commerciales régulières s’établissent inévitablement entre les communautés de couatl et les collectionneurs, qui recherchent leur spectaculaire plumage. Difficulté de dressage ÉPINEUX Intelligence SUPÉRIEURE C


42  CRIARD,BOUTON Les boutons de criards sont très sensibles au mouvement, et je vous encourage donc à les bouger le moins possible une fois qu’ils sont installés. Il est tentant de les placer dans un contenant muni d’un couvercle et de les emmener au marché (ou bien là où vous avez l’intention de les utiliser), mais le simple fait de les déplacer peut les endommager. Il vaut mieux les faire pousser au plus près de leur destination finale, et je vous déconseille (logiquement) de les cultiver dans des zones de tremblement de terre, sur des bateaux ou dans des endroits où vous pourriez vous attendre à des explosions. De même, il est important que leur environnement soit le plus silencieux possible. Les bruits légers comme le bourdonnement d’une mouche ou l’eau qui goutte ne les dérangeront pas, mais ne pensez même pas à les faire pousser dans les parages d’aventuriers tapageurs ou d’animaux bruyants. Une dernière chose, sans doute la plus importante : laissez vos boutons dans l’obscurité. De courtes périodes de faible luminosité sont acceptables, comme ouvrir le couvercle et vérifier que tout va bien avec une bougie. Trop de lumière et ils se dessécheront en quelques minutes. Si vous les exposez directement à la lumière des torches, ils grogneront. Une exposition prolongée risque d’être fatale, et la lumière du soleil les tuera instantanément. Cela peut paraître affreusement compliqué, mais il est facile de dire si ça marche. Tendez simplement l’oreille. Si vous entendez vos boutons crier régulièrement, vous avez raté quelque chose. Dressage Vous n’entraînez pas vraiment vos criards, vous les préparez simplement pour un usage futur. Leur talent sonore en fait d’excellentes alarmes et de bons moyens de dissuasion si vous voulez éviter qu’on pille vos trésors ou vos artefacts. Les créatures assez discrètes pour tromper vos boutons sont rares, et une forte colonie peut désorienter, voire neutraliser, un voleur en quelques secondes grâce à ses cris perçants. Le problème se pose quand vous souhaitez protéger un lieu qui n’est pas naturellement sombre, humide et silencieux, alors que c’est précisément le milieu dont les criards ont besoin. Une colonie peut au fil du temps s’adapter à de petites expositions permanentes à la lumière et au bruit, et vous pourriez essayer de les cultiver dans des environnements un peu plus hostiles. Sachez cependant que ces conditions diminueront leur intensité sonore et que vous devrez les surveiller de près. Jacob Wood Les criards sont des moisissures capables d’émettre un hurlement strident intense (et odieux) si on les dérange. Pour vous faire une idée de la chose, imaginez que vous êtes dans une caverne où il y a de l’écho et que 100 bouilloires à thé se mettent à siffler en même temps. Si ce seul exercice mental ne vous donne pas la migraine, vous faites sans doute un bon candidat pour cultiver cette espèce. Ils figurent parmi les moisissures les moins comprises parce que, pour parler franchement, personne n’a envie de s’en approcher. Quand ils meurent, il ne reste d’eux qu’une coquille vide et cassante en quelques minutes. La seule manière de les étudier, c’est quand ils sont vivants, de près et avec des bouchons de cire dans les oreilles. Le cri des boutons n’est pas aussi intense que celui des adultes et les recherches sont pour la plupart menées sur des colonies de minuscules champignons qui n’ont pas encore fini de grandir. Nous savons qu’ils ont un développement relativement lent comparé à celui des autres champignons. Certains atteignent leur taille adulte en à peine quelques heures, alors qu’il faut une semaine aux boutons de criard. Je suppose que c’est parce qu’ils ont besoin de temps pour développer le moyen (jusqu’à présent inconnu) de créer leur signature sonore. Soins quotidiens Ce sont des champignons qui, en tant que tels, poussent le mieux dans les endroits frais et humides. Ils tirent leurs nutriments des matières organiques dans le sol, mais il ne leur en faut pas beaucoup pour grandir. Ces champignons ont également besoin d’évoluer dans un environnement calme