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Ce livre parle de la vie et de la mort dans le contexte d'un nouveau paradigme scientifique. Approche des théories qui permettent de comprendre des phénomènes paranormaux en lien avec la mort.

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Published by Michel Nachez, 2019-07-24 15:41:21

Vie, Mort et Nouveau Paradigme

Ce livre parle de la vie et de la mort dans le contexte d'un nouveau paradigme scientifique. Approche des théories qui permettent de comprendre des phénomènes paranormaux en lien avec la mort.

Keywords: vie, mort, nouveau paradigme scientifique, théorie du chaos, anthropologie

COLLECTION AUX FRONTIÈRES DE
L’ANTHROPOLOGIE

Aux frontières de l'Anthropologie traite des
questions aux limites de la science. Je suis docteur
en Ethnologie / Anthropologie et mon sujet
d'étude principal concerne, les états de
conscience modifiés. Tous les peuples
traditionnels disent entrer en contact avec des
esprits. C'est là que la science s'arrête car pour
elle les esprits n'existent pas. Qui a raison ? Il y a
beaucoup d'anomalies qui ont été constatées :
quasi toutes les disciplines sont touchées. Mais
que fait-on des anomalies ? Elles sont occultées.
Cette collection explore ces questions. Poltergeist,
apparitions et phénomènes de hantise, OVNIs,
phénomènes parapsy-chologiques, magie et
sorcellerie, archéologie mystérieuse et théories
alternatives... Je vous invite à me suivre dans ce
passionnant dédale qui remet en cause notre
vision du monde occidental dite rationaliste, notre
paradigme scientifique actuel...

VIE, MORT ET NOUVEAU PARADIGME
Erica Nachez

La Renaissance a marqué l'avènement du
rationalisme d'où est issue ce que l'on a appelé la
civilisation occidentale. Descartes, au XVIIème
siècle, a fondé l'ère de la raison, de l'objectivisme
et, à travers Newton et les positivistes du XIXème
siècle, nous sommes encore héritiers de ce
paradigme matérialiste, ce modèle du monde
étayé par l'idée du formalisme rigoureux de la
méthode scientifique qui affirme : seuls les faits
vérifiables, quantifiables, reproductibles, sont
objets de science - et de réalité.

Toutefois, les avancées les plus récentes de la
science (relativité, mécanique quantique, théories
du Chaos, de l'information, holographique)
apportent un tout nouveau regard sur ce que
pourrait être la réalité de l'univers. Ce nouveau
paradigme, s'il dédensifie la matière, s'il relativise
le temps, s'il met en question la "mécanique" du
monde, ouvre à des perspectives parfois
vertigineuses et à d'autres dimensions et
compréhensions du vécu, du monde et de
l'homme.

1

Voyons ce que le nouveau paradigme a à dire
de ces catégories de l'expérience humaine, de ces
interrogations liées à l'existence humaine :
création, mouvement, matière; vie, mort,
conscience; passé, présent, futur... Tout cela
apparaît maintenant sous un autre éclairage, une
autre compréhension, présente un nouveau
visage. Nouveau ? Voire...
LA VIE

Les conceptions occidentales nous ont
habitués à considérer que la vie, à travers des
amalgames aléatoires de molécules de matière,
est née dans la "soupe primitive" des premiers
âges. Ainsi, la vie a-t-elle pu apparaître comme un
sous-produit de la matière, comme un certain état
de la matière - mais pas de toute la matière : gaz,
liquides, roches et minéraux, toutes choses qui ne
semblaient ni naître, ni croître, ni se reproduire, ni
mourir, ne pouvaient donc participer de cet état de
vie. Naître, croître (consommer, métaboliser,
éliminer), se reproduire, disparaître... seraient-ce
là les critères d'identification de la vie ? Les
végétaux, les animaux, les hommes et aussi les
bactéries vivent, selon ces critères.

2

Autre définition de la vie : tous les organes et
tous les tissus des êtres vivants, quelle que soit
leur diversité, sont faits de cellules, donc de
matière - "vivre, c'est aussi assimiler, rendre
semblable aux éléments de l'être les emprunts
qu'il fait à l'extérieur, réaliser ces édifices que
nous appelons (...) organes, tissus, cellules,
macromolécules biologiques" (Physiologie, Paris,
Editions Gallimard, 1969, Encyclopédie de la
Pléiade, page 3). Ces cellules, et tous les
organismes vivants, ont un fonctionnement qui
est un style d'énergétique : une manière d'user de
l'énergie, à température à peu près constante. Les
êtres vivants sont ainsi considérés "incapables de
créer de l'énergie. Ils ne peuvent que transformer
certaines formes d'énergie qui s'offrent à eux en
énergie chimique, mécanique, lumineuse, etc.
Même en l'absence de croissance, la matière
vivante s'use et doit remplacer les produits
dégradés"(ibid., page 30).

Il y a donc ainsi, dans la matière-vie,
consommation d'énergie obéissant aux deux lois
de la thermodynamique : la loi de la conservation
de l'énergie et de la matière et la loi de la
transformation irréversible de l'énergie et de la

3

matière. "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se
transforme" - et se dégrade.

Dans ce regard, la vie est donc un état
particulier de la matière, consommatrice et non
créatrice d'énergie. Mais qu'est-ce donc que la
matière ?

LA MATIÈRE
Le philosophe Démocrite, au IVème siècle

avant J.C., eut déjà l'intuition que la matière était
faite d'atomes et que ces atomes étaient agencés
de manière différente selon les objets qu'ils
composaient. La science au XIXème siècle
parvient à mettre en évidence les atomes, estime
leur taille, leur poids puis, au début du XXème
siècle, découvre que ces atomes, que l'on croyait
indivisibles, sont en fait des assemblages de
particules plus petites.

Pour la physique contemporaine, la matière,
toute la matière, est faite de particules, grains de
matière prodigieusement petits. L'extraordinaire
diversité des objets de la nature, le nuage et l'eau,
l'étoile et la fleur, la pierre et la soie, l'air et le
sang, l'odeur et la couleur... tout est fait de ces
particules infimes; et c'est de la diversité des
combinaisons, des arrangements, que naît cette

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immense variété de formes, de manifestations, de
consistances, de vies.

La matière, support de la vie, devient donc
particulaire. Et dans le monde des particules, de
l'infiniment petit, les physiciens découvrent des
lois étranges, des paradoxes, des phénomènes et
des fonctionnements défiant le sens commun. Ils
se trouvent face à un nouveau visage de la réalité
de la matière : c'est la vision d'une matière pleine
de vide et monstrueusement énergétique. Au
début des années 1930, on prend conscience que
le noyau est 10 000 fois plus petit que l'atome
dont il est le centre (pour donner une image, à titre
de comparaison : le noyau serait un petit pois au
centre d'un stade qui serait l'atome).

Autour de ce noyau tournent les électrons.
Mais contrairement à l'image connue - où les
électrons ont une trajectoire définie autour du
noyau -, l'électron est un "objet" insaisissable.
"Comment exprimer qu'un électron puisse se
trouver simultanément ici et ailleurs, quelque part
et partout ? Comment expliquer qu'il se comporte
à la fois comme une infime poussière de matière
mobile parcourant l'atome, et en même temps
comme quelque chose d'étendu, ondulant dans
tout cet espace ? Comment décrire cette double

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personnalité ?" (Marie-Simone Detoeuf, La Danse
de l'Univers, page 19).

