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Published by zaza1151, 2022-04-07 08:37:37

Demoa

c. La formulation du problème
Le problème peut être formulé de différentes manières, soit sous forme graphique, soit de façon textuelle, soit de manière mixte. La formulation prendre en compte le problème dans son contexte et pourra s’appuyer pour le présenter sur la grille QQQOCCP. Cette étape a pour vocation d’établir la conclusion de la phase de diagnostic. C’est à partir de cette formulation qu’il sera possible d’établir le cahier de charges de la solution à développer. Il s’agit de non pas figurer le problème mais de donner la possibilité d’exprimer l’ensemble des représentations qui forgent la pensée.
B. CHERCHER DES IDÉES (IMAGINER)
La recherche des idées, heuristique [verbe grec heurisko, « je trouve »], s’appuie sur l’analyse du problème pour poser les bases du processus créatif.
a. La matrice morphologique
La matrice morphologique est un procédé qui consiste à répertorier et à examiner systématiquement toutes les possibilités imaginables logiquement. Elle est particulièrement adaptée à la recherche d’idées pour développer des documents {plaquettes, brochures}, créer un logo ou plus probablement combiner des informations variées.
L’emploi de la matrice morphologique suppose qu’un objectif soit énoncé. On décompose ensuite la démarche en cinq étapes :
- Identifier les composants individuels de ce que l’on cherche ;
- Ajouter les éléments à la matrice ;
- Noter les formes possibles ;
- Combiner les formes ;
- Choisir la combinaison la plus productive.
Si la matrice ne permet pas de dégager la solution, elle est néanmoins une aide efficace pour développer des idées.
b. Lalistedevérification
Osborn, dans les années 50, a très largement contribué à renouveler la façon dont on pouvait aborder la créativité. Sa démarche a laissé des outils très productifs comme le brainstorming et ce qu’on appelle la « liste de vérification ». L’acronyme
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mnémotechnique CAMPEURS reprend cette dernière technique qui consiste à dégager les idées innovantes en partant des problèmes et en répondant à des questions spécifiques en fonction d’un objectif précis.
- COMBINER : Comment combiner cette idée avec d’autres ? L’incorporer à un
ensemble ? la diviser en petites parties ? Comment réaliser un mélange ?
- ADAPTER : À quoi ressemble cette idée ? Y a-t-il des parallèles ? Que peut-on
imiter ?
- MODIFIER : Est-il possible de modifier la signification, la couleur, le mouvement,
la grandeur, la forme, etc. ? Que changer dans ce qui existe ?
- PERMUTER : Comment intervertir des parties ? des passages ? Est-il possible de
modifier l’ordre des éléments ? d’intervertir les causes et les conséquences ?
- ÉLIMINER : Comment supprimer des parties ? Comment faire moins lourd ?
moins grand ? moins complexe ?
- UTILISER AUTREMENT : Quels nouveaux modes d’utilisation est-il possible
d’imaginer ? Dans quel nouveau contexte ?
- RÉARRANGER : Comment faire le contraire de cette idée ? Quel aspect a cette
idée à l’envers ? Est-il possible de changer les rôles ? Quels autres matériaux ? ingrédients ? processus ? Lieu ? etc.
c. La pensée latérale
Le concept de pensée latérale a été développée par Edward de Bono. L’objectif est de modifier les schémas préconstruits pour faire émerger des solutions neuves. Six chapeaux de réflexion symbolisent six modes d’approche différents d’un même problème.
Le chapeau blanc [approche factuelle] représente les données objectives. Le chapeau rouge [approche positive] signale les avantages et les bénéfices. Le chapeau vert sert à produire des solutions de rechange approche créative]. Enfin, la vision globale est du ressort du chapeau bleu [approche organisationnelle]. Utilisée en groupe, la méthode implique que chaque participant porte un chapeau spécifique : l’enjeu est de sortir d’une attitude d’évaluation au profit d’une prise en compte des différents modes de pensée. On peut aussi employer cette méthode de façon individuelle. Dans ce cas, il convient de changer de mode de pensée au fur et à mesure de la progression de la recherche de solution.
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 Dans le cas d’un groupe de projet travaillant sur la recherche d’un produit innovant pour la société Doxmo, le chapeau bleu indique le contexte du travail à effectuer, les attentes du client. Le chapeau blanc se concentre sur les caractéristiques techniques d’un produit innovant en serrurerie. LE chapeau rouge fait part de ce qu’il aimerait, de son ressenti quand il utilise les systèmes de fermeture. Le chapeau vert rêve aux différents modes de fermeture par la pensée. Le chapeau jaune met en évidence les avantages des solutions innovantes suggérées par le chapeau vert, alors que le chapeau noir recentre le débat sur les possibilités techniques connues.
d. Lasynectique
L’objectif de cette méthode consiste à proposer des solutions inattendues à un problème. Il convient de favoriser le recours à l’irrationnel. Cette technique est utilisée en groupe de 6 à 10 participants. La démarche proposée par William Gordon revient à construire la nouvelle idée à partir d’avantages. L’analogie opère un déplacement du problème à partir duquel on pourra dégager les situations insolites. On distingue quatre types d’analogie.
 Dans le cas de Doxom, on cherche un nom pour le nouveau produit de serrure biométrique.
- L’analogie personnelle revient à s’identifier au problème :
 Comment je me sens en tant que serrure ? Je dirais que je suis moderne, inattendue et sensuelle mais surtout inviolable. J’aime me laisser toucher par celui qui m’a programmée alors que je reste froide devant les inconnus, etc.
- L’analogie symbolique relie le problème à des images objectives. Ainsi peut-on associer deux mots, le premier caractérisant ce que l’on cherche, le second son contraire :
 Caractéristique de la serrure : inviolable ; contraire : vulnérable.
- L’analogie directe met en parallèle des faits, des caractéristiques, des concepts :
 La serrure est comme les récepteurs chimiques du corps : spécifique et adaptée.
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- L’analogie fantastique est une sorte de rêve qui, en bouleversant les cadres de la réalité, amène à les reconstruire pour produire la solution idéale.
 On pense par exemple à l’empreinte digitale. Elle évoque les empreintes de pieds dans la terre, une chaîne d’empreintes qui fait dériver vers les chaînons, des morceaux, etc.
Les analogies produisent des états psychologiques qui aident à la créativité en libérant l’esprit de ses structures logiques : c’est une démarche du détour.
C. DÉGAGER DES SOLUTIONS (RECENTRER)
a. Le benchmarking ou les vertus de l’imitation
Le principe du benchmarking consiste à observer les meilleurs pratiques de la concurrence et à établir une analyse comparative.
La principale difficulté du benchmarking réside dans la capacité à établir des indicateurs [critères] efficaces et réalistes afin de mesurer la performance des systèmes comparés. La méthode du benchmarking procède en trois temps :
- La première phase est préparatoire : elle cible les sujets et décide des moyens de collecte de l’information ;
- La deuxième phase sert à analyser les écarts entre le niveau de performance à atteindre et les solutions recueillies ;
- La dernière phase permet de fixer les objectifs opérationnels pour atteindre le niveau de performance attendu.
La démarche de benchmarking requiert une adaptation des solutions retenues au problème à résoudre et non une simple copie de solutions existantes qui ne tiendrait pas compte du contexte d’application.
b. Lamatricedechoixmulticritères
Le recentrage peut aussi être réalisé à partir d’une matrice de choix par critères qui se présente dans un tableau. En fonction de leur importance, les critères peuvent être pondérés si nécessaire.
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La solution 2 apparaît donc comme le meilleur des quatre systèmes étudiés.
c. L’éclairage et le tri d’option
L’éclairage consiste à regrouper les solutions produites par thème de façon à disposer d’une qualité gérable d’option.
Le tri d’options nécessite de considérer les options en fonction de l’horizon de temps et de l’existant. Afin de mieux évaluer les choix, il est possible de cartographier les options sur un schéma.
 Par exemple, pour la formation W, un groupe de créativité a travaillé sur les moyens d’augmenter la notoriété de la formation. Pour présenter les résultats de son travail au conseil de direction, il réalise la carte de tri d’options suivantes.
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Carte de tri des options
D. MESURER LA PERTINENCE (ÉVALUER)
Cette dernière étape du modèle créatif est la plus simple et la plus courte. La validation revient à appliquer les critères du cahier de charges par rapport à la solution retenue et à vérifier la conformité. C’est donc l’application qui opère la validation.
Pour contrôler l’application, il est possible de s’appuyer sur quatre grands critères :
- l’avantage produit par la solution retenue ;
- l’intégration de la nouvelle solution à l’organisation existante ;
- la simplicité de la mise en œuvre de la compréhension et de l’utilisation ;
- la reconnaissance par les autres. Comment les usagers de la nouvelle solution la
perçoivent-ils ?
 Le moyen le plus sûr pour mesurer la pertinence d’une solution nouvelle consiste à effectuer un prototype et à réaliser des tests.
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E. LACARTEHEURISTIQUE
La carte heuristique est encore appelée « carte mentale » ou mind map. Elle a pour objectif de structurer et de représenter des idées, des informations en établissant une cartographie. C’est à la fois une méthode d’exploration d’une question et un mode de prise de notes.
Cette technique donne une vue d’ensemble du problème abordé en mettant en relation des mots-clés. El permet de visualiser les interactions entre les différents acteurs impliqués dans le traitement du sujet (personnages, tâches, idées, concepts, méthodes, moyens techniques ...).
Comment réaliser une carte mentale 1. Le thème d’étude
On note au centre de la feuille, dans une bulle, le thème ou le sujet de l’étude.
2. Les branches
Chaque domaine concerné est rattaché au thème central et constitue l’armature principale de la carte (branches).
3. Les ramifications
À partir des branches, on peut faire partir des ramification (autant que nécessaire en fonction du niveau de précision souhaité) pour décrire les domaines traités dans les branches.
Il est recommandé de laisser parler son imagination. Le dessin, la symbolisation peuvent remplacer efficacement les mots-clés ; ils facilitent aussi la mémorisation.
Pour les problèmes complexes, la première carte n’est qu’une ébauche. On la reprendra au fur et à mesure de l’avancement de la réflexion.
Un certain nombre de logiciels existent afin de formaliser sur support informatique les cartes heuristiques. On peut citer, par exemple, FreeMind ouMindManager.
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STRUCTURER SA PENSÉE
Toute présentation, écrite ou orale, doit nécessairement s’organiser de manière logique. Pour ce faire, sa structure doit obligatoirement comporter une introduction et une conclusion, qui s’articulent autour d’un développement.
