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Mag rock pop metal indus avec KULA SHAKER, IGGY POP, FILTER, SUNN O))), EXSONVALDES, PSYKUP, BEN HARPER, ABYSSE, L’ESPRIT DU CLAN, WHY MUD, ULAN BATOR, THE OCEAN, NO ONE IS INNOCENT, LE BAL DES ENRAGÉS, DANKO JONES, BLACK BOMB Ä, FRED ALERA, BIRTH OF JOY, FLYING DONUTS, KICKING RECORDS, KLONE & ANNEKE, PORN....

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Published by team W-Fenec, 2016-06-06 10:14:13

W-Fenec Mag #23

Mag rock pop metal indus avec KULA SHAKER, IGGY POP, FILTER, SUNN O))), EXSONVALDES, PSYKUP, BEN HARPER, ABYSSE, L’ESPRIT DU CLAN, WHY MUD, ULAN BATOR, THE OCEAN, NO ONE IS INNOCENT, LE BAL DES ENRAGÉS, DANKO JONES, BLACK BOMB Ä, FRED ALERA, BIRTH OF JOY, FLYING DONUTS, KICKING RECORDS, KLONE & ANNEKE, PORN....

Keywords: KULA SHAKER, IGGY POP, FILTER, SUNN O))), EXSONVALDES, PSYKUP, BEN HARPER, ABYSSE, L’ESPRIT DU CLAN, WHY MUD, ULAN BATOR, THE OCEAN, NO ONE IS INNOCENT, LE BAL DES ENRAGÉS, DANKO JONES, BLACK BOMB Ä, FRED ALERA, BIRTH OF JOY, FLYING DONUTS, KICKING RECORDS, KLONE & ANNEKE, PORN

Avez-vous écrit le titre pour le split Alors l’écriture du titre de The Rien ! Ils sont très humbles et su- INTERVIEW
ou c’est uniquement un choix par- Ocean a été influencé par le film per sympas, on ne peut vraiment
mi des titres inédits ? «Into the void» de Gaspard Noe, il dire que des trucs positifs à leur
Ce titre a été écrit avec d’autres y a d’autres réalisateurs, d’autres sujet !
morceaux durant l’été 2014. Les films qui vous inspirent ?
autres titres seront sur le prochain «Pelagial» s’inspire du film Stalker Est-ce que vous pensez que le
album. On voulait un morceau d’Andrey Tarkowsky. On est fan public a apprécié autant les deux
assez long et épique pour ce split de Tarkowsky, David Lynch, Gas- groupes ?
histoire de montrer où en était le pard Noe, Almodovar, Innaritu ou On dirait bien... Chaque groupe a
groupe et tous ses membres en Julio Medem pour n’en citer que ramené des fans, mais chacun
2015. quelques uns... des groupes a suscité de bonnes
réactions du public et a vendu pas
C’est la tournée commune qui a Cette collaboration vous donne-t- mal de merch’. Je pense que ce
amené le split ou c’est l’envie de elle des idées pour la suite ? Après mélange de styles musicaux s’est
partager un split qui a amené une tout, The Ocean est un collectif... retrouvé dans le public parce qu’il
tournée commune ? alors pourquoi pas un titre en y avait des gens assez différents.
Il y a d’abord eu l’idée de la tournée, commun ? Mais tous avaient en commun leur
ensuite on a demandé à Mono si ça Pour le moment, rien n’est prévu passion pour la musique et c’était
les branchait de faire un split et ils mais qui sait... vraiment agréable à voir.
étaient partants...
Quelles images avez-vous du Ja- On peut avoir des infos sur votre
Pourquoi Solstafir n’est pas sur le pon ? prochain album ?
split ? On n’est jamais allé au Japon mais On bosse dessus en ce moment,
On a essayé, ils étaient intéressés c’est un pays fascinant, on adore- il y a de nouveaux titres en chan-
mais malheureseument ça n’a pas rait y aller en touriste ou mieux y tier, une partie est déjà écrite, une
pu se faire. En plus, départager les jouer avec le groupe. autre est prête depuis quelques
deux faces d’un disque avec trois mois... On va certainement enre-
groupes, ça aurait un peu compli- Vous connaissez d’autres groupes gistrer cet été ou à l’automne pour
qué... japonais ? une sortie au début de 2017.
On est surtout fan d’Envy et Zeni
Comment s’est fait le choix de Geva. Merci à The Ocean ainsi qu’à la
l’artwork ? team Klonosphère emmenée par
On a toujours voulu travailler avec Vous avez partagé une tournée à Guillaume.
Florian Bertmer, on adore son travers l’Europe ensemble, quel
travail. Il était très content de le est votre meilleur souvenir ? Oli
faire, on lui a juste donné le sujet, On a fait une tournée absolument Photos : © D.R.
le thème qu’ont en commun nos géniale avec de grosses dates sold
deux morceaux. Le titre de Mono out. C’était un super plateau avec
s’appelle «Death in reverse», le un public assez large mais dingue
nôtre «The quiet observer» avec de musique. On ne peut pas comp-
des paroles inspirées par le film ter les bons souvenirs, il y en a trop
de Gaspard Noé Enter the void, il sur cette tournée, on est vraiment
y a cette idée que l’âme des morts contents d’avoir pu vivre ces mo-
traîne toujours autour des vivant ments. Je pense qu’on a beaucoup
durant les 30 jours qui suivent la appris sur chacun de nous aussi
mort, comme un «observateur bien comme musicien que comme
tranquille»’ (quiet observer). Bref, personne.
les deux morceaux étant liés par
cette idée, on a laissé Florian Bert- Qu’est-ce que vous n’aimez pas
mer travailler dessus. chez Mono ?

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LES DVDs DU MOMENT NO ONE IS INNOCENT

Barricades live (Verycords)

13 mai, 6 mois après le 13 novembre, «Drones», «Silencio», «Barri- «Djihad propaganda») avec d’autres
No One Is Innocent offre un double cades», «Kids are on the run», les plus ou moins anciens («Revolu-
CD et DVD intitulé Barricades live quatre premiers titres sont issus tion.com», «Johnny Rotten» auquel
histoire de montrer qu’ils montent de Propaganda, le meilleur révéla- Shanka enchaîne un solo, «Gazo-
toujours au front, qu’ils tiendront teur d’un album, c’est le live, avec line», «Chile»...). Un concert de No
coûte que coûte sur cette putain ce début de show brûlant, No One One Is Innocent répond invariable-
de barricade qu’il faut ériger contre confirme ce qu’on pensait de ce ment à quelques exigences comme
la haine, l’intolérance et la connerie nouvel opus, ils sont bel et bien de celles de faire monter un peu de
humaine, une barricade synonyme retour pour mettre le feu... Rouge, public (sur «Drugs») ou de jouer
d’amour, de joie, de partage, un orange, blanche, les lumières sont «La peau», ici pas question de clore
ultime rempart face à la terreur qui dans cet esprit de braise et quand le spectacle avec leur tube alors ils
renverse le sang chez nous comme claque le bleu pour jouer aux ombres l’envoient dans le rappel après un
partout dans le monde. Un DVD enre- chinoises, l’effet est assez réussi. très beau «Djihad propaganda» et
gistré à Paris, à La Cigale, celle qui Sur «Kids are on the run», le premier les remerciements au crew, le public
chante tout l’été, le 30 novembre, à invité de la soirée arrive avec sa gui- est aux anges, nous aussi, et l’état
peine deux semaines après l’inima- tare, c’est Nikko (Dolly, Manu mais de grâce se poursuit (avec «Gaso-
ginable, à un moment où nombreux aussi Eiffel) qui répond à Shanka line» où la batterie est assurée par
étaient encore muets face à l’hor- à coup de notes bien envoyées. A Yann et mon «Chile» adoré) jusqu’à
reur mais comme l’annonce Shanka peine le temps d’applaudir que le une redescente brutale sur Terre et
dés le début du concert, sa guitare sample de «Nomenklatura» rem- la réalité, celle des attentats et du
est plus forte que toutes les armes, plit l’atmopshère, des samples as- soutien qu’il faut apporter à Charlie
c’est devenu un symbole de liberté sez peu présents dans l’ensemble et aux victimes, ce sont des survi-
et plutôt que le silence, Paris va faire (tant pis pour les fans, comme moi vants, des combattants de la liberté,
du bruit. d’Utopia) mais qui font toujours leur des hommes et des femmes coura-
petit effet, le public trépignant en geux qui prennent alors le micro
témoigne... Fred est venu lui aussi, pour un autre texte émouvant avant
l’ex-Hertz and Silence (mais aussi que la sueur et les riffs viennent
Treponem Pal, Demians, Ina-Ich...) encore inonder la salle parisienne
est un peu à la maison étant donné qui peut également applaudir Niko
qu’il a plusieurs fois «dépanné» les chanteur des Tagada Jones et Fred
No One, ses gros riffs, il les connaît (ex-Watcha, Mass Hysteria mais
donc par coeur... Les caméras sont aussi leur producteur). Face à eux,
partous, l’image est ultra léchée, faut faire front. Charlie parle-moi en-
le son est propre et puissant, le core. Restons unis sur la barricade.
montage est dynamique sans pour En bonus, tu as donc les deux CDs
autant donner le mal de mer, côté du live, les clips de «Silencio» (ce-
technique, c’est du très haut niveau lui capté en studio) et «Charlie»
mais c’est devenu la norme donc on (magnifique animation qui com-
ne s’en étonnera pas... Pas plus que pile les meilleures caricatures qui
l’excellent amalgame des titres les défendent la liberté d’expression)
plus récents («Putain si ça revient», et l’incontournable documentaire.
«Holy fire», «Massoud», «20 ans», «Dans la peau de Propaganda»

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LES DVDs DU MOMENT

revient sur la conception du dernier album en 25 mi- avec AC/DC, la soirée du 13 novembre, le concert de
nutes avec les principaux intéressés et des images La Cigale...
captées un peu partout. De l’intégration de Popy au fi- Tu l’as compris, ce Barricades live est indispensable.
gnolage du DVD, on découvre l’écriture des textes avec
Manu, l’élaboration et la progression dans les démos, Oli
le studio (et sa dose de travail !), le Stade de France Photo : © http://www.nooneisinnocent.net

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LES DVDs DU MOMENT LE BAL DES ENRAGÉS

TriptyK live (At(h)ome)

toire largement remanié qui nous attend avec des hits
planétaires de tous âges (mais essentiellement entre
les années 70 et 90’s) et des morceaux moins connus
(«Bop pap labidoup» des Collabos).

On ne présente plus Le Bal Des Enragés qui est devenu Pour saliver, tu peux jeter un oeil à la track-list avec
une institution dont le seul nom rameute les foules (en comme gros morceaux au menu le «Smells like teen
témoigne leur tournée de printemps qui affiche «sold spirit» de Nirvana, le «Sabotage» des Beastie Boys,
out» soir après soir). Collectif n’ayant d’existence qu’à le combo de référence «Paranoid» (Black Sabbath) /
travers le live, il n’est pas forcément évident pour eux «Rock and roll» (Led Zeppelin, un petit pot-pourri d’AC/
d’accompagner leurs concerts d’une simple sortie DC (ils cherchent pas un chanteur eux ? On ne leur pré-
d’album, non, ils font toujours les choses en grand... senterait pas Poun de Black Bomb A ?) ou le sublime
Après un DVD, voilà un triptyque dont la première par- «Heroes» de David Bowie. Dans la tonalité générale du
tie est dispo depuis mi-avril, ce TriptyK live sera suivi disque, on est plus punk hardcore que métal indus avec
d’un TriptyK live 2 et d’un TriptyK DVD live qui sortiront des réinterprétations de standards de Sick Of It All ou
à l’automne après avoir retourné les festivals et les Comeback Kid. La valse des zicos, des chanteurs n’en-
clubs depuis Paris à Chez Narcisse en passant par le tame en rien la générosité de l’ensemble et l’impres-
HellFest ou Dour. sion de vivre le concert à vitesse grand V (les temps
morts n’étaient pas invités), dommage que le mixage
de l’ensemble sonne un peu «sec», ça manque un peu
de rondeur et de production. Ok, c’est pour respecter
le style «live» mais voilà, on est tellement habitués
à un certain confort d’écoute dans le son que quand
ça claque un peu roots, on fait la fine bouche. Jamais
content, je me plains tout le temps. Tiens, pourquoi pas
reprendre du Marcel et Son Orchestre ou des trucs vrai-
ment décalés dans les prochains sets ? Je suis sûr que
Roch Voisine ou Dany Brillant feraient des cartons et je
suis presque certain que Vx ou Stéph’ connaissent les
paroles par coeur... A bientôt les gars !

En 2016, c’est avec une quarantaine de covers que Le Oli
Bal Des Enragés se promène, c’est sur ses premières
dates (Cluses, Lyon, Le Val-d’Ajol) qu’ont été captés la
sélection de morceaux qui composent ce premier volet
et si quelques uns sont devenus des classiques (les
inédits jusque là «Nice boys» de Rose Tattoo et l’in-
troductif «If the kids are united» de Sham 69 avec un
prélude de concert qui passe mieux en live ou en DVD
ou les déjà bien connus «Killing in the name» de Rage
Against The Machine ou le «Cayenne» des Parabellum
qui n’aura plus jamais le même goût), c’est un réper-

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DANKO JONES LES DVDs DU MOMENT

Live at Wacken (UDR Music)

bras sous le cagnard et cent vingt sept autres qui se
branlent un peu de ce qui se passe. Voilà pour mes ré-
serves. Car pour le reste, on est presque tout bon.

Ah, le sacré Danko ! A l’heure où est publié son premier La set list est impeccable, ça pioche dans toute la dis-
DVD live sobrement intitulé Live at Wacken, je me suis cographie du power trio avec une prédilection pour les
remémoré la réponse à une question que je lui ai posé dernières prods où Danko s’essaie au chant moins mo-
dans une interview réalisée pour le zine aux grandes nocorde. C’est son choix. Mais qu’il interprète n’importe
oreilles l’an passé concernant la publication d’un album quel titre, ça fonctionne. Et pourquoi donc ? Car la base
live via la plateforme Spotify : « Nous avons toujours dit musicale est toujours identique (à savoir le rock), que
que nous ne sortirions pas d’album live et en le sortant le basse batterie est imperturbable (même si le bas-
au format numérique, je pense qu’on ne l’a pas vrai- siste tente d’haranguer la foule tout au long du show)
ment sorti. On ne peut pas posséder cet album, on peut et puis et surtout, que Danko a ce putain de charisme
seulement l’écouter en streaming. De cette manière, qui le rend si respectable. Sinon, Danko est bavard
j’ai pu tenir cette promesse ». Comme le dit le dicton, il (comme à son habitude), les légers plantages n’ont
n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. pas été censurés, ça ne chante pas toujours juste, et
le groupe arrive à se mettre le public dans sa poche en
Donc, voilà, sans connaître tous les tenants et aboutis- un rien de temps. Et le reste n’est que rock et roll. En
sants de son deal avec UDR music (qui a un lien parti- gros, plus d’une heure de bon son. Sans artifice et autre
culier avec le Wacken Festival), Danko Jones a profité subterfuge.
d’une captation live devant des milliers de festivaliers
pour éditer un live audio et vidéo (nous n’avons reçu Un DVD d’un concert en plein jour ayant un intérêt limi-
que la version vidéo qui est évoquée dans cette ar- té, c’est du côté des bonus que le groupe gagne la mise.
ticle). Véritable rouleau compresseur en concert, cette Enfin, le groupe... pas vraiment. Plutôt Danko Jones
vidéo étant attendue par les nombreux fans du trio ca- himself. Les bonus lui sont intégralement consacrés :
nadien. Pour ma part, j’aurais pensé que Danko aurait une interview durant le Wacken, un commentaire audio
privilégié une salle avec un public acquis à sa cause et tout le long du concert (ça, c’est fun) et aussi et surtout
un light show digne de ce nom, plutôt qu’une prestation un spoken word avec Danko en costume et pupitre sur
à 14h30 devant dix rangs de festivaliers qui lèvent le ses idoles de toujours, à savoir le groupe Kiss. Voilà de
quoi passer de bons moments en compagnie d’un véri-
table passionné.

Gui de Champi

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LES DVDs DU MOMENT BLACK BOMB Ä

21 years of pure madness (Verycords)

21 ans déjà, que le temps passe vite, surtout pour nous signés BBA joués ces soirs-là, soit tu te les enfiles cash,
qui étions déjà là aux débuts du groupe... Comment ima- soit tu choisis de reposer quelque peu tes oreilles tous
giner au moment de découvrir une première prod’ que les 3-4 morceaux (à la louche) avec des petites images
le groupe va t’accompagner durant plus de 20 ans ? backstage, les sentiments des lascars (mais aussi des
Parce qu’on ne peut pas écouter et aller à des concerts petits mots de Djag, Etienne ou Shaun), les ultimes ré-
de métal sans vivre en partie avec Black Bomb Ä qui pétitions des reprises... Oui parce que la version DVD du
s’est imposé comme l’un des fers de lance de la scène live comprend 5 titres «bonus», 5 covers de morceaux
française. Toujours dans les bons coups (de Sriracha cultes («Roots» de Sepultura, le slow suédois «Out of
à Verycords), passés par à peu près toutes les salles hand» d’Entombed, «War inside my head» des Suicidal
de concerts et festivals possibles, qu’on les adore ou Tendencies, «We’re only gonna die» de Bad Religion et
pas, les BBA sont là et on connaît tous quelques uns «Beat the bastards» de The Exploited), 5 reprises où
de leurs titres (au moins «Police stopped da way» et sont invités des anciens membres du combo et des
«Mary» !). Histoire de fêter dignement leur anniver- potes issus de Lofofora, Tagada Jones ou Loudblast
saire, la troupe et leurs potes (on y reviendra) est venu qui passaient dans le coin histoire de préchauffer le
s’installer deux soirs de suite à Mulhouse (au Nouma- public également... La scène devient un bal d’enragés
trouff) en novembre 2015 pour donner des concerts, où chacun met son talent au service du collectif. Bonus
faire la fête et accessoirement enregistrer le tout pour encore avec 5 clips réalisés par le groupe (dont la cover
créer ce joli DVD intitulé 21 years of pure madness. géniale de Midnight Oil et «No one noise» en unplug-
ged), le live de «Mary» lors du Hellfest 2012 et un do-
Le digipak comprend un mini poster avec au dos une cumentaire (d’où sont extraites les images qui peuvent
collection de photos souvenirs où le groupe démontre entrecouper le live) avec des interventions qui ne nous
tout son sens du sérieux, un CD live qui reprend les 17 rajeunissent pas (n’est-ce pas Reuno) des Lofo et de
titres de Black Bomb Ä et un gros DVD. Non pas qu’il Stef de Loudblast qui partagent quelques souvenirs, de
ne rentre pas dans ton lecteur mais il est juste blindé vieilles images de studio, de tatouage, de barbecue, de
de trucs à commencer par, bien sûr, les 17 morceaux trompette, de duvet, de pogo...