et tranquille, car ils répondent à la lumière, au son et au mouvement. Je pense qu’il s’agit d’un mécanisme de défense afin de repousser les créatures qui risquent de les piétiner et de les manger. En tout cas, il repousse tout le reste. Si vous les cultivez, vous devez vous assurer qu’ils seront dérangés le moins possible. J’ai découvert que la technique la plus efficace consiste à pulvériser les spores de criards sur des sols glaiseux, puis de couvrir l’endroit d’une boîte solide et de laisser faire la nature. Certains cultivateurs prétendent que rien ne vaut un arrosage régulier à base de peau de troll en poudre, ou d’autres matières exotiques, mais je trouve qu’ils poussent plus vite et crient plus fort si on n’y fait pas trop attention. Difficulté de dressage ÉPINEUX Intelligence INSTINCTIVE On peut consommer les boutons de criards seulement s’ils sont crus et mangés quelques minutes seulement après avoir été récoltés. Pour la plupart des humanoïdes, ils n’en valent pas la peine, mais pour les orques, c’est un mets délicat qu’ils cultivent parfois dans des cavernes transformées en jardin. Cueillis frais, ils sont servis en apéritif lors d’occasions particulières ou pour des festins. Si jamais vous êtes invités par des orques, souvenez-vous qu’il vaut mieux ne pas les mâcher... cela ne fait que prolonger ce cri perçant. C


44  CUBE GÉLATINEUX,BÉBÉ Le cube gélatineux est le genre de créature qui provoque de vifs débats parmi les sorciers et les philosophes sur la nature de la vie. Ils mangent, croissent et se déplacent vers leur nourriture, mais sont-ils réellement vivants ? Ces gros tas de gelée translucide ne semblent posséder que les instincts les plus primaires. Une chose est cependant certaine : le cube gélatineux est un vorace. Un individu moyen engloutira environ 25 kg de nourriture par jour et s’il en manque, il se ratatinera lentement et finira par se dessécher et mourir. La plupart se stabilisent autour des 3 mètres, mais on a vu des cubes bien nourris atteindre deux fois cette taille. Soins quotidiens Pour un soigneur expérimenté, ramasser un bébé cube ne pose pas de problème. Il suffit de trouver un gros cube et d’y tailler un morceau d’au moins 3 cm³ à l’aide d’un matériau non réactif. J’ai remarqué que ma lame plaquée de platine fonctionnait bien, et l’une de mes relations, qui se consacre à l’étude de ces créatures, possède une panoplie de couteaux de récolte qu’elle a spécialement commandée pour cette tâche. Une fois votre bout de gélatine ramassé, et en supposant que vous puissiez repousser le donneur, déposez le bébé cube dans un coffre carré tapissé de matière organique. J’utilise en ce qui me concerne du bœuf haché et je le laisse reposer pendant quelques jours. La créature soignera naturellement la blessure de l’amputation au cours de ce laps de temps, et en ressortira prête à pousser. Dans leur environnement naturel, les bébés cubes parcourent les donjons et les tunnels, et les pièges tendus pour des aventuriers malchanceux sont assez nombreux pour maintenir la population d’individus. J’ai vu de mes yeux une de ces créatures entrer dans un couloir hérissé de lames de faux et traverser imperturbablement, et 27 bébés cubes en ressortir. Vous seriez bien inspiré de garder votre bébé cube dans un enclos en dur, avec plein d’endroits humides à souhait pour entretenir une gelée saine. À l’instar des escargots, ils utilisent leurs réserves internes de liquide pour glisser sans effort sur le sol, mais à cause de la composition hautement acide de cette « bave », la trace qu’ils laissent s’évapore au bout de quelques heures à peine. Si vous ne disposez pas d’un enclos de pierre fermé, un distillat de cette substance gluante et corrosive peut vous servir à cantonner l’une de ces créatures dans un endroit précis. Les cubes gélatineux immatures ne glisseront jamais sur la trace laissée par un adulte sauf s’il s’agit de leur « parent », auquel cas ils la suivront naturellement. Si vous avez plusieurs bébés cubes, assurez-vous de donner à chacun un endroit humide et plein de nourriture pour se reposer. Ils s’absorberont les uns les autres s’ils sont obligés d’entrer en compétition. Les éleveurs ont pour habitude de pulvériser de la poussière minérale colorée à l’intérieur de leurs protégés. Ils sont ainsi