L’introduction sert à accrocher l’attention du destinataire, à définir et délimiter le sujet, puis à présenter le problème ou les documents, pour enfin annoncer le plan du déroulement de la présentation.
Ainsi, les idées exposées dans le développement sont organisées selon un plan, qui permet de répondre à la problématique en fonction de l’enjeu du discours qui peut être d’informer, de confronter ou de discuter.
Ce discours est clos par une conclusion, qui sert à faire un bilan du développement, à exprimer éventuellement des jugements et à proposer une ouverture.
Ce thème permettra de passer en revue les différentes étapes à suivre pour parvenir à structurer au mieux sa pensée lors du développement.
1. RECHERCHER DES IDÉES
Avant de se lancer dans la réalisation d’une communication, quelle qu’elle soit, il convient de mobiliser ses connaissances, en faisant le point sur ce que l’on sait déjà. On est toujours beaucoup plus riche qu’on ne le croit ! C’est aussi à cela que sert la culture générale. On a tous des connaissances plus ou moins précises sur divers sujets, mais on ne prend pas souvent la peine de classer ces informations. Ce temps de concertation n’est pas du temps perdu, bien au contraire. Il permet d’activer une recherche documentaire efficace et nourrit la réflexion. Lorsque cette première étape est terminée, on peut compléter sa recherche d’idées.
Deux méthodes principales sont possibles : la recherche spontanée et le questionnement systématique.
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A. LA RECHERCHE SPONTANÉE
La plupart du temps, on commence par cocher sur le papier tout ce qui passe par la tête : cela s’appelle la « recherche spontanée d’idées ». Elle consiste à mettre en vrac toutes les idées qui viennent sur un sujet. C’est une méthode intuitive qui convient bien aux étudiants créatifs, imaginatifs, qui ont l’habitude de réfléchir sur tout, tout le temps. Cette pratique se rapproche de la technique du brainstorming, particulièrement efficace quand il s’agit de résolution de problème concrets et précis. On la trouve également dans l’association d’idées : son principe est de partir d’une idée pour rebondir sur une autre, qui lui est liée.
 Si nous avons à traiter d’un sujet sur l’expérimentation animale, diverses idées, issues de domaines très différents, peuvent venir à l’esprit comme « être vivant », « progrès scientifique », « avenir de l’humanité » ou « limites morales et éthiques ».
Aussi productive que soit cette étape, elle ne peut suffire à l’élaboration d’une problématique.
Il faut donc balayer le sujet de manière organisée : c’est ce que l’on appelle le « questionnement systématique ». En voici le principe, que l’on retrouve aussi dans la méthodologie de projet.
B. LEQUESTIONNEMENTSYSTÉMATIQUE:QQQOCCP
Tout d’abord, il faut se demander QUI sont les personnes concernées, de près ou de loin, par le sujet. Qui sont les acteurs ? On ne pense pas toujours à identifier les destinataires d’une communication et on oublie qu’elle peut intéresser un public plus vaste que celui pour lequel elle est initialement prévue.
Ensuite, le sujet soit être clairement délimité et défini. Le QUOI identifie ce dont on traite. On confond souvent le thème et la problématique. Le thème est le sujet général sur lequel on réfléchit, tandis que la problématique est l’axe sous lequel on choisit d’étudier ce thème.
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 « Les organismes génétiquement modifiés. » Un tel sujet n’est pas traitable, car on ne sait pas dans quelle direction partir. « Les OGM comme remède contre la faim dans le monde ? », voilà qui est plus cernable, bien plus précis et plus efficace !
Pendant combien de temps, à quelle période, dans quel cadre spatio-temporel tout cela est-il possible ? C’est le QUAND, le rapport au temps, y compris celui de la préparation et de la présentation. Élément majeur du contexte, il est complété par ce qui concerne le lieu, c’est-à-dire OÙ. Un même sujet n’aura pas la même résonance selon que l’on se trouve dans un pays fortement industrialisé ou en voie de développement.
Viendra ensuite la recherche des moyens permettant de parvenir à une solution : le COMMENT. La tentation de tout étudiant est d’aller directement à cette étape de son raisonnement. On est dans l’action avant d’être dans la réflexion. Or l’action se nourrit de la réflexion. L’argumentation est le moyen de répondre à une problématique.
Quant au COMBIEN, il se conçoit aisément quand il s’agit de chiffrer un projet ; on ne pense pas assez qu’on puisse aussi s’appuyer sur des données chiffrées pour traiter un sujet d’ordre général. Ainsi, l’on ne peut pas évoquer les OGM sans donner de chiffres. Ce serait du bavardage et non une argumentation.
Enfin, le POURQUOI aboutira à la définition de la finalité exacte de ce qui est demandé, autrement dit quels sont les enjeux du sujet, les forces en présence, etc. il ne faut pas confondre les enjeux et les objectifs. Les enjeux dépassent les objectifs qui sont un moyen de les réaliser.
 Concernant les OGM, l’objectif du sujet « Les OGM comme remède contre la faim dans le monde ? » pourrait être, pour une firme comme Monsanto, de convaincre la population mondiale que les OGM ne sont pas l’ennemi public numéro 1 tant décrié par les altermondialistes et les écologistes, et qu’ils ont des vertus. L’enjeu serait alors d’ordre économique en permettant à la production d’OGM de se développer, grâce à une opinion publique de plus en plus favorable ; l’enjeu est alors d’ordre sociopolitique.
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Ainsi, en appliquant systématiquement ce questionnement, on est sûr de ne pas laisser dans l’ombre une part du sujet. Pour aller encore plus loin dans son étude, il existe d’autres méthodes, qui peuvent compléter les démarches venant d’être présentées.
C. D’AUTRE MÉTHODES
- Les contraires : cette technique consiste à poser une idée et son contraire, comme le juste et le faux, l’avant et l’après. Cette méthode, parfois déconcertante, permet de faire surgir des idées inattendues ; en particulier, les relations au temps ou aux lieux.
- La recherche d’exemples est indispensable pour illustrer des idées, ainsi que pour généraliser l’exemple afin d’aboutir à la découverte d’ne nouvelle idée.
- La recherche de jugements de valeurs permet de rapprocher des notions de valeurs morales, comme l’informatique et la génétique qui pourrait être rapprochées de la liberté et du respect de la vie.
- L’observation et l’enquête sont indispensables pour avoir un maximum de connaissances sur le sujet. Ainsi l’on se documente, se renseigne en consultant des revues spécialisées, des sites sérieux ou encore en lisant la presse ou en consultant le web.
L’application de l’ensemble de ces méthodes a pour objectif de définir et construire l’étude du sujet.
2. AGENCER DES IDÉES : LES TYPES DE PLAN
Le plan permet de structurer sa pensée. Cependant, il ne se réduit pas à un simple regroupement d’idées. Il doit traduire une progression, un raisonnement ; il est une démonstration. Ainsi, trois grands enjeux de l’argumentation sont à relever : l’information, la confrontation et la discussion. Le plan suit en quelque sorte le schéma narratif. On part d’une situation initiale qui constitue un point A et on se dirige vers une situation finale, point B qui n’est pas au même niveau que le point de départ.
A. LE PLAN POUR INFORMER
Informer signifie présenter des informations, des explications, des analyses. Il existe plusieurs façons de construire sa pensée.
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- Tout d’abord, le plan linéaire, qui présente un déroulement logique du début à la fin. Il décrit et analyse une série de faits. Il convient pour des articles techniques, scientifiques, des comptes rendus, ou encore des inventaires.
 Pour traiter la crise de 1929, on peut étudier d’abord les causes, puis on examine le déroulement et enfin on évoque les conséquences.
- Le plan thématique s’articule autour de centres d’intérêt, de thèmes, de catégories. Il fait état de plusieurs points de vue, présente un événement sous des angles différents. Il s’adapte particulièrement bien aux travaux d’économie, aux rapports scientifiques et aux approches sociologiques.
 Pour présenter la Chine, on peut parler d’abord de son aspect géographique, on analyse les types de populations et on voit enfin comment elle se place sur le plan économique. On peut adopter la même démarche pour comparer deux pays.
On peut aussi se servir de ce plan thématique pour faire un CV, quand on veut mettre en valeur sa polyvalence.
- À l’inverse, le plan orienté ne s’appuie que sur un seul point de vue. Il relève donc
davantage de la polémique que de l’argumentation. Il est très proche de l’écriture journalistique. Il met un « coup de projecteur » sur un élément en particulier.
 Les suicides sur les lieux de travail. On part de cette réalité qui va choquer psychologiquement pour remonter ensuite à la source du phénomène et embrayer sur les dérives économiques. On ne traite pas vraiment du sujet, mais il sert de prétexte pour comprendre une situation plus délicate, voire polémique.
- Enfin, pour mettre en relief son sujet, il existe le plan journalistique. Sa particularité est de commencer par la conclusion, qui est exprimée dans le titre et/ou le chapeau. C’est un plan qui va droit au but et revient ensuite sur les éléments qui ont permis d’arriver à cette conclusion. On peut le qualifier d’accrocheur et le titre même sert à la fois de résumé et d’ancrage.
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B. LEPLANPOURCONFRONTER
Confronter deux notions, deux réalités, c’est analyser des rapports et non juxtaposer des notions. De la confrontation doit alors naître la pensée construite.
- Le plan binaire permet de fournir les bases à une réflexion plus poussée, permettant de véritablement analyser un problème ou un système. Il fonctionne par analogie et/ou différences et se structure en deux parties, comme son nom l’indique. Il est fréquent dans la note de synthèse.
 La communication aujourd’hui : difficulté de communiquer ; solutions envisagées.
- Plus élaboré, le plan thématique ternaire, ou plus, permet une approche plus fine du sujet à traiter. Sa dernière partie doit constituer un dépassement de ce qui précède, elle doit évaluer ou encore juger.
 Les énergies fossiles et les énergies renouvelables : ressemblance, différence, performances.
C. LE PLAN POUR DISCUTER : LE DÉBAT
Discuter suppose vouloir engager un dialogue, proposer des points de vue différents avant de donner une solution. Il peut alors s’organiser de trois manières différentes.
= Le plan SOP : Situation, Opinion, Proposition
S : exposer objectivement une situation.
O : formuler une opinion sur cette situation.
P : faire des propositions.
Ce plan convient particulièrement aux rapports techniques.
 Le plan TA : Thèse, Antithèse
T : thèse, c’est-à-dire mise en valeur d’un point de vue. POUR la peine de mort.