Le coeur de ce réacteur en fusion, c’est le «live act»,
le show, le concert, la sauvagerie musicale scénique et
sa captation digne des plus grands concerts ! Images
impeccables, son monstrueux, techniquement, c’est
du très lourd, en témoignent la multiplicité des camé-
ras qui nous font vivre l’évènement devant, derrière,
au-dessus, dans le public, sur chacun des membres
du groupe, bref, depuis partout, j’ai presque envie de
dire «mieux que si on y était»... On est partout, on ne
rate pas une miette, même pas cette demoiselle qui
se loupe au moment de retourner dans la fosse... mais
c’est un détail au même titre que les gros pétards qui
introduisent «Police stopped da way» et son wall of
death dantesque. Pour ce qui est du menu du soir, il
est assez équilibré car si le début des hostilités fait la
part belle au dernier album en date (Comfortable hate

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avec le titre éponyme mais aussi «On fire», «The point LES DVDs DU MOMENT
of no return», «Tears of hate», «Land of bastards»),
on revient également aux sources avec «Born to die»
issu du premier EP Straight in the vein (enrichi d’un
«Joyeux anniversaire» chanté par le public) puis en
fin de show avec «Law’s phobia». Entre temps, on
aura un peu de tout avec un peu moins de One sound
bite to react («Lady lazy») et de Enemies of the state
(«Come on down») parce qu’il n’est pas possible de
tout jouer... From Chaos a le droit à deux morceaux
(«To reactivate», «Tales from the old school») comme
Human bomb («Make your choice» en plus du hit «Po-
lice stopped da way») alors que Speech of freedom a
conservé une grosse côte avec «Double», «Look at the
pain», «Mary» (évidemment et en version familiale)
et même «Fine talkers». Pour l’ambiance et la gouaille
des loustics, tu sais à quoi ça ressemble car tu as déjà
vu les Black Bomb en live et si, aussi étrange que cela
puisse paraître, tu ne connais pas, ce serait pas mal de
mater ce DVD avant de prendre une énorme claque en
live...

Oli

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INTERVIEW

BLACK BOMB Ä

B lack B omb A a f ê t é ses 21 ans du c ô t é de M ulhouse et a prolong é ces deux
soir é es pour l ’ é ternit é avec la sortie d ’ un D V D explosif . 21 ans , ça valait
bien 21 questions pour le dernier arriv é dans la famille B B A : J acou .

Pourquoi fêter les 21 ans plutôt que les 20 ans ? tenus.
Au moment des 20 ans de BBA nous étions en plein
travail pour sortir Comfortable hate et du coup, nous Établir la setlist n’a pas été trop compliqué ?
n’avons pas fait de concert en France, nous ne voulions On s’est un peu creusé la tête mais elle est venue d’elle
pas passer à coté d’un anniversaire et du coup nous même. Il y a des titres incontournables que nous ne
avons fêté les 21 ans. pouvions pas ne pas jouer et pour ne pas refaire le
même DVD qu’en 2005 on a choisi des titres des al-
Les labels hésitent à sortir des DVDs car ça coûte bums qui ont suivi Illicite stuff live.
cher, ça a été facile de convaincre VeryCords ?
Non, ça n’a pas été dur du tout quand nous avons ex- Pourquoi écrire les trucs dans le digipak en anglais ?
posé notre projet, ils ont tout de suite dit oui. Il est vrai On chante en anglais et c’est quand même la langue
que la musique de BBA prend toute sa dimension en universelle du rock’n’roll, du coup on a voulu être cohé-
live, et c’est pourquoi il nous ont immédiatement sou- rents. Il ne faut pas chercher plus loin (rire).

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S’il ne fallait garder qu’un seul guest dans cette soi- » car en général, ils deviennent des amis et ils sont re- INTERVIEW
rée, ce serait qui ? merciés dans le DVD. Encore une fois, tu me demandes
Tu es dur, tu me demandes de choisir parmi mes amis des choses trop difficiles (rire).
(rire). C’est tout simplement impossible, donc Joker.
Par contre, j’ai particulièrement aimé jouer «Mary» Le truc que vous n’avez pas encore fait mais ça vous
avec tous les chanteurs de BBA, c’était vraiment cool. titille ? Avec le groupe, je ne veux rien savoir de ta vie
sexuelle !
Le gamin sur la photo, vous l’avez retrouvé ? Pleins de choses, des pays ou nous n’avons jamais
Il était tout simplement dans le public le soir du concert. joué, des guests que nous aimerions inviter. Le jour où
Plus sérieusement, c’est le fils d’un bon copain à nous on aura plus d’envies, on arrêtera BBA.
qui vient nous voir hyper souvent en concert et qui est
un passionné de musique. Il suffit de voir son regard Le pire truc qui puisse arriver dans le camion ?
pour comprendre qu’il est à fond. Une bonne grosse dispute (rire), mais c’est tellement
rare.
Dans toute l’histoire de BBA : Le meilleur souvenir ?
En ce qui me concerne, il y en a tellement que c’est L’album le plus écouté ?
dur de choisir, mais je dirais le Hellfest de 2012. C’était Je te dirais soit Far beyond driven de Pantera soit The
ÉNORME, j’ai hâte de pouvoir en refaire un autre. gathering de Testament.

Le pire souvenir ? L’ex-membre que tu voudrais bien revoir dans le
Il y en a mais je ne perds pas mon temps à me les remé- groupe ?
morer. C’est du passé. Réponse impossible ! Question suivante.

La salle préférée ? Le titre préféré de BBA ?
C’est pareil, il y en a plein et j’ai pas envie de choisir C’est chaud mais j’aime beaucoup «Tales from the old-
mais évidemment le Noumatrouff nous tient beaucoup school».
à cœur et c’est pour ça qu’on a fait le DVD là-bas.
L’album que tu aimes le moins de BBA ?
Le pire hôtel ? Aucun, sincèrement.
Alors, c’est pas un hôtel mais on a eu le droit a un super
mobil-home pas chauffé et sans couverture durant un Penses-tu que la Syrie puisse encourager le phéno-
hiver très froid, c’était assez trash... mène migratoire comme une arme géopolitique pour
déstabiliser l’Europe ?
Le meilleur catering ? Je ne pense pas que cette question soit en raccord
J’ai une grande passion pour la nourriture (rire) et on a avec l’interview et que mon avis là-dessus intéresse
de la chance d’avoir beaucoup de cuisiniers talentueux les gens. Ce qui se passe est tout simplement triste et
dans les caterings français. C’est encore une fois quasi inhumain. Je m’arrêterai là.
impossible de choisir.
Black Bomb A dans 21 ans, c’est envisageable ?
La meilleure première partie ? J’espère... Si on n’est pas devenu trop vieux pour trans-
J’espère ne pas l’avoir vue !!! (rire) Plus sérieusement : mettre l’énergie que demande la musique de BBA (rire).
The Butcher’s Rodeo.
Merci à Jacou et aux BBA, merci aussi à Elodie chez
Le meilleur festival ? Him Media.
Comme dit précédemment, le Hellfest, mais il y en
pleins d’autres d’excellents festivals, comme le Be- Oli
tizfest ou le Festival sur les Pointes, entre autres... Et Photos : © Frank Ryckewaert
malheureusement qui sont de plus en plus en danger.

Le (ou la) fan le (la) plus dingue ?
Pour le coup, je ne peux pas dire que ce sont des « fans

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LES DISQUES DU MOMENT UKANDANZ

Awo (Dur et Doux / Buda Musique / Ethiosonic / Atypeek Music...)

d’Addis Abeba en Éthiopie. Autrement dit, une belle bro-
chette de musiciens qui s’avère explosive sur le papier,
logiquement confirmé sur disque où cette formule rock
singulière, s’inspirant de chansons traditionnelles
et populaires des Azmaris (troubadours éthiopiens),
prend tout son sens.

Que celui qui a déjà écouté du rock alambiqué un tanti- Outre la belle surprise de cette fusion unique appelé
net noise (crunch plus précisément), chanté en éthio- «Ethiocrunch» par certains, Awo se révèle comme
pien et influencé par la culture musicale de ce pays, une transe sonore électrique appuyée d’abord par une
me file son 06 pour que j’aille visiter de suite sa dis- rythmique convulsive lourde, puissante et légèrement
cothèque. Je me vois bien arriver dans une espèce de saturée. Sur laquelle s’ajoutent deux éléments impor-
caverne d’Ali-Baba où se nicherait un disque de black- tants qui dirigent l’état d’exaltation, à savoir le sax
zouk norvégien à côté d’un de salsacore (oui, j’aime les ténor torrentueux de Lionel qui s’aventure autant sur
néologismes) cubain. Ne rêvons pas et ne tombons pas les rythmiques qu’en «lead» et le chant éblouissant
non plus dans les extrêmes, mais sachez qu’Ukandanz et incontrôlable d’Anaske. Cet album se vit presque
fait partie de ces formations O.M.N.I. sur lesquelles on comme une expérience live, tant l’énergie qui s’en dé-
adore tomber. A ce sujet, on remercie chaleureusement gage est brute de décoffrage, tel un groupe de free-jazz
les labels Dur et Doux, Bigoût Records, Buda musique, qui s’amuse à faire virevolter ses ambiances pour dé-
Ethiosonic et Atypeek Music qui s’y sont tous mis pour contenancer son audience. Sans être de l’éthio-jazz, ni
sortir sous toutes ses formes, Awo, le deuxième album même réellement du rock tel qu’on le connaît en occi-
de cette formation déjà parent d’un prénommé Yetcha- dent, Ukandanz dresse une véritable leçon de brassage
lal en 2012. des cultures musicales internationales et prouve avec
classe que la sauvagerie sonore se conjugue à toutes
les sauces, surtout lorsqu’elle est influencée par un
pays dont on a tant à apprendre en terme musical.

Ted

Petit point historique avant de parler du contenu de
cette galette : Ukandanz est donc la rencontre d’un
quatuor français lyonnais - constitué de Lionel Martin
au saxophone ténor (Bunktilt, Raw), de Damien Cluzel,
guitariste chez Kouma, Pixvae et Polymorphie, du bas-
siste Benoît Lecomte (JMPZ, Ni, Suba) et de Guilhem
Meier, batteur de Poil, ICSIS, Loo et Dof - avec Asnake
Gebreyes, un charismatique chanteur de la scène

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Computers Kill People LES DISQUES DU MOMENT

Silence means security (Kernel Panic Records)

Computers Kill People - Silence means security Depuis Stone Age. Les Parisiens assument bien ce style et le
la création de la première machine, l’homme se méfie montre tout au long du disque en respectant en tout
de son invention. Il vit dans la crainte qu’elle se dresse point les ingrédients de la recette du stoner. Cela dit,
contre lui et se positionne au-dessus dans la chaîne notons que de petites pépites sont parsemées ici et là.
des prédateurs. A ce sujet, le chanteur de Computers La reprise de «Love me two times» des Doors en fait
Kill People dit : partie. Dans mon oreille, ils se lancent dans l’exercice
« Ado, j’aurais dit que l’informatique est ce que l’huma- périlleux de convaincre un adorateur de l’esprit sau-
nité a fait de mieux» ; aujourd’hui, ça me fait bien rire ». vage de Jim Morisson. Par principe ou par goût, je ne
Dans le propos, le groupe sortait en 2012 l’EP Fun ma- peux me résoudre à les placer sur un même piédestal.
chine. L’année dernière, Computers Kill People a cette Cependant, Computers Kill People transpose cette
fois enregistré un album : Silence means security. Si chanson dans son univers sans copiage et voilà ce
l’on en croit la belle pochette qu’arbore ce nouveau vo- que j’aime : la part de l’artiste. La formation parisienne
lume, le fil rouge ne semble pas avoir été lâché. L’illus- montre aussi qu’elle peut s’étendre à d’autres hori-
tration montre un homme seul face à une technologie zons. «Self made mess» en est un bon exemple. Elle
immense qui ressemble à un moyen gargantuesque de vient taper dans un registre proche de la balade et c’est
stocker les données de milliards d’utilisateurs du net. A loin d’être désagréable. C’est en fait un petit air frais au
l’heure où l’informatique donne naissance à des intelli- milieu d’une masse d’énergie brute.
gences artificielles, cet homme pourra-t-il contenir les
machines au service de l’homme ? Le vin se bonifie avec le temps et les groupes de rock...
c’est un peu différent. En tout cas, ce groupe porte dans
ses tripes l’envie d’en découdre avec les machines.
Puisque Computers Kill People est «...un logiciel intrin-
sèquement fondé sur l’être humain», il convient de
conseiller ce disque à son prochain...sauf s’il n’aime
pas le stoner ou qu’il s’appelle Terminator.

Julien

Quoi qu’il en soit, Silence means security - dont le nom
est à l’origine un slogan de propagande présent sur les
bases militaires US dans les années 40 - nous montre
clairement que les membres de Computers Kill People
ont été largement inspirés par Kyuss et Queens Of The

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LES DISQUES DU MOMENT THE WALRUS RESISTS

The face of heaven (Send the Wood Music)

S’attaquer à une biographie, même courte, de The Si les adjectifs Thrash/Death sont les plus souvent mis
Walrus Resists est un peu complexe, tant le groupe a en avant, The Walrus Resists touche un peu à tout et
changé de line-up depuis un peu plus de 10 ans... On n’a peur de rien, surtout pas des comparaisons car
va résumer en une histoire de potes qui sont au collège ils osent s’aventurer dans des plans que des grands
ensemble et qui s’amusent avec leurs instruments noms ont l’habitude d’échafauder (en gros, on va de
avant de franchir le pas d’être un vrai groupe, de devoir Gojira pour citer ceux qui sont devenus la référence en
trouver un vrai nom, ce sera «morse» en anglais sur- France et même un peu ailleurs à Tool, oui, carrément
tout parce que ça sonne bien quand on rajoute le côté pour certaines parties instrumentales). Avec ces deux
résistant cher à Sepultura. Première démo (2006), autres groupes, tu auras compris que l’expérience The
premiers concerts, enregistrement plus sérieux d’un Walrus Resists est exigeante ! Il ne s’agit pas unique-
EP (Ysaereh en 2008) semblent appartenir à une autre ment d’envoyer du gros riff et de beugler dans le micro,
époque aujourd’hui. Tout comme ce premier opus Sta- les Languedociens la jouent aussi ultra technique,
ring from the abyss qui paraît en 2009 et permet d’en- construisent des morceaux sacrément bien réfléchis
chaîner les dates. Weaksaw, Ultra Vomit, Nephalokia, et détendent les atmosphères avec un petit chant
Mindlag Project, Gravity, Betraying The Martyrs, Hyp- clair qui fait de temps à autre des apparitions divines.
no5e, Lessen, Psygnosis, Dwail et de nombreux autres Cela permet à The face of heaven qui est plutôt long
croisent la route des Montpelliérains qui, ralentis par (11 vrais titres, une intro et un interlude) de tenir sur
d’éternels mouvements internes, attendent 2016 pour la distance, de ne jamais tomber dans la routine et de
nous livrer The face of heaven. Tobby (chant), Kam et satisfaire autant les amateurs de violence métallique
Clément (guitares), Den (basse) et Richy (batterie) ont abrasive que certains esthètes appréciant une beauté
autoproduit cet album et sont alors au meilleur de leur tranchante comme la technicité au service de l’oeuvre.
forme, bien mis en valeur par le mixage de leur pote
Alex (guitariste de Gravity) et le mastering de Brett du Avec ce métal très ouvert et qui ne se ferme aucune
Tower Studio (Megadeth, Hypno5e, Devin Townsend porte, explorant toutes les voies avec talent, The Wa-
Project...). lrus Resists impressionne. The face of heaven n’était
pas spécialement attendu mais force est de constater
que l’opus se place d’ores et déjà comme une des meil-
leures surprises de 2016. Bravo les gars !

Oli

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DR GEO LES DISQUES DU MOMENT

The lo-fi studies (Specific Records)

planant avec un concert de cymbales télescopées en
sus. C’est surement dû à cette voix si particulière. Bref,
c’est juste tout bonnement jouissif. Le Robert John-
son du krautrock et le Brian Eno du bayou louisianais,
comme il aime se décrire, change totalement de décors
sur «#3» avec de la soul trip-hop, so 90’s ! On est un
peu renversé par ce propos abrupt, mais la séquence
ne durant que 2 petites minutes, on vire vite sur la
«#4» à l’expression lounge-dub façon Buddha Bar aux
basses plutôt revêches. «#5» donne le sourire sur un
fond de blues-folk de laboratoire à la Eels. Le pouvoir
onirique de cet album est déjà fondé au bout de 6 titres
après être passé sur un «#6» de 7 minutes complète-
ment épique, comme si Ez3kiel rencontrait Mogwai le
temps d’un morceau. Et ce n’est pas fini.

Après une recherche rapide, Dr Geo est un ancien de la Oui, car dans la foulée de cette piste fleuve, on trouve
scène hardcore messine. Soit rien à voir du tout avec ce une offrande reggae façon «rastaman vibration de
que propose The lo-fi studies, l’une de ses nombreuses blanc» sur «#7». Décidément, ce The lo-fi studies est
sorties (entre démos, singles et diverses expérimenta- une véritable jungle foisonnante, exaltante et exubé-
tions livrés en format digital) apparue l’année dernière. rante. Sa propension à te faire rappeler une partie de
Sorti en 20 exemplaires (!!!) dont l’un est arrivé chez ta discothèque est aussi bluffant, comme sur ce «#8»
votre serviteur, ce vinyle de 10 titres fait la part belle à invitant à un déhanchement de coincé et dont la fin
l’éclectisme et aux expérimentations de (home-) stu- pourrait parfaitement être un jam des Burning Heads,
dio. C’est vrai que le hardcore, à un moment donné, t’as période Opposite. Toujours dans cet esprit lo-fi. «#9»
vite fait le tour. Et ça se sent clairement chez ce Lorrain joue la carte de la caricature d’un psychédélisme pop
qui va donner du fil à retordre à tous ces junkies des aux textes et chant totalement godiches, avec du sitar
étiquettes. Car Dr Geo brouille toutes les pistes et évite à la fin tel une cerise sur le gâteau. Ce type est définiti-
l’écueil du monolithisme. vement trop bon, on valide ! Enfin, le disque se termine
de la même manière qu’il a débuté, c’est à dire en met-
D’emblée, pour ne pas se prendre le chou, le Lorrain a tant l’accent sur la mélancolie mais avec une langueur
décidé de nommer ses titres par leur numéro d’ordre plus prononcée, très troublante cette fois-ci jusqu’à ce
d’apparition. Pratique ! Ca commence plutôt fort avec que l’arrivée des violons rende le tout moins autodes-
deux premiers morceaux pop de toute beauté. «#1» tructeur. Une chanson à l’image de ce disque : un vrai
est empli de mélancolie à t’en faire sortir toutes les yo-yo émotionnel.
larmes de ton corps. Le rythme itératif en filigrane a
du mal à se dépêtrer de ses effets lo-fi et la voix, qu’on Ted
pourrait confondre avec celle d’un anglophone, est pro-
fondément touchante. Une assurance déconcertante
poursuivie sur «#2» qui fait clairement penser à du
Peter Bjorn And John, première époque, mais en mode

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INTERVIEW

FRED ALERA

A lors l à les gars , je vous propose une interview d ’ un mec attachant , cultiv é
et sympa . F red A lera , c ’ est son nom , jadis bassiste et guitariste é m é rite de
divers groupes punk et noise ( et toujours en place dans N apoleon S olo ),
d é marre un nouveau projet pop folk chant é en français . T u penses bien que
j ’ ai voulu en savoir un peu plus .

