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Published by francoisweil, 2018-12-19 19:18:05

Livret antico-philo-déconomicopatriste

Livret antico-philo-déconomicopatriste

Livret antico-philo-déconomicopatriste

La dialectique du fou avec en préambule Les clefs de
l'organisation du pouvoir en folie. Et en postambule gauche droite
gauche droite

Les deux premiers textes, écrits à l’été 2017, révisés, proposent une
lecture digeste pour comprendre d’où nous venons, sans
nécessairement résoudre la question de savoir si c’est le mur qui se
rapproche ou les cons qui prétendent diriger le Monde qui nous y
emmènent.

Mais on sait par contre qu’il y a comme un problème d’accélération pour
ce qui est du raccourcissement de la distance qui sépare l’humanité du
mur. Pourtant, des murs, il y en a qui sont tombés, mais les cons font
de leur mieux pour en construire d’autres.

D’où nous venons ... dans la limite de l’Histoire, la grande, et de toutes
les petites histoires qui alimentent la raison ou la déraison. Nous
venons surtout de notre culture, qui à peu de choses près et quel que
soit l’endroit où de nos jours on ne choisit pas de naître, nous renvoie
forcément un peu chez les grecs.

Grecs auxquels nous devrions témoigner plus de respect quand ils sont
dans la merde, plutôt que de laisser se monter des petits arrangements
entre amis avides de s’accaparer plus de choses qu’ils ne sauraient en
compter eux-mêmes, en conter aussi d’ailleurs.

1

Et c'est pour ça que je me permets d'intimer l'ordre à certains salisseurs
de mémoire qu'ils feraient mieux de fermer leur claque merde !
Le troisième texte est créé en avril 2018 dans le cadre d’un dialogue
avec mon ami et camarade Yves Hernandez et mes chers amis de Vent
Debout - Nous ne sommes pas seuls afin de trouver les repères les plus
solides de ce que sont dans la culture française la gauche et la droite.
Oui chez Vent debout, nous avons de polis tics. On discute, on
s’interroge et on sème nos graines pour les générations futures, les
potes irrités, parce qu’on veut que la postérité soit plus belle là où les
potes iront. Nous ne sommes pas indignes, mais souvent indignés.
Donc je suis Vent debout, et je ne suis pas seul.

2

Les clefs de
l’organisation du
pouvoir en folie

Petit lexique à l'usage de ceux qui voudraient bien comprendre c'est
qui qui commande, et c'est qui qui est le maître de notre monde.
A l’origine ce chapitre met en scène quelques personnages du bestiaire
de l’Olympe des grecs, parce que ... on n’y peut pas grand-chose si une
bonne partie de la culture humaine contient en elle des bondieuseries,
et justement ces bondieuseries-là ont connu une sorte de renouveau
dans l’actualité cocorico en 2017 ... une bête histoire de grenouille qui
voulait se faire aussi grosse que le bœuf ... en faisant plein de
promesses, et puisque l’animal promettait ... et un honnête et
courageux breton de Saint-Renan ... enfin c’est curieux, chez les marins
ce besoin de faire des phrases.

3

Aujourd'hui nous étudions en
version digeste :

Le programme, demandez le programme - Zeus et la famille tuyau de
... poêle
- la Foudre
- le chêne
- Prométhée

Zeus au sommet de l'Olympe, se voyant déjà Jupiter : fils de Saturne,
en haut de l'affiche. Jupiter est le roi des dieux et
des hommes, nommé Jupiter
(Cybèle), déesse de l'abondance. par les romains et Zeus par
les grecs de l'antiquité.
Saturne est souvent identifié à
Cronos chez les grecs. Jupiter
chassa Saturne de l'Olympe,
qui s'expatria à Rome, pour
s'installer sur la colline du
Capitole. Saturne aurait été le
conjoint de Lua, déesse des
expiations, ou de Ops

Les attributs de Jupiter sont le tonnerre, l'éclair, le sceptre et le trône,
symboles de sa royauté sur le Monde, et l'aigle et le chêne symboles
de sa puissance.

On l'a surnommé Jupiter Fulgurator (de la foudre), Jupiter Latarius
(Dieu du Latium), Jupiter Optimus Maximus, Jupiter Victor, selon les
humeurs romaines du moment.

Jupiter est le garant de la fidélité aux traités. Il préside aux relations
internationales, par l'intermédiaire du collège des Féciaux (ceux qui
régissaient les fêtes religieuses).

4

Foudre : phénomène naturel Certains jours d'orage peuvent prendre des
qui conjugue, par ses effets airs de fête.
les plus remarquables, l'éclair

et le tonnerre.
On sait que la foudre est un
phénomène électrique qui se
construit à la fois par
gravitation et par convection,
entre des masses d'air
chargées d'humidité et de
particules, les nuages se
forment ainsi.

Ce qu'on ne voit pas plus que ça, c'est que les nuages se comportent
comme la vapeur au-dessus d'une gamelle qui chauffe sur la plaque de
cuisson. Ça fait des volutes, ça s'agite, et si on regardait ça sous un
certain angle on pourrait dire que ça fait des bulles.

Entre les nuages, en raison des écarts de température et des ions qui
circulent un peu partout, naissent des différences d'énergie électrique.
La tension monte, et finit par avoir envie de partir en saccades.

Aziz ! Lumière ... Les décharges électriques se
produisent entre nuages ou
nuage). entre un nuage et le sol
terrestre.

Plus difficile à observer, mais
avec des instruments on y
parvient, la foudre peut utiliser
le sens descendant, d'un nuage
vers le sol (charge négative de
la base du nuage), ou le sens
montant, du sol vers le nuage
(charge positive de la base du

5

Les décharges (éclairs) positives sont dix fois moins fréquentes que les
négatives, mais beaucoup plus puissantes.

Ce qui tombe du ciel est donc plus fréquent, mais beaucoup moins
généreux.

Le tonnerre est l'effet acoustique de l'éclair. L'éclair étant un
phénomène très localisé mais puissant, il crée une onde de choc
prolongée qui produit au niveau des oreilles l'effet d'un grondement ou
d'un déchirement avec des vibrations dans un large spectre sonore.

Le son se déplaçant moins vite que la lumière, on entend le tonnerre
après avoir vu l'éclair.

Chêne : c'est le nom donné à
de nombreuses espèces
d'arbres du genre quercus et à
certaines fagacées. Le genre
comprend des espèces à
feuilles caduques et d'autres à
feuilles persistantes.

Le fruit du chêne est un akène

fixé dans une cupule. On Descendants de glands pris en flagrant délit
appelle ça plus simplement un de croissance
gland. Et c'est une chose

importante. C'est ce qui

permettra au chêne de prospérer.

Le gland d'un chêne pédonculé possède un pédoncule long, celui d'un
chêne sessile, un pédoncule court. Tous les glands ne se valent pas.

6

Les chênes à feuillage caduc,

par exemple chêne rouge,

chêne chevelu, chêne

pubescent, chêne tauzin et

chêne rouvre perdent leurs

feuilles à l'automne, ou au

printemps pour certains. Les

chênes à feuilles persistantes

parmi lesquels on peut citer le

chêne vert, le chêne kermès et

Point d'écossais chant des Glen, ce sont les le chêne-liège gardent leurs
glands d'un chêne. feuilles.
Le chêne est un arbre à cycle

de vie long, il met 150 ans

pour atteindre la canopée, et vit couramment 5 à 10 siècles.

Le chêne est remarquable
par l'envie qu'il suscite de
s'en servir comme
symbole.
Louis IX le Prudhomme, dit
Saint Louis, né à Poissy et
mort à Tunis, et qui est par
ailleurs instigateur de la
rouelle institutionnalisée,
aimait à se rendre sous un
grand chêne à Vincennes
pour y rendre la justice, ce
à quoi certains ajoutent
qu'il le faisait comme un
gland.

Prométhée s'empare du savoir
pour le planquer dans une tige,

quel vertige !

Louis bâton croix

7

Prométhée : c'est un Titan, un de ces dieux géants qui ont précédé
ceux de l'Olympe. Les titans sont les enfants de Gaïa et Ouranos. Les
deux ne faisant pas bon
ménage, Gaïa incita ses
enfants à renverser Ouranos,
mais seul le plus jeune Cronos
réagit et coupa le pénis de son
père. N'est pas de chêne qui
veut.

On vous passe les luttes
fratricides qui ont eu lieu dans
cette famille bordélique à
souhait, quelle famille n'a pas
son lot de problèmes ?

Prométhée est le personnage
qui sut tenir tête à Zeus pour
rendre le savoir aux humains.
Zeus étant très soupe au lait, il
avait retiré le savoir aux
hommes. Prométhée réussit à
s'en emparer et le cacher dans une tige (?) pour le restituer à eux.