A : antithèse, c’est-à-dire exposition du point de vue contraire. CONTRE la peine de mort.
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On ne propose pas de solution, on ouvre la voie à la réflexion.
 Le plan TAS : Thèse, Antithèse, Synthèse
La synthèse est un dépassement de la thèse et de l’antithèse. Elle permet d’aller au-delà du problème en adoptant un point de vue distancié.
 Si l’on reprend l’exemple de la peine de mort, après avoir vu les arguments en faveur de son maintien et de sa suppression, on envisage une solution qui peut être de l’ordre de la prévention et de l’éducation. On prend ainsi en compte tous les points de vue et on s’engage sur une voie où la raison l’emporte sur l’émotion.
Tous ces plans ont pour but de bien comprendre un sujet avant de passer à la proposition de solution. Ils doivent tenir compte des contre-arguments et des objections qui pourraient être formulés, et ont pour objectif de remporter l’adhésion de l’auditoire ou du lecteur.
Savoir choisir le plan adéquat en fonction de ses objectifs est primordial. De la qualité du plan dépend la force persuasive de l’exposé.
3. TRAVEILLER LES FINITIONS DU DISCOURS
Comme on vient de le voir, l’argumentation requiert une réflexion préalable solide permettant de dégager ses enjeux, ainsi qu’une structure adaptée à ses objectifs. Reste encore à rendre son approche la plus aisée possible, afin d’en améliorer la compréhension pour tous. C’est pourquoi le travail sur les finitions du discours lui-même, dans sa forme, est indispensable.
A. RELIER LES IDÉES
Pour bien se comprendre, il faut établir des liens, explicites ou implicites, entre les mots, les phrases et les idées. Il s’agit alors d’utiliser des connecteurs logiques. En voici une liste non exhaustive :
- Addition : et, en outre, ainsi que ;
- Soustraction : excepté, hors, hormis, à moins que ;
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- Alternative : ou/ou, soit/soit ;
- Exclusion : sans, sans ... ni ... ;
- Opposition : cependant, toutefois, néanmoins, mais, en revanche, au contraire, en
fait, en réalité [pour rectifier une information] ;
- Cause : car, parce que, puisque, comme ;
- Conséquence : donc, de telle sorte que, si ... que ... ;
- Temps : en premier lieu, ensuite, enfin.
B. SECONCENTRERSURL’ESSENTIEL
L’essentiel est ce qui est indispensable à la bonne compréhension d’une idée, d’une situation. L’inutile, comme le redondant ou le détail, doit être banni ; mais ce n’est pas parce qu’une information semble évidente qu’il faut en faire l’impasse !
Choisir l’essentiel, c’est :
- Retenir les caractéristiques d’une idée, d’un objet ;
- Privilégier le résumé des actions ;
- Formuler deux ou trois jugements synthétiques, retenir deux ou trois exemples
significatifs ;
- Insister sur les résultats plutôt que sur les moyens d’y parvenir ;
- Insister sur un élément lourd de conséquences ;
- Utiliser le QQQOCCP ;
- Utiliser des tableaux et des schémas.
C. DES TITRES PLEINS
Que ce soit à l’intérieur d’un sujet rédigé ou dans un sommaire, les titres doivent être précis et explicites. Un bon titre est à la fois une accroche et un résumé. Il est orienté en fonction du destinataire et utilise le meilleur registre pour toucher ce dernier. Ainsi, il peut être descriptif, humoristique ou encore indicatif. Il fait alors partie intégrante de la communication et de l’argumentation.
 Si, pour parler de géothermie, un journaliste intitule son article « La Terre comme bouilloire », titre emprunté au magazine L’Européen, on imagine tout de suite ce dont il s’agit : on voit la bouilloire en train de
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cracher son jet de vapeur. La notion de géothermie, par analogie, devient
facilement compréhensible, même pour les non-spécialistes.
Certains journaux sont réputés pour leurs titres cinglants comme Le Canard enchaîné ou Charlie Hebdo.
D. CONSTEUIRE UN PARAGRAPHE
Étymologiquement, paragraphe signifie «écrit à côté» et désigne un symbole ressemblant à des crochets [§] dont l’utilité était de séparer les textes écrits d’un seul bloc, sans espace ni séparation, y compris entre les mots. Cette astuce de copiste a permis de diviser le texte en ses segments principaux, qui sont les différentes idées qui le composent. Ainsi, un paragraphe correspond à un ensemble de phrases se rapportant au développement d’une même idée, elle-même constitutive d’un ensemble plus vaste, le texte.
On le reconnaît à sa situation dans la page, compris entre deux alinéas. C’est donc une unité typographique et sémantique. On le trouve dans tous les types d’écriture, du récit à l’argumentation. Il est souvent la bête noire des étudiants à qui on reproche de ne pas faire de paragraphes.
Comment construire un paragraphe, et de surcroît argumentatif ? Il faut d’abord prendre conscience de sa fonction :
- Il rend l’argument probant et l’inscrit dans une démarche qui aboutira à la
conclusion ;
- Il ne se contente pas d’une affirmation ou d’une prise de position, il emporte
l’adhésion par la pertinence des exemples qu’il utilise ;
- Il hiérarchise les idées et construit un raisonnement ;
- Il confirme, démontre ou infirme ;
- Il utilise les connecteurs logiques ;
- Il facilite le cheminement de la pensée.
Sa construction renseigne sur sa force persuasive. Il peut débuter par une idée « prise de position », un mot-thème [ce dont on parle] ou, mieux, un mot-thèse [ce que l’on veut prouver], exprimée d’une façon concise et précise. Généralement, il y a une idée introductrice [1] et une idée conclusive [2]. Puis un développement, de longueur variable, va de concert [exemple] à l’abstrait, du général au particulier, ou l’inverse. Il faut enfin vérifier qu’on a bien écrit un paragraphe argumentatif ?
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Quelques questions sont alors inévitables. Faut-il composer un seul paragraphe ou bien y a-t-il matière à en faire plusieurs ou à le regrouper avec un autre ? Quelle stratégie choisir pour renforcer mon argumentation ? Quel registre est le plus approprié : la confirmation [exemple, anecdote] ou la démonstration [raisonnement, liens logiques] ? Le paragraphe est-il efficace, clair, indispensable à la bonne compréhension de l’ensemble ou bien confus, délayé, hors sujet ? Quelle est la qualité grammaticale de ce qui est rédigé ?
Le paragraphe est une véritable construction de la pensée, comme en témoigne l’exemple suivant.
 « La publicité est une fleur de la vie contemporaine : elle est une affirmation d’optimisme et de gaîté ; elle distrait l’œil et l’esprit (idée 1). C’est la plus chaleureuse manifestation de la vitalité des hommes d’aujourd’hui, de leur puissance, de leur puérilité, de leur don d’invention et d’imagination, et la plus grande réussite de leur volonté de moderniser le monde dans tous ses aspects et dans tous les domaines. [...] Oui, vraiment la publicité est la plus belle expression de notre époque, la plus grande nouveauté du jour. Un art (idée 2). » Blaise Cendras, Aujourd’hui, 1927.
RIP Mickaël Jackson
Une question de société posée à l’oral, en 2009, lors d’un concours à l’entrée d’une grande école de commerce, portait sur le sujet suivant :
« Que pensez-vous du scandale médiatique qui a entouré la mort de Mickaël Jackson ? » Après une préparation en temps limité, le candidat doit structurer sa prise de parole.
Cette question d’actualité appelle la construction d’une problématique et d’une thèse, en choisissant des arguments pertinents, puis les classant dans un plan logique, cohérent et progressif.
Le cadrage de sujet est réalisé dans le thème « Débattre d’une question de société » : ce sujet invite à réfléchir sur un mythe de la culture populaire contemporaine et le rôle des médias.
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1. Appliquer la méthode QQQQOCCP :
Qui : M. Jackson, bien sûr, mais aussi les journalistes de tous les médias, le public des fans et les autres ...
Quoi : la mort du chanteur et le traitement de l’information (homicide ?).
Quand : au moment de la disparition et surtout après.
Où : dans les différents médias et aussi sur l’ensemble de la planète.
Comment : les moyens de diffusion et de traitement de l’information ; les autres manifestations. Combien : le nombre de supports médiatiques et leurs intervenants, les types de médias, etc. Pourquoi : la couverture de l’événement en lui-même et l’élaboration d’un mythe. Passage de l’information à la légende.
2. a.
b.
c.
d.
e.
f.
Réorganisation du brainstorming autour de :
L’approche culturelle : le roi de la pop, un héritage musical incontournable. Il a épousé de manière symbolique la fille d’Elvis Presley. Un mythe de la seconde moitié du XXe siècle ;
L’approche économique : réussite d’un businessman, guerre familiale autour de sa succession, malgré les dettes colossales de la star, succès planétaire de l’album Thriller ... ;
L’approche politique : simultanéité de l’élection de B. Obama critiqué pour sa politique sociale de santé : ses détracteurs sont accusés eux-mêmes de propos racistes. Dans ce contexte, la mort de M. Jackson ravive la question noire ;
L’approche sémiologique : le « moon walk », le gant blanc, les costumes de scène, l’androgynie, la figure de l’extra-terrestre (dans son caisson de verre à oxygène, etc.), look gothique dans certains clips, magicien illusionniste ... ;
L’approche psychologique : pervers pédophile ? homosexuel refoulé ? scandale des procès pour attouchements sur mineurs. Complexe d’Œdipe : colère contre le père sadique et amour de la mère auquel il confie ses enfants par testament comme à une veuve ... ; opérations chirurgicales pour réparer la blessure du père l’ayant souvent dénigré pour son « gros nez » dans l’enfance, etc. ;
L’approche sociologique : un Noir devenu blanc, qui n’est pas renié par la communauté noire grâce à des chansons engagées (Black or white », etc.) ;
Problématique : En quoi M. Jackson incarne-t-il le mythe américain
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Thèse : L’Amérique est une société du spectacle qui a besoin de créer en permanence des mythes pour maintenir et entretenir sa représentation héroïque – conquérante- à l’échelle planétaire.
Premier plan possible en deux temps (plan binaire) :
1. M. Jackson incarne les tensions de l’Amérique et les dépasse: Noir/blanc; pauvre/devenu riche, homme/femme, gloire/scandale, génie/décadence.
2. M. Jackson incarne un génie total : danse, musique, vidéoclip, engagement humanitaire, à la démesure de l’Amérique elle-même.