bien plus faciles à repérer, ce qui évite à leur propriétaire de se retrouver accidentellement paralysé et boulotté par leur animal familier. Il est également plus aisé de les distinguer si l’on a attribué une couleur distincte à chaque cube. Entraînement En ce qui les concerne, on ne parle pas tant de dressage que de direction. Le mouvement les attire, mais ils peuvent mieux percevoir les vibrations quand ils sont dans un tunnel ou un tube. Les bébés cubes sont aussi capables de sentir les odeurs à une distance surprenante, et ils trouveront rapidement la nourriture laissée dans leur antre. Si on les nourrit suffisamment, ces créatures ont tendance à grossir jusqu’à remplir tout leur contenant. Elles deviennent pour la plupart aussi grosses que les couloirs qu’elles parcourent. Mais des soigneurs imaginatifs sont célèbres pour garder des « cubes » dans des récipients aux formes étranges, qui font d’eux des sphères, des hexagones et même des étoiles de gélatine. Certains cubistes ont choisi de garder leurs cubes dans des zones en partie immergées, où ils absorbent de grandes quantités d’eau et deviennent plus fluides. On peut les entraîner à rester dans des endroits aquatiques, comme des puits ou des fontaines, et à prendre l’aspect d’une eau normale. Jusqu’à ce qu’une créature décide d’y boire et que les capacités paralysantes de la substance ne les expédient tête la première se faire bien entendu digérer. Jesse Butler Un village pensait avoir eu une idée brillante en gardant un cube gélatineux dans une fosse, afin de se débarrasser de leurs ordures. Chaque soir, les habitants y jetaient leurs rebuts afin qu’elles disparaissent proprement et sans odeurs. Cela a bien fonctionné, jusqu’à ce que le cube soit assez gros pour s’échapper une nuit. Le matin suivant, lui et la moitié des villageois avaient disparu. Difficulté de dressage ÉPINEUX Intelligence INSTINCTIVE J ’ai été témoin d’une autre démonstration de vanité chez une duchesse, qui avait un bébé cube comme animal de compagnie. Elle l’avait fait enfermer dans une cage de fils de platine attachée à une chaîne, et elle y faisait tomber des gemmes scintillantes. Il était ainsi devenu un étourdissant cube de richesses ostentatoires capable de grignoter les doigts de tous ceux qui voudraient voler ses bijoux. C


46  DESTRIER NOIR,POULAIN Dressage Cette créature est par instinct un prédateur démoniaque qui envahit les rêves et se nourrit de la terreur, et c’est un immense défi quand on choisit de s’occuper d’un poulain de destrier noir. Ne prenez pas cette tâche à la légère et soyez prêt à l’abattre s’il résiste au dressage, ou à accepter la mort et la destruction qu’il provoquera. Cela dit, même ces créatures des Enfers répondront à un mot gentil et au renforcement positif. Si vous le capturez ou que vous le trouvez très jeune, quand il est encore végétarien, vous pourrez en faire votre compagnon et votre monture. Faites la transition dans son régime alimentaire carnivore en lui donnant de grandes quantités de poissons et de volaille ; vous éviterez ainsi qu’il ne satisfasse en premier lieu sa faim avec la chair des mammifères. Si vous êtes suffisamment confiant dans votre santé mentale, vous pouvez dormir près de son écurie et lui permettre de plonger dans vos rêves. Il vous y trouvera en train de l’attendre avec la douceur et la patience dont vous faites preuve quand vous êtes éveillé. Ces créatures prennent peu à peu conscience de leur capacité à influencer les rêves et si les destriers noirs sauvages se délectent de la peur qu’ils provoquent, ceux qui ont été apprivoisés peuvent apprendre à s’y déplacer avec prudence, et à ne laisser dans un esprit qu’une impression de malaise et de trouble. On ne connaît aucune manière d’empêcher complètement leur pouvoir naturel de peur de se manifester, et c’est la raison pour laquelle ils sont si souvent employés pour miner le moral ennemi. Ils sont assez intelligents pour s’apaiser s’ils sont persuadés d’infliger des cauchemars aux « méchants », et on peut leur enseigner un sens de la justice simple. Sarah Richardson Les destriers noirs prospèrent sur leur plan infernal natal, mais ils sont tout à fait capables de survivre dans n’importe quel autre plan qui n’est pas aquatique. Ils préfèrent les litières d’herbe sèche, et