Salut Fred. Pour débuter cette interview, peux-tu te mon vrai nom contenait beaucoup plus de sens.
présenter ? Ton background et tutti quanti pour ceux
qui ne te connaissent pas ? Billy the Kill est-il mort et enterré ? Penses-tu ressor-
Je suis né en 82 et j’ai passé mon adolescence à jouer tir un disque ou faire des concerts en anglais ?
dans des groupes. C’est au début des années OO’s que C’est difficile à affirmer dans le contexte d’un pro-
c’est devenu plus sérieux et plus pro quand j’ai rejoint jet solo ! En tout cas, rien ne meurt jamais vraiment,
Second Rate. A partir de là, j’ai joué dans plusieurs for- les disques, eux, restent et ne doivent pas être jetés
mations rock comme Lost Cowboy Heroes, The Water- au feu. J’avais besoin de composer et d’envisager les
guns, Billy Gaz Station, Simon Chainsaw, Billy the Kill en choses différemment pour rendre tout ça plus stimu-
solo. Actuellement je joue dans Napoléon Solo et fais lant. Avec mon dernier disque sous le nom de BTK (An
de l’intérim pour Oscar Nip. J’ai vécu ces expériences open book with spelling mistakes), j’avais réussi à faire
de groupes dans les villes de Limoges, Besançon, An- ce que je voulais faire au bout de 3 albums, je ne voyais
goulême, Toulouse, et je suis maintenant basé à Paris. plus l’intérêt de me répéter.

Tu as sorti trois albums sous le pseudo Billy the Kill. Qu’est ce qui t’a poussé à franchir la barre de la langue
Puis, il y a quasiment deux ans, tu as commencé à de Molière ?
chanter en français sous le pseudo Le Meurtre. Et J’écris des chansons depuis toujours et je voulais conti-
maintenant, voilà que tu présentes ton nouveau ré- nuer de le faire d’une manière qui soit plus vraie, plus
pertoire sous ton vrai nom. En un mot : pourquoi ? juste, plus profonde et plus précise. Je n’allais jamais
A partir du moment où j’ai commencé à écrire en fran- assez loin avec l’anglais et j’ai fini par me sentir dans la
çais, j’ai choisi Le Meurtre comme nouveau pseudo, peau d’un imposteur. Je me suis aussi demandé pour-
pour mieux faire le lien avec The Kill. Puis, en y réflé- quoi j’étais si impressionné par les chanteurs anglo-
chissant bien, et au vu de la tournure que prenaient les saxons, et j’ai fini par comprendre que c’est parce qu’ils
textes et les compos, je me suis dit qu’il était temps pensent, écrivent et chantent avec leur propre langue.
d’arrêter avec les pseudos et que de me présenter avec C’est l’outil le plus efficace pour eux. Je me dis que c’est

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en écrivant en français que je fais les choses plus natu- ne suivent plus l’aventure font un blocage sur le fran- INTERVIEW
rellement et que j’arrive, enfin je crois, à réunir le fond cophone à la base. Les gens sont libres d’aimer ou de
et la forme. ne pas aimer. C’est évident qu’il y a un changement
chez les auditeurs, c’est aussi le but de créer un renou-
Qu’est ce qui, et qui, inspire Fred Alera ? veau et de toucher un public plus large. Quant au mi-
L’existence en général. Ou plutôt les difficultés de lieu indépendant et plus particulièrement punk-rock,
l’existence, tiens ! J’écris à propos de nos travers, de il a toujours été relativement centré sur lui-même, je
nos désillusions ou de nos espoirs, des choses liées à m’étonne donc pas s’il y a peut-être un rejet de la part
l’humain finalement. C’est souvent une situation, un de certains, c’est bien normal quand la musique se si-
mot, une phrase ou une expression qui fait l’amorce tue aux antipodes. Je fais de la musique comme il me
d’un texte. Le reste suit en roue libre, je me laisse gui- semble bon de la faire, moi je crois que c’est surtout ça
der par les mots qui me passent en tête sans parfois le punk-rock, se sentir libre et être ouvert.
savoir de quoi va parler la chanson. Ou au contraire je
peux avoir une idée très précise de quoi je veux parler. Quel est le « business plan » de Fred Alera ? Jusqu’où
Je n’utilise pas de vocabulaire trop réaliste et je n’use souhaites-tu mener ce projet ? Est-il prévu une sortie
pas de mots rares, qui ne sont utilisés qu’en poésie par physique de l’EP ? Un album est-il en préparation ?
exemple. Je tente de créer des images poétiques avec Le EP est sorti fin février sur toutes les plateformes de
des mots «simples». distribution digitale ainsi que sur Bandcamp. Je pré-
vois un modeste pressage DIY d’ici quelques temps.
Tu viens de sortir sur les plateformes numérique ton Dans un premier temps, j’essaie de trouver une place
premier EP qui a été réalisé par Damny Baluteau. Com- dans l’immensité de la scène pop francophone, en
ment vous êtes-vous rencontrés ? Que t’a apporté jouant quelques concerts, et m’occuper de la promo un
Damny ? peu tout seul, afin de trouver des relais médias et de
La rencontre s’est faite par internet, suite à une vidéo rencontrer un public. Le but étant de travailler avec des
que j’avais mise en ligne. Il a été le premier à réagir à partenaires adéquats (label, tourneur, ...) pour m’aider
mes chansons et après quelques échanges de mails, à faire avancer le projet et préparer au mieux l’enregis-
Damny m’a proposé une collaboration sur la partie pro- trement d’un album. Je repars de zéro et plonge à corps
duction de mes titres. Il a donc signé tout le design so- perdu dans une scène, une sphère, qui m’est quasi in-
nore autour de prises guitares-voix. Il est entièrement connue en termes de connexions (presse, booking, ...).
arrangeur des titres. Son expérience de chanteur avec Le fait de venir de l’indie-rock n’aide peut-être pas non
La Phaze et Pungle Lions, mais aussi de producteur- plus la presse axée musique francophone à m’identi-
réalisateur fait qu’il possède une culture musicale très fier. C’est assez bizarre de passer une frontière comme
large et a une vision à 360 degrés. Ça a été très intéres- celle-ci, c’est plutôt radical comme virage, je veux bien
sant pour moi de passer ce cap avec lui car je voulais l’admettre. Sinon, j’ai des chansons plein ma set-list, je
éviter de refaire un disque comme j’avais l’habitude de ne cesse d’écrire, c’est le plus important, d’être dans
les faire, dans un écrin plutôt folk-rock classique. Dam- une bonne énergie créative.
ny a apporté des climats particuliers aux chansons,
avec beaucoup d’instruments joués aux claviers et Tu joues ton répertoire en formule acoustique, alone,
des grooves très marqués et surtout des reliefs assez comme tu l’as fait avec BTK. As-tu prévu de faire des
riches. concerts avec un backing-band ?
Non, pas pour l’instant. J’aime assez la force émotion-
Tu viens du milieu indépendant français, tu es connu nelle qui peut se dégager d’une configuration guitare-
pour avoir roulé ta bosse avec divers groupes de punk- voix. C’est souple dans l’interprétation et j’aime jouer
rock et de noise. Tu dois te douter que ton nouveau de la musique folk. C’est comme ça que naissent les
projet a dû en surprendre plus d’un. Quelles sont les chansons en fait. C’est du songwriting, mais franco-
réactions que tu as suscitées à ce jour ? phone ! Si j’ai l’occasion d’être accompagné par Damny
Il y a des fans de la première heure qui me soutiennent en live, c’est aussi envisageable.
dans ces premiers efforts et je les remercie pour ça !
Des nouvelles connexions se sont aussi faites grâce à Un tribute aux Flying Donuts vient de paraître, et tu
ce nouveau projet, et j’ai de bons retours sur les textes, as écrit une chanson spécialement pour le disque. Tu
c’est très encourageant. Je crois savoir que ceux qui as également participé au dernier tribute aux $heriff.

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INTERVIEW Multiplier les projets sur bande, est-ce vital pour toi ?
J’ai tout de même gardé le nom du Meurtre pour un
projet de reprises anglo-saxonnes adaptées en fran-
çais, ça donne un truc du genre Billy the Kill is Le
Meurtre : les très alternatives reprises de chansons
plus ou moins célèbres et internationales en version
acoustique (adaptations françaises et autres rema-
niements). Ça me permet de participer à des tributes
comme celui aux Flying ou aux Sheriffs, et de continuer
en même temps à travailler autour de mon amour pour
le rock’n’roll.
J’uploade de temps en temps ces étranges covers
sur Youtube (Burning Heads, à venir aussi Drive Blind,
Johnny Thunders, Big Star,...) Ce n’est pas tant pour
multiplier les projets, mais si j’estime que c’est digne
d’intérêt, autant en faire profiter le maximum de gens
sur des disques ou sur le net.
Si tu as quelque chose à rajouter, c’est le moment...
Et bien merci et big up pour cette interview ! J’espère
que les gens seront curieux d’écouter mes chansons
et feront sauter leurs barrières sur la musique franco-
phone.
Merci Fred, et bon vent à toi !

Gui de Champi
Photo : © D.R.

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LIVE

BIRTH OF JOY
@ LA SOURCE

R etour à la S ource .
C ette salle est un é quipement de la ville de F ontaine (38) dont le
fonctionnement repose sur un v é ritable projet culturel , p é dagogique et
artistique . P armi ses multiples actions se trouve l ’ organisation de concerts
avec une programmation attach é e à d é fendre une grande diversit é . D ans ce
paysage , le rock trouve sa place sous de multiples formes allant du B D
concert au traditionnel live . Q uel que soit le genre , la qualit é est bien
souvent au rende z - vous .

Ce soir, c’est Birth of Joy en live ! Doors. Son instrument sort les sonorités de guitare et
Quelques années en arrière, un pote partageant avec d’orgue. En milieu de set, Eyes Shaker se propose de
moi le goût du rock psychédélique m’avait fait décou- nous jouer un slow, leur «Nothing else matters» an-
vrir ce groupe en faisant tomber dans mon oreille Life noncent-ils non sans un petit sourire en coin. Le titre
in Babalou. Avec la sortie début 2016 de l’album Get est beau et sans plus attendre, le groupe repart à fond
well (plutôt bien filé), l’envie d’aller voir les Hollandais de cale. La salle chauffe et l’humour des musiciens lors
en concert me titillait quelque peu. Ben voilà, c’est là ! des interludes n’est pas pour la refroidir. Avant même
la fin du set, on se dit déjà dans les rangs que la décou-
Enfin, pas tout à fait. D’abord, une première partie verte est superbe. Clou du spectacle : «Ace of spades»
inconnue au bataillon. Eyes Shaker est une formation de Motörhead. Cueilli par surprise, je prends une véri-
Haut-Savoyarde qui se revendique du rock n’roll des table baffe devant ce duo qui assure comme un chef
années 60 et du rock psychédélique. Sur scène, nous sur un terrain où je suis impartial. Le public ne veut plus
avons en tout et pour tout un batteur et un gars der- quitter le groupe. Mais c’est l’heure de laisser place à
rière ce qui ressemble à un double synthé. Un duo dont Birth of Joy qui doit se débrouiller avec ça.
chaque membre est disposé avec son instrument de
3/4 par rapport au public. Le son est fort et tellement Un démontage de scène et quelques bières plus tard,
bon que la petite centaine de personnes contenue Birth of Joy se met face à notre petite centaine de per-
dans la salle est scotchée. Le batteur est d’une tech- sonnes. Le trio enchaîne cinq titres ponctués sobre-
nicité et d’une rapidité impressionnante. Au bout de ment d’un «Merci les amis». Vont-ils nous jouer l’album
quelques titres, il cogne si fort qu’on est plusieurs à sans rien dire et puis partir ? Non, le groupe est tout
se regarder en se disant «oh oui, il envoie du gros !». simplement en train de nous tirer dans son univers
Derrière son synthé, le chanteur assure des mélodies en cherchant à nous faire oublier la première partie.
bluesy à la voix qui invoque plus d’une fois l’esprit des L’observation des premières minutes passe et natu-

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rellement les têtes s’agitent dans de plus en plus. La pogo de l’avant scène. Birth of Joy sort de son chapeau LIVE
salle vient d’accepter un nouveau voyage musical. La «Hands down». Proche d’un rock electro, le morceau
batterie est réglée sur un son de basse très fort étouf- enflamme une salle chauffée à blanc. Le guitariste
fant quelque peu la guitare et le chant. Cela dit, le gars regarde ses collègues d’un air interrogateur. «On conti-
derrière les fûts est très bon et fait vibrer son public nue ? Faut voir, ils sont bien haut, on sort pour en dis-
en allant jusqu’à utiliser un gong énorme et argenté. cuter ?» semblent-ils se dire. Birth of Joy revient pour
La clavier occupe la place forte alternant les mélo- le rappel. Le groupe claque deux titres comme une bise
dies planantes et agressives. Le chanteur-guitariste à un public grenoblois comblé. Débriffe à chaud : du bon
perche littéralement on audimat sur «Meet me at the et que du bon. Alors si les cocos passent par chez vous,
bottom». Le public est à point. Il tombe la chemise et sautez sur l’occaz ou mordez»vous les doigts !
s’arme d’une gibson SG. Reprise tumultueuse avec des
morceaux tels que «You got me howling» ou encore Merci à Eyes Shaker, Birth of Joy, La Source et Margue-
«Blisters». La courbe ne redescend plus, l’ambiance rite Giry (La Mission).
est électrique. Fini les têtes qui bougent sans le corps.
Un gars aux cheveux longs devant moi est en pleine Julien
transe. Il ne tardera pas à se faire entraîner dans le Photos : © Alexis Janicot

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LES DISQUES DU MOMENT BIRTH OF JOY

Get well (Suburban Records)

Birth of Joy est un trio hollandais qui officie depuis sa jusqu’à ce qu’on puisse se poser en douceur. Avec
2005 au travers de compositions s’inscrivant dans le une petite transition dans le rock des années 70, Ger-
rock psychédélique des années 70. Le premier album tjan Gutman nous berce au clavier avec des mélodies
sort discrètement cinq ans après leur création. Avec planantes. Elles sont livrées avec une intensité rare qui
une régularité impressionnante, le groupe s’attache à porte vers des horizons fascinants. «Midnight cruise»
sortir ensuite une nouvelle galette tous les deux ans transpire un esprit sensuel sur un fond de clavier dont
sans que la qualité n’en souffre. Cette année, c’est Get les lignes auraient pu être celles de feu Ray Manzarek
well qui se pose dans les bacs ! (The Doors). Crescendo, la rapidité du début de Get
well revient. Elle atteint son paroxysme sur «You got
À tout point de vue, l’entrée se fait en trombe. Je suis me howling» qui se montre sous un visage complète-
arraché à mon petit quotidien. Birth of Joy déploie il- ment endiablé. Le titre éponyme de l’album maintient
lico une énergie ahurissante et la livre de plein fouet. les forces déchaînées précédemment. A la manière de
«Blisters» a ses petites secondes planantes mais ce «The end» des Doors, elle nous entraîne pendant ses
n’est que pour repartir plus violemment. La vraie pro- 8:06 dans une atmosphère propice à la transe. C’était
priété de ce titre, c’est de faire bouger les murs sans le dernier souffle. «Hands down» ferme à toute allure.
le moindre avertissement. Une sorte de défouloir avant Pas de répit dans ce titre. Nous sommes à la frontière
l’heure. Mais rien n’est fait au hasard : maintenant que de l’éléctro ; mais pas la toute dégueulasse ; celle dont
le paysage a bien tremblé, le groupe enchaîne avec l’aspect cyclique nous hypnotise et nous donne envie
«Meet me at the bottom». L’orgue et la voix du chan- de sauter en tout sens sans rien contrôler jusqu’à ce
teur viennent nous cueillir et nous mettre en orbite. que mort s’en suive.
Tranquille, je me laisse porter sans avoir le temps de
penser au décalage avec le premier titre. Alors que je Tenter de définir la musique de Birth of Joy n’est pas si
suis porté sur les nuages, la guitare de Kevin Stunnen- facile. Bien sûr, c’est du rock psychédélique mais n’ou-
berg sonne l’alarme et décrète l’état d’urgence. Cycli- blions pas que des Pink Floyd aux Doors, ce genre mu-
quement, le calme revient après la tempête et vice ver- sical a des enfants qui ne se ressemblent pas. Déchaî-
né puis planant, le trio a son propre style et ne souffre
aucunement de l’ombre de ses prédécesseurs. En
2012, Life in Bablou avait mis Birth of Joy en lumière.
Aujourd’hui, ils sont sous les projecteurs avec toute
notre attention. Get well est un album superbe dont les
contrastes sont équilibrés à la perfection. D’aucun dit
qu’ils sont au sommet de leur art. Mais comme dirait
Terry Pratchett «D’aucun dit souvent n’importe quoi».
Ils peuvent aller bien plus haut...

Julien

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FLYING DONUTS LES DISQUES DU MOMENT

This machine pays tribute to Flying Donuts (BlackOut Prod / Kicking)

Je n’aime pas le mélange des genres. Surtout quand bien d’autres. Bref, un line-up cohérent et décapant.
j’écris pour ton zine adoré. Mais je n’ai jamais caché Sur le papier, c’est costaud. Mais dans la platine, c’est
ma passion pour les Flying Donuts que j’accompagne pachydermique ! Il y a ceux qui ont bien fait leurs de-
sur les routes (quand mon rédac’ chef m’y autorise) voirs et qui restituent une version fidèle quoique sor-
depuis plus de 14 ans. Et je n’ai jamais boudé non plus tant des sentiers battus : le « Since day one » de The
chroniquer les disques et les concerts du trio vosgien Roswell Incident vaut des points, tout comme le lourd
(preuve en est avec trois papiers dans ce numéro). et pesant « The right way » de Sexypop, le jouissif «
Sauf que là, j’ai bien envie de m’auto-congratuler. Pour Just a joke » des Rebel Assholes, et les cartouches
une fois. Car avec mes amis Mr Cu!, Dan Kerosène et hardcoreuses de I’m Afraid et d’Escape qui sera adu-
Jean Loose, nous avons œuvré dans l’ombre et dans le lée pour 666 générations pour s’être attaqué à l’indis-
plus grand secret pendant dix mois pour monter un tri- pensable meilleur titre jamais composé par les Flying,
bute aux Flying. Et le résultat est là : This Machine Pays à savoir « Versatile ». Les rois de sleazy rock High
Tribute To Flying Donuts. Sélectionner les groupes sou- School Motherfuckers et Joystix ne sont pas en reste
haitant participer à cette aventure discographique n’a et balancent de belle façon la purée avec respective-
pas été une mince affaire. Sauf que les 14 groupes qui ment « Going forward » et « Make loud records », et
ont répondu à l’appel n’ont pas longtemps hésité, et c’est assurément MSL JAX qui respectent à la note près
je les en remercie une nouvelle fois. Avec Mr Cu!, nous « We’re gonna kick your ass ». Il y a aussi les OVNI qui
souhaitions réunir des groupes qui ont croisé les Flying ont également le secret pour sublimer le répertoire du
sur la route, des bands qui sont devenus des copains trio vosgien : le monumental « Back off » de The Last
ou qui ont été influencés d’une manière ou d’une autre Brigade est aussi surprenant qu’entraînant, tandis que
par le trio spinalien. Résultat des courses : des « locaux « Daily grind » de The Irradiates version surf rock est à
» (I’m Afraid avec line-up d’origine s’il vous plait, Diego couper le souffle. Le fidèle Forest Pooky n’est pas en
Pallavas, Escape), du chant en français (Diego Palla- reste avec sa brillante adaptation de « Cannot resist
vas, Justin(e), Le Meurtre), des vieux potes (Sexypop, » transposée sur guitare acoustique. Et puis il y a les
Forest Pooky, The Rebel Assholes, The Irradiates), et fous. La team Guerilla Asso a mis les petits plats dans
les grands avec la cover de « Take, consume and leave
» devenu « T’inquiètes » en français dans le texte par
Diego Pallavas avec son solo de guitare à la bouche.
Juste parfait. Et ces timbrés de Justin(e) qui balancent
en 80 secondes « Menteurs », version française de «
Liar ». Les lignes de basse de Fab valent à elles seules
l’écoute de ce disque. Et enfin il y a le coup de génie de
Fred sous le costume du Meurtre qui a choisi de com-
poser un titre en français en hommage aux Flying. Poi-
gnant, vivifiant, authentique, cette belle chanson me
file des frissons à chaque écoute.
14 missiles qui brassent dans la discographie d’un des
meilleurs groupes de punk rock encore en activité, voi-
là ce qui t’attend avec cette galette. Merci aux groupes
d’avoir joué le jeu, je ne l’oublierai jamais.