Deuxième plan possible en trois temps (plan thématique) ;
I. A.
B. II.
A. B. C.
Héros d’un roman gothique
Un « mort vivant » à l’image de Thriller (roi de la pop de son vivant, scandale autour de sa mort (homicide ou suicide ?)
Et une figure androgyne (originalité et fascination, célébrité et monstruosité)
L’incarnation du rêve américain
Une réussite artistique ... (le rythme musical, les influences musicales, génie précoce) ... et commerciale (une fortune, puis un déclin)
Un héros de la paix universelle (tolérance raciale, solidarité avec l’Afrique)
III. Mi-ange ... mi-démon?
A. De la dépression ... (insomnie, angoisses, fuite du monde ...)
B. ... au rôle de bouc émissaire (affaire de pédophilie, des procès pour l’argent, lynchage
médiatique)
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LE PLAN
Bien comprendre ce qu’on écoute ou ce qu’on lit exige de percevoir le plan du discours ou du texte. Pour être bien suivi lorsqu’on parle ou écrit, il faut avoir organisé ses idées, avoir élaboré un plan.
Aujourd’hui, avec l’extraordinaire développement des médias, la production de discours ou de textes est tellement abondante, tellement hâtive que l’on s’en tient souvent à une disposition approximative des idées.
Voyez, par exemple, dans la presse, la prolifération des interviews. Ces conversations enregistrées et publiées telles quelles ont le charme de la spontanéité et la force du témoignage ; mais, si l’interviewer n’a pas préparé avec soin ses questions ou si l’interviewé est capricieux, confus, le lecteur éprouve quelque difficulté à dégager les idées importantes.
Certaines techniques de production de textes aboutissent aussi à des développements peu ordonnés, peu maîtrisés, faisant mal ressortir les idées essentielles et surtout les rapports qu’elles ont entre elles. De nombreux articles et livres sont dictés au magnétophone, c’est-à-dire parlés, enregistrés, et ensuite transcrits, souvent sans qu’il ait un effort de réorganisation suffisant. D’où des articles, des chapitres, des livres très émiettés, décousus.
Il faudrait un grand entraînement intellectuel pour produire, de cette façon, un texte précis, clairement enchaîné. Si l’on n’a pas cette maîtrise, on doit s’astreindre à un effort préalable d’organisation des idées, c’est-à-dire construire un plan.
A. LE PLAN FONDÉ SUR UNE OPPOSITION
On rencontre partout cette structure : le jour et la nuit, le chaud et le froid, l’avant et l’arrière, le haut et le bas, la gauche et la droite, le masculin et le féminin, et.
Il n’est donc pas étonnant de la retrouver fréquemment dans le mouvement de la pensée et qu’on l’utilise pour ordonner ses idées, qu’il s’agisse d’une véritable opposition ou bien d’une comparaison ou d’une alternative. D’où un plan en 2 partie, un « diptyque » comme on aime à dire aujourd’hui.
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CHAPITRE II


On considérera, par exemple, un seul objet et l’on opposera deux des ses aspects (pour/contre, avec/sans, avantages/inconvénients, etc.) : toutes situation, tout projet peut ainsi être examiné de façon contrastée.
Ou bien l’on comparera deux objets, cherchant quel est le meilleur, le plus beau, le plus utile : on se demandera ainsi quelle est la meilleure de deux décisions, quelle est, de deux opportunités qui se présentent, celle qui sera la plus intéressante.
Ainsi, dans sa conférence du 8 mai 2000 à l’Université de tous les savoirs, Alain Renaut, professeur de philosophie à la Sorbonne 5Université Paris IV), évoque le débat qui s’est déroulé e France au sujet de la « Charte des langues régionales ou minoritaires » adoptée en 1992 par le Comité des ministres du Conseil de l’Europe. La France n’a pas ratifié cet engagement en faveur de la tolérance linguistique, à la suite d’un avis négatif du Conseil constitutionnel en 1999. Partisan d’un « multiculturalisme tempéré », A. Renaut présente ainsi les arguments en présence :
À l’analyse, l’argumentaire des adversaires de la ratification se révèle centré principalement sur trois objections :
- Prendre en charge sous cette formes la revendication identitaire, ce serait en fait remettre en cause la conception républicaine de la nation comme reposant sur une volonté partagée d’édifier un avenir commun de progrès. Parce que l’identité républicaine transcende les particularismes, il ne saurait entrer dans sa logique d’organiser au sein de l’État-nation de quelconques communautés linguistiques : bref, l’adhésion à une telle Charte procéderait d’une philosophie antirépublicaine, où l’on a identifié volontiers le spectre du communautarisme.
- Sous l’apparence d’une simple politique de défense de langues maltraitées par la République, se dissimulent en outre une vaste offensive politique contre le principe même de l’État-nation : lorsque la Charte envisage que les assemblées locales puissent délibérer dans la langue régionale concernée et que des liens privilégiés puissent ainsi s’établir entre des régions qui, appartenant à des États différents, parlent la même langue, il s’agirait en fait de contribuer à un projet politique d’Europe des régions, alternatif à celui de l’Europe des nations. Indépendamment des réserves susceptibles d’être adressées à la teneur intrinsèque d’un tel projet, il
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se traduirait en tout cas pour la France par un affaiblissement de l’État-nation et des
valeurs qu’il véhicule.
- En mentionnant dans sa partie II des « groupes » que l’État devra reconnaître en tant
que tels et dont il devra financer les besoins, la Charte tendrait enfin à introduire, entre l’individu et l’État, de nouveaux corps intermédiaires dont il y aurait tout lieu de craindre qu’ils puissent en venir à constituer dans la vie politique des forces monnayant leur soutien. Surtout, la conception même du sujet de droit démocratique se déplacerait de l’individu vers des sujets collectifs s’apparentant aux corporations d’Ancien régime, avec leurs droits spécifiques et leurs privilèges.
De l’autre côté, l’argumentaire des partisans de la ratification laisse apparaître lui aussi trois considérations primordiales :
- Sous l’emprise du jacobinisme, la République aurait tout fait pour étouffer, voire pour interdire, la pratique des langues régionales : les hussards noirs de Jules Ferry auraient ainsi imposé la pratique du français à des enfants dont ce n’était pas la langue maternelle, en sorte qu’aussi bien au nom des libertés ainsi bafouées que par égard à l’appauvrissement infligé au patrimoine culturel de la France, de l’Europe et de l’humanité, force serait de se réjouir de la possible renaissance de certaines de ces langues : dans un monde en voie de globalisation, comment ne pas encourager une aspiration à préserver encore son identité et ses racines ?
- Refuser la Charte, ce serait en outre remettre en cause la place même de la France dans la Communauté européenne. D’une part, la France, en n’adoptant pas elle- même un texte dont l’acceptation est aujourd’hui imposée à tout pays désireux de faire partie du Conseil de l’Europe comme une des conditions à son intégration, risquerait à terme de se mettre en marge de cette Communauté. D’autre part, la France a certes raison de rappeler au respect de la pluralité des cultures, que ce soit contre le déferlement des produite standardisés de l’industrie culturelle ou face à l’hégémonie de l’anglais comme langue de communication : pour autant, comment le respect de la pluralité culturelle pourrait-il se limiter au plurilinguisme des langues officielles de États ? Si d’aventure une véritable forme d’intégration politique devait faire apparaître la communauté européenne comme un nouvel espace de citoyenneté, la question se poserait alors de savoir quel statut juridique y conférer à la diversité des appartenances culturelles que se reconnaîtraient les
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individus, y compris dans leurs actuelles composantes nationales. Dans une telle hypothèse, resterions-nous tous aussi convaincus qu’au niveau européen également l’attribution de droits égaux aux citoyens serait rigoureusement incompatible avec la reconnaissance de leurs droits à voir respecter leur identité culturelle distincte dans la diversité de ses modes d’expression ? Bref, si l’on souhaite que la construction européenne n’interdise pas demain aux formes de vie culturelles, ethniques et religieuses que la communauté regroupe de coexister et n’empêche pas les individus de les développer librement, pourquoi la même conviction ne s’appliquerait-elle pas dès aujourd’hui à l’intérieur des États-nations eux-mêmes, ne serait-ce que pour préparer cette transition autrement exaltante que le passage à une monnaie commune ? L’importance d’une reconnaissance accordée à la diversité linguistique interne en se mesure donc pas au nombre des individus concernés : que moins de 3 % des élèves suivent les enseignements proposés en vue de les initier à une langue régionale, c’est là une donnée significative de l’état dans lequel se trouvent les parlers locaux après des siècles de centralisation linguistique ; au demeurant elle ne saurait hypothéquer la portée symbolique qu’il pourrait y avoir à renforcer les garanties apportées au pluralisme linguistique par un programme d’éducation à un respect de la diversité des langues et des cultures qui sera de plus en plus nécessaire à mesure que l’Europe politique deviendra une réalité.
- La décision du Conseil constitutionnel est certes dans une relation de pleine cohérence avec la révision de 1992, qui a fait du français « la langue de la République » : loin de se trouver réglé par une prise en compte de cette logique, le problème soulevé par la ratification ne doit-il pas cependant être considéré plutôt comme l’indice que la révision témoignait d’une inquiétante dérive dans la conception même de l’identité républicaine ? Le législateur a en effet pris ainsi la responsabilité de placer une marque d’identité culturelle sur un pied d’égalité avec ces principes majeurs de la République que sont le gouvernement du peuple par le peuple ou la devise « Liberté, Égalité, Fraternité ».
Obtenu à l’occasion d’un sursaut nationaliste contre l’extension de l’anglais, cet ajout effaçait en réalité une conception de la nation datant de deux siècles : à la nation civique, fondée sur la citoyenneté et sur la volonté de vivre ensemble, tendait à se substituer ainsi une nation ethnique, fondée sur le partage d’un héritage culturel sédimenté dans une unité de langue. Pour la première fois aussi solennellement, les
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valeurs de l’appartenance l’auraient donc, en France, emporté sur celles des droits de l’homme. Sous prétexte de sauvegarder l’identité, voire l’exception culturelle de la France, le choix accompli en 1992 aboutirait en fait à remettre en cause et à sacrifier les caractéristiques potentiellement universitaires du modèle républicain français : aux antipodes de la « communauté de citoyens » qu’elle constitue aux yeux de ses meilleurs défenseurs, la nation des républicanistes aurait donc choisi le risque d’une dérive ethniciste faisant de la France le seul pays de l’Union européenne dont la constitution consacrerait la position exclusive d’une langue officielle sans se référer au statut des autres langues historiquement implantées sur son territoire.