Dans le noyau lui-même, protons et neutrons,
eux-mêmes faits de quarks, sont maintenus
ensemble par des forces puissantes et s'agitent
violemment en tous sens. Ces quarks sont
mobilisés à une allure prodigieuse - près de
300 000 km à la seconde - et à de telles vitesses
apparaissent des phénomènes étonnants : le
temps et l'espace, l'énergie et la matière se
catapultent. L'énergie se transforme en matière
dans certaines configurations, la matière se
transforme en énergie dans d'autres... Rien n'est
stable, rien n'est durable. Les quarks, dans le
noyau, se heurtent sans cesse en des chocs d'une
violence et d'une rapidité inouïes, ils apparaissent,
se rencontrent, disparaissent, il en réapparaît, au
cours de catastrophes, de créations et dé-
créations incessantes. "Ainsi, au sein du noyau,
l'intérieur des protons et des neutrons est le
théâtre d'une formidable agitation, marquée par
la création et la disparition des plus petits points
de matière connus" (ibid., page 25). C'est là une
sarabande incessante où l'énergie des chocs se
transforme en particules-matière plus ou moins
stables, qui se retransforment en énergie (si une

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particule peut durer un millionième de seconde,
les physiciens la disent stable; certaines durent
moins d'un milliardième de milliardième de
seconde).

À partir des particules, des quarks, des
atomes, tout l'univers-matière se construit, de
l'infiniment petit vers l'infiniment grand, du plus
simple au plus complexe, du plus "inerte" au plus
"vivant". Au niveau particulaire, il ne semble pas y
avoir de différence entre la "matière" d'un grain de
poussière et celle qui compose un neurone de
mon cerveau, entre la "réalité" du magma
terrestre et celle de mon corps vivant humain...
L'énergie crée constamment la matière dont la dé-
création crée l'énergie. Les physiciens ont appelé
cela la mécanique quantique.

Que reste-t-il alors de ce corps humain de
matière, "support" de ma vie ?

"Lorsqu'on se place au niveau de l'atome, on
n'évolue pas dans un monde d'objets solides qui
se déplacent tels des danseurs dans un ballet bien
orchestré. Les particules subatomiques sont
séparées par des vides immenses, qui font de
l'atome un espace vide à 99,999%. C'est vrai pour
les atomes d'hydrogène dans l'air, pour les
atomes de carbone dans le bois dont sont faites

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les tables, de même que pour les atomes "solides"
de nos cellules. Ainsi, tout solide, y compris le
corps humain, est, toutes proportions gardées,
aussi vide que l'espace intergalactique." (Deepak
Chopra, Le Corps Quantique, page 112).

LA CONSCIENCE
Les découvertes des sciences dites exactes

permettent d'affirmer le fait suivant : si on
éliminait tout le vide existant entre les atomes
composant six milliards de corps des hommes
actuellement vivants, ce qui resterait de cette
matière compactée remplirait tout juste un dé à
coudre.

Cet état actuel de la science n'est, certes pas,
le dernier mot du savoir, mais il ouvre à des
perspectives inédites, vertigineuses. Un nouveau
regard sur la matière, sur l'énergie, sur le plein, sur
le vide, sur le temps, sur l'espace, sur la vie, sur la
non-vie... a ouvert la voie à de nouvelles
conceptions du monde. Un nouveau modèle de
compréhension émerge, un nouveau paradigme
se lève, qui pourraient bien en quelques décades
changer l'homme, la société et l'avenir du monde.

Car, si le corps humain n'existe que pour un six
milliardième de dé à coudre, qu'est-ce donc qui

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supporte ce que je perçois être ma vie ? Quel est
le bon bout de la lorgnette par lequel regarder et
comprendre ? Autre question : Si l'anéantis-
sement de ce six milliardième de dé à coudre
signifie ma mort, où est donc la différence entre la
vie et la mort ? Cette différence est elle
quantifiable par un six milliardième de dé à
coudre en plus ou en moins (mais : rien ne se perd,
rien ne se crée, tout se transforme) ?...

Alors, la vie, par-delà la matière - pleine de
vide - ce pourrait être la conscience de vivre. Et
qu'est-ce donc qui supporte la conscience de
vivre ? Et qu'est-ce donc que la conscience ?
Comment définir cela - qui est inquantifié
(inquantifiable ?) - ? La conscience est-elle un
donné ? Est-elle un vécu ? Est-elle de l'ordre de la
sensation ? De la perception ? De l'expérience de
la sensation, de la perception, du vécu ? Ou de
l'interprétation de cela ? Conscience-spectatrice ?
Conscience-actrice ?... Nul ne s'est encore
aventuré à donner de la conscience une définition
définitive.

Il fut un temps, pas si lointain, où la conscience
était considérée comme un "exsudat" de la
matière cérébrale, comme générée par des
mécanismes chimiques dans le cerveau, donc

9

comme un produit de la matière une fois que
celle-ci a atteint un certain niveau de complexité
(nous n'oublions pas que la matière, vue du point
de vue de la physique quantique, n'existe guère de
façon stable). Il est une autre approche "qui parle
de la conscience pure et qui pense que celle-ci est
à la base de la réalité" (Fritjof Capra, Science et
Conscience, "Le Tao de la Physique", page 39). Le
principe d'incertitude, exprimé par le physicien
Werner Heisenberg, ajoute encore cet autre
aspect : il ne peut exister aucun phénomène
totalement objectif, c'est à dire indépendant de
l'observateur. Cela signifie que l'attention de
l'observateur, sa présence - et des recherches plus
récentes ont ajouté : parfois sa volonté - ont une
incidence sur le comportement de la matière au
niveau particulaire.

"Le trait essentiel de la théorie quantique est
que l'homme est nécessaire non seulement pour
observer les propriétés d'un objet, mais même
pour que celles-ci deviennent une réalité. Ma
décision consciente concernant la façon
d'observer, mettons un électron, (...) déterminera
jusqu'à un certain point les propriétés de
l'électron. Autrement dit, l'électron ne possède
pas de propriétés indépendantes de mon esprit.

10

En physique atomique, la nette coupure
cartésienne entre l'esprit et la matière, entre le
moi et le monde, n'a plus cours" (ibid., page 46).

LE TEMPS
Si la matière n'a pas les propriétés objectives

que le consensus lui accordait, qu'en est-il donc du
temps, de sa rigueur et de son flux intransigeant
allant du passé vers l'avenir ?

Rappelons cette expérience célèbre : un
photon (quanta d'énergie lumineuse) émis par
une lampe traverse un écran dans lequel on a
percé un petit trou, permettant le passage de ce
photon et au-delà duquel se trouve une plaque
photographique. Le photon donc, porté par une
onde sphérique, atteint le trou, le traverse et va
noircir un grain précis de la plaque, un grain précis
à l'exclusion de tout autre. Jusque là, ça va. Là où
ça ne va plus, c'est que, selon la physique
quantique, sur l'onde sphérique qui l'emporte vers
la plaque, le photon est en même temps n'importe
où, avec seulement une certaine probabilité de
présence à chaque instant et en chaque point de
cette onde.