Les théophrastéens faisaient de Prométhée le premier philosophe, ce
qui est la traduction directe du littéralisme péripatéticien à une
remarque de Platon. Théophraste dit que Prométhée, devenu sage,
communiqua d'abord aux hommes la philosophie, d'où vint la fable qu'il
leur avait donné le feu.

J'aimerais à propos de Prométhée vous faire partager une chose qui
est, je le crois, remarquable. Prométhée a eu une emblématique
chanson de Jean-Pierre Bourdeaux et ... Claude Nougaro, qui en est
l'interprète inestimable et tellement estimable. Comme quoi Toulouse
est bien aussi le centre du Monde. Il n'y a pas que la gare de Perpignan.

En voici le texte :

8

Prométhée

C'était il y a des lustres il y a
belle lurette
Les dieux étaient aigris
morgueux et trouble-fête
Aux hommes médusés ils
avaient déclaré
De feu serez privés car vous
nous déplaisez
Et sous notre œil glacé vous

pouvez vous les g'ler

C'était il y a des lustres il y a belle lurette
Les hommes étaient tremblants des pieds jusqu'à la tête
C'est alors qu'apparut un grand gars rigolo
Qui leur dit : "Mes amis, ravalez vos sanglots
Je m'appelle Prométhée, je sais où est le feu
J'irai vous le voler mais en guise d'adieu

Prométhée moi d'en faire bon usage
Prométhée, Prométhée le moi"

Et c'est depuis ces lustres depuis cette lurette
Que chaque soir au dîner un grand aigle rouspète :
"Du foie, toujours du foie j'en ai jusqu'au gésier !"
De leur côté les hommes se sont réchauffés
Quand furent rassasiés se mirent à réfléchir
"Le feu maintenant qu'on l'a, va falloir le nourrir"

Prométhée moi d'en faire bon usage
Prométhée, Prométhée le moi

Et voilà bien des lustres voilà belle lurette
Que les hommes embrasés consument la planète
Ils ont brûlé les livres, les forêts, les sorcières
Mis l'huile sur le feu, le feu à la tanière
Feux de paille, feux de joie, de Saint Jean, d'artifice
À coups de lance flammes Rome et Persepolis

9

Prométhée moi d'en faire bon usage Prométhée,
Prométhée le moi
Il n'y a plus de lustres, il n'y a plus de lurette
Sur la terre calcinée se termine la fête
Faute de combustible et le froid l'envahit
Et le soleil lui-même lentement s'obscurcit
Sur mon baril de poudre me reste une allumette
Je vous promets d'en faire bon usage
Prométhée je vous le promets !

Donc on aura appris :

- que Jupiter est un sagouin qui a viré son père
pour piquer sa place.
- que la foudre est un phénomène horizontal à
la base des nuages et au niveau du sol, qui
s'exprime verticalement soit de manière
descendante, le plus fréquemment, soit de
manière ascendante, moins fréquemment mais
avec une force beaucoup plus grande.
- que le chêne est un bon symbole pour représenter le pouvoir
qui prospère par la grâce des glands. - que Prométhée est un
fieffé coquin qui cachait bien son jeu, si on en croit la Nougue.
Ça finira bien par péter. Je vous remercie de votre attention
sur ces points. Tagada, tsouin, tsouin.

10

La dialectique du fou

Tout le monde connaît la diagonale. Ce truc qui en travers permet
d'atteindre l'autre bout du miroir sans passer par les autres sommets.

Je voudrais vous faire partager mes élucubrations lexicales, celles de
mes succès et de mes échecs. C'est la raison de ce titre thématique.

J'apprends le monde
autour de moi

- Echange et partage
- Donner et recevoir
- Prendre et laisser
- Mesure et démesure
- Besoin et envie
- Envie et désir

-

Alors qu'avons-nous en magasin ... ?

L'humanité ça s'organise

- Les démiurges et la politique
- Ethique et idéal
- La politique et la voix au chapitre
- C'est quoi cette bouteille d'Elée ?
- Les voraces et les coriaces
- Mais la philosophie c'est quoi en fait ?

De la valeur des biens, des personnes, et de ce
que les uns font avec les autres

- De la valeur et de la propriété en philosophie et en économie
- De la valeur en général et des valeurs humaines en particulier
- De ce que l'on devrait pouvoir posséder en toute liberté
- Ce qui est capital et ce qui ne l'est pas
- Un bien vaut mieux que deux tu l'auras
- Et si on faisait la paix pour de vrai ?

11

J'apprends le monde autour de
moi

“Au commencement était ... moi, le centre des
choses, mais l’autre est arrivé.e et ça nous a donné
l’idée de communiquer !”

- Echange et partage Qu'en ces lieux obscurs il me
- Donner et recevoir soit permis de connaître ce
- Prendre et laisser que cachent les murs qui
- Mesure et démesure m'entourent. Adonis puisqu'ici
- Besoin et envie je te garde sauras-tu me dire
- Envie et désir ce qui en secret fait tant et si
bien courir les femmes et les
hommes ?

A la base de tout, Perséphone, si tu observes bien
la nature, tu trouveras qu'il y a des individus qui
naissent vivent et disparaissent selon des rythmes
assez constants. Le temps leur est compté pour
tenter d'exister en prenant quelques menus
plaisirs, en prospérant comme ils le peuvent, en
prolongeant leur propre vie par l'enfantement ou la
mémoire qu'ils laissent aux autres.

Vois comme il leur est nécessaire de s'entendre
entre eux pour exister, de se regrouper le plus
souvent pour subsister, pour bâtir, et se perpétuer.

12

Echange et Partage

C'est quoi ces deux mots ? Et pourquoi en possédons-nous deux pour
parler de trucs qui nous paraissent parfois proches, parfois semblables,
et pourtant pas ?

Echanger c'est mettre une chose pour une autre, sans modifier l'ordre
des choses.

Partager c'est mettre des choses que l'on peut prendre ou laisser selon
les règles qu'on a choisi d'appliquer.

D'ailleurs, à ce propos, commençons par-là : les règles qu'on a choisi
d'appliquer !

C'est quoi ces règles ? Ce sont les codes, les procédures, les manières
de nous comporter pour se mettre d'accord sur les pratiques que nous
nous autorisons nous-mêmes, entre nous.

Ces règles peuvent être non dites, implicites, explicites, écrites ou pas,
consenties de manière plus ou moins convenues entre nous.

Un règlement, un code, une charte, des lois, des conventions, ce sont
des règles qui régissent la relation entre moi et vous, entre nous dans
un groupe constitué formellement ou pas.

Je vous salue, vous me rendez le salut que je vous fais, que je vous
donne. S'agit-il d'un partage ou d'un échange ? Si le salut que nous
nous faisons est d'une valeur égalitaire on peut dire que c'est un
échange. On échange et on passe à la suite s'il y en a une.

Si le salut n'est pas égalitaire, attention, peut-être s'agit-il d'un
échange, ou d'un partage ? Tout dépend. Qui est à saluer l'autre le
premier, et pourquoi ? Ai-je quelque chose à demander ? Ou est-ce
vous qui me sollicitez ? Ou bien est-ce simplement un salut "gratuit" et
sans autre valeur que celle d'un partage ?

Et bien ça nous explique deux choses : c'est que ce simple salut
possède une valeur. Et cette valeur lui confère la qualité de partage ou
d'échange.

13

Je partage ce texte. Vous pouvez le prendre, ou ne pas le prendre.
J'échange avec vous sur ce texte, je donne et vous prenez, peut-être,
et si vous prenez, j'en attends un retour.
Echange et partage, la différence est simple et forte. Ce que nous
partageons devient un bien, un objet commun, collectif, dont chacun
peut faire usage selon les règles.
Ce que nous échangeons devrait faire l'objet dans les règles que nous
appliquons d'une vérification de la valeur de ce que chacun met à la
disposition des autres, et de ce qu'il en garde, de l'objet initial, ou de
ce qu'on lui propose en échange.
Le partage confère la propriété au groupe, l'échange maintient toute
ou partie de la propriété aux membres du groupe.

14

Donner et recevoir

Donner c'est faire que quelque chose qui est en moi ou qui est convenu
être à moi devienne la chose d'une autre personne.

Je peux donner l'heure. Est-ce que l'heure m'appartient ? Bien sûr que
non. Mais si c'est ici non pas l'heure en elle-même que je donne, c'est
l'information de l'heure qu'il est.