En ce sens, le danger communautarien résiderait moins dans la fragmentation redoutée de la société française que dans l’option prise par les souverainistes français de tout bord : au service d’un repli nationaliste, cette option aboutirait à une fragmentation communautarienne de l’Europe, cloisonnant les populations dans des communautés nationales dont chacune se regrouperait autour d’une identité culturelle et linguistique distincte et publiquement homogène.
« Multiculturalisme, pluralisme, communautarisme », in qu’est-ce que la société ? UTLS vol. 3, Éditions Odile Jacob, 2000, pp. 458 à 460.
Cet exposé est construit sur un emboîtement d’oppositions :
- Entre la première partie (arguments de partisans). Notez la symétrie observée : 3
points pour chaque position ;
- A l’intérieur de chaque argument, réfutation du bien-fondé et des conséquences de
l’opinion adverse.
Remarquez que l’ordre n’est pas neutre : exprimez en dernier la position en faveur de la Charte, c’est lui donner le dernier mot, donc plus de force.
Ce type de plan permet de classer rapidement ses idées, mais il expose à la raideur mécanique, à la fausse symétrie, aux reprises. Ainsi l’opposition entre le contre et le pour, tout à fait acceptable ici, ne saurait être répétée indéfiniment.
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B. LEPLANCONSTRUITSURUNRAISONNEMENT 1. La relation de cause
Rendre compte d’un ensemble de faits n’est pas se limiter forcément à un inventaire descriptif (catégorie, linéaire ou antithétique). Pour informer, on adoptera aussi un plan articulé sur une réflexion dynamique.
a. Après avoir décrit les faits constatés, on cherche à les expliquer. C’est une démarche régressive. D’où le schéma :
 La situation,
 Ses causes.
b. Ensensinverse,unedémarcheprogressivedonneral’articulationsuivante:  La situation,
 Ses conséquences.
c. Un même exposé assurera fréquemment les deux mouvements (ce qui est souvent le cas dans une étude ou un rapport) :
 La situation,
 Ses causes,
 Ses conséquences.
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d. Les causes peuvent être certaines ou probables, les conséquences sont effectives ou envisagées. La situation elle-même peut être hypothétique. D’où, si l’on veut, le plan suivant :
 Description de l’hypothèse,
 Ses conséquences éventuelles.
Voici un exemple d’exposé construit principalement sur la relation de cause. Il s’agit de la première partie d’une étude, faite par une association, sur la situation actuelle dans laquelle se trouvent les régimes de retraite.
La démographie dans les pays développés présente aujourd’hui les caractéristiques suivantes.
Le nombre des naissances a baissé dans la plupart de ces états, notamment en Allemagne et en Italie. S’il reste assez élevé aux États-Unis, il s’est amélioré en France sans atteindre toutefois le taux qui assurerait le maintien de la population (ce sont les arrivées d’immigrants qui assurent la progression démographique enregistrée).
En sens inverse, on note une progression constante de l’espérance de vie, donc de la présence de personnes âgées. Ce qui s’explique par les progrès dans l’alimentation, l’hygiène et les soins médicaux. De sorte que le nombre d’actifs par rapport aux retraités va en diminuant. Alors qu’il est actuellement d’environ deux actifs pour un retraité, on prévoit qu’au milieu de 21e siècle, il sera de plus ou moins un pour un.
Il est évident que cette évolution démographique défavorable va peser, et pèse déjà, sur l’équilibre des systèmes de retraite. La participation de chaque actif à la pension des seniors sera nécessairement plus importante, avec en plus la perspective d’une probabilité, si l’évolution continue dans le même sens, de voir pour chacun le montant de sa propre retraite moins assuré.
D’autre part l’épargne qui doit gager les pensions dans l’avenir risque d’être moins rentable puisque le nombre des travailleurs, participent à la production, tendra à se restreindre.
On voit donc que le problème des retraites réclamera dès demain vigilance, innovation, courage, et surtout un sens aigu de la solidarité et de la justice sociale.
Ce développement est nettement construit sur un raisonnement. 1ère partie : la situation démographique
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§2. La fécondité baisse.
§3. L’espérance de vie croît. 2ème partie : les conséquences
§4. Augmentation des cotisations probable et incertitude sur le niveau des pensions.
§5. Doute sur la stabilité de la valeur des fonds de retraite. §6. Conclusion partielle
2. Autres formes de raisonnement
Des rapports logiques vairés à articuler les divisions principales ou secondaires d’une communication d’information ; par exemple, le passage du général au particulier (ou l’inverse), ou du théorique ou au concret, ou encore le fameux mouvement dialectique (thèse/antithèse/synthèse).
C. STRUCTURES COMBINÉES
Si les structures que nous venons de passer en revue suffisent à mettre en ordre un texte bref, c’est souvent leur combinaison qui permet d’ordonner un texte plus long et plus complexe. Ainsi une de ces structures commandera l’ensemble et, à l’intérieur de chacune des parties, d’autres viendront organiser les développements secondaires. Vous constaterez vite que tout le monde utilise peu ou prou ces enchaînements d’idées et que la clarté d’exposition et le talent ne sont souvent que la maîtrise de ces structures étagées. Et vous vous convaincrez aussi que cela est à votre portée, soit pour pratiquer une lecture approfondie, soit pour construire à votre tour le plan de vos interventions écrites et orales.
Prenons comme exemple cet article :
§ 1. Aujourd’hui l’horizon familial de nos sociétés développées se situe quelque part entre la famille matricentrée de type afro-américain (la femme, chef de ménage, vivant seule avec ses enfants et parfois sa mère, auxquels s’ajoutent, comme des pièces rapportées, des mêles de passage qui restent le temps de faire un enfant supplémentaire) ... et la solitude pure et simple.
§ 2. Cette solitude voulue, heureuse (?), est-elle fille de l’esprit du temps qui encourage les tendances les plus narcissiques de l’individu ? Il y a quelque années, une superbe
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créature qui s’affichait sur les murs de Paris annonçait avec un sourire espiègle : « Ce soir, j’ai rendez-vous avec moi. » Le phénomène n’est pas propre à la France. Comme les autres indicateurs des nouvelles façons de vivre – baisse de la natalité, déclin du mariage, augmentation des divorces, légalisation de l’avortement, et. -, il touche presque tous les pays occidentaux, avec une diffusion progressive du Nord au Sud : les pays scandinaves ont été les pionniers du changement ; les pays méditerranéens 5Italie, Espagne, Grèce, etc.) rattrapent le peloton à marche forcée.
§ 3. Mais la tendance au célibat s’appuie aussi sur une assez longue tradition par laquelle l’histoire de nos pays occidentaux se distingue non seulement de l’est de l’Europe mais de presque toutes les autres civilisations. Le démographe britannique John Hajnal, qui a été le premier à théoriser la particularité du « modèle de mariage occidental », le définit par deux trait qui l’opposent nettement à ce qui se pratique à l’Est de l’Europe, au-delà d’une ligne « Leningrad-Trieste » : 1) le mariage tardif autour de 25 ans (à peu près au même âge pour les hommes et pour les femmes), alors qu’à l’Est les filles sont mariées dès l’âge nubile ; 2) un pourcentage de célibataires « définitifs » (ceux qui ont plus de 50 ans), qui est encore à la fin du XIXe siècle de trois à quatre fois supérieur à ce qu’on retrouve à l’Est.
§ 4. L’importance du célibat ne peut s’expliquer directement par l’influence de l’Église, qui faisait de la chasteté un état supérieur au mariage, considéré par saint Paul comme un simple « remède à la concupiscence » ; encore moins par l’impact de célibat ecclésiastique. Car l’Europe orientale, en majorité orthodoxe, était de ce point de vue à même enseigne. Ce nouveau modèle de comportement, en outre, s’est mis en place au cours des XVIe et XVIIe siècle, au moment où une partie de l’Europe occidentale, devenue protestante, supprimait le célibat ecclésiastique.
§ 5. Le nouveau célibat, qui répondait en général à des contraintes professionnelle (pour les domestiques) ou à des stratégies de préservation des patrimoines (chez les paysans comme dans la haute aristocratie), touchait aussi bien les sommets que les couches inférieures de la société. Dans la pairie anglaise, on trouve à la fin du XVIIe siècle plus de 20% de célibataires définitifs chez les hommes comme chez les femmes ; une proportion qui est identique chez les ducs et pairs de France et encore plus forte dans l’aristocratie vénitienne. En 1746, Deparcieux dénombre 20% de célibat chez les
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hommes et 15% chez les femmes, à Paris dans la très huppée paroisse Saint-Sulpice, peuplée d’une abondante domesticité.
§ 6. Ajouté au retard des mariages – contrariant comme lui le rythme naturel de la reproduction biologique-, le célibat a été un puissant facteur de régulation démographique qui a permis à l’Europe occidentale d’épargner ses ressources, d’accueillir le capitalisme et de s’engager précocement dans la révolution industrielle. Mais, curieusement, les avantages de ce dispositif malthusien ont été totalement méconnus par l’opinion et par ceux qui étaient censés l’éclairer. L’Église devenue marieuse acharnée incite les veufs à se remarier sans tarder et encourage même les gens trop âgés pour procréer à convoler en justes noces pour ne pas se retrouver seuls face aux maux de la vieillesse. Les philosophes des Lumières dénoncent le célibat des clercs pour son parasitisme teinté d’immoralité et celui des laïcs pour son inutilité.
§ 7. Sous la Révolution, le célibataire est l’ennemi que l’on matraque d’impôts supplémentaires. Au XIXe siècle, l’homme célibataire, souvent rentier, artiste ou homme de lettres, est un monstre, facilement suspecté d’égoïsme ou de turpitude. Quant à la vieille fille, quand on ne la soupçonne pas de dissimuler une cupidité d’accapareuse (voir Balzac), on l’appelle « mademoiselle » avec un mélange de compassion et de mépris.
§ 8. En réalité, le célibat a pu exister dès le XVIIe siècle dans l’Europe occidentale parce que nos sociétés avaient déjà atteint un niveau d’organisation et de prise en charge publique qui donnait à l’individu les moyens de ne pas dépendre intégralement de la protection familiale. Vivre seul n’était pas encore un statut admis ou désirable, mais ce n’était plus un naufrage. La solitude est un luxe de pays développé. Nos célibataires du passé, comme tous les pionniers du changement, ont préparé dans la honte et marginalité l’accouchement d’un monde nouveau.