semblent beaucoup s’amuser de la panique des soigneurs quand ils se couchent dans la litière en question et qu’elle prend feu. Leurs sabots antérieurs sont très recherchés au marché noir ; les gants qu’on fabrique avec permettent de déclencher des cauchemars dans l’esprit de quelqu’un si son sang a été répandu sur les griffes. Difficulté de dressage COMPLEXE Intelligence INTELLIGENTE Les destrier noirs sont des équidés intelligents, dotés d’une épaisse robe noire, de sabots luisants étincelant comme du silex quand ils marchent, et d’une crinière et d’une queue de flammes noires. Leurs sabots antérieurs se terminent par des sortes de serres, et ils ont de longs crocs canins proéminents. De leurs naseaux s’échappe une fumée plus ou moins épaisse selon de la force de leurs émotions, et on sait qu’ils dégagent une chaleur remarquable si on les touche. Ils vivent en petits groupes familiaux dans les plaines des Enfers. Au fil du cycle des saisons qui régit les neuf strates du plan (même si elles ne changent que tous les trois ans), les vastes étendues s’assèchent et prennent une chaude couleur orange. Les étalons commencent alors à courtiser les juments, traçant au sol des motifs complexes et des sentiers de flammes pour leur plus grand plaisir. Une fois que les partenaires se sont choisis et que l’accouplement a eu lieu à la manière équine, les juments se consacrent à la gestation et les mâles à les nourrir et à les protéger. Au bout de trois mois, la femelle pond un petit œuf unique recouvert d’une couche de cendres étincelantes. L’étalon creuse alors un trou pour y placer l’œuf, qui se met à rayonner d’une chaleur proche de celle de la lave. Ses parents partent chacun à tour de rôle en quête de nourriture, se protègent mutuellement et prennent soin de leur future progéniture. Au bout de six mois, l’œuf éclot et un poulain en sort. Il se nourrit du lait bouillant de sa mère et de l’herbe régurgitée par son père, et est capable de marcher peu de temps après sa naissance. Sa robe est de la même couleur orange que l’herbe des plaines infernales, et il se roulera en boule dans un creux pendant que ses parents partent chasser, se confondant ainsi parfaitement avec le sol. Soins quotidiens Si les poulains sont végétariens, la plupart des adultes se nourrissent principalement de la chair des petits démons que l’on trouve dans les plaines infernales et qui habitent des sortes de garennes très semblables à celles des lapins. Leur moelle constitue un mets de choix et peut être utilisée comme récompense en petites quantités. Les destriers noirs se servent de leurs antérieurs griffus pour déterrer leurs proies ; enterrer des diablotins pour qu’ils les trouvent fera une bonne activité ludique. Si en plus vous leur lancez un quasit et leur grattez vigoureusement le ventre un bon moment, ils ne vous en aimeront que plus. Ils se nettoient à l’aide de leur langue rugueuse comme du papier de verre, et ce léchage ne constitue un signe d’affection que dans les groupes familiaux. Les destriers noirs se montrent peu amicaux avec les membres de leur espèce et plusieurs saisons sont parfois nécessaires pour qu’un couple se forme. Ils sont violents et agressifs envers les humains et se moquent ouvertement des autres créatures à quatre pattes. D


48  DJINAYNI Dressage Étant donné tous les pouvoirs qu’un génie possède quand il est dans le monde mortel, contrôler ne serait-ce qu’un jeune djinyani se révélera être une expérience unique et un immense défi. Les nouveau-nés ne sont qu’en partie tangibles et ils ont dès la naissance des accès soudains d’invisibilité et de lévitation spontanées. Quand il se sent mal à l’aise, le bébé peut se transformer en fumée et s’éloigner de ce qui le dérange, puis se matérialiser quelques mètres plus loin. À deux ans, les djinyani commencent à développer leurs pouvoirs de changement de plan, et à imiter à la perfection les créatures qui les entourent, comme les animaux familiers et le bétail. Quand il fait un caprice, le petit se transforme en tourbillon de poussière et fait voler dans tous les coins des objets de la taille d’une jarre en pierre. Cet effet de tourbillon devient avec l’âge de plus en plus puissant. Dans le même temps, il améliore son contrôle du vol stationnaire. Tous ces pouvoirs sont instinctifs