Recevoir peut s'exprimer à l'inverse de donner. On reçoit quelque chose
qui devient notre chose en quelque sorte que ce soit. Je ne détiens pas
l'heure en elle-même si on me la donne, mais l'information devient à
moi, ma chose.

On peut donc donner et recevoir des objets qui ne sont pas matériels,
qui ne sont pas des objets physiques. On peut d'ailleurs donner une
idée, un sentiment, donner de l'amour à une autre personne. Ça devrait
permettre de comprendre que donner et recevoir n'est pas qu'une
question de matérialité, si tant est que l'amour puisse se mesurer, ce
que je crois, à plein de choses et pas du pognon.

Donner et recevoir consiste donc à échanger quelque chose. Ah ... j'ai
été un peu vite.

Donner consiste donc à se déposséder de quelque chose pour le confier
à un autre.

Là c'est mieux.

Et recevoir c'est faire le chemin en sens inverse.

Et il y a même un truc, dans notre langue, française, mais pas que,
pour dire je donne, mais comme convenu, je récupère par la suite. Ça
s'appelle en général prêter.

On prête quelque chose pour signifier qu'on en confère l'usage à une
autre personne qui nous le rendra.

Si je vous prête l'oreille, ce qui est un effort certain chez moi, mais ça
n'a rien à voir, j'espère que vous me la rendrez.

15

Je vous prête l'oreille signifie que je vous écoute ... avec le plus grand
soin. Et j'attends peut-être que vous me rendiez la pareille par la suite.
On prête des trucs qui ne reviennent jamais.
On peut prêter d'autres trucs contre une valeur d'échange mais on
appelle ça louer.
Je loue un logement, une voiture, je paye un loyer, on me permet
d'utiliser l'objet, et de le rendre par la suite à celui qui le possède.
Je ferai une autre page sur l'idée de louer le Seigneur, ça n'a rien à
voir. Sur la diagonale de la dialectique du fou, on trouve des pièges.
D'ailleurs en l'espèce la diagonale pourrait s'appeler diaconale, mais
bon, je dis ça et je dis rien.
Donner et recevoir c'est la base de ce qui constitue la coexistence des
humains, et de tous les êtres vivants. Chaque individu peut exister
indépendamment des autres. Mais il se trouve que chaque individu qui
ne se tient pas loin d'autres individus est animé par l'envie ou le besoin
de donner et / ou de recevoir.
Que ce soit dans le partage ou dans l'échange, on se donne et on prend
les choses qui nous entourent.
Du coup certains veulent donner les trucs qu'ils ont, d'autres veulent
bien les prendre et au gré du degré de partage ou d'échange se
mesurent les relations de sociétés.
C'est beau ? Non ? Si.
p.-s. : non finalement, je ne ferai rien sur l'idée de "louer le Seigneur",
c'est une vilaine blague et tout le monde comprend facilement que la
louange et la location sont deux choses différentes, même si souvent
l’allocation se transforme en prière.

16

Prendre et laisser

Je prends, je donne.

On dirait que ces deux actions sont complémentaires. Prendre c'est
recevoir ? Et donc le contraire c'est donner !

Et bien non. Prendre n'est pas recevoir. D'abord je peux prendre une
tuile sur le carafon. Je ne la reçois pas en vérité, mais je la prends
quand même. Mais ça c'est une version presque moderne de l'action de
prendre.

Quand on prend on se saisit de quelque chose. Pas besoin de savoir si
on a la permission ou non. On s'en saisit avec la main, ce qui est
pratique quand l'objet est matériel, avec l'esprit aussi, ou l'un des sens
qui font le départ de notre perception. La perception c'est ce que nous
prenons, comme le percepteur est celui qui nous prend quelque chose
pour le mettre en commun. Mais ça n'a rien à voir.

Recevoir c'est accueillir. Je reçois un ami, je reçois quelqu'un ou
quelque chose, pour peu que je puisse le prendre, mais je fais quelque
chose en plus : je l'accepte, je l'accueille.

Lorsque je donne, je confie quelque chose à une autre personne, à une
autre entité.

Je donne mon temps, je donne un bien, je donne une idée, dans le but
que ça soit utilisé, que ça soit utilisé.

Lorsque je laisse, je décide de ne plus intervenir, de ne plus changer
l'état de quelque chose. Je laisse tomber, donc je me tais. Je laisse
courir : je ne cours plus moi-même. Si je laisse une chose, je choisis
de ne plus m'en occuper.

Est-ce à dire que je m'en dépossède ? Parfois oui, parfois non ! Ça
dépend. Et quand ça dépend, il se peut que ça dépasse. Je laisse un
objet trainer, parfois non pas pour m'en déposséder, mais pour le
retrouver plus tard. Et si je laisse une personne avec laquelle je suis en
train de parler, ce n'est pas le plus souvent pour la quitter toujours,
mais seulement un jour !

17

La propriété que l'on a d'une chose n'est pas dépendante du fait qu'on
laisse ou qu'on prend.

18

Mesure et démesure

Ce qui se mesure est ce qui peut être décrit selon une dimension
particulière.

Je mesure une longueur, un poids, une durée ... des mètres, des
grammes, des secondes.

On mesure en fait selon des dimensions bien spécifiées, avec des unités
de mesure qui sont en nombre parfaitement connu, limité, et admis
universellement. Le système international d'unités prévoit tout. Tout ce
qui peut se mesurer.

Ah oui. Existe t-il des choses qui ne se mesurent pas ? Ou mal ? Eehhh
... oui. Le sentiment que tu me portes, ou celui que je te donne ... c'est
plus compliqué à mesurer.

Mais ce qui se mesure on le connaît bien. Ce sont :

- la masse en kilogrammes
- le temps en secondes
- la longueur en mètres
- la température en degrés ... kelvin
- l'intensité électrique en ampères
- la quantité de matière en moles ... !
- l'intensité lumineuse en candelas.

La matière mole peut être dans tous ses états, aussi bien dure que
nébuleuse, et pas nécessairement molle. Une mole de matière molle
est une quantité qui peut donner une réponse assez intéressante à la
question qu'est-ce qui est le plus lourd entre une mole de plumes et
une une mole de plomb ! Mais ce n'est pas le sujet.

Ce qui se mesure a une particularité intéressante c'est qu'on le mesure
par rapport à des unités et dans l'une des dimensions du système
d'unités.

Donc c'est simple.

19

Ce qui ne se mesure pas est par définition sans mesure, éventuellement
infiniment petit, ou infiniment grand, ou de dimensions inconnues,
enfin bref ... démesuré.
Pourtant il y a bien des choses que nous mesurons, comme l'amour que
l'on porte à une personne et qui n'a d'égal que celui qu'on lui rend ...
en général quand on s'aime beaucoup, immensément, ou
démesurément. Bizarre ? Mais en fait non.
La démesure n'est pas toujours une gêne ou une contrainte, et on est
bien content de produire des choses qui ne se mesurent pas toujours.
Il y a une chose qui est étonnante tout de même. Ce système d'unités
de mesures ne contient pas la notion de richesse. Tant pis pour les
victimes de l’avarice et des avaricieux ... mon argent, mon bon argent
... ma cassette, mais où ai-je mis cette cassette ?
Or s'il est une discipline humaine qui occupe l'esprit tout le temps pour
beaucoup de gens, c'est bien l'économie, la finance, la richesse ou la
pauvreté.
Si je manque de cinq euros pour bouffer aujourd'hui je vais consacrer
un temps très long à y penser. Alors que si je ne dois pas compter, je
dépense sans compter, et je peux sans mesure acheter plein de trucs
avec démesure.
Intéressant. Plus j'ai d'argent ou de richesse, moins je passe de temps
à réfléchir comment dépenser avec démesure. Et donc, moins j'en ai,
plus ça peut me préoccuper au fur et à mesure.
Est-ce une dimension nouvelle pour laquelle il faut créer une unité du
système universel ?

20

Besoin et envie

Philosopher oblige souvent à regarder les choses en face. Enfin c'est
une façon de parler.
Quand vous avez envie de faire vos besoins, quelles sont vos émotions,
quels sont vos actes ?
Le besoin est lié en principe à l'urgence de réaliser ou de faire quelque
chose. Quelle que soit la raison, ou sans raison, j'ai besoin d'un résultat,
d'un effet, de comprendre, de faire ou de défaire et je dois entreprendre
une action qui aura pour effet d'obtenir ce que je souhaite.
Lorsque j'ai envie, je me donne en général un temps plus long, que
quand j'ai besoin.
Le besoin et l'envie diffèrent en ceci que le temps y est pour quelque
chose.
Le besoin est souvent éloigné du calcul. Peu de pensée, peu
d'anticipation, le besoin est dans le présent ou le futur immédiat.
L'envie peut me rendre patient. Ou bien elle peut aussi me pousser à
négocier non pas seulement le temps mais parfois, souvent peut-être,
le consentement, l'approbation d'un autre. Ou au contraire si je sais
que mon envie suscite, peut-être, désapprobation, serais-je capable de
cette patience qui me permettrait d'obtenir gain de cause ?
La patience étant le fait d'accepter de souffrir du temps qui passe, de
souffrir jusqu'à ce qu'un mieux-être survienne, l'envie fait de moi un
acteur, tandis que le besoin me transforme plutôt en victime. Tout
autant le besoin est tourné vers moi-même et l'envie s'ouvre bien
souvent vers les autres.