André Burguière, Les sans-famille de l’histoire, Le Nouvel Observateur, 18-24 averil 1991, p. 13.
Plan analytique du texte
Introduction (§1) :
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La famille aujourd’hui, en Europe occidentale, est située entre deux extrêmes : la famille matricentrée et le célibat.
1. Pourquoi ? (§§ 2-4)
a. Le narcissisme contemporain,
b. Unelonguetradition,
c. L’influence de l’Église ?
2. Apparition, à partir du XVIe siècle, d’un nouveau célibat (§§ 5-7) a. Son développement (§ 5)
- Contraintes professionnelles et préservation des patrimoines,
- Couches de la société (aristocratie/couches inférieures),
- Répartition hommes/femmes ;
b. Conséquencesenchaîne(§6)
- Régulation démographique,
- Progrès économique ;
c. Son intérêt méconnu par (§§§ 6-7) : - L’Église,
- Les philosophes du XVIIIe siècle,
- Les révolutionnaires,
- Le XIXe siècle.
Conclusion (§ 8) :
Le célibat utile et luxe des pays développés.
Remarques
Dans cet article, plusieurs structures se retrouvent, à divers niveaux.
 La charpente maîtresse est chronologique : panorama d’une histoire de célibat, en Europe occidentale, du XVIe siècle à nos jours.
 L’introduction (la situation familiale actuelle) est suivie de trois paragraphes d’explication, c’est-à-dire d’une addition de causes, dont une d’ailleurs est rejetée (influence de l’Église).
 Le paragraphe 4 (apparition d’un nouveau célibat à partir du XVIe siècle) est repris et développé :
- Historique et descriptif (§ 5),
- Ses conséquences heureuses ... (§ 6),
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- Mais (opposition) ... qui ont été méconnues jusqu’au XXe siècle (§§ 6-7).
 La conclusion corrige l’erreur d’appréciation des siècles précédents (« en réalité »), donc mouvement d’opposition, et réaffirme le rapport entre célibat
et société développée.
Le plan n’exerce pas une contrainte absolue, il reste un projet ; on sera très souvent amené à le nuancer et à l’adapter au cours de la mise en forme.
Cependant, pour un exposé simple et court, on n’aura pas intérêt à utiliser un plan trop subtil qui échapperait à l’auditeur ou au lecteur.
En définitive, on s’assurera avant tout que le plan adopté n’entraîne pas à des redites. Le peintre a rarement conçu son tableau dans tous ses détails, lorsqu’il s’installe devant son chevalet ; c’est en maniant ses brosses et ses couleurs qu’il découvre les exigences internes de son œuvre.
Structures et plan analytique
L’étude des structures permet de mieux comprendre la pensée de l’auteur et sa stratégie, mais elle ne fournit qu’un schéma abstrait.
Le plan analytique rend compte du mouvement de la pensée et aussi du contenu du texte. Il doit faire apparaître non seulement la structure, mais encore les idées principales formulées de façon précise et concrète.
D. MISE EN VALEUR DES ARGUMENTS PAR LE PLAN
Si vous reléguez les raisons les plus pertinentes à n’importe quel passage de votre discours, elles perdent en partie leur pouvoir ; inversement une idée plus faible, adroitement située, gagnera en vigueur, ou tout au moins ne révélera pas sa fragilité. Et il est rare que l’on dispose, quand on veut persuader, d’un jeu d’arguments de valeur égale. Certains d’entre eux ont une importance particulière : i conviendra donc de leur donner l’ampleur et la place qu’ils méritent.
1. Proportionner les développements à la force des arguments
Pour cela, on ne recherche pas à tout prix l’équilibre des parties ou des subdivisions, on sacrifie une fausse élégance à l’efficacité : on passe rapidement sur les arguments les plus faibles, on étoffe les plus marquants à l’aide d’exemples, de comparaisons, etc.
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Quand il s’agit de l’argumentation, il faut adopter une certaine démarche : ici estomper, ou même supprimer, là amplifier, ailleurs accumuler les preuves ou les conséquences, telle sera une de vos préoccupations principales lorsque vous organisez une argumentation.
2. Réservez la meilleure place au meilleur argument
a. C’est en général la fin, le développement qui précède immédiatement la conclusion. On retient mieux et on retient surtout ce qui a été placé en dernier et qui est le plus récent donc dans la mémoire.
Laissez le lecteur ou l’auditeur sur des idées fortes, voilà un moyen bien connu d’arracher une décision, d’emporter l’adhésion. Ainsi est produite l’impression qu’on atteint un sommet, qu’on découvre la clé de voûte de l’ensemble. Cela ne veut pas dire que l’ordre des idées dans une argumentation sera obligatoirement progressif.
b. Carilseraitmaladroitdecommencerparlesargumentslesplusfaibles.Ledébut du discours (précédé éventuellement d’une introduction) est aussi une place de choix. On juge, parfois définitivement, la valeur d’une thèse sur les premières idées avancées. Évitez à cet endroit de présenter une démonstration trop compliquée, trop technique ou trop contestable, choisissez plutôt un raisonnement susceptible d’être compris, et si possible admis.
c. Il s’ensuit que les arguments les moins décisifs ou les plus ardus trouvent place
normalement dans la partie centrale. Celle-ci n’est pas pour autant un « fourre-tout » dénué d’intérêt, mais, dans un discours ou un texte long, le début ne doit pas rebuter et la fin ne doit pas lasser.
3. Organiser la succession des arguments
On le voit, la force d’un argument n’est pas absolue. Mise en vedette à la fin, une idée solide s’impose ; noyée au milieu, elle devient quelconque. De la même façon dans le détail de l’argumentation, la vigueur d’une idée dépend du voisinage immédiat. La juxtaposition de deux arguments influe sur la valeur de chacun d’eux. Ils peuvent se gêner, se contrarier, s’affaiblir mutuellement, ou se renforcer, se faire valoir l’un l’autre. Vous veillerez, dans les enchaînements, aux effets de préparation, de variété, de contraste, de progression, de convergence, etc. que vous voulez obtenir grâce à l’ordre et aux dimensions relatives de vos développements.
4. Mettre en lumière la thèse soutenue
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Elle doit, à un moment ou l’autre, être formulée clairement. Beaucoup d’argumentation restent confus parce que l’auditeur, égaré au milieu des faits et des idées, se demande à quoi tend le discours. Mais où convient-il d’énoncer la thèse ?
 Dès le début ? Exprimer avec force, au départ, la thèse que l’on défendra produit parfois un effet remarquable sur le destinataire. Il tient ainsi en main le fil directeur et sera préparé à suivre les détours de l’argumentation. L’annonce du plan que vous allez suivre aura le même effet ; l’auditeur est enfermé dans le cadre que vous avez imposé, et n’est pas tenté de le quitter, car il s’applique (vous l’espérez !) à vérifier que vous- même n’en sortez pas.
Si votre plan commence par un exposé de la situation ou la réfutation d’autres thèses, ce n’est en général que dans la partie où vous développerez votre propre thèse que vous indiquerez le sens de votre intervention.
 Plutôt que d’émousser dès le début la curiosité des lecteurs, vous préférerez parfois dérouler vos arguments, laisser deviner peu à peu votre position, et ne la précisez qu’au terme du discours, créant ainsi un effet d’attente ou même de surprise. Cette méthode convient mieux lorsque vous jouez sur les sentiments que lorsque vous restez dans un domaine purement logique et intellectuel.
5. Orienter le plan vers le destinataire
Quand on s’adresse à un destinataire indéterminé (une administration, une direction anonyme, un public non défini), l’argumentation tend à devenir plus abstraite et plus neutre, à satisfaire des normes générales, le plan respecte les principes qui viennent d’être énoncés, tout en conservant une certaine universalité. C’est le cas, par exemple, de la dissertation scolaire, de rapports envoyés à une hiérarchie lointaine.
En revanche, si le destinataire est connu, si l’on a déterminé plus ou moins ses compétences, sa personnalité, ses intérêt, l’argumentation est orientée concrètement, le plan devient un mouvement dont les phases et le terme sont précisés et adaptés.
Dans le premier cas, le plan correspond à la fabrication d’un modèle de confection susceptible de convenir à de multiples individus ; dans le second cas, il est taillé sur mesure.
Ajuster l’argumentation, ce n’est pas seulement découvrir et composer des raisonnements rigoureux, capables de convaincre une intelligence, c’est aussi faire appel à des idées et à des modes de présentation appropriés à la forme d’esprit de l’interlocuteur (systématique ou aimant le brillant ou préférant l’allusion ou répugnant
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à l’abstraction, etc.) ; c’est encore tenter de toucher sa sensibilité et de mettre en branle son imagination. La persuasion vise l’homme tout entier.
Il faut donc choisir les arguments, leur place et leur développement d’après ce qu’on sait du destinataire. Telle idée n’aura pas de valeur à ses yeux, tel fait sera sans doute déterminant.
Ainsi le discours prend un relief particulier, de la vie, de la pertinence. Ainsi, on s’en rend compte, à la limite tout peut devenir argument : un raisonnement, mais aussi un fait, un exemple, une image, un sentiment, lorsqu’ils viennent étayer une thèse, lorsqu’ils sont choisis et utilisés au bon moment pour agir sur le destinataire.
Il est évident que la persuasion peut être mise au service d’une mauvaise cause, le mot lui-même suggère aujourd’hui l’emploi de moyens suspects, de coups bas ; mais l’usage de la science elle-même ne pose-t-il pas un problème moral aussi grave ?
C. QUELQUES SCHÉMAS DE PLAN PERSUASIF
Encore moins que le domaine de l’information, on ne saurait recourir à un plan préfabriqué et « passe-partout » quand on a le désir de persuader. La double et nécessaire adaptation du plan à la thèse soutenue et au destinataire ne permet que très rarement de se contenter des types simples qui ont été présentés dans la partie II ci- dessus. Tout au plus ceux-ci fourniront-ils un schéma d’ensemble, que l’on assouplit ou modifie, ou plus souvent la structure d’une partie.
D’autre part, l’ordre lui-même de l’argumentation, s’il est compris par l’auditeur, et s’il reçoit son adhésion, devient un élément important de la persuasion.
1. ACCUMULATION ET ASSOCIATION
Le procédé le plus simple, mais toujours efficace, consiste à énumérer les arguments les uns après les autres. L’addition, surtout si elle est renforcée par une progression et si chaque argument est introduit au moyen d’une formule qui se répète, produit un effet de masse et de martèlement qui a un grand pouvoir de persuasion.