Un seul grain de la plaque est noirci par le
photon alors que tous les points de l'onde

11

parviennent simultanément au contact de la
plaque, chacun de ces points touchant son propre
grain en même temps que les autres. Or, c'est
précisément à cet instant là qu'est désigné le
point de l'onde portant à ce moment le photon.
C'est là le problème soulevé par Einstein vers
1927 : "(...) comment les autres grains de la
plaque «savent-ils» qu'ils ont perdu ? Puisque tous
les points de l'onde sont parvenus simultanément
au contact de la plaque et que c'est à ce moment
même que tout s'est joué, il faudrait que les grains
«perdants» eussent tous appris leur déconfiture en
même temps qu'était désigné le «gagnant» ! Mais
en vertu d'une loi relativiste (...) aucune
information ne peut se propager plus vite que la
lumière. Donc, en l'occurrence, le grain d'émulsion
«gagnant» ne peut instantanément faire «savoir»
aux autres qu'ils ont «perdu»." (Cité par Charles
Hirsch, La Science et ses Doubles, "Des Jumeaux
très Particuliers", pages 125-126).

Et pourtant, c'est bien là ce qui se passe.
Autre variante de ce problème, connue depuis
1935 sous le nom de paradoxe d'Einstein-
Podolsky-Rosen (EPR) : deux photons sont "émis
par une même source dans deux directions
différentes, de telle façon qu'ils soient «corrélés»,

12

c'est à dire en quelque sorte «jumeaux» et
astreints comme tels, par les lois quantiques, à se
comporter toujours et au même moment en
accord l'un avec l'autre, par exemple à tourner
ensemble dans le même sens. Si, dans ces
conditions, l'on fait arbitrairement - au
hasard - tourner l'un d'un certain angle un moment
après l'émission, l'autre, qui se trouve alors à une
énorme distance de son «frère», tourne
simultanément du même angle." (ibid., page 129).

Comment le second photon apprend-il
instantanément ce que fait son homologue, et y
réagit-il ? Tout se passe comme si le temps n'avait
pas, ici, la rigidité qu'on lui suppose dans le vécu
ordinaire. Tout se passe ici comme si, ainsi que le
souligne le physicien Costa de Beauregard, un
nouveau paradigme était nécessaire : "Il faut se
dire aussi que la nature qui, l'expérience le montre
est relativiste et quantique, se rit de nos
difficultés, non seulement analytiques, mais aussi
conceptuelles (...). Si l'on veut garder les yeux
ouverts et ne renoncer ni au formalisme
quantique ni au formalisme relativiste, alors, la
seule issue est de modifier notre conception de la
causalité, héritée de l'expérience macros-
copique." (Costa de Beauregard, Science et

13

Conscience, "Cosmos et Conscience", pages 67-
68). Le temps peut être remonté. Charles Hirsch
en dit : "L'irréversibilité du temps est un principe
étranger à la structure logique de la doctrine
relativiste (...); l'ordre de tourner peut remonter le
temps de l'un des photons à la source, puis de là
repartir vers l'autre photon" (Charles Hirsch, op.
cit., page 132).

Loschmidt et Zermelo, déjà, postulent dans la
deuxième moitié du XIXème siècle qu'"au niveau
élémentaire (...) la causalité n'est pas
temporellement fléchée" (Costa de Beauregard,
La Notion de Temps, Paris, Editions Vrin, 1983,
page 202). Richard Feynman, le prix Nobel de
physique, suggère qu'un électron positif n'est
autre qu'un électron négatif qui, au lieu d'aller du
passé vers le futur, revient du futur vers le passé.
Citons encore le physicien R. Mattuck : "Dans le
laboratoire du physicien, on peut dire que, d'une
certaine façon, les éléments sont dans une
situation de préconnaissance (...). Les expériences
de Pfleger et Mandel ont montré qu'on ne pouvait
écarter en physique quantique cette influence du
futur sur le passé." (Richard D. Mattuck, Science
et Conscience, "Une théorie quantique de
l'interaction entre la conscience et la matière",

14

page 70). Nous retrouverons cette idée plus loin
dans cet exposé.

L'UNIVERS EST NON-SÉPARABLE

Ainsi donc, aujourd'hui, la matière se révèle
être de vastes espaces vides ou s'agitent des
unités extrêmement petites. Ces unités elles-
mêmes sont des entités fort abstraites,
apparaissant tantôt comme des
particules - l'image d'une particule suppose une
localisation précise -, tantôt comme des
ondes - l'image d'une onde est toujours, au
contraire de la particule, répandue dans l'espace -.

Ces découvertes ont porté un coup terrible à
l'ancien paradigme de la vision mécaniste de
l'univers : le concept de réalité de la matière et
d'un temps nécessairement fléché. "Au niveau
subatomique, la matière n'existe pas avec
certitude, en des endroits définis, mais présente
plutôt des «tendances à l'existence». (...) Au niveau
atomique, les objets matériels solides de la
physique classique se dissolvent donc et font
place à des structures (patterns) ondulatoires de
probabilité. Ces structures, du reste, ne
représentent pas des probabilités d'objets, mais
plutôt d'interconnexions. (...) Les particules

15

atomiques ne sont pas des «choses», mais des
interconnexions entre des choses et ces «choses»
sont à leur tour des interconnexions avec d'autres
choses, et ainsi de suite. (...) Telle est la façon dont
la théorie des quanta révèle une unicité
fondamentale de l'univers. Elle démontre
l'impossibilité de décomposer le monde en unités
plus petites, douées d'une existence
indépendante." (Fritjof Capra, op.cit., pages 45-
46).

Et Werner Heisenberg affirme : "Le monde
apparaît donc comme un tissu complexe
d'événements, où les liaisons de tous genres
alternent, se chevauchent ou se combinent,
déterminant ainsi la texture de l'ensemble" (Cité
par Fritjof Capra, op. cit., page 46).

Ainsi, la matière n'a donc pas sa "dureté"
apparente, le temps n'est pas forcément linéaire
à sens unique, l'observateur humain est devenu
"participant" à l'ensemble des phénomènes, la
notion d'objets fondamentalement séparés a
disparu : l'univers espace-temps est devenu "un
tissu d'interrelations dont chaque partie n'est
définie que par ses liaisons avec l'ensemble (...) un
tissu dynamique d'événements interdépendants.
Aucune propriété d'une quelconque partie de ce

16

tissu n'a valeur de base : toutes résultent des
propriétés des autres parties, et c'est la cohérence
globale de leurs relations mutuelles qui détermine
la structure de tout le tissu" (Fritjof Capra, op. cit.,
page 50).

Raymond Abellio, lui aussi, parlait de
l'interdépendance universelle, de la non-
séparabilité des différents éléments de l'univers :
"Il en est de cette notion (d'interdépendance)
comme de celle de l'infini : on ne peut la
construire de proche en proche.
L'interdépendance est universelle ou elle n'est
pas. (...) Je lève la main, j'étends le bras, et ce
faisant, je modifie la gravitation universelle, ce qui
veut dire que j'agis jusqu'aux confins du monde
(on peut comparer cette idée avec la "dépendance
sensitive aux conditions initiales" que l'on
rencontrera plus loin dans ce texte).1 (...) Le
moindre atome contient l'univers. Les propriétés
inhérentes se confondent avec les propriétés
induites. Avant équivaut à après, au-delà à en-

1 - On peut comparer cette idée avec la "dépendance
sensitive aux conditions initiales" que l'on
rencontrera plus loin dans ce texte.

17

deça." (Raymond Abellio, La Structure Absolue,
pages 12-13).