21

Envie et désir

Nous avons vu l'envie face au besoin, regardons là face au désir.

Je vous envie, vous qui avez la science, et moi qui ne sais rien je
m'interroge. J'ai envie de savoir, de connaître, de comprendre. Je peux
être envieux de ce que vous savez. Ou encore penser que vous en savez
tellement que ce n'est pas justice.

L'envie devient alors témoin des différences. Lorsque ces différences
perturbent ce que je pense être ma liberté, l'envie peut alors se
transformer en quête insatisfaite. Je peux être jaloux, tenter de
transformer cette envie en besoin d'obtenir ce que vous avez.

Le désir est bien souvent plus calme, quoique !

Mais si l'envie m'associe aux autres par ce qu'ils possèdent et que je
n'ai pas, le désir se négocie.

Mon désir est que le temps soit beau. Je saurai attendre le temps qu'il
faut. Mais si mon désir s'adresse à toi qui me lis, je peux tenter de te
séduire. Patience ! J'y parviendrai peut-être. Si tu m'écris la joie ou le
plaisir que tu as à me lire, j'aurai cette victoire sur mon projet.

Le désir nous entraîne souvent à séduire plutôt que conquérir. Je dirai
conquérir pour l'envie, séduire pour le désir.

Epicure est un philosophe grec, qui vient plus d’un siècle après Socrate.
Epicure défend l’idée que tout est atome, y compris l’âme.

En éthique, le philosophe grec défend l'idée que le « souverain bien »
est le plaisir, défini essentiellement comme « absence de douleur ». En
logique ou épistémologie, Epicure considère que la sensation est à
l'origine de toute connaissance et annonce ainsi l'empirisme.

Epicure a proposé de classer les désirs selon différentes catégories

Désirs naturels et nécessaires

- Pour le bonheur (ataraxie : absence de trouble de l’âme)
- Pour la tranquillité du corps (aponie : tranquillité du corps)

22

- Pour la vie (nourriture, sommeil)
Désirs naturels non nécessaires

- Variations des plaisirs, recherche de l'agréable
Désirs vains (non naturels et non nécessaires)

- Artificiels : richesse, gloire, ...
- Irréalisables : désir d'immortalité
On entend parfois que les épicuriens sont les gens qui sont avides, ou
gourmands de plaisirs. Il n’en est rien. Epicure a apporté une
contribution aussi importante à la culture de l’humanité que Léonard
de Vinci.
Mais en tout cas et quoiqu’il en soit, dans cette partition qu’il établit
entre les désirs humains, il montre une chose évidente, et qui pourtant
ne va pas de soi dans l’esprit au quotidien : ce qui est nécessaire, au
corps et à l’esprit, est l’absence de déplaisir. La recherche du plaisir est
une fausse barbe, car ce qui anime les êtres est la recherche de
l’absence de déplaisir, de désagrément, de douleur, de souffrance.
L’envie est donc ce qui nous commande prestement, et le désir ce qui
nous entraîne vers l’excédent.

23

L'humanité ça s'organise

“Et puis j’ai compris qu’il y avait du monde à la
porte. J’ai ouvert et j’ai entendu : - Je suis venu
avec quelques ami.e.s - Oh, non ... bon alors des
places pour tout le monde !”

- Les démiurges et la politique
- Ethique et idéal
- La politique et la voix au chapitre
- C'est quoi cette bouteille d'Elée ?
- Les voraces et les coriaces
- Mais la philosophie c'est quoi en fait ?

C'est donc ce qui les pousse à
bâtir des cités Adonis ? Ils s'y
retrouvent, se rencontrent et

s'entendent pour vivre ? Ils
fondent des foyers et des états
juste pour passer ce temps qui
leur est donné au rythme des

saisons que je commande ?

Perséphone, ils ne font pas que courir, ou dormir.
Ils trouvent aussi à s'occuper, à vivre ensemble,
pas seulement pour survivre. Bien sûr ils travaillent
à semer et récolter, cueillir, chasser quand tu viens
sur la Terre, mais ils savent préparer ton passage
aux Enfers et ne meurent pas de faim quand ils s'y
prennent bien. Ils observent eux aussi le Monde, et
pensent, calculent, bâtissent. Et quand ils ont bien
fait les choses, ils peuvent aussi se divertir, prendre
le temps de chanter, de s'aimer.

24

Les démiurges et la
politique

A l'origine du mot démiurge que trouve-t-on ?

On aurait pu dire demie urge, ce qui pourrait laisser croire qu'il n'y a
pas le feu au lac, ou quelque chose comme ça.

Non, point ! Les faux amis nous tromperont toujours.

Les démiurges étymologiquement sont les gens du peuple laborieux
(demos, ergos), les personnes qui travaillent, ou mieux encore les
artisans, les fabricants.

J'ai un amour profond pour les gens qui font. Il y a ceux qui en parlent
et ceux qui le font. Et dans le fond le dire c'est bien, mais le faire c'est
mieux. Sinon c'est l'enfer.

Platon expliquait dans son Timée que la cause de l'Univers est un bon
et sage démiurge. Le commun des mortels en déduit consciemment ou
non qu'un démiurge est une chose divine, le Dieu créateur étant
l'origine de toutes choses.

Amusant ? Non ?

Si, moi je trouve,
l'artisan de toutes choses,
cet ouvrier génial
qui serait la cause,
l'origine de nous-mêmes,
portant le nom même des gens
qui font de leurs mains,
ou avec ce qu'ils peuvent,
les objets, et toutes ces choses
qui nous sont nécessaires
et nous permettent
d'exister,
de subsister,

25

et de râler
quand c'est pas bien fait.

Si c'est pas bien fait, c'est pas bienfait. Et pis c'est tout.

Platon pensait que la société parfaite, la Cité juste, doit être construite
sur le modèle du Bien en soi. Ça va de soi. Ça va sans dire, mais c'est
mieux en le disant. C'est quoi qu'est bien et c'est quoi qu'est mal ?

Socrate, que je porte dans mon cœur, au point de m'en faire affubler
du surnom par quelques amis, expliquait à Platon que la Cité était le
fondement de l'humanité, et qu'elle existait par nature, non pas parce
que les humains cherchent à se protéger, mais parce qu'ils se
rassemblent pour construire.

Socrate n'a rien écrit. Il a parlé et ceux qui l'ont écouté ont pris la suite.

Platon qui a presque tout noté en retenait l'idée d'une possible société
parfaite. La politique de Platon n'avait pas encore tout à fait ses lettres
de noblesse.

Aristote est allé plus loin en beaucoup de choses. Il tente de décrire
plus en détail une société qui peut devenir plus humaine. Il faut
entendre en ceci une société qui permet à chacun de mieux profiter des
bienfaits. Ce qui pourrait se rapprocher de l'accès au bonheur.

Aristote mentionne le bonheur comme but et la vertu comme moyen
d'y parvenir dans une société organisée selon des règles communes. Il
rentre dans le vif du sujet.

Nous parlons des démiurges. Dieux, ou pères fondateurs pour certains,
ils sont surtout celles et ceux qui prennent le temps par la parole ou
par l'écrit, ou encore avec des outils, avec un savoir, de fabriquer, de
façonner, de créer.

En politique il y a de ces démiurges bien connus. Qui la font.

Et au fait ! La politique c'est quoi ?

- Le cadre dans lequel une société est gérée.
- La pratique du pouvoir

26

Alors ceux qui en font, les artisans sont donc ceux qui la pratiquent en
tant que pouvoir ? Ou ceux qui participent à la gestion ?
En fait tout dépend. Les acteurs de la politique sont ceux qui s'en
inquiètent et qui ont voix au chapitre.
La voix au chapitre, de nos jours cela signifie : avoir la possibilité de
dire quelque chose et participer au concert des gens qui façonnent le
monde dans lequel nous vivons.
Probablement apparue pour la première fois dans l'abbaye Saint-
Wandrille de Fontenelle vers l'an 800, la salle capitulaire, ou salle du
chapitre, est le lieu où l'on discute toutes les affaires de la communauté
: les questions touchant l'organisation matérielle du monastère,
l'admission au noviciat comme à la profession religieuse définitive,
l'élection des abbés, la réception des hôtes de marque, et les questions
de discipline communautaire. On y fait également les annonces et
proclamations communiquées par l’évêque ou le pape.
Et par conséquent avoir voix au chapitre revenait à obtenir le droit de
juger.