Gui de Champi

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LIVE

FLYING DONUTS

20 ans . L es F lying D onuts ont 20 ans . B ordel , que le temps passe vite !
A vec le W - F enec , nous avons accroch é au wagon en 2002, et nous n ’ avons
jamais cess é de suivre ce groupe devenu pi è ce ma î tresse du r é seau punk
rock dans l ’ hexagone . A lors pour f ê ter cet anniversaire , deux soir é es
concoct é es par K icking R ecords n ’ é taient pas de trop . E t quand on voit
le programme , il aurait é t é fou de louper ça . T u n ’ y é tais pas ? E t bien ,
voil à ce qu ’ il s ’ est pass é .

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Jeudi 14 avril. Il est 15 heures quand je débarque à la Le son est massif, les riffs fusent dans tous les sens LIVE
Souris Verte, SMAC d’Epinal où les Flying ont donné un et le public semble ravi de trouver des Flying en pleine
des premiers concerts rock pour la sortie de Still active, forme. Mêlant compositions mélodiques et morceaux
leur dernier LP en date. Pour ces deux jours, le groupe high energy (l’un peut aller avec l’autre), le groupe
aura l’honneur de la grande salle pouvant accueillir délivre une prestation haute en couleur, ponctuée par
quasi 500 personnes. Benjamin, le batteur, s’affaire l’intervention d’Olivier et Manu des $heriff sur la reprise
déjà à monter son stand de merch, grand rituel devant de « Tic tac ».
l’éternel, tandis que Jérémie et Emmanuel répondent
à quelques interviews. L’ambiance est bon enfant, un Alors que le concert est terminé et que ça s’active sur
peu de stress se fait ressentir, mais il s’agit là d’un scène pour le changement de plateau, je rejoins Mr
bon stress. Les copains arrivent au compte goutte, les Cu! sur les planches pour un blind test improvisé sur
copains qui ont joué un rôle plus ou moins important scène. Le trio, un peu surpris et ne savant pas à quelle
dans la vie du groupe, comme Dan Kérosène, Peg GPS sauce il va être mangé, ne réalise pas tout de suite
Prod, Quentin, Vava et Jean Loose des Rebel Assholes. que les morceaux qui défilent dans la sono sont des
On se raconte de bonnes histoires et après une ba- reprises de leur répertoire par 14 groupes : le tribute
lance prometteuse, il est temps d’aller se restaurer et This machine pays tribute to Flying Donuts, édité en
de saluer les $heriff qui jouent en tête d’affiche ce soir. cd, vient d’être dévoilé (chronique dans ces pages et
Les $heriff, le trio vosgien les a pas mal côtoyés ces dispo sur blackoutprod666.com) !!! Le groupe est aux
derniers temps sous l’impulsion de Mr Cu!, le manager anges, complètement bluffé de ce qui s’est tramé pen-
du groupe montpelliérain et boss du label Kicking Re- dant près d’un an sans qu’il ne le sache, le tout sous le
cords. En proposant ce plateau (et celui du lendemain regard complice du public qui a assisté à ce blind test
avec Baby Chaos), Mr Cu! a tout simplement réalisé un en direct !
des rêves des Flying : envoyer dans leur ville avec deux
groupes qui les ont grandement influencé. Une fois la surprise passée, il est temps aux $heriff de
faire du... $heriff ! Et oui, ça peut sembler banal mais
Une surprise de taille attend le public qui répondra c’est ce que le public en feu attendait : des hymnes,
massivement présent en ce jeudi soir. En effet, le trio des tubes et du punk rock à foison !!! Et c’est bien ce
Dirty Youth s’est reformé pour l’occasion. Dirty Youth, que va livrer pendant 90 minutes le quintet de Mont-
c’est tout simplement le premier groupe de Jérémie qui pellier qui arrive sur la scène en terrain déjà conquis. Le
tenait alors la basse. Quand l’aventure a pris fin au mi- groupe, qui propose à ce jour l’équivalent d’un ou deux
lieu des années 90, Jérémie a commencé à jouer avec concerts par mois, va balancer ses grands classiques
son frère et son pote pour créer ... Flying Donuts. Sacré tous repris par un auditoire qui se transforme vite en
clin d’œil que de retrouver ses amis de (plus de) 20 ans défouloir : « A la chaleur des missiles », « Condamné à
pour croiser le fer le temps de quelques covers pas pi- brûler », « Les 2 doigts dans la prise » pour n’en citer
quées des hannetons. Therapy?, Mudhoney, Dinosaur que quelques uns. C’est massif, c’est percutant et sur-
Jr, Nirvana et les Melvins (avec deux batteries, Benja- tout, c’est bien rôdé. Et même si le groupe n’enchaîne
min venant épauler Lolo) sont au programme pour un plus les titres pied au plancher comme il y a vingt ans,
concert haut en émotion pour celles et ceux qui ont eu ça reste mastoc et complètement fédérateur. Epinal,
l’occasion de les voir à l’époque où le groupe donnait qui avait accueilli le groupe alors à son apogée par
des concerts ! l’intermédiaire de Rock Epine et de son boss Eric (qui
travaille aujourd’hui au sein de l’équipe de La Souris
Les Flying emboîtent rapidement le pas, et proposent Verte), a pris plaisir de saluer le retour d’un groupe qui
au public d’Epinal une set list améliorée et enrichie croule sous les demandes et qui sélectionne les en-
par rapport à celle qui tournait pendant le Still active droits dans lesquels il souhaite jouer. Un concert bas-
Tour. Les classiques sont bien sûr au rendez-vous (« ton, certes quasiment identique pour ceux comme moi
Back off », « I wanna rock », « Kick your ass ») et la qui les ont vus à plusieurs reprises depuis leur refor-
puissance dégagée par le trio est infernale. Sur fond de mation, mais toujours aussi entraînant et revigorant.
backdrop numérique reprenant le visuel de leur dernier Bravo !
45 tours « Loving it all » chroniqué dans ces pages, le
groupe prend plaisir à envoyer des missiles qui sont La soirée musicale est terminée, mais en backstage,
bien plus efficaces qu’un détartrage chez le dentiste. ça ricane un maximum et je vous passe les histoires à

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dormir debout qu’on racontera dans quelques années
à nos enfants avec le sourire aux lèvres. En espérant
que nous ne soyons pas devenus obsolètes d’ici là.

LIVE Vendredi 15 avril : après une courte nuit, le crew Flying
se remet en route pour de nouvelle aventures qui com-
mencent inévitablement par la case soundcheck. J’en de leur premier album éponyme est efficace.
profite pour ajuster l’éclairage et une fois les balances
terminées, nous retrouvons avec plaisir la fine équipe Le changement de plateau est rapide (en plus de par-
de Napoleon Solo et Dead Pop Club, accompagnée pour tager la même section rythmique, Napoleon Solo et
l’occasion des Ecossais de Baby Chaos. Encore un Dead Pop Club sont venus avec un ingé son commun)
groupe qui a influencé les Flying Donuts, tant dans le et Guillaume, Jérôme et les deux Olivier ne tardent pas
son que dans l’état d’esprit. Et entre nous, Baby Chaos à montrer le bout de leur nez pour enquiller avec le set
envoyant sur une scène un vendredi soir à Epinal en de Dead Pop Club. J’ai beau voir le groupe en concert
2016, qui aurait pu le croire ? C’est sans compter sur la depuis plus de treize ans, je ne me lasse pas de retrou-
détermination d’Olivier de Dead Pop et de Mr Cu! qui ont ver le sympathique quatuor parisien sur les planches
fait en sorte que le dernier album du quatuor écossais (ou le carrelage) de lieux plus ou moins adaptés à la
profite d’une sortie française. Encore une soirée qui musique live en France. Le public se retrouvant au bar
s’annonce excitante ! entre deux concerts, les Dead Pop sont prêts à envoyer
mais quasiment personne n’est présent dans la salle !
Je débarque en début d’après-midi à la salle. Certaines Le temps de discuter une minute avec la douzaine
mines paraissent fatiguées mais le sourire est tout de personnes étant restée pour l’installation et de
de même de mise. Après un soundcheck bien envoyé rameuter les autres que c’est devant une assistance
par les Flying, je m’empresse d’aller saluer la triplette garnie que les boys dévoilent leur jeu. Un peu fait de
Dead Pop Club/Napoleon Solo/Baby Chaos qui vient power pop et de punk rock, bien sûr. La set list pioche
d’arriver dans la cité de l’Image. Le plateau a joué la prioritairement dans les deux derniers disques, et les
veille au Gibus à Paris, et enverra le bois le lendemain tubes s’enchaînent sans sourciller. Olivier Portnoi, tel
à Strasbourg. Je prends des nouvelles des copains un valeureux guerrier, use diaboliquement de sa Gib-
pendant que Baby Chaos entame sa balance. J’assiste son, multiplie les cabrioles entre Charlie Chaplin et
à ce soundcheck avec quelques membres du staff de Jean-Claude Van Damme, tandis que le duo base/batt,
la salle et profite dans le même temps de quelques pourtant avec un set dans les pattes, assure son pré-
extraits de Skulls. Skulls. Skulls. Show me the glory, cieux rôle et que la guitare de Guillaume riffe dans tous
dernier album en date du groupe écossais. Les stands les sens. Les types sont heureux d’être là, de partager
de merch prennent forme et le repas partagé entre les l’anniversaire des Flying Donuts (anniversaire dont ils
musiciens et techniciens se déroulent dans la bonne feront souvent référence) et de croiser le fer avec leurs
humeur. amis de Baby Chaos. Epinal réserve un bel accueil aux
Parisiens , et je me répète certainement une nouvelle
Le public est moins présent que la veille, mais 250 fois mais : I Love Dead Pop Club !
personnes ont fait le déplacement pour les concerts.
Napoleon Solo, composé de la section rythmique
de Dead Pop Club, de deux anciens Second Rate aux
guitares et de Forest Pooky au chant, est chargé
de déclencher les hostilités sonores. Je n’assiste-
rai qu’à une petite partie du concert mais je profite
toutefois de la retransmission sonore dans le bar de
la grande salle de la SMAC vosgienne. Comme à son
habitude, le quintet parisien alterne riffs tranchants
et mélodiques, et ambiances sombres et déran-
geantes pour délivrer un set parfaitement exécuté.
Les cinq musiciens aguerris font le job durant les 30
minutes qui leur sont allouées et la restitution en live

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Il reste encore un groupe, et non des moindres : Baby LIVE
Chaos. Comme je l’ai dit auparavant, et mon ami Oli,
Changement de plateau pour le deuxième concert des grand fan devant l’éternel, ne me contredira pas, voir
Flying Donuts qui propose un set spécialement concoc- le groupe en concert dans une petite préfecture de
té pour ses vingt ans. Un gros boulot en amont a été né- province semble complètement irréel. Autant te dire
cessaire tant visuellement qu’artistiquement pour faire que les spectateurs présents ne vont pas bouder leur
de cette soirée une réussite. Le principe est simple : plaisir. Le quatuor, emmené par Chris Gordon, et agré-
balancer avec puissance et maîtrise un best of de leurs menté d’un troisième guitariste pour l’interprétation
tubes, dans l’ordre chronologique (de Last straight des titres issus de son dernier album, va caresser le
line à Loving it all donc). Le backdrop numérique, qui sublime devant une assistance attentive, constitué
représente les pochettes des différentes prod, défile d’amateurs de la première heure et de curieux. Le
en même temps que les titres s’enchaînent, et le pu- groupe pioche allégrement dans ses trois disques et
blic spinalien (mais pas que, un certain Yann s’étant les nombreux titres du dernier album en date (« Black-
déplacé dans la journée d’Orléans pour assister à cette birds », « PPP peaches », « Have faith in yourself »...)
soirée) a le privilège d’entendre des titres qui ont dis- trouvent parfaitement leur place au milieu des clas-
paru des radars depuis quelques années (je pense au siques comme « She’s in pain ». Chris remercie les
génial «Versatile» ou à «Passion and actions»). Le trio trois groupes ayant partagé l’affiche avec eux ce soir,
prend plaisir à dévoiler ce set spécial devant pas mal et invitera même Olivier, le chanteur guitariste de Dead
de copains mais aussi de fans qui sont absolument Pop, à chanter avec lui les refrains de « You can’t shut
ravis d’être là. Le son est, comme d’habitude, massif, us up » comme sur le disque. Baby Chaos, qui fut un
l’exécution des titres est quasi parfaite, et nous aurons temps énorme en France, semble toujours bénéficier
même la primeur d’entendre en live deux « parties » d’une notoriété, et chaque fin de morceau est ponc-
de la « masterpiece » Loving it all. Dans le public, ça tuée par de riches applaudissements. Les mélodies
pogotte, ça chante et surtout ça ovationne comme il se (notamment vocales) et la puissance développées
doit cette référence locale (mais pas que) qui, mine de par ces sympathiques Ecossais sont caractéristiques
rien, a accompli une quantité de choses en deux décen- d’une époque pas si lointaine mais paradoxalement à
nies (pas mal de disques et énormément de concerts et des années lumières de ce qu’il se passe aujourd’hui,
de tournées). Le groupe déclare être honoré de jouer ce une époque où le Royaume-Uni était la capitale mon-
soir avec Baby Chaos dont il achetait les disques dans diale d’un rock teinté de punk et même de pop qui fai-
la rue principale d’Epinal il y a 20 piges ! La roue tourne sait mouche à tous les coups : Blur, Oasis, Therapy?,
en quelque sorte. 80 minutes plus tard, le groupe tire The Wildhearts, Terrorvision et bien d’autres. Parmi les-
sa révérence sur un « Kick your ass » de folie sous les quels Baby Chaos. Au bout d’une heure, le groupe tire
applaudissements nourris de l’assistance pleinement sa révérence de fort belle manière, sans excentricité
acquise à sa cause. mais avec classe... à l’écossaise !

Quel week-end ! (qui n’en fut pas un, mais ce n’est pas
grave). Un groupe qui fête ses vingt ans et qui profite
de l’occasion pour partager l’affiche avec deux de ses
influences majeures, un public réceptif et de la bonne
humeur à foison. Voilà comment fêter dignement un
anniversaire !

J’ai toujours l’habitude de dresser ma liste des salu-
tations et autres remerciements, mais ces deux jours
ont tellement été superbes que je ne voudrais pas
faire l’affront d’un oubli dans une liste qui risquerait
d’être à rallonge. Aussi, merci et coucou aux présents
et à ceux qui savent.

Gui de Champi
Photos : © B2B Photography

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INTERVIEW

KICKING RECORDS

J ’ ai d é j à tout dit sur K icking R ecords . E t j ’ ai quasiment tout dit sur M r C u !,
son big boss . P resque tout , car le reste ne te regarde pas . A lors du coup ,
j ’ ai quand m ê me pos é 10 questions pas si pourries que ça .

Quelle est ta plus grande fierté au bout de dix ans regret ? Il n’y en a pas d’énormes, plutôt des petits qui
d’activité ? font chier sur le moment mais qui s’effacent vite avec
Woah, ça commence fort là, genre auto-satisfaction. le temps et sont remisés aux rayons des mauvais sou-
C’est le genre d’exercice pour lequel je préfère être venirs, cachés très loin des bons. Je me rappelle sur-
seul et dans la salle de bain... Allez, parce que je t’aime tout des bons trucs. Les regrets, ce sont les splits des
bien, je vais répondre : avoir tenu 10 ans. Je me rap- groupes avec lesquels je pensais avoir un vrai projet et
pelle d’une remarque d’une imprimerie avec laquelle qui bouffent le contrat (moral) entre eux et avec moi
j’ai commencé à bosser au tout début du label, et du jour au lendemain. C’est aussi dur à prendre comme
qui, quelques temps après m’a dit : «Quand on t’a vu décision pour eux que c’est difficile à comprendre pour
arriver avec ton sourire, ton speed et tes commandes moi, mais c’est la life et on passe à autre chose. Ce qui
incessantes, on s’est tous dit que tu allais rapidement est bien quand tu es label, c’est que quand ça va pas
rejoindre les rangs des gars qui ont vu trop gros, trop avec un band, ça va avec un autre. Tu n’es pas obligé
vite, et qui se sont ramassés... on s’était trompés, tu de ressasser ce qui ne va pas, tu te tournes toujours
es encore là et tu nous fais encore plus bosser qu’au vers les projets, le positouf. Il ne faut pas oublier que
début.» Et 10 ans après, je les fais encore plus bosser. je fais de la zik pour me faire plaisir, pour créer un truc
Donc oui, si il y a une fierté à avoir, c’est celle d’avoir fait en parallèle censé équilibrer la vie de merde qu’on me
mon truc sans écouter les peines-à-jouir autour de moi, propose. Ce n’est pas un taf, pas un hobby, c’est ma vie
en conciliant un emploi du temps hyper serré, et de telle que je l’entends. Donc si ça va pas avec un projet,
pouvoir le fêter avec tous mes nouveaux copains que c’est pas grave, on passe à autre chose, je n’ai aucune
cette aventure m’a permis de rencontrer ! obligation de réussite, je fixe mes objectifs et mes
règles pour mieux les transgresser quand l’occasion
Quel est ton plus grand regret ou ta plus grande dé- s’y prête.
ception depuis le début du label ?
Tu balances le chaud et le froid, comme ça, façon sai- Les dix plus beaux concerts d’un groupe Kicking au-
si quelques secondes sur chaque face... Le plus gros quel tu as pu assister ?