Si la matière n'est pas ce qu'elle semble être,
si le temps ne coule pas dans une seule direction,
si l'apparente séparation spatiale entre les
différents éléments du monde n'est pas, si tout
cela que nos sens nous renvoient en tant qu'image
du monde - en tant que monde imagé, imaginé,
imaginaire ? - n'est pas le monde... Si tout cela
n'est pas, alors, qu'est le monde, la vie, qu'est la
non-vie, qu'est la mort ?... Où est le monde, la
réalité du monde ? Où est la vie, la réalité de la
vie ? Où est la non-vie et la réalité de la non-vie ?
La non-vie est-elle mort ? Et alors qu'est la réalité
de la mort ?...

LA FIN DE "L'UNIVERS-HORLOGE"
Ces découvertes scientifiques du XXème siècle

viennent battre en brèche la vision de l'univers que
nous avons héritée du XVIIème siècle et de
Newton et qui nous a enseigné que l'univers obéit
à des lois mathématiques immuables,
permanentes et éternelles. Selon le paradigme
newtonien et les lois de la thermodynamique, la
quantité totale de matière et d'énergie demeure
toujours constante : au niveau fondamental, rien

18

ne change vraiment. Seules certaines apparences
changent : tous les objets matériels résultent de la
permutation et de la combinaison des atomes, qui
eux-mêmes sont constants. Quant au mouvement
auquel sont soumis ces atomes, il est permanent
et constant également. Pour cette science
classique, l'univers est rigoureusement déterminé
par les lois physiques.

Laplace, au XVIIIème siècle, pensait que, par la
connaissance de ces lois, tout l'avenir de l'univers
aussi bien que tout son passé, pouvaient se
calculer à partir de l'état présent par un cerveau
assez puissant pour effectuer les calculs et
synthétiser les observations. Voici ce qu'il écrit :
"Une intelligence qui pour un instant donné
connaîtrait toutes les forces dont la nature est
animée et la situation respective des êtres qui la
composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour
soumettre ces données à l'analyse, embrasserait
dans la même formule les mouvements des plus
grands corps de l'univers et ceux du plus léger
atome : rien ne serait incertain pour elle, et
l'avenir comme le passé seraient présents à ses
yeux." (Pierre Simon de Laplace, Essai
Philosophique sur les Probabilités, Paris, Christian
Bourgeois Editeur, 1986, pages 32-33).

19

Ce message est clair : la nature obéit à des lois
préexistantes et nous pouvons les découvrir.
Pendant plus de deux siècles, les Lois de Newton
ont régné souverainement comme la description
ultime de l'univers. Celui-ci, conçu comme un
mécanisme géant, fonctionne "comme une
horloge" : son comportement est alors déterminé
de manière unique et pour toujours.

Ainsi, dans ce regard sur le monde, toutes les
causes sont dans le passé; et le futur, tout le futur,
est prédéterminé par ces causes.

"Les physiciens abandonnèrent finalement
leur cosmologie éternelle et statique pour une
conception évolutionniste de l'univers, dans les
années (mille neuf cent) soixante seulement. Avec
la théorie du Big-Bang, la vision de l'univers devint
essentiellement évolutionniste. (...) Si la nature
entière est en état d'évolution, qu'en est-il
toutefois de ces lois éternelles de la nature que les
scientifiques ont acceptées comme allant de soi,
durant de si longs siècles ? (...) Rien n'oblige à
croire en la permanence des lois de la nature dans
un univers en évolution. Si l'univers évolue, alors
les lois de la nature évoluent peut-être aussi. En
réalité, l'idée même de lois de la nature n'est peut-
être pas opportune." (Rupert Sheldrake,

20

Trialogues aux Confins de l'Occident, pages 28-
29).

Ainsi, comme le note James Gleick : "La
relativité a éliminé l'illusion newtonienne d'un
espace et d'un temps absolus; la théorie
quantique a supprimé le rêve newtonien d'un
processus de mesure contrôlable; le chaos, lui,
élimine l'utopie laplacienne d'une prédictibilité
déterministe." (James Gleick, La Théorie du
Chaos, page 21).

LA THEORIE DU CHAOS ou LE MONDE EST CRÉE
À CHAQUE INSTANT

Dans ce nouveau paradigme, le monde est
donc en évolution. Si ce ne sont pas des lois
rigides qui le mènent, qu'est ce donc qui signe
cette évolution ? La théorie du Chaos, née avec le
développement de l'informatique depuis les
années 1970, apporte des modifications au
regard porté sur le monde : il y a un indéterminé
inhérent au monde physique. Cet indéterminé,
c'est-à-dire non-prédictibilité, s'oppose au
déterminisme newtonien, c'est-à-dire à la
prédictibilité des phénomènes. Après l'évidence
de l'indétermination apportée déjà en 1927 par la
mécanique quantique, l'on a fini par prendre

21

conscience que cet indéterminé ne se limite pas
au niveau quantique, mais est présent à tous les
niveaux de l'organisation naturelle. "Indéter-
minisme, spontanéité et probabilité sont
inhérents au temps, au mouvement des vagues, à
la turbulence des courants, aux systèmes nerveux,
aux cycles biochimiques, et à toute une série de
phénomènes. (...) L'on est en train de réaliser que
cet indéterminisme existe à tous les niveaux
naturels" (Rupert Sheldrake, op. cit., page 53).

Dans la théorie du Chaos, les causes ne sont
pas un donné absolu : elles sont créées à tout
instant - le plus infime changement de paramètre
dans un processus en mouvement peut créer une
modification fondamentale de la suite du
processus. C'est la "dépendance sensitive aux
conditions initiales", popularisée par l'expression
"effet papillon".2

2 - Un tout petit phénomène peut, par sa "résonance",
entraîner des effets gigantesques : le battement
d'ailes d'un papillon à Pékin peut, en s'amplifiant de
proche en proche, finir par générer une tempête à
New-York. Autre exemple classique de l'"effet
papillon" : lors d'une bataille, un cheval perd un clou
à son fer. Alors :

22

La théorie du Chaos, par l'effet papillon,
montre qu'en science comme dans la vie, une
succession d'événements peut parvenir à un point
critique à partir duquel une toute petite
perturbation peut prendre des proportions
énormes. Cette théorie montre aussi que ces
points critiques sont existants partout et
omniprésents, et qu'ils concernent tous les
systèmes dynamiques, des fluides jusqu'aux
sociétés humaines, de la météorologie et
l'astronomie jusqu'à la Bourse, de la population
animale d'une contrée jusqu'à l'évolution des
épidémies. Et jusqu'à l'homme et sa vie, à travers
ses processus biologiques, psychologiques,
comportementaux. En regardant le monde avec

"Faute de clou, on perdit le fer;
faute de fer, on perdit le cheval;
faute de cheval, on perdit le cavalier;
faute de cavalier, on perdit la bataille;
faute de victoire, on perdit le royaume!"

Ou encore :
Le nez de Cléopâtre eût-il été plus long, la face du
monde en eût été changée.

23

les yeux du Chaos, on s'aperçoit que des "lois
simples peuvent ne pas engendrer des
comportements simples : des lois déterministes
peuvent produire des comportements qui
semblent aléatoires. L'ordre peut engendrer son
propre chaos. (...) Voilà une découverte terrible
dont les conséquences n'ont pas encore produit
tous leurs effets sur la pensée scientifique. Les
notions de prédiction, ou d'expérience
reproductible prennent un nouveau visage." (Ian
Stewart, Dieu joue-t-il aux dés ?, page 17).