27

Ethique et idéal

J’aimerais que tout soit parfait dans le monde, que les gens soient
heureux autant que possible, qu’ils ne souffrent pas ... ce serait le
paradis en quelques sorte. Ce serait idéal.

Mais la raison veut que je ne puisse pas envisager de faire le paradis
sur Terre, pas à moi tout seul. Ma raison me dit que s’il existe des
forces capables de régler la marche de l’univers, c’est à ces forces de
faire qu’un jour nous connaissions le paradis sur Terre.

L’idéal est une chose que nous pouvons comprendre, qui échappe plus
ou moins à la raison, et c’est pour cette raison que nous devons garder
les pieds sur Terre.

Les humains, qui ne peuvent pas s’empêcher de se rassembler en
troupeaux, et qui ne s’empêchent pas de se crêper le chignon quand ils
y sont, ont aussi besoin de savoir, de comprendre et de partager
quelques trucs pour éviter de devenir chauves dès qu’ils se rencontrent.
Donc ils définissent des règles communes pour tenter de limiter les
destructions capillaires.

Platon définissait le bien et le mal face à un idéal préexistant à toute
chose. Ce monde des idées est pour Platon un absolu auquel la morale
doit être confrontée.

Epicure et Nietzsche plus tard avancent l’idée que le bien et le mal se
jaugent peut-être dans un idéal, mais en pratique ce sont le bon et le
mauvais qui gouvernent nos actions, que l’on pense morales si elles
produisent les effets attendus. L’éthique doit répondre à des objectifs
identifiés et humainement praticables.

L’éthique est définissable selon un juste équilibre des choses que je
veux faire, mise en regard de celles que je peux faire et de celles que
je dois faire. Ce juste équilibre permet raisonnablement de déterminer
comment s’applique l’idéal. S’il est question d’un idéal partagé avec des
gens, et d’une éthique partagée avec eux, cela définit assez bien la
base des relations sociales entre les gens.

28

Ce qui est moral est ce qui est conforme à l’éthique au travers de nos
actes.
Au départ il y avait le bien et le mal. Indépendamment du fait que ça a
pu prendre un certain temps, les premiers groupes humains organisés
autour d’une culture assez évoluée ont pu définir ce que pouvaient être
les choses bonnes et celles qui étaient mauvaises.
Les humains ont développé toutes sortes de réflexions pour permettre
à l’humanité de croître et de prospérer, et ils ont éprouvé le besoin de
distinguer ce qui est idéal de ce qui est praticable.

29

La politique et la voix au
chapitre

La voix au chapitre on l'a dit il y a peu serait cette faculté de chanter
avec les autres de participer au concert en tant qu'instrumentiste, voire
chef d'orchestre pourquoi pas ?

Et d'ailleurs, à ce propos : le chef d'orchestre ? Son rôle, son titre ?

Il est chef parce qu'il coordonne et que les musiciens sont bien d'accord.
Si le chef assure bien sa mission, le public entendra sans doute une
belle exécution.

Avez-vous déjà vu un orchestre en désaccord avec son chef ? Le
résultat est variable. Misérable si les musiciens n'en font qu'à leur tête,
le résultat peut se transformer en lutte d'egos et ne pas permettre de
jouer la partition.

Une lutte d'egos est une lutte de gens qui ne veulent pas se sentir
égaux. Etonnant non ? L'ego c'est moi. Les égaux ne se mettent jamais
au singulier. On est forcément plusieurs quand on est égaux. Quoique,
si je te respecte je peux dire que je suis ton égal, ou que tu es mon
égal.e.

Et si je m'en fiche, je dirai que tout ça m'est égal, mais ça n'a rien à
voir.

Donc le chef est chef pour coordonner. Et si un soliste fait la tronche et
ne veut pas être pile dans le truc avec les autres, le chef a beau être
chef, ce n'est pas d'un coup de baguette qu'il changera les choses.

La baguette est un symbole, en principe ce n'est pas une arme de
persuasion ou de dissuasion.

Ce qui commande vraiment dans l'orchestre c'est la confiance que les
uns ont envers les autres, et tout le monde, le regard tourné vers le
chef, suit le mouvement.

C'est beau comme un grand bateau, quand ça prend pas l'eau.

30

Et c'est beau parce que tous les musiciens qui ont été embarqués dans
cette galère ont la voix au chapitre. C'est les spectateurs qui vont être
contents.

31

C'est quoi cette bouteille
d'Elée ?

Elée est une colonie grecque de l'antiquité qui fut installée en
Campanie, près du Golfe de Salerne.

Les natifs célèbres de la colonie d'Elée sont Parménide, Xénophane,
Zénon d'Elée, Mélisse ...

La colonie fut créée par des phocéens qui fuyaient l'invasion perse en
Asie mineure.

Elle s'est implantée un peu au sud de Poseidonia, plus ancienne, et dont
les vestiges actuels de Paestum sont assez tourneboulants. On y trouve
encore sûrement mes traces de pas.

Les éléates ont créé une école de philosophie assez célèbre, dont l'une
des figures est donc Zénon d'Elée.

Selon Diogène Laërce, Aristote attribue à Zénon d'être l'inventeur de la
dialectique, qui est une méthode de raisonnement visant à établir la
vérité en défendant successivement des thèses opposées; l'œuvre de
Zénon a été consacrée à argumenter contre les contradicteurs de son
maître en philosophie, Parménide.

Parménide et Zénon auraient dit-on partagé ... pas que des idées, mais
ça n'a rien à voir.

Il est principalement connu de nos jours pour ses paradoxes restés
célèbres dans l'histoire de la philosophie, en particulier à cause des
réfutations d'Aristote. Ces paradoxes, souvent présentés comme ayant
pour but de montrer l'impossibilité du mouvement, sont aussi
interprétés par certains chercheurs comme des arguments dirigés
contre l’Ecole de Pythagore qui affirmait la divisibilité du mouvement.

Alors si vous vous sentez prêts ? On y va ?

32

Si Achille poursuit une tortue, qui se déplace bien moins vite que lui,
dans un temps donné, il se rapproche de moitié de la distance initiale
qui le séparait d'elle.

Dans la moitié de ce temps, il se rapproche encore de la moitié de la
moitié. Mais sans l'avoir déjà rattrapée.

Et si on divise ainsi, on comprend bien que jamais Achille ne pourra
atteindre la tortue.

Le temps étant divisible à l'infini, Achille ne devrait pas courir ainsi, et
toutes choses étant égales autant ne rien changer puisque d'un but qui
paraît accessible nous n'y parvenons jamais.

Ceci est un paradoxe. Zénon ne l'a pas énoncé pour nous inviter à
glander, mais à réfléchir.

Il est évident qu'Achille aura raison de la tortue pourvu qu'il ne musarde
pas en route.

Et donc ? Le temps lorsqu'on le divise nous rend t-il le service qu'on
attend de lui ? Si ce n'est pas le cas, il est indivisible.

Mouarfff !

C'est bidon. Le temps peut être divisé on s'en fiche. Pourvu qu'on divise
aussi ce sur quoi il s'applique.

Le temps n'est divisible que si je prends en proportion ce que je
considère par rapport à lui.

Si je passe dix minutes à t'embrouiller avec mon texte et que tu m'as
suivi jusqu'au bout, tu sais que tu as passé dix minutes à me lire. Et tu
sais la conclusion que je donne à mon texte.

Si tu ne me consacres que cinq minutes et que tu ne lis que la moitié,
tu ne sauras probablement pas la conclusion. Et tu n'auras pas reçu la
totalité de ce que je voulais te donner.

A celui qui te dit qu'on peut tout diviser pour en optimiser l'usage ou la
fonction, je te dis, moi, méfie-toi !