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Ah, mais c’est un top 10 en fait ? T’en auras pas 10, Un seul ingrédient : qu’il se déroule au Moulin de Brai- INTERVIEW
parce que lors des concerts, je suis généralement au nans. Plein de copains qui se retrouvent à la campagne,
stand qui n’est souvent pas dans la même salle que jouent de la musique et restent sur place jusqu’au ma-
la scène, ou dans l’orga’ à courir partout. Il ne faut pas tin ensoleillé.
oublier que c’est un job de l’ombre et ingrat. Ce qui si-
gnifie que tu organises des concerts pour que les gens Les dix choses à proscrire pour bosser avec Mr Cu! ?
puissent y assister, mais toi tu ne profites pas... Demande à Thib’ des Not Scientists, je pense qu’il aura
Ceci étant, j’ai quand même réussi à assister à quelques bientôt compris.
très bons shows dont G.A.S Drummers à Nîmes (Le
Spot), Cooper et Billy the Kill à Angers (Kicking Fest), Les dix plus beaux visuels (pochette, flyer, affiche de
Les Sheriff au Bataclan (Kicking Fest), The Black Zom- concert...) Kicking ?
bie Procession à Angoulême (Kicking Fest), Flying Do- Un seul ! Loving it all des Flying Donuts ! Il trône dans
nuts au festival Art Sonic, Mother Superior à Toulouse mon salon depuis le premier jour et y restera un long
(Le Saint des Seins) pour n’en citer que quelques-uns. moment !

Ta plus grosse engueulade avec un groupe, un média Dix groupes que tu rêverais d’avoir sur ton label ?
ou autre durant ces dix ans ? Hard-Ons, Naked Raygun, Burning Heads, Seven Se-
Bof, non, je sais pas. Je suis pas du genre à m’engueu- conds, All, Face to Face, Suicidal Tendencies, Super-
ler. J’enregistre puis je prends les décisions adéquates suckers, Valient Thorr, Therapy?, Prong, Danko Jones...
à froid. C’est plus dur pour tout le monde. Mais pas pour parmi ceux qui sont encore en activité.
moi, comme je te disais plus haut, je fais le label seul, Merci Mr Cu!, et bon anniversaire. Merci aussi à Ben
je ne dois rendre de compte à personne, je prends les pour le relais.
décisions seul, j’en assume seul les conséquences.
Ça permet d’avancer plus vite, ça me met en première Gui de Champi
ligne sur tous les fronts que j’ouvre, mais c’est ainsi
que je fonctionne. Je fais des erreurs, des oublis, je
peux aussi être blessant ou incompris, mais c’est juste
la vie. Le label est un terrain de jeu où on met de côté
les règles idiotes qu’on nous inculque depuis l’enfance.
Ici, on essaie chacun d’être responsable de ses actes
et de ses décisions, les relations sont cimentées par la
confiance et pas un contrat, la parole dite est acquise
et définitive.

Ta plus grosse gamelle financière ?
Ah, là on peut faire un Top 50 par contre ! Des gamelles
financières, il n’y a que ça au début, puis tu apprends à
faire en sorte de les éviter, de ne pas refaire tes erreurs
de débutants, et viennent ensuite les locomotives,
qui permettent d’éponger les dettes et d’assainir les
finances. Puis tu reprends des gamelles, parce que tu
sors des disques qui n’intéressent qu’une poignée de
gars parmi la niche dans laquelle tu officies...

Si tu devais monter de toute pièce un Kicking band,
quel serait le line-up de rêve ?
Non mais c’est impossible de répondre à cette ques-
tion. Je les aime tous pour leurs qualités, je ne peux
choisir.

Les dix ingrédients pour un Kicking Fest réussi ?

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LIVE

KLONE
& ANNEKE UNPLUGGED

T rois concerts acoustiques en deux jours en ouverture des shows d ’ A nneke
V an G iersbergen , ça ne se refuse pas alors K lone a boss é dur pour adapter
l ’ essentiel de son nouvel album et conqu é rir le public de la gente dame ,
r é cit de la soir é e la plus chaude , celle du deuxi è me concert sur L a P é niche
à L ille .

Oui, deuxième concert car un premier a eu lieu dans the sun qui nous est offert avec en moments les plus
l’après-midi, La péniche est une scène atypique mais forts en terme de frissons «Immersion» et «Nebu-
qui ne peut recevoir qu’une centaine de personnes, lous». Parfaits du début à la fin, les Poitevins ont mar-
pour contenter deux fois de monde, le concert a donc qué des points auprès d’un public subjugué.
été dédoublé (mais les deux étaient tout de même
complets de chez complets). En ce jour férié du mois Honnêtement, je ne suis pas un grand fan d’Anneke
de mai, il règne une chaleur étouffante sur la capitale Van Giersbergen, assez déçu par sa carrière solo et les
du Nord Pas de Calais Picardie (fuck les «Hauts de derniers albums de The Gathering, j’ai préféré gardé en
France») et malgré la clim et quelques courants d’air, il mémoire les albums où sa voix était au service de la
fait encore plus chaud dans le bateau. Certaines demoi- musique du combo plutôt que ceux où elle était davan-
selles devront même prendre l’air pour ne pas tomber, tage mise en avant. Ce soir, j’ai véritablement décou-
écraser par la densité de l’air. Klone se présente alors, vert un phénomène, une chanteuse connue dans le
en formation particulière puisque les deux guitaristes monde entier qui vient jouer des chansons «en famille»
et le chanteur sont accompagnés d’Armelle Dousset puisque, seule sur scène, elle n’est accompagnée pour
(Rhizottome) qui avec sont accordéon, son synthé et ces concerts que par un ingénieur son, son mari et son
quelques percus remplace batteur et bassiste pour fils. Une Anneke qui vient vendre son merch à peine les
intensifier l’ambiance «unplugged». Déjà amoureux du lumières rallumées et qui est ultra disponible. Il faut
dernier album, moins électrique et métallique que les dire que la dame est bavarde, hors et sur scène... Les
précédents, les versions retravaillées m’ont tout sim- introductions des chansons sont parfois plus longues
plement bouleversé. La chaleur de la douze cordes, la que les titres en eux-mêmes... Pour les anglophones,
limpidité du chant, la délicatesse de l’accordéon, les vi- ça permet d’en connaître plus sur la vie en tournée, de
brations de quelques coups, les sonorités envoûtantes rigoler un peu sur les habitudes des Hollandais (qui ne
du synthé, Klone a simplement été magique durant la mangent que des patates), de découvrir une artiste
grosse demie heure de show, tout en retenue et malgré amoureuse de la France (et de sa gastronomie) et qui
tout très puissamment, c’est presque tout Here comes parcourt le monde avec sa petite famille.

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Entre les palabres, Anneke Van Giersbergen s’emploie sont de mise, comme au moment de jouer «Ih-ah!» de LIVE
tout de même à distiller quelques titres de son cru... En Devin Townsend Project plutôt que de se planter sur
fait presque pas puisque la quasi totalité de la setlist le hit de Slayer qu’elle nous invite à aller voir sur You-
est composée de reprises et seules deux sont issues tube (cherche «Anneke van Giersbergen attempt to
(ce soir en tout cas) des albums de The Gathering Slayer»). Adorable, charmante, talentueuse, la miss
(«Saturnine», «Locked away»). L’unique création de mérite tous les compliments, on a désormais hâte de la
la néerlandaise est «My mother said», émouvante revoir et je pense que les Klone devraient bosser «Sea-
balade qui rappelle qu’une maman inquiète a toujours son in the Abyss» pour l’accompagner...
raison même si on ne s’en rend compte que quand
on devient parent... Sur toute cette tournée, ce sont Merci à Guillaume et Klone, à Pat et la Klonosphère et
donc les covers qui sont mises à l’honneur et madame à l’équipe de La Péniche. Bisous à Sab et coucou à la
Van Giersbergen va autant puiser dans ses lointaines sympathique équipe du Vieux de la Vieille.
influences («Songbird» de Fleetwood Mac ou «Wish Setlist Klone : Immersion / Fog / Gone up in flames /
you were here» de Pink Floyd que je me suis interdit Grim dance / Come undone / Summertime / Nebulous
de chanter pour ne pas parasiter la beauté de sa voix), / Rocket smoke
des souvenirs de jeunesse (pas partagées par sa tante
pour qui elle a pourtant travaillé «Broken wings» de Setlist Anneke Van Giersbergen : 4 years / Songbird /
Mr. Mister) et des tubes intemporels («Sex on fire» My mother said / Saturnine / Sex on fire / Locked away
de Kings of Leon, «Drowning man» de U2 et même / Beautiful one / Ih-ah! / Broken wings / Drowning man /
l’entraînant «Jolene» de Dolly Parton). Si grande ar- Wish you were here / Jolene
tiste soit-elle, si agréable soit sa voix, si délicate soit
sa guitare folk, Anneke n’hésite ni à rompre la glace ni Oli
à exploser le charme d’une telle soirée, plutôt que de Photos : © Oli
créer une ambiance soyeuse, elle nous accueille au
tour d’un feu de camp où anecdotes et petites blagues

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EN BREF

WHITE NOTE BLACK STONE CHERRY Flying Donuts

Oppositional defiant disorder Kentucky Loving it all

(Autoproduction) (Mascot Records) (Kicking Records)

Dans la tanière, c’est rare qu’on se Quel niveau de vide artistique faut- De ma carrière dans le W-Fenec, je
marche dessus ou qu’on partage la il atteindre pour avoir comme idée ne crois pas avoir chroniqué non
même bectance. Mais quand l’un de donner à son album le nom de pas un disque mais un titre. Sauf
quitte le foyer ou que l’autre est parti son état ? On savait les Black Stone que là, j’ai décroché la timbale avec
chasser sur d’autres territoires, il faut Cherry fiers d’être originaires du Ken- Loving it all des Flying Donuts.
bien continuer l’entreprise de (chro) tucky mais de là à regrouper leurs Pour célébrer ses 20 ans d’existence,
niquage. Présentement, la meute nouveaux titres sous ce nom, il faut le groupe a eu une idée folle : sortir
n’avait pas d’autres choix que de me vraiment être en rade, genre au ni- un 45 tours composé d’un morceau
laisser parler de la post-pop de White veau de Slipknot (Iowa) ou n’avoir unique de. vingt minutes ! Rien que ça.
Note. Les Franciliens ont sorti l’année pas récupéré de son réveillon (Cf. Résultat des courses : un titre retra-
dernière (!) leur 2ème album. N’ayant le Nebraska de Bruce Springsteen). çant la quasi intégralité des influences
pas eu vent de la musique de ce quin- Au passage, le premier groupe du groupe, avec pour dénominateur
tet auparavant, je découvre avec ce du Nord qui dénomme son album commun la fureur et le bon goût. Des
disque la musique de la formation avec «Hauts de France», je le dégomme. débuts grungy aux influences stoner
un constat mitigé. Et pourquoi ? Et Et sinon ? Bah rien, comme d’hab’. et métol en passant bien évidem-
bien, parce que c’est le yo-yo constant Quelques titres bien calibrés pour ment par le punk rock, Loving it all
entre joie et déception à chaque titre, la radio histoire de vendre des pos- est un concentré de testostérone et
voire chaque mesure. Autant le groupe ters à la sortie des collèges («Long sent bon le souffre. Les plus aguerris
est capable de nous envoyer loin avec ride») et quelques titres un peu plus reconnaîtront les multiples clins d’œil
de belles sonorités et des envolées burnés et écrits pour donner un poil parsemant ce morceau mis en boîte
bien ficelées autant dans la minute de fil à retordre à ceux qui veulent chez l’ami Mathieu Kabi à l’Indie Ear
(seconde, ça marche aussi) qui suit, apprendre à faire un solo de gratte studio : Burning Heads, Hellacopters</
un chant trop maniéré ou un choix avec les tablatures vendues dans un rubrique >, Dinausor Jr... L’ensemble
artistique divers peut vite faire redes- mag qui le reproduit à l’oreille («Sha- s’enchaîne parfaitement bien, et ce-
cendre le gourdin. Pour résumer, je kin’ my cage»). Les autres sont plats rise sur le gâteau, quand on retourne
suis autant impressionné par la maî- («Cheaper to drink alone») ou foireux le magnifique picture disc, 2 covers
trise technique de ce groupe et de la (les choeurs de «Soul machine» !) et des $heriff et de Baby Chaos viennent
façon dont il produit sa musique que ne suscitent pas la moindre excita- achever l’auditeur. J’ai encore du
par l’incompréhension qui m’habite tion tant les moindres élans un peu mal à m’en remettre. Bravo les gars !
quand je pense à ce potentiel inex- rock n’ roll sont tués dans l’oeuf par
ploité en terme de création originale. une mélodie insignifiante qui surgit Gui de Champi
Au final, on découvre 10 plages d’une toujours de nulle part (et y retourne
formation sans réelle personnalité, aussi vite, «Darkest secret»). Next.
avec des influences bien trop ancrées
pour que White Note puisse juste Oli
sortir un peu du lot. Quel dommage !

Ted

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EN BREF

SIRE THE ONE ARMED MAN Sleeping With Sirens

November Paper bird Madness

(Chancy Publishing) (Flying Cow Prod) (Epitaph Records)

Étrange album que celui de Sire, projet Si l’oiseau de papier qui sert de figure Évoquer Epitaph Records a toujours
quasi exclusivement issu du cerveau de proue à ce nouvel opus de The One fait résonner chez moi trois noms
de Benjamin, ici seul à la composi- Armed Man fait référence à l’art ances- de groupes : Bad Religion pour Brett
tion, l’enregistrement, le mixage ou tral de l’origami cher aux Nippons, Gurewitz qui se trouve être le fonda-
même à la conception de la pochette. c’est encore et toujours à l’Ouest qu’on teur du label, The Offspring qui sort en
Né d’une volonté d’imiter le plus par- cherche du nouveau, dans ces terri- 94 l’album fait trembler le monde du
faitement possible les instruments toires où l’americana tire le meilleur punk une dizaine de jours après la mort
acoustiques à l’aide de logiciels, on des racines historiques pour faire du de Kurt Cobain avec la sortie de Smash
peut dire que November réussit haut neuf. Ici, davantage que la country, et Nofx qui a signé une grande partie
la main ce pari : le son est très hon- c’est le blues qui sert de vivier pour de ses disques chez Epitaph avant que
nête, les compositions acceptables, puiser une inspiration faite de com- Fat Mike ne fonde sa propre maison.
bien que parfois un peu convenues. plaintes, d’accords chaleureux et de Je me retrouve donc à écouter le
Mais là où le bât blesse c’est malheu- petit solo déchirant mais qui muscle disque de Sleeping With Sirens. La
reusement au niveau de la seule partie son jeu pour devenir un bon rock à première écoute me déstabilise com-
organique : la voix. Pour avancer dans l’attitude «old school» mais au son plètement. Je m’attendais à écouter
l’écoute il faut en effet composer avec très moderne. Même avec une petite un bon vieux punk californien. Sortit
ce parti-pris : une voix envahissante, balade acoustique («In the warm sun- en 2015, Madness est en fait de bout
très nasillarde, à l’accent français for- light»), Paper bird est plus homogène en bout un pop rock des plus miel-
tement prononcé et parfois à la limite que Black hills, il semble également leux apte à faire fondre une chaîne
de la parodie (on se demande sou- moins torturé, sans pour autant lâcher HiFi. Jusque-là, une signature chez
vent si des textes ont réellement été des sourires juqu’aux oreilles du fait Epitaph sentait bon. Aujourd’hui, le
écrits). Le manque de mélodie n’aide de thèmes peu guillerets («Whispers goût de la déception me remplit la
pas non plus à se repérer au fil de ces in the dark», «The paper bird killer», bouche. Quelques éléments hardcore
12 titres qui évoluent tous dans les «Love is a lonely road»). Mais dans The ou les capacités vocales du chanteur
mêmes eaux : une pop acoustique One Armed Man, il y a un coeur qui bat peuvent être repérés sans que ce ne
aux arrangements de cordes maîtri- et qui insuffle une dynamique et qui soit suffisant pour relever le niveau.
sés. Un album qu’on n’aurait aucun va de l’avant («Sweet anger», «Ecs- La critique est toujours plus facile que
mal à imaginer en français avec une tasy») et qui correspond assez bien la création. Les artistes réalisent des
voix plus travaillée. En l’état, on aura à l’idée directrice proposée ici par le œuvres qui ne leur appartiennent déjà
du mal à ne pas trouver l’exercice quatuor : un homme frappé d’amnésie plus au moment où ils les exposent.
souvent pénible et vain, alors que le qui redécouvre peu à peu son histoire. C’est une prise de risque qui mérite
potentiel de l’artiste est clairement là. toujours d’être saluée. C’est ainsi que
Oli le détracteur que je suis, attentif à res-
Antonin pecter celui qui prend cette initiative
soulève sa plume sans plus un mot.

Julien

81


EN BREF

MALLORY UNDERGANG 3 MINUTES SUR MER

Sonora R.F. Part I Live Catapulte

(Dooweet) (Autoproduction) (PIAS)

Les Parisiens de Mallory nous avaient L’ayant déjà vu sur les planches, nous J’avais été aussi enchanté avec leur
fait parvenir leur 2 sans que nous ne l’affirmons : Undergang déchire sur tout premier EP éponyme que déçu
soyons convaincus, avec ce Sonora scène ! Pour ceux qui aiment se dan- par leur album Des espoirs de singes
R.F. Part I, on leur fait toujours les diner sur des rythmes effrénés, sou- mais 3 Minutes sur Mer ne m’a pas
mêmes reproches : une production vent dotés d’une lourdeur désobéis- tenu rigueur de ma chronique, met-
un poil légère sur les saturations, sante, parsemés de flows rageurs, il tant un petit mot avec ce nouveau
un accent anglais très perfectible et se trouve que le bonhomme sort son disque «en espérant qu’il te plaise
des influences très marquées (entre Live. «Il était temps», aurait-on envie plus que le précédent», c’est sympa,
le grunge désabusé de Nirvana et de dire. Après 4 albums et une évolu- enfin j’espère que vous faites votre
l’indolence rock de Noir Désir). Ceci tion discographique qu’on définirait musique pour vous plus que pour
dit, cet album (qui promet une suite) de «normal» pour un artiste ouvert moi quand même. Ce nouvel EP 4
est bien plus solide que le précé- en quête de création et de recherche titres remet les compteurs à zéro, on
dent, le son d’ensemble est correct, (de la jungle-electro au rock-elec- oublie les influences des débuts, on
les enchaînements se font naturel- tro), Undergang offre plus de trois- oublie l’électronique, c’est un combo
lement, le mélange d’anglais et de quart d’heure d’un concert donné au neuf qui nous présente des titres
français passe plutôt bien (faut dire Métronum à Toulouse en 2014. Alors poético-pop-rock quelque part entre
que l’accent est le même, ahah) et les en pleine tournée avec Hang on - ce Elista et Arman Mélies, des titres as-
différentes ambiances démontrent un dernier représentant la moitié de sez dépouillés mais très touchants.
vrai travail que le ton se durcisse, se cet enregistrement - Cédric donne L’appréhension d’une direction plus
noircisse ou d’adoucisse (le très beau le maximum et occasionne une mue variétoche ressentie à la lecture de la
«Cellule 7»). Des détails ne trompent progressive de son être artistique participation de Louis-Jean Cormier
pas (ces samples en espagnol qui : dubstep, punk, post-rock, jungle, (Karkwa mais aussi coach pour le The
ouvrent et ferment le disque), les gars drum and bass, hip-hop vont alors de Voice québecois) et surtout de Zazie
ont bossé et ça s’entend. Certes, tout pair quand on s’appelle Undergang. Un s’efface avec les écoutes. 3 Minutes
n’est pas encore parfait mais Rome live tiré à 500 exemplaires, très fidèle sur Mer ne fait aucune concession à
n’est pas devenue la ville éternelle aux albums (tout du moins au der- la facilité, le chant de leurs invités se
en un jour, la progression étant déjà nier), avec un titre punk inédit intitulé fonde dans l’esprit du groupe et sert le
nette, on ne peut qu’être confiant pour «Find me a shelter» à la clé avec ses titre ne cherchant pas à se faire remar-
l’avenir. Plus cohérents, plus équi- amis Mox de Naïve et Mulot de Face- quer mais plutôt à le sublimer («Ce
librés, plus justes, les Mallory sont B. De quoi (re)découvrir en quelques n’est pas nous qui sommes mauvais»
presque mûrs et promettent déjà de titres l’œuvre d’un artiste qui écume devient une pépite de pop éthérée en
bons moments de live avec cet opus. les scènes depuis plus de dix ans. partie grâce au timbre de Zazie...). Re-
tour case départ donc avec une folle et
Oli Ted douce envie d’en écouter plus dans ce
goût-là... Enfin, ça n’est que mon avis...