Là où Newton cherchait à mettre de l'ordre
dans l'apparent désordre du monde en élaborant
ses fameuses lois auxquelles devait obéir la
nature, voici l'ordre né du Chaos. Chassez le chaos
et il revient au galop - deux siècles plus tard -. Voici
qu'apparaît un échange, un mouvement de va et
vient : l'ordre peut engendrer son propre chaos, le
chaos donne naissance à l'ordre qui, à son tour
laisse place à de nouvelles formes de chaos...

Même les tentatives de définition du Chaos
sont marquées par le paradoxe : "Comportement
aléatoire (le terme technique est "stochastique")
se produisant dans un système déterministe"
(définition proposée à la Conférence
Internationale sur le Chaos de la Royal Society -

24

Londres – 1986). Car là où le comportement
déterministe d'un système est gouverné par des
lois exactes et immuables, des lois rationnelles
permettant une prévision excellente, le
comportement aléatoire est sans loi et irrégulier,
dominé par le hasard. Donc, le chaos est un
"comportement sans loi entièrement gouverné
par une loi" (Ian Stewart, op. ci., page 35).

Benoît Mandelbrot, lui, propose : "science du
désordre", "science de la complexité" :

• l'ordre : ce qui est régulier, symétrique, en
équilibre, prévisible et déterministe

• le désordre : ce qui est irrégulier, non
symétrique, déséquilibré, imprévisible,
aléatoire

• simple : objet, système, déterministe et
intelligible

• complexe : objet, système, non prédictible.
La théorie du Chaos est l'approche scientifique

de l'irrégularité survenant dans un système
dynamique. Elle a montré que, l'énergie
augmentant, le comportement du système
s'éloigne de l'équilibre, devient irrégulier et
imprévisible, "chaotique" : il ouvre à plusieurs
"histoires" possibles et l'on ne peut prédéfinir

25

laquelle sera la bonne. Le système n'est pas
seulement "sensible aux conditions initiales", il
est instable : il est sensible à lui-même, aux
fluctuations de sa propre activité. Ceci conditionne
l'arrivée de nouvelles informations,
enrichissement aléatoire de la causalité dans
l'instant présent, tissant son devenir et son
rapport au monde. Un tel système ne peut plus
être perçu comme contrôlable : ces
enrichissements aléatoires de la causalité
peuvent amener le système à des points de
bifurcation (point où l'état d'un système
dynamique devient instable alors que d'autres
états stables possibles apparaissent) où son
comportement devient instable. "En de tels points,
une «meilleure connaissance» ne nous permettrait
pas de déduire ce qui arrivera, de substituer la
certitude aux probabilités" (Ilya Prigogine, Entre le
Temps et l'Eternité, page 61).

La théorie du Chaos a mis en évidence
l'existence d'"attracteurs étranges" (ou
"attracteurs chaotiques"), entités issues de la
topologie. Un système dynamique peut se couler
dans le long terme dans un "attracteur". Un
attracteur est défini "comme étant... n'importe
quoi, du moment que tout converge et s'y dépose !

26

(...) L'essence d'un attracteur est d'être une
portion de l'espace des phases3 telle que
n'importe quel point qui démarre aux alentours
s'en rapproche de plus en plus." (Ian Stewart, op.
cit., page 163). L'attracteur chaotique est la
signature du Chaos : c'est une structure
géométrique particulière apparaissant dans
l'espace des phases, délicat filigrane d'allure
feuilletée et de cette géométrie particulière que
l'on nomme fractale4, caractérisée par une
autosimilarité à toutes les échelles.
L'autosimilarité implique que n'importe quelle

3 - Espace des phases ou espace des états :
diagramme dans lequel chaque état du système est
représenté par un point contenant toutes les
informations sur l'état de ce système à un moment
donné.

4 - Fractale : en géométrie, objet mathématique dont
la dimension n'est pas nécessairement un nombre
entier (comme le plan qui a deux dimensions et le
volume qui en a trois). Ainsi par exemple, la
dimension fractale d'une côte est habituellement
comprise entre 1,15 et 1,25 et celle d'une protéine
d'hémoglobine est de 2,4. Ian Stewart, op. cit., page
319.

27

région d'un tel attracteur, agrandie, montre la
même complexité et une structure analogue à la
figure plus grande dont elle est extraite (cela
signifie aussi qu'un attracteur n'a ni réel
commencement ni réelle fin).

Dans le désordre du "Chaos", apparaît
maintenant une structure ordonnée, le
mouvement chaotique se coulant dans une
"forme", visible dans l'attracteur : ainsi le désordre
n'est qu'apparent. Ce n'est qu'en voyant
l'évolution du système dans l'espace des phases
que l'on constate que la dynamique chaotique
n'est pas aléatoire mais déterminée : la trajectoire
du point représentant les états successifs du
système se conforme à cet objet géométrique
fractal, l'attracteur étrange est comme "attiré" par
lui. Et cela n'est pas le moindre paradoxe du
Chaos.

L'observation superficielle semble donc
prouver que les systèmes chaotiques évoluent au
hasard, mais il n'en est rien : ils possèdent un
ordre sous-jacent, visible par l'attracteur
chaotique. Ainsi, si on ne peut pas prédire où se
trouvera le point dans l'espace des phases à un
moment précis du futur, on peut toutefois savoir
qu'il se trouvera quelque part sur l'attracteur - et

28

nulle part ailleurs. Le Chaos déterministe obéit à
ses propres lois. L'ordre et le Chaos sont
intimement entremêlés et les scientifiques
commencent à considérer que l'ordre et le Chaos
sont deux manifestations distinctes d'un
déterminisme sous-jacent - et qu'aucun des deux
n'existe séparément. "Un système typique peut
exister dans des états variés, certains ordonnés,
d'autres chaotiques. Au lieu de deux polarités
opposées, on trouve un aspect continu." (Ian
Stewart, op. cit., page 42). La science du Chaos en
est là pour l'instant.

La science déterministe issue de Newton nous
a permis de créer nombre de merveilles
technologiques : de la radio aux fusées, des
missiles au disque compact, des aspirateurs aux
ordinateurs... La technologie a donc semblé
prouver les théories déterministes. En fait ces
machines sont fabriquées pour se comporter de
manière déterministe. La technique ne cherche
"pas tant à comprendre l'Univers qu'à construire
de minuscules univers qui nous sont propres et qui
sont si simples que nous pouvons leur faire faire
tout ce que nous voulons. Peu importe que nous
ne sachions pas résoudre les équations du
mouvement du système solaire - nous ne

29

construisons pas des machines dont le
fonctionnement reposerait sur la connaissance de
ces réponses." (Ian Stewart, op. cit., page 69).
Mais voici qu'arrive la science du Chaos : qui sait
quelles connaissances et quelles "machines" elle
va produire ? Le Chaos se dirige vers "tout
phénomène naturel qui présente une irrégularité
mais à des conditions qui suggèrent qu'il devrait y
avoir des schémas sous-jacents. Il n'y a pas de
limites." (Ian Stewart, op. cit., page 412).