33

Imagine par exemple qu'un ouvrier travaille une journée pour creuser
avec pelle et pioche un beau trou carré qui fait un mètre de tous côtés.
C'est un bon labeur qu'il aura fait, d'une journée de cinq heures.
Soulever ainsi, et mettre de côté un mètre cube de bonne terre avec
ses cailloux, le tout pesant peut-être plus de 2 tonnes ... joli parcours.
Un illuminé "zélé" venant à ta rencontre va t'expliquer qu'il est bon de
procéder à cette œuvre en mettant au travail 50 ouvriers.
Sur le papier ou dans sa tête il met 50 personnes à travailler et divise
le temps d'autant qu'il y a de gens.
Donc en six minutes le travail serait torché. Ce qui au demeurant aurait
le mérite de ne pas payer bien cher chaque personne pour six minutes
d'un travail léger, sans repas ni boisson.
Regarde bien avant de l'écouter. Place cinquante personnes auprès du
trou à creuser. Tu vas passer du temps à gérer un foutoir, à expliquer
aux gens pourquoi ils sont là, pourquoi ils doivent accepter de se faire
baiser par un zélé. Après quelques moments de démocratie relative,
une victime sera trouvée pour creuser son trou seul, parce qu'à la
mesure d'un homme il est couillon d'y placer un troupeau.
Perte de temps, perte de la valeur attribuée au travail, et si par malheur
le zélé est chef d'orchestre et que nous lui devons ou lui faisons
confiance ... nous l'écoutons.
Zénon nous a apporté l'esprit de contradiction pour nous permettre de
nous défendre contre les idées toutes faites. Voici donc un flacon
d'esprit de Zénon.
Dis Zénon, c’est quoi cette bouteille d’Elée ?
Dis Zénon, comment on fait pas des zélés ?

34

Les voraces et les coriaces

A la base de ma pensée du jour se trouve la légende des Horaces et
des Curiaces. D'après Tite-Live, durant le règne de Tullus Hostilius,
selon la tradition, troisième roi de Rome entre 673 et 641 avant Jésus-
Christ, les conflits entre Rome et Albe la Longue trouvèrent une issue
dans un combat qui fut décidé entre trois champions de chacune des
cités.

Plutôt que de lever des armées entières, les champions, en nombres
égaux, devaient se rencontrer ... pour se tarter. La légende nous
apprend que les Horaces romains mirent la pâtée aux Curiaces albains.
Mais deux des romains périrent. Tous trois blessés les albains
décidèrent de se relever et de partir en chasse vers le romain resté
valide.

Ils partirent séparément et en désordre, toutefois, en raison de leur
état. Baffes prises ne rendent pas vivacité d'esprit.

Publius Horatius, le survivant qui rentrait vers Rome, vit que ses trois
adversaires le poursuivaient. Il fit volte face et put transformer les
albains déjà éparpillés (façon) en puzzle, il y a pas si longtemps on
aurait dit à la Volfoni.

La sœur de Publius Horatius était fiancée à l'un des Curiaces, et à son
retour à Rome, il la tua alors qu'elle pleurait son fiancé, car, selon lui,
il fallait « qu'ainsi périsse toute Romaine pleurant un ennemi ».
Condamné à mort, il fut acquitté devant l'Assemblée du Peuple mais
dut passer sous le joug, symbole de la soumission à la loi romaine.

La gens Horatia fut dès lors soumise à des cérémonies purificatrices.

Ouich. C'est pas top en fait ce truc. Ça se termine quand même en jus
de boudin pour pas mal de gens.

De cette histoire il nous faut comprendre plusieurs choses. La première
est que les lois qui régissent la Cité, les cités, la société en général,
sont faites pour permettre au peuple de comprendre ce qui est possible
et ce qui ne l'est pas.

35

Il n'est pas possible de traîner des conflits qui n'en finissent pas donc.
Il faut bien en découdre. Et si on veut éviter la guerre, cette guerre qui
décime les peuples, on peut toujours choisir la médiation.
Bon. La médiation à la romaine d'époque, c'est encore le système
Pierrafeu avec gourdins et sauve-qui-peut. Les diplomates ne sont pas
encore éduqués pour travailler au Quai d'Orsay.
La Rome antique c'était pas toc pourtant. Juste une question de temps
pour arriver à de meilleurs usages. Je vous parle de ça, et ça remonte
à plus de 25 siècles.
Mais en fait pourquoi se foutait-on sur la gueule à l'époque ? Et bien
pour des questions de fric, de cul, pardon : d'alliances improbables, de
comportements imbéciles ... mais oui, une beuverie qui se termine mal,
un geste déplacé et la mer se met à bouillonner. Ou la mère, ce qui fait
que le père, les frères et les sœurs, si j'avais un marteau ... vous voyez
rien n'a changé.
Donc on se baffait pour les mêmes raisons qu'aujourd'hui, mais les lois
étaient pas les mêmes.
De tous temps, la société a fonctionné comme ça. Il y a les voraces,
qui par envie ou par besoin veulent prendre des trucs qui sont pas les
leurs à la base, et les coriaces qui se laissent pas faire.
Et pour mettre tout le monde d'accord, pour essayer de limiter le bain
de sang, on se rencontre, on s'assoit, on papote, on se met d'accord et
on écrit sur un beau papier le texte qui permet à tous et à chacun de
savoir ce qu'on peut faire ou ne pas faire.
La loi permet donc de mettre à peu près d'accord les voraces et les
coriaces. Ça sert à ça.

36

Mais la philosophie c'est
quoi en fait ?

- M'sieur, ... m'sieur, ... dessine-moi un mouton. M'sieur, ... m'sieur,
... dessine-moi un mouton.
- Ben pour quoi faire ?
- Ben pour ma chèvre !

La philosophie c'est un peu ça.

Dans les paroles d'une chanson, Jacques Higelin nous donne à penser
au Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry. Et il se pose, il nous pose
la question de savoir et comprendre pourquoi fallait-il qu'on dessine un
mouton.

Pourquoi ? A quoi ça va servir, pourquoi on en est arrivé-là. Qu'y avait-
il avant qui a fait que ? Pourquoi, comment, qui, quand, quoi ?

Et c'est quoi cette bouteille d'Elée ? Et comment on fait les bébés ?

La philosophie nous vient de cette envie de savoir. Envie, et besoin
d'ailleurs. On ne sait pas trop dire la différence en matière de savoir
entre envie et besoin, parce qu'il y a quelque chose de profond et d'inné
dans le fait d'aimer comprendre les choses et d'avoir besoin de savoir
comment tout ça fonctionne.

L'intelligence est la capacité, entre autres, de comprendre pour
anticiper.

Un jour on m'avait fait un compliment sur le fait que j'avais une certaine
facilité à analyser, à comprendre, et à gérer les problèmes, les conflits,
la négociation.

A la personne qui me faisait ce compliment, j'ai répondu que la
différence entre lui et moi tenait en une chose simple : devant l'obstacle
j'avais une certaine facilité à trouver comment le contourner, alors que
lui avait plutôt tendance à rentrer dedans.

37

On ne résout pas tout à éviter les obstacles, il faut aussi savoir les
effacer, ou les transformer, ça dépend. Mais dans tous les cas il faut
les gérer. Ça c'est intelligent. Gérer ... anticiper. Comment faire pour
comprendre, et même deviner ?

Donc la philosophie c'est aimer le savoir. Avoir envie de comprendre,
que ce soit par besoin ou pas.

Si je comprends comment fonctionnent les choses, pourquoi les choses
sont là, je peux plus facilement en mesurer les causes et les effets, je
peux alors mieux traiter tout le reste.

La philosophie s'est donnée pour but global de comprendre et
d'expliquer.

Avant la philosophie il y avait des gens qui expliquaient les choses
uniquement par le fait que tout ce qui échappait à l'entendement des
hommes était d'essence divine. Et que tout ce qui n'y échappait pas
était "comme ça".

C'est comme ça
Ah, la la la la
Ouais
le secret
ça coupe et ça donne

En fait on dit que avant les philosophes, il y a les sophistes. Les
sophistes sont les gens qui savent et qui expliquent pas tout.

Et un jour est venu un type que j'aime bien, Socrate, qui était chiant
comme pas un et qui ne voulait pas qu'on puisse affirmer un truc sans
l'expliquer. Du genre "non je m'énerve pas, j'explique". Ça lui a valu
pas mal d'embêtements, mais c'était une époque ou la liberté de penser
n'était pas trop grande.

Socrate ne supportait pas qu'on lui jette un truc à la figure sans donner
des explications logiques, ou raisonnables.

Tu vois le truc du genre : On baisse l'APL pour tous les bénéficiaires de
5€, ça va faire baisser les loyers.

38

Avec ça, Socrate, il prend le mec, il lui dit "mais t'es con ou quoi ?
Sophiste"
Il réfléchit et trouve des points de discussion, d'explication pour
expliquer que c'est pas forcément vrai, que ça peut avoir l'effet inverse.
Il est philosophe.
C'est en gros lui qui a amené le bordel dans la société. Ça remonte à
25 siècles.
Si vous avez l'impression que c'est récent vous vous plantez.
Donc la philosophie c'est quand on veut expliquer, comprendre, savoir
comment et tout ça.
Si quelqu'un vous dit le contraire, n'oubliez pas de lui dire, ou de
penser, que c'est un sophiste. Le mec il dit qu'il sait mais il explique
pas tout : sophiste.