L’accumulation est la présentation successive d’arguments de même nature en faveur de la thèse soutenue.
Voici un exemple. Le responsable du service d’entretien d’une usine voudrait acheter une machine destinée au lavage des sols.
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Dans son rapport, après avoir fait état des besoins, il justifie ainsi par une série d’arguments techniques le choix du modèle dont il recommande l’acquisition (nous en donnons un condensé) :
Cette machine est d’une robustesse à toute épreuve et n’exige qu’un entretien minimum : un seul graissage par an. Son emploi est aisé ; très maniable, très mobile, elle peut être manœuvrée par les femmes de service que nous employons. De plus, elle est autonome : une batterie chargée la nuit par accumulation lui fournit son énergie ; on évite les servitudes et les dangers des branchements sur le secteur et des fils qui traînent dans l’humidité. Enfin elle est très efficace, lave et sèche les sols en une seule opération quelle que soit leur nature : plancher, dalles de ciment, revêtements synthétiques. Elle vire sans laisser de traces, ce qui supprime les finitions à la main.
Ce modèle répond donc, par toutes ses caractéristiques, à nos exigences.
L’association est une forme un peu plus complexe de l’addition. Elle fait appel à des arguments de nature différente, ce qui donne à la thèse une apparence encore plus frappante de solidité : à tous les points de vue, elle est satisfaisante.
C’est ainsi que, pour reprendre l’exemple précédent, le responsable aurait pu compléter le plan de son rapport :
I. Arguments d’ordre technique (voir ci-dessus).
II. Arguments d’ordre économique ;
 Prix d’achat raisonnable,
 Faible coût d’entretien et d’utilisation,
 Réduction de la main-d’œuvre : un opérateur remplace cinq femmes
de ménage.
III. Arguments d’ordre psychologique :
 Propreté des surfaces,
 Esthétique de la carrosserie,
 D’où un élément supplémentaire du standing de l’entreprise.
NB. a) L’ordre des parties varie avec le destinataire. On peut imaginer qu’un chef d’entreprise, sensible à la présentation de son établissement, sera entraîné par les arguments psychologiques donnés à la fin. Mais c’est cette place qu’on mettra sans doute les arguments économiques si le rapport est adressé au responsable soucieux de veiller sur les dépenses.
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b) le classement d’un argument dans telle ou telle catégorie n’est pas toujours impératif. Il dépend parfois de l’effet qu’on veut qu’il produise. Dans notre exemple, la propreté des locaux peut être aussi bien exploitée comme un argument technique que comme un argument psychologique.
c) Le mérite du plan qui associe des éléments de natures diverses consiste à produire un effet de convergence :
2. OPPOSITION
La contradiction n’est parfois que négative : on veut prouver que la thèse avancée par un autre n’est pas acceptable, ou que l’action proposée serait inutile ou dangereuse. Le plan aura aussi le forme d’une accumulation ou d’association d’arguments. Mais le plus souvent, on oppose, à la thèse que l’on repousse, une autre thèse que l’on défend. Le plan est alors articulé sur un double mouvement, le premier consacré à la solution rejetée, le second à la proposition que l’on veut faire triompher.
Le premier mouvement, en général le plus réduit, contient d’ordinaire le rappel de la thèse opposée, les reproches formulés contre elle, et même quelque concession à cette thèse.
Le second mouvement, plus ample, apporte les arguments étayant votre proposition. Cette disproportion et cet ordre, nous l’avons vu, sont favorables à la persuasion.
Il arrive encore, surtout si un adversaire doit avoir la parole après vous, que le plan précédent soit inversé : d’abord un long mouvement pour présenter et soutenir votre thèse, ensuite une réfutation par anticipation de la thèse adverse.
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Cet aperçu nous permet de tracer les schémas suivants :
Nous nous limiterons à un exemple. Les exercices proposent d’autres échantillons qui montrent comment, dans la pratique, ces schémas sont nuancés.
Comment un biologiste conçoit l’homme
§ 1 L’une des choses que je crois avec le plus de force – l’une des rares dont je sois
à peu près sûr– c’est qu’il n’existe, de nous à l’animal, qu’une différence de plus au
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moins, une différence de quantité et non point de qualité ; c’est que nous sommes de même étoffe, de même substance que la bête (...).
§ 2 Sur ce point, vraiment fondamental, de l’unité essentielle de la vie, je me trouve donc en plein désaccord avec un biologiste penseur comme Rémy Collin qui, lui, n’hésite pas à faire entre l’humain et l’animal une différence radicale, puisqu’il voit en l’homme non pas seulement l’être le plus intelligent et le plus puissant de la nature, mais encore un être d’une nature spéciale, doué d’attributs incommensurable à ceux de l’animalité, un être qui, par la possession d’une conscience réfléchie, d’une âme libre et immortelle, transcende les purs mécanismes auxquels se réduisent tous les autres vivants.
§ 3 Une telle conception, je l’avoue, me surprend et me déconcerte, surtout de la part d’un homme rompu à l’étude positive des phénomènes de vitalité. Sans mésestimer pour autant, ni rétrécir tendancieusement le fossé qui sépare le psychisme humain du psychisme animal, je ne puis oublier que ce fossé n’a été creuse que par l’extinction d’êtres intermédiaires qui, à coup sûr, vécurent jadis sur notre globe, et dont on eût été bien embarrassé pour décider s’ils possédaient ou non la conscience réfléchie et la liberté.
§ 4 Je ne sais pas ce que c’est que la vie, ni la conscience ni la pensée ; j’ignore l’origine et la nature de ce qui, prenant racine dans la boue cellulaire, s’est épanouie en notre cerveau ; mais, si j’étais aussi sûr que l’est un Rémy Collin que toute la sensibilité, toute la conscience des bêtes se ramenât à de la mécanique. Je ne ferais point de difficulté pour étendre cette certitude jusqu’à l’homme lui-même.
§ 5 La parenté de l’homme avec les animaux ne peut s’expliquer rationnellement que dans le cadre de la théorie de l’évolution, ou théorie transformiste, d’après laquelle tous les êtres vivants, y compris l’homme, dérivent d’êtres un peu moins complexes, et ceux-ci d’êtres qui l’étaient un peu moins, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on arrive à des formes extrêmement simples, rudimentaires, qui seraient les ancêtres de toute vie.
§6 Certes, nous conviendrons, en toute objectivité, qu’on n’a pas le droit de tenir l’évolution organique pour une certitude dès lors qu’il s’agit d’événements révolus sans témoins et dont il est permis de douter que la nature actuelle nous fournisse encore l’exemple ; mais, si
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l’on ne peut que croire4 en l’évolution, il est quasiment impossible pour le biologiste, de ne pas y croire, et il serait fâcheux qu’un excès de scrupule positiviste jouât au bénéfice d’hypothèses somme toute beaucoup moins plausibles que celle de l’évolution.
§ 7 Innombrables, en effet, et tirés de toutes disciplines (zoologie, botanique, anatomie comparée, paléontologie, embryologie, sérologie, génétique, etc.), sont les faits qui lui donnent crédit en ce qu’ils se laissent expliquer par elle, alors que, sans elle, ils demeurent strictement inexplicables.
§ 8 Pour ce qui touche plus spécialement à l’homme, comment douterions-nous qu’il dérivât d’un animal– et d’un animal qui, plus ou moins, ressemblait aux singes actuels, d’un animal que nous n’hésiterions pas à ranger parmi les singes – quand nous voyons, à partir d’une époque qui n’est pas tellement lointaine, apparaître dans les couches terrestres des vestiges de bêtes qui n’étaient plus tout à fait des bêtes, des vestiges d’hommes qui n’étaient pas encore tout à fait des hommes ?
§ 9 Pour ma part, je crois donc fermement à l’évolution des êtres organisés.
Jean Rostand, Ce que je crois, Éditions Grasset, 1953, p. 19 et pp. 21-24.
Plan du texte :
Introduction (§1)
Annonce de la thèse soutenue : croyance en l’unité de la vie ; notre nature est animale.
1. RÉFUTATION DE LA THÈSE ADVERSE (§§ 2-4)
b) Présentation de la thèse combattue : il y aurait une différence entre l’humain et
l’animal, c’est-à-dire une conscience et une âme immortelle.
c) La différence entre l’homme et l’animal ? C’est que des maillons intermédiaires ont
disparu.
d) Si tout le psychisme animal était pure mécanique, il pourrait en être de même chez
l’homme.
4 L’on ne peut qu’y croire, c’est-à-dire qu’on ne peut pas l’affirmer, l’établir avec une certitude absolue.
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2. ARGUMENTATION EN FAVEUR DE LA THÈSE SOUTENUE (§§ 5-8)
a) Seule, la théorie évolutionniste ou transformiste rend compte des rapports de
l’homme avec les animaux : chaque être dérive d’un être plus simple.
b) Concession : il n’y a pas de preuves, mais l’évolution est l’hypothèse la plus
plausible et la plus nécessaire. Les faits, que seule elle explique, sont nombreux.
c) Nous avons trouvé des vestiges des chaînons manquants entre les bêtes et les
hommes.
Conclusion (§ 9)
Réaffirmation de la croyance de l’auteur.
Le plan de ce texte est celui du schéma n° 2 présenté ci-dessus : réfutation, puis argumentation. On notera :
- La disproportion, en nombre, des arguments des deux parties,
- La dernière place donnée à l’argument le plus fort.
3. RAISONNEMENT
Les plans étudiés ci-dessus ne méconnaissent pas, bien sûr, la logique. Mais il nous reste à indiquer sommairement deux schémas d’organisations complexes.
 Schéma discursif :
I. La situation : les besoins constatés ou l’objectif à atteindre.
II. La proposition : solution préconisée – sa description.
III. Réfutation des objections possibles.
IV. Avantages de la solution proposée.
Cet ordre est susceptible d’aménagements selon le sujet et les circonstances. Il constitue fréquemment l’architecture des rapports ou il structure une réflexion critique.
 Schéma dialectique :
I. Thèse : un projet.
II. Antithèse : un contre-projet.
III. Synthèse : un nouveau projet conciliant les diverses exigences.
Ce fameux modèle philosophique est adapté dans la pratique avec plus au moins de rigueur. En voici, sous une forme succincte, une application à un sujet d’actualité ; nous empruntons l’argumentation à un défenseur du financement privé des autoroutes.