Oli

82


EN BREF

MATTHIEU ROSSO RED QUARTET DESERT MOUNTAIN TRIBE DARWIN DEEZ
No monster
Either that or the moon Double down
(Juste Une Trace)
(Membran) (Lucky Number)

Dans la série «Disques à chroniquer La capitale du rock psychédélique est À l’image d’un Mac Demarco, Darwin
que j’avais perdu de vue», voici le No Londres et en 2016, Desert Mountain Deez possède un grand talent d’au-
monster de Matthieu Rosso Red Quar- Tribe vient nous le rappeler ! Ce trio y teur-compositeur volontairement dis-
tet. Un disque de jazz contemporain est basé - même si deux de ses gars simulé sous une attitude flegmatique
et expérimental qui sait résonner au viennent de Cologne - et nous sort un bien travaillée. Avec 3 albums en 5
creux des oreilles de votre serviteur premier opus d’une incroyable maturi- ans, Darwin Merwan Smith (de son
et l’attendrir sans trop de souci. Deu- té. Si le chant nous plonge au cœur de vrai nom) est cependant un poil moins
xième album de la formation signée la culture brit-pop (des aigus, de la re- prolifique que son confrère new-yor-
sur le label Juste une trace (Artweg, verb’, des harmonies à la Pulp...), la mu- kais. Et clairement moins connu il est
Treponem Pal, Ozma), No monster est sique est clairement influencée par le vrai. Tout y est pourtant, des sonori-
l’exemple d’une prise de liberté fleu- rock psychédélique des seventies (de tés sympathiquement vintages aux
rant le 100%. Un jazz au sein duquel le Zappa à Pink Floyd) en conservant des textes spontanés et naïfs (l’arrêt de la
rock expérimental et technique s’invite structures assez carrées et très rock. cigarette, les amours d’adolescents).
en semant le désordre dans un univers Exceptés deux titres qui dépassent les Mais alors qu’il démarre parfaitement,
qui sent quand même bon l’opération 7 minutes, le combo s’aventure assez tout en légèreté et en arrangements
maîtrisée (et ordonnée du coup). Rien peu dans le prog’ et les mouvements inspirés (« The mess she made »,
de bien nouveau dans le monde des spatiaux et spacieux, il est davantage « Lover »), l’album et son esprit gé-
jazzmen endurci, le sax tout en maî- focalisé sur des chansons pop aux néral s’essoufflent très vite. Car, à
trise de Denis Guivarc’h nous ordonne sonorités psychés qui leur permettent l’image de sa pochette, Double down
de revoir toute la discographie de d’accrocher très vite l’auditeur même témoigne d’une certaine volonté de
Steve Coleman, et fissa ! ; la basse de s’il n’est pas totalement concentré sur décalage sans que celle-ci ne prenne
Jean-Philippe Morel est constamment ce qu’il écoute. Alors forcément, soit tu jamais vraiment le pas sur une esthé-
au taquet (sauf quand ça s’arrête !) et vas préférer les plans plus classiques tique somme toute très contrôlée et
sait s’abreuver d’effets supersoniques et zapper les plages plus étendues, convenue. On prend ainsi le risque
(wah-fuzz sur «Pandora’s box») ; les soit tu vas regretter qu’ils ne s’aven- d’attendre sans la trouver une petite
rythmes de Rafaël Koerner sont mil- turent pas plus loin encore dans cet étincelle de folie, comme ce fut le
limétrés pour servir le propos avec univers infini qu’est le côté obscur de cas dans ses productions passées
talent tandis que le chef d’orchestre, la lune. Mais quel que soit ton choix, (You can’t be my girl en 2013 notam-
qu’est le guitariste Matthieu Rosso, tu dois pouvoir profiter de l’ensemble. ment). Avec ce nouvel LP, Darwin
navigue entre phrasés délicieux et Perso, c’est quand ils explorent Deez resserre donc le propos, au
soli subtils empruntés par moment en mettant de côté le chant que je risque de passer peu à peu inaperçu.
au free rock et au métal progressif. m’éclate le plus avec eux. Et toi ?
No monster est un dédale sonore Antonin
dans lequel il est si bon de se perdre. Oli

Ted

83


EN BREF

BACKYARD FOLK CLUB DILLY DALLY HILLS N’ PILLS

The broken spoon Sore Delicious nourriture

(Autoproduction) (Buzz Records) (Autoproduction)

Deux chanteuses (Magali et Hélène), Autant être franc, le principal intérêt Depuis leurs débuts, les deux musi-
un banjo (Cyrille), quelques percus- de ce premier long format des Cana- ciens mêlent des influences orien-
sions ou une guitare (Fred), il n’en faut diens réside dans la voix écorchée de tales avec un métal prenant ses
pas plus pour composer un bon petit sa chanteuse-guitariste, Katie Monks. sources dans la musique de Souffly
groupe de folk, la preuve avec le Bac- Un grain sale et viscéral qu’on n’avait et de Pantera, le groupe a sorti trois
kyard Folk Club. Venu du fond du jardin plus vraiment entendu depuis l’explo- EPs avec un petit dernier qui porte le
(et de Sélestat) pour jouer des mor- sion du grunge au début des années nom de Delicious nourriture. Le visuel
ceaux bricolés avec quelques bouts de 90. Et ce n’est pas vraiment un ha- de l’album nous donne les premiers
ficelle, le groupe présente un premier sard, puisqu’on peut globalement indices. Les niveaux de gris effacent
EP très épuré et rapidement envoû- dire que les influences du groupe se la présence de cinq hommes destinés
tant. Un beau double chant et un petit partagent équitablement entre le à prendre un repas fatidique. Le rouge
rythme nous emmène illico dans leur rock des Pixies, la fureur des Sonic vif nous fait ressortir les composantes
monde. «The broken spoon» a ce pou- Youth et l’esthétique indie des années du menu : vin rouge et médicaments
voir magique que peu de morceaux dé- 2000. En clair, ça ne fait pas dans ta aux allures de Dafalgan. Tout serait
tiennent, ce truc qui fait qu’on l’aime dentelle, avec sans doute comme dans cet album ? De quoi nous donner
en quelques secondes, qu’il reste en leitmotiv la volonté de témoigner de mal à la tête et de quoi nous soigner ?
tête longtemps et qu’on a envie de l’énergie de leurs concerts : le groupe Si c’est ça, je me jette dans la gueule
partager (autour d’un feu de camp a en effet tourné 6 ans avant de cou- du loup et que trépasse si je faiblis !
par exemple !). Un poil de country, un cher son premier effort. Tout comme Hills N’Pills fait son entrée avec un flow
soupçon de blues, de quoi se plaindre ses aînés, Dilly Dally a cependant bien rapide et des grognements profonds
un peu (ici, une malheureuse cuillère compris qu’on pouvait faire autant de sur un son puissant. Sepultura impose
cassée) et ça suffit ! La magie opère un bruit que l’on veut à condition de ne son ombre mais Salim Smili trace sa
peu moins sur les titres suivants mais pas négliger la mélodie - comme sur propre route en apportant des élé-
on reste au pays des cow-boys (et le premier single qu’il dévoile d’entrée ments fusion. Le groupe est imposant
des cow-girls) avec l’harmonica («My de jeu (« Desire »). Le reste du disque sous tous ses angles. Les influences
king»), le rythme retombe avec «Sum- est du même acabit, rendant l’écoute orientales associées à un chant un
mer heat» puis «My soul» nous em- soit pénible (la voix criarde, toujours), peu plus lyrique puisent dans le ré-
mène dans les champs de coton avant soit exaltante (le rock ne serait donc pertoire des premiers albums de Sys-
de finir avec plus d’enthousiasme pas mort), à vous de voir. On a tout tem Of A Down. Les petites touches
(«Dear»). Puis, on se remet «The bro- de même souvent le sentiment qu’on electro semées au fil de l’album ne
ken spoon» histoire de vérifier que nous ressert la même chose qu’il y a tombent pas forcément dans l’oreille
c’est bien un titre exceptionnel. Oui, 20 ans, dans un emballage différent. la plus réceptive mais c’est sans re-
c’est sûr, le groupe a d’ailleurs bien lâche que le groupe m’a bousculé sur
compris qu’il détenait une pépite en le Antonin ses quatre titres... et ça fait du bien !
mettant en avant, tu n’as donc aucune
excuse pour ne pas tenter d’y résister. Julien

Oli

84


EN BREF

MONA KAZU LES AGAMEMNONZ VOLKER

Arguments with a bird De À à Z Volker

(Falls Avalanche Records) (Autoproduction) (Kaotoxin Record)

Mona Kazu n’a pas choisi la facilité Les Agamemnonz c’est un peu l’his- Quand Jenny quitte Noein en 2014,
pour attaquer son album puisque le toire d’un gros coup de bluff. Celle elle ne met que quelques mois à trou-
premier titre est en allemand et son de quatre gars de Rouen qui tentent ver un nouveau groupe pour exprimer
instrumentation volontairement ban- de réhabiliter un genre un peu oublié sa rage : Volker. Ce dernier apparaît
cale. Impossible donc de trouver un : le surf-rock. Tout y est, du son si même comme un «super combo»
quelconque équilibre à l’écoute de ce caractéristique (guitares réverbées puisqu’il compte dans ses rangs U.W
morceau déroutant. Ce titre («23») et omniprésentes, batterie percus- à la guitare (ex-Regarde Les Hommes
a fait l’objet d’un clip auquel il ne sive) à la pochette (forcément datée), Tomber et Otargos) et la session
faut pas se limiter pour découvrir le on se croirait de retour en Californie rythmique d’Otargos (à la manoeuvre
groupe... En effet, le reste, en anglais, dans les années 60’ (enfin on l’ima- aussi dans Demented). Côté composi-
est plus simple à appréhender, la voix gine). Une cohérence qui peut parfois tion, technicité et expérience, Volker
de Priscille fait preuve à la fois d’une virer à l’homogénéité la plus totale part donc avec une belle avance sur
certaine assurance (elle nous drague, pour l’oreille non avertie, d’autant n’importe quel «nouveau groupe».
non ?) et d’une forme de fragilité (celle que ce disque compile en fait deux Restait à se forger une identité et en
que l’on retrouve chez An Pierlé par albums du groupe (Les Agamemnonz à peine 3 titres (et une dizaine de mi-
exemple), c’est elle qui nous guide à et Au revoir, sortis respectivement nutes), c’est chose faite avec cet EP
travers les méandres de leur indie- en 2013 et 2015), soit 18 titres ! rageur où la voix de Jenny joue autant
pop-rock satiné d’électro. Entre sons Ajoutant à cela que, conformément aux sur la délicatesse susurrée que sur
sourds (la basse surtout), luminosité canons du genre, toutes leurs compo- la hargne growlée, histoire d’être au
éclatante (le chant essentiellement), sitions sont instrumentales, il va donc diapason des riffs qui tombent tout
attaques distordues (la guitare évi- clairement vous falloir une bonne dose autour d’elles, plombés ou nerveux,
demment) et gestion du rythme (la d’écoutes avant de réussir à vous re- entre rock burné (à la L7 chargé en
batterie), le groupe bourguignon nous pérer dans ce déluge de pistes fréné- testostérone sur «Bitch») et post
emmène dans son univers sans nous tiques. Heureusement Les Agamem- métal sombre voire inquiétant («Pa-
laisser le choix de la route à suivre, nonz ont la bonne idée d’être un groupe vor nocturnus»). Difficile à cerner
nous ballote sur le chemin refusant doué pour les mélodies : ils nous four- tant on n’est pas habitué au genre,
d’écrire des morceaux aux structures nissent ainsi quantité de gimmicks Volker se fait donc rapidement une
classiques («I’m not that one»), qui nous donnent envie de prêter à cet identité et la qualité de ses membres
étant en cela plus punk que bien des album toute l’attention qu’il mérite. fait le reste : les titres s’amusent au-
groupes à crêtes... Plus baroque, plus tant des rythmes que des sons pour
foutraque, plus ouvert, plus exigeant Antonin créer différentes ambiances généra-
également. Arguments with a bird est lement malsaines. Le groupe bosse
un album peu évident mais finalement déjà sur son premier album, on a hâte.
assez séduisant.
Oli
Oli

85


EN BREF

EGO MISS BLINDED ÇA SANZU

Tipping point 24615 Heavy over the home

(Jaff) (Atypeek Music) (Listenable Records)

Ego Miss Blinded serait déjà au mo- Quand je dis qu’en France, on a une Malgré un «logo» presque illisible,
ment charnière (Tipping point) de son super scène dite «math-rock» (com- Sanzu a su se faire un nom puisque
existence ? En tout cas, ce nouvel EP prendre rock complexe et technique), Listenable Records a décidé de res-
les maintient sur la scène médiatique j’arrive à percevoir dans le regard de sortir leur premier album autoproduit
et leur donne une bonne excuse pour mes interlocuteurs comme un doute Heavy over the home. Et comme si
refaire des concerts (même s’ils n’ont s’installer. Alors, soit personne ne çela ne suffisait pas pour les faire sor-
pas vraiment besoin de ça !). Pas de bouge son cul au concert en mode tir d’Australie, ils profitent également
grand changement depuis ... A view, découverte (qui ne coûte jamais grand d’un nouvel emballage et de 5 titres
on navigue toujours entre Hard Rock chose), soit les gens ne lisent pas bonus (l’EP Painless). Bref, tu peux
old school ou rock burné avec des les bons papiers ou webzines, soit ils te procurer tout Sanzu avec ce disque
passages de bravoure instrumentale sont réfractaires à la nouveauté et et profiter de ce jeune combo salué
(le solo de la fin de «Alive» passe très considèrent que les anglos ont déjà comme l’un des plus gros espoirs de
bien sans être d’une technicité folle). tout réalisé en la matière. Là, je vous la scène death. Leur identité se forge
L’ensemble ne rutile pas de modernité ai dégoté un petit groupe de Saint- d’abord dans le son, là où certains
mais qui a décidé que ce style de mu- Etienne qui s’appelle Ça (pas de bla- jouent sur une distorsion à la pureté
sique appartenait au passé ? Pas eux gues, merci) et qui fait parti d’un obs- clinique, eux l’attaquent avec un grain
en tout cas qui s’éclatent à envoyer cure collectif se nommant Vox Project. de folie, histoire de donner encore da-
du riff («The knife yo your throat») Pourtant dans ce trio, la voix n’est que vantage d’épaisseur à leurs riffs. Côté
et de la disto («Raise your head part peu présente, ou alors juste pour des composition, les Australiens ont clai-
1») ou à calmer le jeu («Alive», «Raise onomatopées que je ne décrirai pas rement été marqués par les évolutions
your head part 2»), et quelque soit le ici. Sa musique sent bon l’odeur des du métal moderne et il semble évident
registre, le groupe est à l’aise, ne sem- jam-sessions interminables, un bordel qu’ils sont fans de Gojira, à user des
blant jamais forcer pour faire passer organisé dans lequel ressort un son harmoniques artificielles, des ava-
son high energy rock n’ roll. Pourtant, cru provenant des scènes free-rock lanches de décibels et des passages
il y a du boulot derrière ces quelques et jazz-funk. C’est technique, le tout cassant le rythme et apportant à la
compositions, que ce soit dans le s’emboîtent bien, les guitares passent fois clarté et chaos à un ensemble
choix des sons, des petits arrange- leur temps à crier ou à pleurer, font du ultra maîtrisé. Variant avec talents
ments, des transitions, des intona- yo-yo émotionnel avec une section les chants (growlé, hurlé, mélodieux),
tions, pour que tout coule aussi faci- rythmique très solide et syncopée der- les sonorités (ce riff tournoyant de
lement, c’est que tout est bien pensé, rière. Un peu comme si Ni rencontrait «Those who sleep in the East»), les
bien réfléchi. Reste à savoir si cette 31Knots. D’autres combinaisons sont accélérations (ou les respirations
sauce est à ton goût, et pour ça, il n’y possibles, mais ne compter pas sur comme ce «Awaken» qui reste cepen-
a qu’un moyen de le savoir : écouter. moi pour vous mâcher le travail. Com- dant oppressant), Sanzu démontre
mencer par vous jeter sur ce disque... l’influence mondiale de Gojira et pour-
Oli et sur le dernier EP plus récent (oui, rait dépasser le maître vu les quali-
le W-Fenec est toujours à la page...). tés exposées sur ce premier album.