39

De la valeur des biens, des
personnes, et de ce que les uns

font avec les autres

“Nous étions bien tous ensemble, à jouer, grignoter,
plaisanter, un peu serrés dans pas beaucoup de
place. Il a bien fallu mettre un peu d’ordre dans le
tumulte grandissant ...”

- De la valeur et de la propriété en philosophie et en économie
- De la valeur en général et des valeurs humaines en particulier
- De ce que l'on devrait pouvoir posséder en toute liberté
- Ce qui est capital et ce qui ne l'est pas
- Un bien vaut mieux que deux tu l'auras
- Et si on faisait la paix pour de vrai ?

40

Aphrodite fut bien inspirée de me
demander de prendre soin de toi
Adonis. Que l'on m'imposât de faire
un temps le chaud et un autre le
froid n'avait pas de sens pour moi.

Mais puisque cela permet à la
nature de s'exprimer, qu'il en soit

éternellement ainsi.

Les loisirs des humains ne sont pas que des rires.
Et le travail qu'ils se choisissent n'est pas toujours
paisible. Si ce n'était que de l'amour, des chants et
de toutes les grâces, l'Elysée serait aussi pour eux.
Ils doivent aussi apprendre, se soigner, partager
équitablement, protéger les faibles et adoucir les
forts, car ils oublient que leur temps à chacun est
compté, et qu'il faut laisser la nature en bon ordre.

N'est-il donc pas permis pour eux
d'avoir la tête qui dépasse Adonis ?
Je ne peux pas imaginer qu'on vive
dans un monde où tout serait égal.

Lorsque j'écoute ces gens que je
rencontre, je comprends que
certains vivent de peu et n'en

veulent pas plus, tandis que tel
autre se voudrait l'égal des dieux.
Ce qu'il nous faut combattre pour

rester maître du destin.

Tu es d'essence divine
Perséphone, moi je ne le suis
point. Nous devons vivre en
paix pour bien vivre ensemble.

41

De la valeur et de la
propriété en philosophie et
en économie

Tout d'abord il faut essayer de comprendre pourquoi nous aurions
besoin de déterminer la notion de valeur. Ça sert à quoi de donner une
valeur ?

Au sens propre cela consiste à évaluer quelque chose. Cela peut être
un objet, une personne, une idée, la chose peut être concrète ou
abstraite, peu importe, mais nous voudrions en donner une estimation
par rapport à un critère.

Je t'aime, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout : échelle de
valeur.

Vous pensiez que c'est toujours affaire de fric ? Vous aviez tort !

Donc la valeur nous permet de peser, de mesurer, de représenter la
manière dont nous évaluons quelque chose ... oui mais donc en
mesurant ? En créant une échelle de valeur par rapport à des choses
qui peuvent se comparer à cette chose que nous évaluons.

La valeur est toujours rattachée à une chose par rapport à d'autres
choses.

Il y a bien entendu une notion de grandeur puisqu'il s'agit de mesurer,
une notion d'unité bien souvent puisque c'est bien plus pratique
d'utiliser des unités de mesure.

Donc quelle valeur puis-je accorder au kilo de carottes que je veux
utiliser pour manger ?

Quelle valeur accorder à la maison qui me permet d'être à l'abri ? A la
voiture qui me permet de me déplacer, ou au billet de train pour
voyager ?

42

Comparer des carottes, des maisons, des voitures et des trains c'est
compliqué.

Si on se transporte quelques millénaires en arrière, les gens n'avaient
d'ailleurs pas tous ces trucs à évaluer. Peut-être avaient-ils à mesurer
la valeur des choses pour du grain, de la viande, quelques objets. Une
amulette, un collier, un masque, du blé ... comment évaluer ces choses
pour ... pourquoi d'ailleurs.

L'idée c'est que si je possède un machin et que le voisin aime bien ça,
et que lui a un bidule qui m'intéresse : ah ben oui. Forcément, je
possède un machin et lui possède un truc. Et si on échangeait ?

Ah .. la belle idée.

Donc j'ai un beau collier de perles, et toi tu as une poignée de grains.
On échange.

Sauf que : couillon que je suis, j'ai mon beau collier de perles qui est
rare, et je vais pas le filer au voisin contre une poignée de grains alors
que lui, le grain il en a trois silos pleins. Si je fais ça, je vais bouffer ce
soir, et mon collier est perdu pour moi.

Ce collier il est à moi, c'est ma propriété.

Et de deux ... Ah la belle idée.

Bon : propriété ! Le truc est depuis toujours sujet à controverse. Mais
en gros la propriété que des personnes ont sur les choses correspond
au fait que ces choses leur appartiennent. Ils en font ce qu'ils veulent,
et les autres ne peuvent rien dire.

D'un autre côté au régime Pierrafeu, le gourdin de cérémonie peut
facilement être un argument qui contredit la chose.

Mon voisin a envie de mon collier. De deux chose l'une, ou il me propose
du grain en quantité suffisante, ou l'autre c'est qu'il déboule avec un
tronc d'arbre, et là il m'écrabouille, prend le collier et pif paf poum ...
il est proprio du truc. Si je m'en prends une à chaque fois que je lui fait
remarquer qu'il me l'a volé, il reste propriétaire.

43

A moins que j'aille voir les keufs pour me plaindre. Sauf que, il y a
quelques millénaires les keufs se planquaient même pas, ils existaient
pas.

Le keuf du coin c'était gros bras.

Donc, ou bien qu'on soit pas d'accord et on peut piquer un truc à
quelqu'un qui dit que c'est à lui, et le propriétaire c'est celui qui a la
chose, ou alors on est d'accord que mon voisin qui a du grain et qui
veut mon collier, ça fait de nous des propriétaires de choses différentes
qui pourraient s'échanger.

La normalité c'est le second cas.

Reste à déterminer combien de poignées de grains il faut pour échanger
contre un collier.

Une poignée ça le fait pas du tout. Si après d'âpres discussions on
tombe d'accord sur le fait que mon collier vaut 1232 poignées de blé,
je suis content.

Si j'ai besoin d'une poignée de blé par jour, j'en prends pour plus de 3
ans. En 3 ans mon grain sera foutu avant de l'avoir consommé.

C'est compliqué !

C'est pour ça qu'au fil du temps on a inventé l'argent, la monnaie, la
valeur d'échange.

Là contrairement à d'autres types de mesures, l'humanité dans sa
grande sagesse n'est pas parvenue à trouver un consensus pour définir
une unité. Chacun voudrait avoir la sienne.

Et pour cause ! Mon collier de perles qui 1232 poignées de blé pourrait
bien en valoir plus, ou moins, c'est selon. D'abord ça dépend de la
poignée. Et ça dépend si ça dépasse.

On tombe vite dans le kilo de plume qui ne pèse pas le même poids
que le kilo de plomb.

Pourquoi ? Parce qu'en gros c'est pratique pour ceux qui achètent et
qui vendent de se dire que le fait d'acheter ou vendre représente un
effort en soi. Que le fait de garder un objet représente aussi un effort.

44

D'ailleurs plus j'ai d'objets que je garde sans rien en faire, plus les
efforts que je fais sont importants, et j'aimerais bien que tout ça finisse
par avoir de la valeur.

Du moment que ces objets m'appartiennent, que j'en suis propriétaire,
je suis content parce que ces objets ont une valeur que je pourrai
négocier contre des poignées de grains de blé.

Dans le principe de propriété il y a une chose cachée. La propriété me
donne le droit de faire ce que je veux d'un truc, mais ça me donne aussi
le droit de l'échanger, ou de le vendre. Et donc la propriété confère une
valeur à ce que j'ai aujourd’hui, pour le jour où je voudrai le vendre ou
l'échanger.

Ah ! Oui ... vendre ! C'est vrai. On vous a pas dit ?

Vendre, acheter, c'est échanger mais au lieu d'échanger des grains de
blé contre des colliers, on convertit chaque chose en valeur. Alors la
poignée de blé si c'était l'unité de valeur de base, la monnaie, il en faut
1232 pour mon collier. Mais comme c'est pas très pratique on utilise
des jetons, une vieille invention ça.

Les jetons en ferraille, en métal, plus ou moins grands, pour
représenter des poignées de blé. C'est la monnaie.