et il apprendra à les maîtriser en s’exerçant, jusqu’à ce que son malheureux soigneur ait à faire à un enfant espiègle qui peut à volonté : devenir intangible ou invisible, voler, se métamorphoser, et se transformer en un nuage de fumée ou une petite tornade. Une simple partie de cache-cache tourne vite à l’aventure. À dix ans, le petit apprend à passer par le monde mortel et à voyager entre les dimensions. Un soigneur qui ne serait pas djinn lui-même ne peut alors plus faire grand-chose ; il perdra sans doute son petit pour de bon quand celui-ci réalisera qu’il n’a aucune raison de revenir. La solution évidente à ce casse-tête consiste à maîtriser les sorts qui vous permettront de créer une bouteille de génie, fabriquée à partir des fragments de coquille de votre œuf. Cela facilitera son éducation, mais ce faisant, vous acceptez l’idée d’être un esclavagiste et non un soigneur. Vous seul décidez qu’il s’agit bien du chemin que vous souhaitez emprunter. Joel Sparks Une légende raconte qu’un djinn captif avait reçu l’ordre de voler un nouvel œuf dans son monde natal, afin que sa maîtresse puisse créer d’autres bouteilles et avoir plus d’esclaves. Contraint d’obéir, il se rendit discrètement dans le palais du Shah des djinns et déroba le tout nouvel œuf du souverain. Le roi rassembla toute sa puissance et toutes ses forces afin de récupérer son héritier, et abattit sur l’ambitieuse sorcière le destin de feu et de cendres qu’elle méritait – ainsi que l’avait prévu le génie asservi. Les djinns, ou « génies », vivent dans un royaume magique infini d’air et de feu parsemé d’îles faites de métaux précieux et de gemmes, et c’est uniquement dans ce lieu que sont forgés les nouveaux génies. Les djinns ont très rarement des enfants et ils chérissent immensément leur progéniture. Un jeune djinn est souvent appelé « djinayni », ou petit génie. Lors de certains alignements cosmiques, les couples de djinns adultes partent instinctivement en quête d’éléments rares partout dans leur monde natal, les harmonisent puis les fusionnent. Forgés dans l’amour et bénis par le feu, ces ingrédients s’unissent en un œuf parfait pouvant mesurer jusqu’à 60 cm de long. Sa surface gravée uniques représentent les âmes combinées des parents et de la nouvelle vie qui est en train de naître de leur union. Au bout de trois semaines à peine d’incubation, l’œuf éclot dans un nuage de fumée scintillante. Celui-ci se concentre sur l’instant et forme un djinayni de la taille d’un grand bébé humain. Il se développera comme un humain et atteindra sa maturité physique à 15 ans. Les bouteilles Des légendes antiques décrivent la guerre ayant opposé l’humanité à un groupe de djinns qui avait envahi le monde mortel. Ils furent vaincus par le grand chef humain Assad ibn Saeed qui, souhaitant leur ôter toute future envie de conquête, leur a arraché les connaissances qu’ils détenaient sur l’asservissement et le contrôle des djinns. Ce savoir peut toujours servir à conjurer, capturer et réduire ces créatures en esclavage. Pour emprisonner un djinn, vous avez besoin d’un contenant scellé par une puissante rune. Ces derniers, souvent appelés « bouteilles à génie » ne peuvent être fabriqués qu’à partir de la coquille d’un œuf de djinyani. Par conséquent, tous les génies éprouveront de la peur et de la haine si vous parvenez à obtenir ne serait-ce qu’un fragment de ce matériau. Soins aux œufs Si vous entrez en possession d’un djinyani encore dans son œuf, vous devez le maintenir à une température aussi élevée que celle de son plan natal, et le placer dans un nid recouvert de drap d’or, de soie et de toutes sortes de matières précieuses du même genre. On sait d’expérience que les œufs conservés dans des étoffes de qualité inférieure n’éclosent pas, mais on ignore comment le djinyani à naître le sait. Il est encore plus vital que vous et votre œuf restiez bien cachés, car si jamais un djinn apprenait que vous déteniez un de leurs futurs petits, il ne reculera devant rien pour le récupérer. Et si vous tenez à savoir comment vous pourriez vous cacher d’une créature qui peut traverser sur un coup de tête les plans d’existence... Ne comptez pas sur moi pour vous aider. Difficulté de dressage COMPLEXE Intelligence CIVILISÉE D


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