Ted Oli

86


EN BREF

Ihsahn RAB Banquet

Arktis Rab 2 Jupiter rose

(Candlelight / Spinefarm Records) (Klonosphère) (Heavy Psych Sounds Records)

Vegard Sverre Tveitan est un touche RAB tient à nous mettre à l’aise avant Si tu aimes l’Iron Maiden des ori-
à tout, s’il est surtout connu pour son même la première écoute. avec un gines avec les twins guitars qui
travail avec Emperor au rayon black humour bien lourd et sans détour qui gueulent, alors les Californiens de
métal, il bosse aussi avec sa femme dit explicitement : «Nous, on se prend Banquet sont tes meilleurs amis.
sur des titres folk et délivre ici un pas la tête». Ainsi, leur page facebook Les 70’s sont décidément grave à la
sixième album solo sous son pseudo- s’orne d’un superbe «Le printemps à mode et ici on a l’exemple le plus ty-
nyme Ihsahn. Un album très ouvert où RAB Tour». Inutile de vous dire que la pique de ce qu’on appellerait du revival.
l’on trouve un peu de tout, la faute au pochette regorge de ces petites sucre- Alors certes, c’est bien foutu mais
large éventails de goûts de notre chef ries avec une liste de groupes dont le j’avoue qu’en tant que chroniqueur
d’orchestre mais également à la pré- nom est détourné : SépultuRAB, Pan- au bout du troisième/quatrième
sence de potes qui viennent lui rendre téRAB, GojiRAB, MotoRAB...L’acronyme album qui fait l’ersatz de Sabbath
la monnaie de sa pièce, n’étant pas RAB, révélant en réalité un «Rien A ou de Maiden ou de je ne sais quel
avare de collaboration. Les chanteurs Branler», leur colle à la peau. L’élé- groupe avec des types morts de-
de Leprous ou Trivium, le saxophoniste gance portée au plus haut point. Enfin dans, on a tendance à se deman-
de Shining (version norvégienne), le bref, on va s’arrêter là parce qu’on der « mais bordel à quoi bon ? ».
novelliste Herbjørnsrud, tous sont in- est pas non plus sur Rires et Chan- Ceci étant dit, on le répète : c’est bien
vités à participer à Arktis, chaleureuse sons. Mais bon, bonne approche ! foutu et c’est roboratif, peut être trop
plongée dans le grand froid. Difficile Une fois qu’on a gratté la bêtise en sur- Maiden pour moi mais ça lorgne quand
de qualifier l’album, si ce n’est pas par face, RAB présente tous les attributs même plus du coté rock sableux que
l’adjectif fourre-tout «prog» (dans la d’un rock bien couillu. Pour qui en dou- du coté zombi débile. Au delà de ça
lignée d’un autre génie qu’est Steven terait la première piste de RAB 2 met les mecs sont quand même inventifs
Wilson), tant les ambiances sont diffé- tout le monde au diapason. La course et inspirés et ça joue sévère avec fee-
rentes d’une plage à l’autre. Certaines est lancée et le son est plus propre que ling et honnêteté. Et finalement, c’est
sont très accessibles pour le métal- l’humour de RAB. Une fenêtre s’ouvre probablement tout ce qui compte.
leux de base qui apprécie le chant sur le stoner. «The genuis of the
clair autant que le guttural («Until I crowd» et ses éléments fusion nous Elie
too dissolve», «Celestial violence»), montrent que la formation a la rage au
d’autres sont clairement avant-gar- ventre. L’instant d’après «Tonight we
distes («Crooked red line», «Til tor dance» est à deux pas d’être un mor-
ulven») et exigent une grande ouver- ceau de Eagles Of The Death Metal.
ture d’esprit pour rentrer dedans. Al- Tout le long de l’opus, la formation se
bum ambitieux (comme toujours avec montre sous plusieurs visages - dé-
Ihsahn) qui fourmille de bonnes idées, couvrant des allures métal/hard rock
Arktis n’en reste pas moins un opus à en pointillés - tout en conservant une
réserver aux fans les plus hardcore de énergie débordante. Une chose est
son auteur et/ou de sa bande de potes. sûre à la fin du disque, on veut du RAB !

Oli Julien

87


EN BREF

Dona Confuse Harmonic Generator Geins’t Naït & Laurent Petitgand
Oublier
Elements of cosmogony Flesh
(Ici D’Ailleurs)
(Autoproduction) (Autoproduction)

4 à 5 années, c’est le temps qu’il faut L’excellent Heart n’était que la pre- Fruit de l’association de 2 musiciens
pour pouvoir écouter du son frais en mière partie d’une trilogie qui se à la carrière bien remplie, ce nouveau
provenance de Dona Confuse, et à poursuit aujourd’hui avec Flesh, aux disque fait suite à un LP de 2011 mar-
chaque fois, le groupe évolue. La mu- logiques petits coeurs du premier ar- quant le retour de ce projet après 20
sique de 2007 n’est pas celle de 2016, twork, on a maintenant la déclinaison ans de silence. Une histoire mouve-
leurs inspirations, leurs instruments, tout aussi réussie des mains option mentée, à l’image de la musique du
leurs moyens changent mais il reste cours d’anatomie. Les Marseillais duo. Oublier présente en effet tous les
toujours la qualité. Ici, c’est le côté déroulent avec la même passion leur avantages et les inconvénients d’un
métallique du combo qui a totalement rock stoner old school. Chaleureux et disque exigeant, sans concession
disparu, la place est entièrement distordus, leurs riffs accrochent aisé- et fatalement à la séduction limitée.
dégagée pour les synthés parfois un ment, surtout quand les premières Morceaux instrumentaux à vocation
peu froids, pour une basse ultra pré- salves sont celles de «Dance on cinématographique, les 13 titres de
sente et des ambiances entre pop et your grave», le meilleur des quatre cet enregistrement dense se veulent
trip (hop) spatiales. Le moins que l’on titres présentés. Avec «The end», ils âpres, dérangeants, parfois à la limite
puisse dire c’est que chaque pièce du donnent l’image d’un groupe de pun- du désagréable. Construite autour de
puzzle Elements of cosmogony est chers, qui n’hésite pas à rentrer dans longues boucles où s’agrègent peu à
ciselée et s’imbrique dans l’ensemble le tas et qui facilite la gesticulation. peu des sons non identifiés, l’esthé-
pour donner une image cohérente, A l’opposé de «Something you need tique générale emprunte autant à
quand bien même la plage aurait de to know», plus cool sans pour autant l’ambient, l’indus qu’à la musique clas-
quoi désarçonner par son caractère verser dans le slow langoureux, le titre sique. Mais au milieu de ce bloc de 70
exigeant (les sonorités piquantes de témoigne d’une certaine maîtrise des minutes ce sont finalement les pistes
«Invisible», les interférences de «Ju- sonorités, des tempos et de la mélo- les plus brèves (« 26 »,« Brass ») qui
piter love», les percussions hypno- die. Un sentiment que je n’éprouve s’avèrent les plus captivantes. Pas sûr
tiques de «Cosmos edges»...). Dona pas à l’écoute de «Secret garden» que cet album devienne votre nou-
Confuse ne donne pas dans la facilité qui semble trop mou pour être embal- veau disque de chevet - nuits agitées
mais demande un abandon total de lant et trop rythmé pour être «posé», en perspective - mais il a néanmoins
l’auditeur qui une fois immergé dans entre deux eaux, les qualités du mor- le mérite d’être en accord avec son
leur univers pourra ressentir tous les ceau (le solo, quelques riffs) n’arrivent principe : ne pas laisser indifférent,
bienfaits de leur travail désormais pas à le rendre aussi bon que les trois ne rentrer dans aucun moule. À ce
à la croisée des chemins d’une pop autres. C’est le souci quand les 3 titre il a clairement moins de chance
froide et du traitement des meilleurs quarts des titres sont excellents, on que d’autres de finir aux oubliettes.
DJs spécialisés dans le remixage s’attend à qu’ils soient tous aussi à
d’anciens titres pour les remettre au notre goût... Et oui, on en veut toujours Oli
goût du jour (Kavinsky, The Avener...). plus alors qu’on pourrait / devrait lar-
gement se satisfaire de ce qu’on a !
Oli
Oli

88


EN BREF

Mont-Doré HECK Ape Machine

Fractures Instructions Coalition of the unwilling(Heavy

(Black Basset Records) (NPAG Industries) Psych Sounds Records)

Après un très remarqué Escalades, Si tu ne connais pas du tout Heck, Certains groupes font dans le revi-
Mont-Doré nous délivre un Fractures sache qu’entre 2012 et 2015, ces val classiciste et nous emmerdent,
tout en écorchures et en montées Anglais s’appelaient Baby Godzilla et d’autres le font aussi mais de manière
d’adrénaline. Screamo, post-hardcore dévastaient tout sur leur passage. super fun. On ne saura pas vous expli-
avec également des aspects noise Comme leur nom plaisait moyenne- quer où commence l’un et où s’arrête
dans le traitement de certains sons ment à un consortium japonais qui l’autre, mais Ape Machine fait claire-
(du plus brut de la batterie au plus a déposé la marque du monstre, ils ment partie de la deuxième catégorie.
gros de la basse, c’est signé Gaspard ont changé de patronyme mais conti- On a beau avoir entendu ça cinquante
De Meulemeester / Magnus Lind- nuent de tout dévaster sur leur pas- fois y a un petit grain de folie qui ac-
berg), le groupe continue d’élaborer sage. Math-métal ? Screamo-HardCore croche l’oreille tout de suite, proba-
des compositions à vif, ultra percu- technique alambiqué ? Peu importe blement grâce à ce coté jam déchaî-
tantes, tant pour les sens que pour comment on appelle ça, il faut juste née qui part dans tout les sens. On
l’esprit. Toujours à cran, le combo savoir que ça défouraille tout le temps. traverse un melting pot de hard-rock,
ne semble jamais vouloir relâcher la Le chant hurlé prédomine (même si un de desert-rock, de riff rock, de blues
gorge de l’auditeur, et quand il n’y a comparse vient calmer le jeu de temps et de psychédélique plus que géné-
que les instruments («The longest à autres) mais ce qui affole véritable- reux. Un melting pot tout aussi haut en
silence ever heard»), c’est pour serrer ment les sens, c’est la folie rythmique couleur que sa (chouette) pochette,
de plus en plus fort jusqu’à l’explosif du combo, si tu as vu Dave Lombardo mais également un melting pot totale-
«Show me where it hurts». C’est tam- répondre en live à Mike Patton dans ment imprévisible avec des structures
bour battant que l’EP se referme avec un de leurs délires (surtout avec alambiquées. A l’écoute de certains
un «What you gave me is not a gift» Fantomas), tu sais de quoi je parle, morceaux, il semble qu’aucun des
où l’on trouve en renfort Mik (chan- sauf qu’au lieu de durer quelques musiciens n’ait envie de s’arrêter de
teur de Death Engine, avec qui ils ont minutes, ça dure un album entier. jouer. On hoche la tête aussi souvent
tourné en octobre entre la France et Certes les titres ne s’étendent pas qu’on hallucine et on se laisse embar-
le Danemark en passant par la Bel- de trop (sauf l’épique triptyque final) quer facilement à travers un ensemble
gique et l’Allemagne). Bref, si tu veux mais putain qu’est-ce que ça envoie ! tout sauf homogène qui contraire-
une dose d’ultra rock n’ roll épider- Et comme le reste est à l’avenant, on ment à nombre de ces confrères a sut
mique («Don’t go wasting your devo- en prend plein les esgourdes et on mettre du rythme dans son EP. Même
tion» !!!), fais-toi quelques Fractures... se dit que The Dillinger Escape Plan, la power-ballad de rigueur qui clôture
finalement, c’est pas si barré. Si tu es ce sympathique effort s’avère vache-
Oli prêt à t’embarquer dans une demie ment amusante. Si ce n’est qu’un EP,
heure de plans diaboliques, accroche on en prend suffisamment dans la
ta ceinture et suit les Instructions. gueule pour croire à un album. Voilà qui
doit être absolument jouissif en live !
Oli
Elie

89


EN BREF

A TIME TO HOPE Black Rainbows VERDUN

Full of doubts Stellar prophecy The eternal drift’s canticles

(Autoproduction) (Heavy Psych Sound Records) (Head Records, Throatruiner Records
& Lost Pilgrims Records)
A Time To Hope est une formation On ne va pas y aller par quatre che-
extrêmement jeune puisqu’elle n’a mins : Stellar prophecy, c’est la même Montpellier, c’est la ville de Verdun,
débuté à exercer qu’en juillet 2014, chose qu’Hawkdope. en encore mieux. c’est aussi celle de Head Records
mais jeunesse ne veut pas toujours Le précédent album, qui nous avait et Lost Pilgrims Records qui sortent
dire inexpérience car les Montpellié- laissé plutôt impressionné, marquait conjointement avec Throatruiner Re-
rains démontrent avec ce premier EP, la progression d’un groupe qui arrivait cords cette nouvelle salve de titres (5
dispo depuis novembre 2015, qu’ils enfin à se rendre sexy tout en restant pour environ une heure de combat)
ont déjà tout compris à l’industrie dans un classicisme forcené. Stel- intitulée The eternal drift’s canticles
musicale. Entre métal et rock (eux se lar prophecy cette fois est bien plus (ou Les cantiques de la dérive éter-
voient bien au rayon post-hardcore qu’une vulgaire compil’ de bon riffs nelle), ajoute à cette liste un artwork
mais leurs sonorités sont trop claires stoner, c’est un vrai petit voyage bien sombre et sanglant et tu as de quoi fê-
et leurs architectures trop simples), à l’ancienne. On navigue à vue dans un ter le centenaire de la boucherie de la
les gaillards envoient une musique vrai bon gros trip à l’acide comme on en Grande Guerre dans un univers apoca-
aux confluences de plusieurs genres fait plus depuis Hawkwind et Monster lyptique où la boue ralentit tout et où
avec en ligne directrice un émo op- Magnet. Beaucoup font des clins d’œil les gaz provoquent des hallucinations.
tion Cave In (le chant est en anglais, aux aînés, d’autres maîtrisent. Preuve Il est difficile de détailler chaque mor-
on met donc de côté toute référence en est : le groupe se fait carrément ceau tant ils sont denses et s’ouvrent
francophone), pas la pire influence qui plaisir avec deux titres dantesques à de multiples influences (du drone au
soit. Certaines saturations sont réso- qui avancent tout en progression sur prog en passant par l’avant-garde et le
lument métal (quelques gargarismes près de 10 minutes Si le son est en- screamo), le groupe pouvant enchaî-
également) et tranchent avec la clarté core plus roboratif qu’avant, la variété ner des plans dignes de Mars Red Sky
d’autres passages qui titillent les aigus elle aussi a été encore plus appuyée. à d’autres surgis des tréfonds des ar-
et n’hésitent pas à trouver un renfort Ainsi, Stellar prophecy, entre son chives de Sepultura (voire Nailbomb).
de douceur du côté de l’électronique. ouverture stoogienne et ses épo- Le plus impressionnant, c’est qu’ils
Et alors qu’on pourrait penser que les pées psychédéliques, s’avale tout tranchent dans le vif ou arrondissent
parties mélodieuses tirent le groupe seul avec un petit goût de reviens-y. les angles, les poilus sonnent toujours
vers les sirènes du «calibré», c’est «The travel», qui ferme la marche, juste et trouvent toujours le truc qui
plutôt les ambiances les plus abruptes et à ce titre un digestif parfait pour permet d’amalgamer l’ensemble sans
qui prêtent le flanc à la critique clôturer une expérience totalement nous bousculer... Un comble quand
puisqu’elles sont dans l’ensemble repue avec pour seul envie d’aller on produit une musique qui apporte
moins maîtrisées. Mais à l’écoute des mettre sa tête sur l’oreiller, comblé. autant le chaos dans les esprits. Au
5 titres et au vu du superbe artwork, ce final, à part quelques réserves sur
n’est qu’un détail, Full of doubts nous Elie certains choix artistiques (le chant
fait découvrir un groupe qui ne doit de la fin de «Glowing shadows» par
pas en avoir tant que ça, en tout cas, exemple), c’est une jolie boucherie.
pas sur sa musique.
Oli
Oli

90


EN BREF

Deadsmoke La Gale Duel

Deadsmoke Salem city rockers Fears Of The Dead

(Heavy Psych Sound Records) (Vitesse Records) (Heavy Psych Sound Records)

Avec un nom comme celui-là, tu l’as Que ceux qui s’émerveillent devant la Décidément la planète stoner n’a pas
deviné, les Italiens tapent pas dans féminisation du rap hardcore se jettent pour première qualité de savoir un
l’electronica pop. Non là on a affaire directement sur Salem city rockers de peu se réinventer. Une fois de plus on
au doom le plus buté et le plus ré- La Gale. Représenté par l’actrice suis- a ici de la musique ultra balisée, mais
fractaire qui soit. Le plus classique so-libanaise et ancienne punk-roc- qui fait son petit effet. Les Texans de
aussi. Tu connais la chanson : riffs keuse Karine Guillard, en tant qu’MC, et Duel (au fait, super cool le patronyme
cyclopéens, batterie pachydermique, produit par le beatmaker Al’Tarba - que !) tranchent dans un Hard Rock 70’s.
chants incantatoires et ultra réverbé- l’on ne vous présente plus - avec son Mais attention, le genre Hard Rock de
rés. Certes ça fait tranquillement son acolyte de Sick Digger Recordz I.N.C.H., Bikers, ici pas de minauderies à la Led
effet chez n’importe quel amateur du ce deuxième album est marqué par la Zepelin. Le groupe lance 8 missiles
genre, d’autant que ça riff de manière révolte et le désenchantement. Le ton tout aussi efficaces les uns que les
honnête. Mais faut admettre aussi hargneux et les textes fielleux abor- autres avec un petit son granuleux qui
que, même pour du doom, ça a sévè- dant des sujets d’actualité assez com- va bien. L’ensemble est basé sur des
rement du mal à décoller. L’ensemble muns au rap (l’establishment, l’immi- rythmes très boogie ou ZZ Top et Blue
est efficace mais assez uniforme et gration...), font inévitablement penser Ôyster Cult jouent à la foire d’empoigne
inexpressif au-delà de la simple me- aux travaux de La Rumeur (avec qui la avec Black Sabbath (si vous n’en êtes
nace. Petite lueur d’espoir cependant rappeuse est amie depuis la série TV pas convaincus ne serait-ce que par
à l’arrivée du cinquième titre de cet EP «De l’encre»), Keny Arkana ou Casey. le chant alors penchez-vous sur le
de 30 minutes qui finit donc sur une Sans pour autant être une redite, La dernier morceau «Locked outside»,
note positive avec un «Night of the Gale sait admirablement faire l’union qui fleure totalement la musique de
vipers» plus épique et fouillé que ces entre des sonorités modernes et un la bande à Ozzy à tout les niveaux).
camarades de promo avec quelques hip-hop loin des modes actuelles, plu- A écouter avec un volume totale-
sonorités intéressantes et aériennes. tôt inspiré d’ailleurs par celui des 90’s. ment déraisonnable au volant de
Ceci étant dit, si tu cherches une Pas vraiment étonnant lorsque l’on votre 206 devenue décapotable
bande son pour lire ton bouquin de sait qui gère la prod’ derrière. Salem depuis cet accident avec une pelle-
Lovecraft, ça fera largement l’affaire. city rockers est la confluence de plu- teuse, avec bien sûr une super sui-
sieurs artistes (l’album compte pas cide girl sur le siège passager. Enjoy !
Elie mal de featurings) parlant le même
langage, celui de l’indépendance Elie
d’une part, et de l’ouverture (musi-
cale ou non) d’autre part. Un projet
super abouti, jusqu’à la réalisation de
l’artwork par Ammo, dont le thème est
la sorcellerie. Bref, un gros doigt aux
rigoristes de tous bords qui ferait bien
de choper La Gale, soit dit en passant.