Une des caractéristiques du Chaos est de jeter,
lui aussi, un doute sur les approches déterministes
et sur les présupposés de la science issue de
Newton. Le Chaos nous apprend que si le monde,
l'Univers, la société, l'homme... est régi par des
lois, nous ne possédons pas la connaissance de
ces lois, et nous ne la posséderons jamais : le seul
moyen pour pouvoir, à coup sûr, prédire le
comportement d'un système dynamique (que ce
système soit mécanique, électronique, biologique,
sociologique, psychologique, astronomique,
l'Univers...) serait d'avoir la connaissance absolue
avec une précision infinie des "conditions
initiales", qui ne sont pas un donné de base, car
elles sont créées à tout instant. Mais il faudrait
une mémoire infinie pour emmagasiner ces

30

données infinies (si même on pouvait y avoir
accès). Il y a donc un nécessaire renoncement à la
volonté de prédire, de décrire avec précision, de
quantifier le comportement d'un tel système. La
prétention à une science exacte s'effondre ici, face
au Chaos. Tout ce qu'il est possible de faire, c'est
d'approcher la nature qualitative générale, de
connaître les limites quantitatives d'un système
dynamique chaotique obéissant à un attracteur
étrange. Il y a là aussi une remise en question de
la démarche scientifique classique et de son
impératif de reproductibilité des expériences : une
trajectoire chaotique, à partir d'une condition
initiale donnée, est une expérience non
reproductible, même si la topologie de l'attracteur
et sa dimension fractale sont établies.

ET SI LE FUTUR ATTIRAIT LE PASSÉ ?

Il n'existe aucun système vraiment fermé,
exempt de toute influence extérieure : la physique
quantique voit la non-séparabilité entre les
éléments de l'Univers, et le bras d'Abellio levé a
une résonance à l'infini. La "sensibilité aux
conditions initiales" a de quoi s'alimenter...

31

Et la sensibilité aux conditions terminales ?
Souvenons-nous qu'en physique, on ne peut
écarter une influence du futur sur le passé.

Certains, approchant en cela la notion du point
Oméga de Teilhard de Chardin - point final de
l'évolution, sorte d'attracteur du processus
évolutionniste tout entier, attirant chaque chose
vers lui -, greffent cette idée d'attracteur étrange
sur des vues plus philosophiques. Ce n'est, en
effet, qu'au fur et à mesure de son apparition dans
l'espace des phases que l'on peut saisir la
structure ordonnée de l'attracteur.

Alors, le chaos apparant de ce système
dynamique qu'est la culture humaine cacherait-il
un tel attracteur, dont la connaissance pleine est
dans le futur ?

L'ethnologue Terence McKenna forme ainsi
cette hypothèse : "Est-il plausible que l'Univers soit
un système où des ensembles ordonnés plus
évolués agiraient effectivement sur des stades
d'organisation antérieurs aux leurs ? C'est ce qui
ressort du travail de Ralph Abraham (Ralph
Abraham : mathématicien, un des fondateurs de
la théorie du Chaos) sur les attracteurs
chaotiques. Ces attracteurs exercent une
influence sur les stades d'organisation inférieurs

32

et les tirent vers une sorte d'état final. (...) Si nous
inversons nos idées préconçues sur la relation de
cause à effet, nous obtenons un grand attracteur
qui attire vers lui toute organisation et toute
structure, sur une durée de plusieurs milliards
d'années." (Terence McKenna, Trialogues aux
Confins de l'Occident, pages 33-34).

Il ajoute encore : "L'attracteur est en bas d'un
puits très profond dans lequel tous les
phénomènes tombent en cascade pour y subir une
sorte d'état de compression" (Terence McKenna,
op.cit., page 34).

Terence McKenna voit ainsi le Chaos,
générateur d'un ordre sous-jacent, à l'oeuvre tout
autant en mathématique et en physique, qu'en
biologie et en sociologie, que dans le déroulement
de l'évolution de la vie, que dans la culture et
l'histoire humaines, tous systèmes dynamiques. Il
y a là opposition, dans cette perspective, à la
deuxième loi de la thermodynamique : l'entropie
est compensée par une croissance en
information - la "mort thermique" postulée par la
deuxième loi est combattue par l'augmentation
exponentielle de l'information.

33

L'INFORMATION
Après la matière (Newton), l'énergie (les

quanta), le mouvement (le Chaos), voici
l'Information. L'information est une mesure du
changement de l'état de savoir. L'information est
ce qui informe, elle joue un rôle informatif.
L'information est porteuse de sens, de
signification. Selon le fondateur de la
cybernétique, Norbert Wiener - qui s'affirme
toutefois incapable de donner une définition
précise : "l'information est l'information" -,
l'information a la primauté sur la matière et
l'énergie. L'information est aussi mesure de
l'interaction tissant les rapports et les réactions du
percipient à son environnement.

Selon le cybernéticien C. E. Shannon,
"l'information mesure la «surprise» que nous
manifestons à la découverte de chaque nouvelle
unité d'une séquence (texte, partition musicale,
génome...)" (Cité par Ilya Prigogine, op. cit., page
87) : l'information apporte donc du nouveau.
L'information opère la distinction entre ce qui est
bruit (dans le sens de : non chargé de sens) et ce
qui est pertinent.

Pour le biologiste et physicien Tom Stonier,
l'information est "une expression de l'organisation

34

de l'énergie et de la matière dans l'évolution de
l'Univers. Les humains sont des expressions de
l'évolution naturelle de l'organisation de la
matière, de l'énergie et de l'information." (Cité par
Ernest Laurence Rossi, "Qu'est-ce que la Vie ? Du
flux quantique au Soi", page 77). Il y a une
croissance exponentielle de l'information : "la
complexité utilise la complexité antérieure pour
parvenir encore à de plus hauts niveaux de
complexité, construisant ainsi de l'information ad
infinitum." (ibid., page 78). La théorie des "eidos"
que nous rencontrerons plus loin dit la même
chose.

Le généticien Richard Dawkins émet l'idée
d'une analogie entre la nature de l'information
encodée dans nos gènes et celle de l'information
de nos esprits qu'il appelle "mèmes". Ces
"mèmes" sont des informations véhiculées et
propagées par la culture humaine de cerveau en
cerveau : "Si un scientifique, dans ce qu'il lit ou
entend, trouve une bonne idée, il la transmet à ses
collègues et à ses étudiants, la mentionne dans
ses articles et dans ses cours. Si l'idée éveille de
l'intérêt, on peut dire qu'elle se propage elle-
même d'un cerveau à l'autre. Comme mon
collègue N.K. Humphrey l'a résumé clairement :

35

«Les mèmes devraient être considérés
techniquement comme des structures vivantes.
(...) Lorsque vous plantez un mème fertile dans
mon esprit, vous parasitez littéralement mon
cerveau.»" (Richard Dawkins, Le Gène Egoïste,
page 192).

Cette idée d'un univers qui s'enrichit
exponentiellement en information vient donc bien
là en contrepoint de l'idée de la "mort thermique"
de l'univers, de la deuxième loi de la
thermodynamique : si l'entropie croît,
l'information elle aussi croît - "(...) l'accroissement
permanent de complexité informationnelle
implique que, devant nous, se dessine une
évolution de la matière, de l'esprit et de
l'information que nous pouvons à peine
soupçonner." (E.L. Rossi, op. cit., page 81).