Il y a des jetons pour 10 poignées, pour 100 poignées. C'est pratique
le pognon vu comme ça. Pognon d'ailleurs est un mot qui a la même
origine que poignée. Etonnant non ?

p.-s. : Il peut apparaître pour certains lecteurs que j’ai un avis tranché
qui met en opposition les vilains sophistes et les gentils philosophes. Je
ne suis pas dupe, mais seulement d’une foi pas tout à fait sincère : par
manque de temps ou de patience scripturale. Les sophistes à l’origine,
et dans un temps où la culture n’était pas encore la nôtre, étaient des
savants, des professeurs qui louaient leurs talents d’orateurs souvent
pour permettre de s’opposer à l’aristocratie. Au fil du temps sont
apparus des philosophes qui ont trouvé que le pouvoir des sophistes
devenaient exorbitant, certains au service de l’aristocratie, et d’autres
rangés à la cause du peuple.

45

De la valeur en général et
des valeurs humaines en
particulier

La valeur est donc cette chose qui permet de mesurer une dimension
d’un objet, d’une idée, d’une entité.

L’entité objet peut être n’importe quelle chose matérielle ou non.

Si c’est un kilo de carottes par exemple, la dimension poids, ou masse
de cette entité est un kilo. La dimension quantité est peut-être 15. On
a quinze carottes. Pas toutes de la même taille. En plus. Grosseurs,
longueurs sont inégales.

Donc pas pratique de mesurer les carottes pour en apprécier la valeur.

Par contre notre kilo de carottes fait un kilo, ça va pas changer. Un kilo
reste un kilo.

Encore que, si on monte avec le kilo de carottes dans un avion et qu’on
le pèse, il fera moins d’un kilo, mais ce n’est pas sujet.

Ce qui est bien c’est que si je prends un kilo de carottes un jour, et que
j’en compte quinze, et qu’un autre jour elles sont plus petites et il en
faut 23 pour faire mon kilo, ben un kilo ça reste un kilo !

Et si je veux échanger un kilo de carottes contre autre chose

Je peux en tirer quoi de mon kilo de carottes.

Trois poignées de grains de blé ? Non pas assez, Dix poignées peut-
être ?

Bon on va pas faire l’impasse là-dessus on a inventé la monnaie, c’est
pas pour des prunes. Et pour les carottes on pourrait fixer le prix du
kilo, ce serait bien pratique.

46

Comment peut-on décider du prix de ce kilo de carottes ? On demande
à celui qui les a plantées et récoltées de nous expliquer :

- j’ai nettoyé un lopin et retourné la terre
- j’ai planté des graines de carottes
- j’ai surveillé, chaque jour, arrosé quand il fallait
- j’ai attendu que les plants aient l’air à point
- je me suis baissé pour les ramasser, les nettoyer un peu et

vous les présenter.
- au total j’ai utilisé tant d’heures, tant de litres d’eau, etc.

Si on fait la somme des actions, des ressources et fournitures on
trouvera ce que pourrait coûter ce kilo à produire, et on y ajoutera le
temps passé pour essayer de faire que ce monsieur soit content du prix
qu’on veut bien lui donner.

Comme il est pas plus bête qu’un autre, notre cultivateur aura pensé à
tout ça et mis sur une ardoise le prix qu’il en propose.

Et là vous arrivez devant lui et vous lisez “Carottes 2€85 / kg”

Quoi ? 2€85, nonméssavapa ! J’ai vu à 1€40 dans le magasin là-bas !

Comme il est pas plus bête qu’un autre, notre cultivateur aura pensé à
tout ça et mis sur une ardoise le prix qu’il en pr... Si vous payez 2€85.

On constate quoi ?

- Que pour vendre plus cher que le voisin il faut convaincre avec
des arguments solides.

- Que dès qu’on aborde la question du prix d’une chose, on rentre
facilement dans un conflit.

Et l’amour du travail bien fait ?

Et le coût réel de la carotte moins chère qui est produite par tonnes à
des centaines ou des milliers de kilomètres ?

Et la notion de partage qui est diluée dans des schémas de plus en plus
complexes et devenus tellement exempts d’humanité que chaque
personne humaine qui intervient dans la chaîne ne conserve petit à
petit que ses yeux pour pleurer ?

47

Ah si les larmes avaient un prix, la richesse ne se mesurerait pas de la
même manière

Si tu ne m’aimes pas je t’aime,
Et si tu m’aimes prends garde à toi.

Pour parfaire cette réflexion sur la valeur, on dira maintenant le prix
des choses, je vous propose de retrouver un texte d’une chanson folle
et chantante d’un grand Charles qui refusait la politique qui nous
étrique la pensée et lui préférait la poésie avec laquelle on rit :

Affiche d'époque ! 1943

Débit de l’eau, débit de lait, de et
par Charles Trenet

Dans ma rue,
y a deux boutiques
Dans l'une on vend de l'eau dans l'autre on
vend du lait
La première n'est pas sympathique
Mais la seconde en revanche où l'on vend
du lait l'est
Et c'est pour ça que tous les passants
La montrent du doigt en disant

Ah qu'il est beau le débit de lait
Ah qu'il est laid le débit de l'eau
Débit de lait si beau débit de l'eau si laid
S'il est un débit beau c'est bien le beau
débit de lait
Au débit d'eau y a le beau Boby
Au débit de lait y a la belle Babée
Ils sont vraiment gentils chacun dans leur débit
Mais le Boby et la Babée sont ennemis
Car les badauds sont emballés
Par les bidons de lait de Babée
Mais l'on maudit le lent débit
Le lent débit des longs bidons du débit d'eau de Boby
Aussi Babée ses bidons vidés
Elle les envoie sur le dos de Boby
Et Boby lui répond

48

En vidant les bidons Les bidons d'eau de son débit et allez donc
Les bidons d'eau de son débit et allez donc.

Dans ma rue y a un mariage
Celui du beau Boby et de la belle Babée
Les voilà tous deux en ménage
Le débit d'eau épouse le grand beau débit de lait
Ils ont repeint leur boutique en blanc
Et chacun dit en y allant

Ah qu'il est beau le débit de lait
Ah quel palais le débit de l'eau
Débit de lait si beau, débit de lait palais
S'il est un débit beau c'est bien le beau débit de lait
Boby a mis du lait dans son eau
Et la Babée de l'eau dans son lait
Ils ont enfin compris que leurs débits unis
Font le plus grand le plus joli des beaux débits
Et les badauds sont emballés
Par les bidons de lait de Babée
Oui mais Boby garde pour lui
Les deux plus beaux bidons de lait de la Babée jolie
Et maintenant si vous y alliez
Vous entendriez de joyeux babils
De deux beaux bébés blonds
Qui font tomber d'un bond
Tous les bidons d'eau et de lait de la maison
Tous les bidons d'eau et de lait de la maison.
Ils se battent à coups de beaux bidons
Chez Boby et chez Babée et allez donc.

Où l’on comprend que la valeur ajoutée de l’amour que l’on fabrique
n’est pas qu’une question d’argent.

49

De ce que l'on devrait

pouvoir posséder en toute

liberté

Une fois posée la valeur des choses, comment faire pour en disposer et
s’amuser à les échanger en fonction de nos envies et de nos besoins ?
Et pourquoi devrait-on disposer de certaines choses ?

D’abord, il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger.
L’expression a été attribuée à Socrate. Il s’agit de dire pour Socrate
que manger est nécessaire, mais qu’il ne faut pas y consacrer autre
chose que le nécessaire et le suffisant.

Plus tard, reprise par Molière dans L’avare, ce sera plutôt une diatribe
dirigée contre l’avarice et les avaricieux, dans une déclinaison ironique.

Si je me transpose, par l’esprit, au temps où rien n’était ni offert, ni
vendu par des commerçants équipés de caisses enregistreuses, tout
était moins évident ... aller faire les courses pouvait consister à partir
des heures durant pour traquer un repas potentiel, avant de revenir
pour le consommer avec sa tribu.

Une fois le ventre plein, on aime bien faire la sieste, et on devait en
plus tenir compte d’un habitat précaire, il n’y a de nos jours que des
touristes en mal de nature qui peuvent apprécier quelques jours passés
dans des cavernes. A l’époque de la préhistoire et en fonction des
endroits on pouvait trouver de très beau appartements taillés, par la
nature, dans la roche, mais qu’il fallait parfois partager avec un ours
ou un félin quelconque et pas très partageur.

Jusqu’au temps des gaulois, s’abriter était très compliqué, et se faire
sortir d’une grotte par un ours conduisait les gens à courir sous un
chêne en criant “cassanos” ... ce qui permet de mieux comprendre un
aspect méconnu du culte du chêne, et du verbe se casser en français
moderne ... et ce qui est surtout une explication complètement foireuse

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