Ted

91


EN BREF

Holy Grove Fred Alera GUILHÖM

Holy grove EP#1 Behind april

(Heavy Psych Sounds Records) (Autoproduction) (Yaldise Music, Phazzz, Brokentoys)

Avoir un chant féminin ça rajoute tou- Je ne vais pas te la faire à l’envers. La Compositeur originaire de Montpel-
jours un peu d’originalité et d’huma- première fois que j’ai écouté le pre- lier, on a découvert les talents de
nité quand on fait de l’ultra classique. mier EP de Fred Alera, j’ai été surpris. musicien de Guilhöm au sein d’Ipeca-
La chanteuse d’Holy Grove fait plus Et un peu décontenancé aussi. Non cuana (d’autres l’ont connu avec Bran
que le boulot avec un chant super hon- pas par le chant en français, car j’ai eu Terror), ils sont ici confirmés même
nête et efficace qui donne une chaleur l’occasion de croiser en concert le bon- si le registre est différent, esseulé,
inespérée aux riffs lourdeaux de ses homme qui mélangeait ses titres is- Guillaume se rapproche du folk avec
compagnons de scène. On va d’ail- sus de ses trois albums anglophones sa guitare sèche (mais aussi sa clari-
leurs au-delà du simple matraquage estampillés Billy The Kill ainsi que nette, sa basse et d’autres machines
à la six cordes avec des ambiances son nouveau répertoire chanté dans à sons) mais continue de s’ouvrir aux
qui ne se font pas prier pour prendre la langue de Molière. Mais bien par autres. En effet, il a convié d’autres
du temps et de la place. On a même l’habillage sonore de ces cinq titres instruments et autant d’amis à par-
quelques petits passages floydiens dont je connaissais déjà la majorité tager son aventure au rang desquels
entre deux nuages sabbathiens, ainsi dans une version brute à une guitare on citera Sam (la trompette chez Les
que quelques moments incantatoires et une voix. Puis, l’effet de surprise Ogres de Barback), Gaelle (le vio-
du plus bel effet qui n’ont que plus dissipé, j’ai multiplié les écoutes, et loncelle de Miossec ou Dimoné) ou
d’ampleur avec un tel chant. La prod mes sens ont été bouleversés : à la Valentin (batteur de Dr Eggs)... D’un
est délicieusement poussiéreuse et surprise se sont succédés l’intérêt titre à l’autre, on se retrouve depuis
contribue encore un peu plus à don- et la fascination pour l’interpréta- le cadre le plus intime («Seasons»,
ner une ambiance particulière au pre- tion de ces chansons. J’éprouve le «Life on a string») ambiance coin du
mier effort de ce groupe de l’Oregon. plus grand respect pour ce musicien feu à l’idée qu’un vrai groupe pourrait
C’est plus qu’un catalogue de riff, c’est de génie, et ce nouveau projet ne se cacher derrière ces titres tant ils
un album avec de la personnalité et fait que révéler la vraie personnalité sont riches («Backfired», le jazzy
une ambiance prononcée. Dommage de Fred : attachante et sincère. Les «Domingo»). Guilhöm respecte cer-
qu’avec autant de talent et d’inventi- mots, non dénués de sens, sonnent tainement beaucoup 16 Horsepower
vité on reste encore une fois cantonné justes, les guitares sont, comme tou- et tous ceux qui mettent en avant la
bêtement au rock des années 70 alors jours, superbes, et les arrangements chaleur des sonorités mais il apporte
qu’on pourrait probablement aller plus très pop servent majoritairement le incontestablement son style avec
loin ici. La mode du vintage a fait une talent de composition de Fred. Osez des instruments qu’on attend pas, un
victime de plus, et celle-ci est plus que pénétrer l’univers de cet artiste, vous peu de français («C’est l’eau») ou de
regrettable. Les amateurs de doom en ressortirez forcément grandis... jolis chants d’oiseaux. C’est donc un
et de proto-heavy eux seront ravis. projet très personnel que ce Behind
Gui de Champi april, un projet agréable à partager qui
Elie démontre que même le plus vieux folk
peut encore défricher d’autres pistes.

Oli

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IL Y A 10 ANS IL Y A 10 ANS : TOOL

10,000 days (Volcano II)

D’habitude, pour cette petite rubrique, on débat, on pi- port particulier que le quatuor entretient avec la diffu-
naille, on réécrit, là, on a juste eu envie de copier/coller. sion de sa musique. Le livret se lit en effet grâce à la
Putain, 10 ans déjà... stéréoscopie, un procédé qui permet de donner l’im-
pression de voir les images en 3 dimensions To guide
Why can’t we just admit it ? Tool vit sur autre planète, you safely on your way, les illustrations, les photos et
il n’y a pas d’autres explications... Et si les premières jusqu’à la liste des titres deviennent un voyage phéno-
écoutes de 10,000 days laissaient un arrière goût de ménal dans l’univers de Tool. Et pour profiter de cela, il
Lateralus, une fois submergé par ces nouvelles compo- faut s’abandonner aux images, laisser ses yeux trouver
sitions, on ne peut que s’extasier éternellement devant le chemin qui amène la profondeur : magique. Ce qui est
une telle classe car, oui, Tool a encore fait plus fort... encore plus magique, c’est d’écouter la paire d’ailes en
Titres tentaculaires ou morceaux introspectifs et à la même temps, quand ces ailes battent à l’unisson, on
limite du transcendantal, tout ce qu’on apprécie chez découvre une nouvelle dimension, et sans pour autant
eux se retrouve à nouveau ici... Here from the king’s avoir besoin des substances illicites d’origine naturelle
mountain view / Here from the wild dream come true («The pot») ou chimique («Lost keys (blame Hof-
Tool n’étant pas du genre à faire du surplace, on en a mann)»). You must have been high, et pas qu’un peu...
forcément plus qu’auparavant... Didn’t have a life / But Not much here is there. Plus personnel (les «wings»),
surely saved one «Wings for Marie (Part 1)» est une plus déjanté (la guitare de «Jambi», le chant de «The
ode à Marie, la mère de MJK, une douce promenade pot»), Tool se fait aussi plus proche du monde réel,
murmurée directement liée à «10,000 Days (wings toujours impliqué quand il s’agit de discuter politique/
part 2)» (le titre de l’album serait-il la durée passée au économie et religion/secte («Rosetta Stoned»). Like
purgatoire ? 10,000 days in the fire is long enough), si an apparition / You have me crying out / You had bet-
cette deuxième partie est bien plus dense et électri- ter listen. Comme toujours, les moments de bravoure
sante, on ne pouvait pas facilement entrevoir ce que alternent avec des passages de calme absolu, de quié-
l’outil nous réservait... Et pourtant le digipack donnait tude divine, de volupté totale, «Intension», Pure as
la mesure de l’imagination, de la créativité et du rap- light. Et puis, à nouveau on croise un monument, An-
gels on the sideline again, «Right in two». Mon titre fa-
vori, indescriptible comme le reste, une sorte de «Push
it» qui fait frissonner. Le «Viginti tres» qui suit n’est
là que pour nous laisser reprendre une vie normale et
complèter la partie 1 de «Wings».

Peut-être nous faudra-t-il encore attendre 5 ans pour
écouter quelque chose de nouveau chez Tool, mais
d’ici là, ce n’est pas dit qu’on aie fait le tour de 10,000
days...

Oli

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INTERVIEW

INTERVI«OU» : PORN

A lors qu ’ il pr é pare un nouvel album avec P orn et a un autre projet sur
le feu ( qui devrait nous br û ler les sens à l ’ automne ), P hilippe , l ’ â me du
combo lyonnais se pr ê te volontiers au petit jeu de nos questions un peu
connes avec des choix ( im ) possibles à faire ...

Porn ou An Erotic End of Times ? Facebook ou Twitter ?
An Erotic and Pornographic End of Times ! Nous avons un twitter synchronisé au compte Face-
book. Je passe peu de temps sur les réseaux sociaux.
Remixer ou être remixé ? C’est extrêmement chronophage et le temps et une
Pour le moment, nous avons été bien plus remixés que denrée si rare. De plus, je n’y aime pas la projection
nous avons remixé d’artistes. Hormis un remix de NIN de la réalité que l’on y trouve. Beaucoup de faux-sem-
pour le titre « The beginning of the end ». Je crois que blant, d’illusion et de malentendu. Je préfère de très
c’est le temps qui nous manque. Mais cet exercice est loin l’expérience de la réalité matérielle aux illusions et
très stimulant et intéressant. constructions fantasmatiques de la toile.

Reprendre ou être repris ? Orgy ou Sexy Sushi ?
Alors là, pour le coup, nous avons plus repris de groupe Je dirais Orgy, car je ne connais pas le second.
s que nous sommes repris. Néanmoins, nous avons vu
passer sur le net des versions de «Soft machine-Porn Ministry ou Marilyn Manson ?
machine» et «Baby smack». Ce qui est plutôt grati- Absolument sans aucun doute Ministry. Surtout pour la
fiant. première période et l’énorme Twitch. J’avoue écouter
en boucle le dernier Ministry que je trouve magistral.
W-Fenec ou X-Hamster? Si je puis me permettre, je dirais même : Skinny Puppy.
Pour la zik W-Fenec et pour le frivole X-Hamster. Je me Une petite anecdote intéressante sur la perception de
rends sur W-Fenec depuis le début des années 2000. la « réalité » et vu que tu parles de Manson. Lorsque
J’ai l’impression que votre mag est né avec Porn... Alors nous avons sorti nos premiers disques en 2004 et
quoi qu’il arrive, je choisirai W-Fenec. 2006. Dans l’essentiel des comparaisons qui étaient
effectuées avec Porn, on retrouvait en tête Marylin
Youporn ou Porntube ? Manson. A l’époque, il était difficile de passer à coté du
Porn the Band !

96


Sieur. En 2009, lorsque nous avons sorti la compilation From the void to the infinite. Je travaille d’ailleurs mes INTERVIEW
A decade in glitter and danger, en tête des comparai- textes musicaux comme des poèmes. De manière ima-
sons, dans les articles, on retrouvait cette fois-ci NIN. gée et symboliste, là où dans mes textes de fictions,
Pourtant, c’étaient les mêmes morceaux ! Et si l’on romans et nouvelles, j’adopte un style plus direct. La
regarde le paysage musical de l’époque fin des années langue y est aussi pour beaucoup, car j’écris directe-
2000, Manson était en perte de vitesse, Reznor était ment en anglais pour Porn.
le nouveau dieu de la scène rock/indus. Du coup, notre
musique qui n’avait pas changé était cette fois ci for- Lyon ou Grenoble ?
tement comparé à NIN et quasiment plus à Manson. J’ai effectué un bref passage à Grenoble, le temps de
Pourtant les morceaux étaient les mêmes. Comme mes études. J’y ai écrit les premiers morceaux de Porn
quoi... La réalité est toujours dépendante de l’époque. : «Soft machine Porn machine», «Recycle» et «Still».
A l’époque, je ne savais jouer d’aucun instrument. Mais
Glam ou Indus ? j’avais cette envie féroce, ce besoin de composer ma
Indus bien évidemment. Notre coté Glam venait de musique. En 1999, j’ai acheté une guitare folk Jim Har-
l’influence que Bowie a exercé chez nous. A l’époque ley, que je possède encore. Et au bout de deux mois
où nous mettions en avant cet aspect-là de notre mu- je plantais les premiers accords de morceaux que l’on
sique, l’ensemble de la scène française était dans les continue de jouer en live. En 2001, j’ai déménagé sur
baggys et le neo-metal. C’était au début des années Lyon, je vivais Grenoble comme une impasse. Une
2000. Nous étions sacrement isolés. Nous revendi- fois à Lyon, j’ai recruté un commando de freaks, et
quions un héritage Bowie, New york Dolls, Guns ‘N quelques temps après, W-Fenec recevait la première
Roses, The Cult. Ce qui était à peu près has-been à démo de Porn avec les morceaux cités plus haut. Du
l’époque. Quelques années plus tard, la tendance nous coup... Lyon.
rattrapa tandis que nous retournions vers un style et
une imagerie plus sombre avec From the void to the Rhône-Alpes ou Auvergne-Rhône-Alpes ?
infinite. Aujourd’hui, nous creusons encore plus loin Je crois que je ne sais pas.
dans ce réalisme sombre. Et le travail accompli avec An
Erotic End of Times va dans ce sens ainsi que le nouvel Rosette ou gougères ?
album de Porn qui est en écriture. Fini les beaux jours. J’ai découvert les gougères il y a peu. Mais je dirais Jiu-
Jitsu Brésilien et MMA.
Horror ou sexy ?
Les deux mon colonel. Merci Philippe & Porn, merci Charlotte et les Les
disques Rubicon.
La Marquise ou le Marché Gare ?
Nous avons pratiqué les deux. Mais je dirais que les Oli
meilleurs souvenirs sont au Marché Gare. Nous y avons Photo : © D.R.
joué par exemple avec Front Line Assembly. Toutefois,
et assez paradoxalement, il me semble que nous avons
bien plus joué sur Paris que chez nous à Lyon. Même si
nous avons foulé les planches des plus grandes salles
lyonnaises - du Transbordeur au Kao - il me semble
que nous avons bien plus joué à l’extérieur. De la Maro-
quinerie à L’Élysée Montmartre avec Hanoi Rocks, en
passant par le Rock School Barbey de Bordeaux par
exemple.

«Love like war» ou «No dominion»?
«Love like war » a beaucoup de succès, toutefois ma
préférence va à « No dominion ». Le texte de ce titre
est inspiré d’un poème de Dylan Thomas : Et la mort
n’aura pas d’empire. Dylan Thomas et TS Elliot ont eut
une influence considérable sur les textes de l’album

97


DANS L’OMBRE

ÉRIC (METALORGIE)

Éric , « le mec de M E talorgie », tout le monde le conna î t plus ou moins ,
on ne l ’ a jamais r é ellement rencontr é mais il passe une grande partie
de son temps à d é velopper un web z ine et cela depuis plus de quin z e ans !
À une é poque ou avec E - Zic et quelques autres , le web francophone
pouvait compter ses web z ines . L a plupart ont arr ê t é les frais ,
pas M é talorgie qui en plus s ’ est lanc é dans l ’ organisation de concerts ,
il é tait temps de donner la parole au boss .

Quelle est ta formation ? Comment es-tu entré dans le monde du rock ?
J’ai fait un IUP MIAGe à Nantes, donc orientation infor- Chez moi ça écoutait pas mal de rock / punk, donc ça
matique et gestion. s’est fait un peu naturellement; ma première K7, oui
j’ai 35 piges hein, c’était WASP mais les premiers vrais
Quel est ton métier ? amours ça a été Deftones ou le premier Rage Against
Je m’occupe du développement de doyoubuzz.com, un The Machine que j’ai pas mal poncé à l’époque. Et c’est
site pour faire son CV en ligne, rien à voir avec le metal en 2001 quand j’ai lancé Metalorgie que je suis ren-
donc, mais ça me permet d’avoir plein de compétences tré de façon active dans le milieu, sans connaître de
utile pour gérer Metalorgie et inversement... monde dedans, juste au début pour faire découvrir
ce que j’aimais, et aussi car j’avais envie de créer un
Quelles sont tes activités dans le monde de la mu- site. W-Fenec était un peu mon webzine de chevet à
sique ? l’époque d’ailleurs !
Et bien j’ai créé Metalorgie.com il y a 15 ans et je m’en
occupe encore avec une équipe plutôt conséquente dé- Une anecdote sympa à nous raconter ?
sormais. Un webzine donc, on fait un peu comme vous J’en aurais plein, mais là j’ai celle d’un gars croisé au
et on organise aussi des concerts du coté de Nantes. Hellfest avec un sweat Metalorgie, du coup on est allé
le voir pour remercier de son soutien en direct, le mec
Ca rapporte ? était trop content de nous voir, plus tard sur Facebook
Financièrement rien du tout, j’ai toujours tout fait on était même dans son top 3 des choses vues au fes-
bénévolement. Humainement beaucoup par contre, tival... à coté de Meshuggah. C’est le genre de chose qui
plein de belles rencontres, des échanges, des décou- motive à continuer.
vertes... Au final ça paie bien, même si ça n’apporte rien
sur la table. Ton coup de coeur musical du moment ?

98


DANS L’OMBRE

«Era borealis» de Mantar, c’est un titre de leur dernier bière... j’ai de quoi faire ! Donc oui d’autres passions
album. L’album est un peu moins percutant que le pré- mais plutôt périphérique vu que Metalorgie me prend
cédent mais ce titre écrase tout. Ils seront au Hellfest, beaucoup de temps.
ne les loupez pas car ça casse des culs en live... même
si je pense qu’un concert en club leur va mieux. On les a Tu t’imagines dans 15 ans ?
fait jouer y’a 1 an et demi, une claque énorme. Ouh la, j’aurais 50 piges... aie ça fait mal ça ! J’espère
pouvoir accompagner mes gamins à des concerts, et
Es-tu accro au web ? pas le Violetta de dans 15 ans hein. Après serais-je tou-
Vu que mon métier est dans le web, que ma passion jours dans Metalorgie ? Aucune idée, si l’envie, la pas-
m’amène à en faire aussi je peux dire que oui. Et de sion sont toujours là y’a de grandes chances ! J’espère
façon générale ça a changé tellement de choses que surtout que du monde reprendra le flambeau, même si
oui j’aurais du mal à m’en passer, je me demande si là-dessus c’est déjà le cas au final pour une bonne par-
les cinémas ont toujours un répondeur qui donne les tie de mon travail sur le site.
horaires du ciné...
Merci Eric qui te fait la bise à toi lecteur, toi qu’on en-
A part le rock, tu as d’autres passions ? courage à te promener aussi sur leurs pages !
J’aime beaucoup de choses, c’est le temps qui manque
au final; mais entre jeux vidéos, BD, livres, coder, la Team W-Fenec
Photo : © Ronan Thenadey

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CONCOURS CONCOURS DE STAAT
ABYSSE

Un des meilleurs albums de l’année, un des meilleurs De Staat continue de faire l’actualité depuis la sortie en
groupe du monde dans sa catégorie, comment pou- février de son 5éme album, intitulé très sobrement “O“.
vait-on ne pas l’encenser (c’est fait), en parler avec La bande de Torre Florim, repérée en 2009 par Chris
le groupe (c’est fait) ou te le faire gagner pour que tu Goss (Masters Of Reality), adresse un album chaloupé
n’aies aucune excuse de ne pas te plonger dedans ? fort en énergie rock qui s’annonce être comme la super
C’est fait ! Oui, tu n’y couperas pas, il faut impérative- BO de vos vacances d’été.
ment vivre l’expérience Abysse et pourquoi pas avec Comme on pense à vous, le W-Fenec s’associe avec
leur nouvel opus “I am the wolf“... Caroline International pour vous en faire gagner 4 ! Soit
Le groupe t’en offre 5 exemplaires alors réponds à 2 CDs et 2 vinyles de “O“. On en profite aussi pour vous
cette question très simple (va relire l’interview dans ce signaler la venue du groupe en France le 28/09 à La
mag #23 s’il le faut) et croise les doigts pour recevoir Laiterie (Strasbourg), le 29/09 au Kalif (Rouen) et le
l’offrande. Mais dans tous les cas, va les écouter !!! 30/09 à L’Ubu (Rennes).

Bonne chance, le tirage au sort aura lieu lors de la sor- Que la force du tirage au sort soit avec toi

tie du Mag #24... En septembre donc ! en septembre !

Lien du concours : Lien du concours :
http://www.w-fenec.org/concours/index,260.html http://www.w-fenec.org/concours/index,261.html

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