Pour Costa de Beauregard : "Le concept de
l'entropie (est) assimilé à un défaut
d'information." (Costa de Beauregard, op. cit.,
page 57). Pour Schrödinger, "l'information peut
être vue comme la capacité d'un organisme vivant
de résister à l'entropie" (Cité par E.L. Rossi, op. cit.,
page 84), à la décadence, à la mort. Comme de
l'entropie négative : de la "néguentropie".

36

C'est donc le glissement d'une conception du
monde/matière (monde figé) au monde/énergie
(monde dynamique, mais voué à se refroidir, à
épuiser son énergie), puis au monde créé en
permanence, monde/information, qui s'est opéré.
Ce monde/information perd en densité, en
épaisseur, en "matière". Tom Stonier pense
qu'une symbiose entre l'homme et l'intelligence
informatique sera la prochaine étape. Or,
l'intelligence informatique ouvre la voie à des
mondes virtuels qui, pour la perception de
l'homme y impliqué, pourraient être vécus comme
aussi réels que le monde réel. Notre cerveau peut-
il vraiment faire la différence entre l'expérience
d'un de ces mondes virtuels et celle du monde
"réel" ? Ce n'est pas sûr.

Mais alors, le monde réel est-il réel ? Ne serait-
il pas seulement virtuel, lui aussi ? Peut-être y a-t-
il là toute la problématique sous-tendant la vie, la
mort et, en tous cas, l'expérience de la vie et de la
mort ?...
CONSCIENCE ET PARADIGME HOLOGRAPHIQUE

La moderne physique quantique est incapable
actuellement de trouver un véritable fondement
de la matière : on découvre sans cesse de

37

nouvelles particules et la notion d'objet
quantifiable disparaît au niveau des quanta. La
conscience de l'observateur - en vertu du principe
d'incertitude d'Heisenberg - a une incidence sur le
résultat des expériences. Ainsi, une réalité stable,
mesurable, semble ne pas exister : elle serait
virtuelle.

Plus encore, on a récemment mis en évidence
une autre inconnue : le fait que 90 à 99% de la
substance composant l'univers nous sont
totalement ignorés. C'est la "masse manquante",
dont Rupert Sheldrake dit : "Cette découverte
récente nous dit effectivement que le cosmos
possède une sorte d'inconscient. (...) Cette masse
manquante pourrait être à l'origine de quantités
de processus encore inconnus." (Rupert
Sheldrake, op. cit., page 45).

Le point où aboutissent ces constatations est
le suivant : la conscience humaine semble être le
dénominateur commun, le "véhicule" passant
d'une conception du monde à l'autre, d'un vécu du
monde à l'autre, d'une croyance sur le monde à
l'autre. C'est la conscience qui apparaît au coeur
de la "réalité" du monde. La conscience est un
vécu. Il n'en existe aucune définition précise, elle
n'a pu être quantifiée - et pourtant elle a une

38

action sur la "réalité" : elle la crée, de quelque
manière, ainsi que l'a montré le principe
d'incertitude d'Heisenberg -. Et comme la réalité
de la matière est de plus en plus incertaine, cette
conscience ne peut plus être portée par elle, mais
se situerait forcément dans un "ailleurs".
Terence McKenna pense "(...) que les schémas du
savoir en général ne sont pas stockés dans le
cerveau. Ils sont, on ne sait trop comment, extraits
d'un superespace quelconque par le biais de
transductions quantiques très subtiles" (Terence
McKenna, op. cit., page 46).

Karl Pribram a élaboré un modèle pour décrire
les rapports existant entre la "réalité" du monde et
la conscience : c'est la théorie holographique. Ce
spécialiste du cerveau et théoricien de la physique
affirme que le cerveau fonctionne de manière
holographique. Rappelons que l'holographie est
une technique permettant de créer des
photographies tridimensionnelles, offrant des
informations sur la totalité de la surface de l'objet
(là où une simple photographie ne fournit
d'informations que sur une seule face de l'objet) :
les hologrammes.

Pour Karl Pribram, la conscience
appréhenderait le monde de manière

39

holographique, en faisant une analyse
mathématique de "schèmes d'interférences"5.

Dans cette approche, le monde physique ne
serait qu'un ensemble d'hologrammes dans un
espace-temps "effondré"; et la "réalité", qu'une
apparence holographique. "Différentes cellules du
cerveau réagissent à des fréquences différentes et
le cerveau fonctionne comme un analyseur de
fréquences décomposant des schèmes de
fréquences complexes en leurs éléments,
fréquences qui sont ensuite converties en "objets"
de la "réalité physique" par un processus analogue
à l'éclairage d'un schème d'interférence par un
rayon laser" (Cité par Régis Dutheil, L'homme
Superlumineux, page 76). Notre conscience
construirait donc mathématiquement la réalité
concrète en interprétant des fréquences en
provenance d'"un univers du schème de la réalité

5 - Que l'on peut grossièrement définir en disant que ce
sont les traces de la lumière diffusée par un objet. Ce
n'est pas l'objet lui-même qui est photographié dans
l'holographie, mais les interférences produites par la
lumière qu'il diffuse. On peut dire qu'il n'y a là aucun
objet "réel" photographié, mais seulement un "reflet"
lumineux, un objet virtuel.

40

première, significative, qui transcende le temps et
l'espace." (ibid., page 76), selon la formule de
Marylin Ferguson, la collaboratrice de Pribram.

Pour Pribram : "Le temps et l'espace sont
effondrés. Les limites ordinaires de l'espace et du
temps (...) disparaissent. D'une certaine manière,
tout se produit en même temps, synchroni-
quement. Mais on se trouve à même de discerner
ce qui se passe par l'interprétation de diverses
coordonnées, dont l'espace et le temps sont les
plus utiles à notre perception du domaine
ordinaire des apparences." (ibid., page 76). Ainsi,
pour Pribram, la réalité qui nous entoure n'est
qu'une illusion, une image créée
mathématiquement dans la conscience humaine.
Tout ce qui nous entoure, à commencer par nous-
mêmes, n'est que le reflet d'une réalité
fondamentale abstraite, où le temps et l'espace
sont effondrés : le domaine de la fréquence.

Le physicien David Bohm, lui aussi, décrit le
monde comme un gigantesque hologramme en
perpétuel mouvement. Pour lui, la réalité perçue
n'a pas plus de substance qu'une image
holographique; les corps, mouvements et
apparences de notre monde ne cesseraient de
sourdre d'un "ordre implié", impliqué, implicite,

41

origine sous-jacente de tout ce qui nous apparaît
dans notre propre plan d'existence, qu'il qualifie
d'"ordre explié", explicite.

Dans "l'ordre implié", tout est présent
simultanément, car une autre caractéristique de
l'hologramme est qu'il est autosimilaire : chacune
de ses parties, si infime soit-elle comporte la
totalité de l'information de l'hologramme entier.
La non-séparabilité, temps et espace, est ici à
nouveau mise en évidence : si "chaque fragment
de l'hologramme contient l'image dans sa totalité,
l'univers est tout entier dans chacun de ses plis.
Saurions-nous comment l'atteindre que la
nébuleuse d'Andromède s'ouvrirait à nous sous
notre ongle. Et nous pourrions assister à la
première rencontre entre César et Cléopâtre
puisque l'ensemble du passé comme l'ensemble
de l'avenir sont l'un et l'autre impliés en chaque
point de l'espace et du temps. Chaque cellule de
notre organisme englobe le macrocosme.
Pareillement chaque feuille, goutte de pluie, grain
de poussière..." (Michael Talbot, L'Univers est un
Hologramme, page 86).

Le physicien Régis Dutheil s'inspire de l'idée de
Pribram et de Bohm, et va plus loin. Pour lui, la
conscience totale se situe dans un univers

42

superlumineux (univers qui existe au-dessus de la
vitesse de la lumière, alors que notre univers est
sublumineux et soumis aux impératifs dégagés
par la théorie de la relativité). Cet univers
superlumineux serait la source de laquelle est
projetée notre "réalité" espace-temps sous forme
d'hologrammes : ainsi, tout ce que l'expérience
commune nous fait percevoir à travers nos sens
comme étant le monde et nous-mêmes en
interaction et soumis à la flèche du temps, ne
serait que les projections holographiques d'une
conscience superlumineuse non soumise au
temps. En terme de Chaos, cette conscience
superlumineuse pourrait être analogue à
l'attracteur étrange : le "mouvement" de ce
système dynamique qu'est la conscience limitée
sous-lumineuse obéit à la "logique"
inconnaissable de la conscience superlumineuse.

Cette conscience totale superlumineuse
possède "deux propriétés essentielles : elle est
information pure et instantanéité. Dans un tel
univers, l'information et la signification sont
primordiales. Le problème - qui découle de ces
propriétés - est le suivant : pourquoi la totalité des
informations contenues dans la conscience
superlumineuse n'est-elle pas détectée par le

43

cortex ? S'il en était ainsi, l'univers sous-lumineux
tel que nous le vivons n'existerait pas. Une
condition nécessaire à cette existence est la
présence de filtres qui ne laissent passer qu'une
toute petite partie de cette information suivant
des séquences causales, de manière à entraîner
cette sensation d'écoulement du temps." (ibid.,
page 94). La conscience totale, superlumineuse,
serait donc permanente, hors du temps et de
l'espace, en un "lieu" d'information totale et
simultanée.

Pour comprendre cet univers superlumineux, il
est nécessaire d'abandonner la logique
aristotélicienne et d'utiliser des logiques non
aristotéliciennes : le temps y est de nature
spatiale, ce qui implique l'instantanéité de tous les
événements et c'est aussi un temps cinématique
qui, bien que le temps ne s'écoule pas, voit exister
et évoluer les consciences superlumineuses en
une "évolution dominée par l'augmentation
constante de l'ordre et de l'information. (...) C'est
une évolution dans l'instantané, mais aussi dans
l'immuable." (ibid., page 159).

Jean Jaurès avait dit : "La mort est un
déplacement d'existence." Dans la perspective de
cette conscience superlumineuse postulée par R.

44

et B. Dutheil, la naissance n'est que le
"commencement" de la projection d'informations
tronquées et "temporalisées"; et la mort n'est que
la fin de la projection de ces informations dans le
monde sous-lumineux. La mort amènerait le
simple retour à cette conscience totale
superlumineuse. "En somme, la physique de la
conscience débouche logiquement sur la physique
concernant le transfert de la conscience sous-
lumineuse à la conscience globale
superlumineuse." (ibid., page 120).
LA MATIÈRE, LE TEMPS, LA VIE, LA

MORT - ILLUSOIRES ?

Pour Martine Castello et Vahé Zartarian, la
perception du temps et de l'espace sont des
constructions de l'esprit et la base de la réalité est
l'"idée" ou "l'information", qu'ils appellent "eidos",
sorte "de brique de base" fondant l'univers et
vouée à se transformer au contact d'autres eidos,
dans une continuelle dynamique de
transformation du sens, de la signification.

Cet univers est complètement immatériel : il
est transformation constante d'informations,
d'eidos, il se déploie dans un présent toujours
renouvelé; et tout entier, il tient dans un Point sans

45

dimension, en dehors de tout espace et de tout
temps. La totalité est donc présente
simultanément. Pourquoi la conscience ne
perçoit-elle pas le Point ? Parce que les êtres
vivants "sont dotés de puissants filtres qui
sélectionnent des eidos avec lesquelles ils
interagissent pour construire leurs perceptions."
(Vahé Zartarian, Nos Pensées créent le Monde,
page 144).

Les auteurs cherchent à répondre à cette
question : quelle serait la finalité de la valse des
eidos et de l'existence humaine ? Elle serait
l'accroissement constant de la conscience,
jusqu'à ce que tout l'univers soit saturé de
conscience : "Alors, l'histoire de cet Univers
s'achèvera, mais, ce faisant, une autre
commencera, sur le cercle d'au-dessus." (ibid.,
page 235).

Quant à la mort : "Il y a continuité derrière la
mort d'un individu, car la mort ne s'oppose pas à
la vie, qui est une et indivisible. (...) La mort
s'oppose en réalité à la naissance. Le parcours de
la vie est jalonné d'une multitude de
métamorphoses, chacune ayant deux aspects,
mort et naissance, qui ne sont que deux points de
vue sur la métamorphose, l'une avant qu'elle ne

46

se produise, l'autre une fois qu'elle s'est produite."
(ibid., page 219).
LA MORT

À ce point de cet exposé, il convient de parler
de la mort. D'une manière générale, on peut dire
qu'elle se définit toujours de l'extérieur. Comme
l'ont chanté les Egyptiens anciens : "Les corps
passent depuis toujours et les générations
nouvelles les remplacent. (...) J'ai entendu les
discours des Sages d'autrefois. Que sont devenues
leurs demeures ? Les murs sont détruits, leurs
maisons n'existent plus, comme si elles n'avaient
jamais existé. Personne ne revient d'où ils sont
allés pour nous dire comment ils se portent...
Certes, de ceux qui partent Là-bas, nul ne peut
revenir." (Chant de banquet, rapporté par Jean
Vercoutter, L'Egypte Ancienne, Paris, PUF, 1960,
page 123).

Donc, l'expérience que les vivants ont de la
mort est extérieure au phénomène en lui-même :
seule l'apparence de la mort nous est familière - et
non son vécu -. Pour notre culture occidentale et
pour la science héritée du matérialisme des
siècles passés, la mort semble extinction.
Extinction des fonctions vitales, extinction de la

47

matière corps-cellules, extinction de l'insertion
dans le temps, extinction de la conscience de
vivre, extinction de la communication avec
l'environnement. Entropie - et tout le reste ne
serait que conceptuel et littérature.

Toutefois, en ce XXème siècle, l'idée de cette
mort-extinction est battue en brèche : Near Death
Experience (NDE), transcommunication
instrumentale, Out of Body Experience (OBE),
(re)découverte des états de conscience modifiés
(ECM)... (allant dans le sens de ce qu'affirment des
"sorciers", voyants-guérisseurs, chamans, d'autres
cultures) ces phénomènes largement véhiculés
par les médias remettent en question cette vision
d'une "mort-terminus" : "les morts nous parlent"
(c'est le titre de l'ouvrage de François Brune paru
aux Editions du Félin, Paris, 1988), ils sont là,
quelque part, juste invisibles à nos sens
ordinaires.

Tout au long de l'histoire, la mort s'est dérobée
à l'interrogatoire par l'intellect, et il en est toujours
ainsi. Toutefois, le nouveau paradigme ouvre à
une autre perspective, à un autre regard possible
sur la mort : si la "réalité" est ailleurs que dans ce
monde des hologrammes, la mort ne serait-elle
pas, en effet, la porte de sortie, le seuil à franchir

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