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Comment améliorer le réseau routier français
I. Thèse : construction d’autoroute par l’État, service public financé par tous (impôts et taxes), et indispensable pour une nation moderne.
II. Antithèse : à la place des autoroutes, trop coûteuses pour le budget public et trop longues à construire, modernisation des routes normales, aménagement de nouvelles voies parallèles de façon à établir des sens uniques de circulation.
III. Solution de synthèse : construction d’autoroutes à l’aide de fonds privés qui soulageraient l’effort public et permettraient d’accélérer les réalisations.
CONCLUSION
1. Les structures schématiques qui ont été dégagées sont utilisables aussi bien pour l’ensemble d’une argumentation que pour de ses parties. De ce fait, elles sont souvent combinées. Encore une fois, il n’y a pas de plan réservé à tel sujet ou tel genre. C’est en fonction de la situation concrète dans laquelle vous vous trouvez que vous choisirez l’ordre de votre argumentation.
2. Toutefois, défiez-vous des constructions trop subtiles ou trop morcelées. Il faut qu’à chaque instant l’auditeur ou le lecteur perçoive le rapport qui existe entre ce qu’il entend ou lit et le sens de votre thèse et la convergence de ses éléments.
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COMMENT RÉDIGER UNE CONCLUSION ET UNE INTRODUCTION
Ce qui nous embarrasse lorsque nous avons à prendre la parole ou à écrire un texte d’une certaine longueur, c’est surtout le début et la fin de notre intervention. Savoir partir, savoir terminer. Nous sentons bien qu’il s’agit de moments importants et, par là, redoutables. C’est la difficulté de composer une bonne introduction et une bonne conclusion, et le désir de ne pas perdre de temps et de ne pas en faire perdre au lecteur, qui expliquent que certains articles, voire même des livres, démarrent ou s’achèvent brutalement, ce qui est souvent regrettable.
Vous aurez sans doute trouvé étrange le titre de ce chapitre qui mentionne l’introduction après la conclusion. Mais le départ ne peut être convenablement orienté que si nous savons où nous allons. Voilà pourquoi, sauf le cas d’improvisation, l’ouverture d’un discours ne peut être composée sérieusement qu’après la mise au point de l’ensemble. C’est, du moins, le conseil que nous vous donnons quand vous avez le temps de préparer votre intervention.
I. LA CONCLUSION
« Eh bien, voilà, j’ai fini » : formule gênée que prononce assez souvent l’apprenti- orateur devant un auditoire qui n’avait précisément pas compris ... que c’était fini ! Il faut croire que la conclusion n’était pas apparente – ou qu’il n’y en avait pas.
Tout a une fin, pourtant ; épilogue, annonçaient les romans de notre enfance, à la grande satisfaction des jeunes lecteurs ; on attend le dénouement d’une pièce, la conclusion d’une démonstration ; l’appel passionné lancé par l’orateur à la fin de son discours, la péroraison, a toujours été considéré comme capital.
La conclusion va entraîner l’approbation – ou la critique –, déclencher ou infléchir la décision, achever tout le travail préalable de démonstration ou de persuasion, en laissant au lecteur ou à l’auditeur une vue claire de la question et une dernière impression favorable.
Donc, une première nécessité :
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A. MARQUER NETTEMENT LA CONCLUSION
Les accords finaux des symphonies de Beethoven, plaqués avec force pendant plusieurs mesures, ont l’avantage pour le public non mélomane de l’avertir de la fin très proche du morceau : « l’accord final » d’un exposé doit lui aussi être marqué par l’intonation, celui d’un écrit par l’allure du style.
1. Oralement
 Marquer une pause avant la conclusion afin de la détacher nettement ;
 Jetez un regard panoramique sur vos auditeurs pour les « reprendre » et les
avertir ;
 Votre diction doit souligner le changement : ralentissez le débit, modifiez le ton
de votre voix (le plus souvent vous la rendez plus grave) ;
 Annoncez que vous arrivez à la fin, par une transition originale et astucieuse si
vous le pouvez ; sinon par une déclaration franche, que l’oral tolère mieux que l’écrit : Concluons ; Une conclusion s’impose ; Je terminerai ... ; Enfin, et ce sera ma conclusion ; etc.
 Votre style change, voyez ci-dessous pour l’écrit.
2. Dans un texte écrit
 Détachez par un espace blanc votre conclusion de ce qui la précède : le lecteur verra immédiatement votre intention ;
 Donnez plus de fermeté et, si possible, d’élégance à votre style : le vocabulaire peut être plus recherché, la phrase plus ample, le rythme plus pressant ou plus calme. Voici, entre mille autres, un exemple : le dernier paragraphe d’un livre dans lequel Jacques Attali donne sa version de l’avenir du monde qui verra l’invention d’une nouvelle économie et d’une nouvelle géopolitique (Lignes d’horizon, Librairie Arthème Fayard, 1990, pp. 214-215).
Seul l’avenir donne un sens au passé. Ce que nous laisserons à nos enfants détermine la valeur de la vie que nous aurons vécue. La Terre est comme une bibliothèque à laisser intacte après s’être enrichi à sa lecture et l’avoir enrichie. La Vie en est le livre le plus précieux. Il convient de la protéger amoureusement avant de la transmettre – accompagnée de nouveaux commentaires – à d’autres qui oseront plus tard la porter plus loin, plus haut.
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Remarquez « l’accord final » : le rythme de la dernière phrase est en effet un élément non négligeable de la conclusion.
Si votre style ne parvient pas toujours au seuil de la poésie, efforcez-vous de condenser votre pensée finale dans une formule frappante; la conclusion en est tout particulièrement le lieu, puisqu’une formule sait résumer avec force et originalité l’essentiel du sujet. Pour sourire un peu, rappelons cet ingénieur en organisation qui bouclait chacun de ses rapports par un slogan du type : « Avec notre solution, c’est la fortune pour votre entreprise ; si vous le rejetez, vous n’avez d’autre choix que la décadence ». Le procédé est un peu gros, mais il fut efficace les premières fois, paraît- il.
B. SADOUBLEFONCTION
À vrai dire, il n’y a pas de méthode universelle pour bien conclure. Votre goût, votre manière, votre public vous guident. Mais deux attitudes sont possibles à la fin d’un discours : soit reprendre brièvement ce qu’on a dit, soit en indiquer les perspectives futures.
1. La conclusion récapitulative
Elle rappelle avec netteté les points principaux de la question traitée ; la mémoire ainsi « rafraîchie », le lecteur ou l’auditeur conserve une vue à la fois nette et globale. Attention : elle ne doit pas répéter longuement ce qui a déjà été dit, mais ne revenir que sur l’essentiel, sur les principales étapes.
Cette conclusion convient aux comptes rendus, aux exposés de caractère technique, aux historiques, aux mises au point. C’est ainsi que Claude Fohlen (Les Indiens d’Amérique du Nord, Coll. Que sais-je ? n° 2227, PUF, 4e éd. 1999), après avoir décrit la situation des Indiens aujourd’hui et retracé leur histoire, termine son ouvrage par les lignes suivantes :
« L’histoire des Indiens d’Amérique du Nord relève d’un processus unique dans l’histoire, celui de peuples noyés dans la marée des immigrants qui ont submergé leur propre contrée et destinés à disparaître face à l’expansion d’une civilisation matérielle à la puissance irrésistible. Point n’est besoin de parler d’un génocide : les plus faibles ont été vaincus par les plus forts. Dans d’autres pays, en Afrique notamment, les colonisés ont fini par rejeter la tutelle de leurs maîtres pour recouvrer leurs terres et leur souveraineté. Ailleurs, en Amérique latine, le métissage entre colonisés et colonisateurs
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a créé les républiques andines. Aux États-Unis et au Canada, les Indiens ont réussi à surmonter leurs défaites, leurs humiliations, leurs massacres et leurs déportations pour resurgir en plein XXe siècle et faire reconnaître leur droit à la différence. Les procès qu’ils ont menés soit encore contre l’État fédéral, soit contre les divers États ont souvent tourné à leur avantage. Les communautés les plus nombreuses et les mieux organisées ont réussi à s’autodéterminer dans le cadre d’une législation plus favorable. Les revendications indiennes sont parvenues à se faire entendre, en adoptant des techniques et des méthodes inspirées des autres minorités, et en revendiquant le red power.
Sans doute, les résultats peuvent-ils paraître minces, mais un point essentiel est acquis, l’avenir des Indiens est désormais assuré en Amérique du Nord.
Ils ont connu, au cours des dernières décennies, une renaissance que rien ne pouvait laisser prévoir, et leur identité culturelle est reconnue. Minorité parmi d’autres minorité, sur un sol qui fut jadis le leur, ils contribuent à l’étonnante diversité ethnique, politique, religieuse et culturelle du Nouveau Monde hier encore anglo-saxon ».
Sans revenir sur le détail et en procédant par des comparaisons, l’auteur fait ressortir le trait spécifique de cette histoire : les Indiens d’Amérique du Nord ont réussi, au XXe siècle, à conquérir leur autonomie et à faire respecter leur minorité.
2. La conclusion perspective
Elle envisage l’avenir du problème soulevé, suggère des solutions, pose des questions en s’appuyant sur l’étude qui vient d’être faite.
En voici un exemple emprunté à un article consacré au noyau central de la terre (Jacques Hinderer, Hilaire Legros et Annie Souriau-Thévenard, Le noyau terrestre, in La Recherche, n° 233, juin 1991, p. 769) :
« Au terme de cet article, nous pouvons constater que, bien qu’inaccessible, le plus grand océan de la Terre commence à révéler certaines de ses caractéristiques dynamiques physiques. Ces dernières pourront être précisées dans le futur grâce à l’amélioration des techniques de mesure : couverture satellitaire pour le champ magnétique, réalisation en laboratoire d’expériences à des conditions de température et de pression toujours plus élevées, détermination des paramètres de rotation de la Terre par géodésie spatiale, développement d’un réseau de gravimètre supra-conducteurs.
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Mentionnons enfin que le problème de l’existence d’un noyau et celui de sa nature se posent également pour les autres planètes telluriques du système solaire et que les connaissances acquises sur le noyau terrestre permettront une meilleure investigation des intérieurs planétaires lors des futures missions spatiales ».
Au bilan rapide des travaux exposés dans leur article, les auteurs ajoutent des indications sur les progrès envisagés. Élargissant le propos, ils soulignent qu’une meilleure connaissance du noyau terrestre permettra, à l’avenir, de mieux comprendre celui des autres planètes du système solaire.
Ces dernières réflexions montrent la voie de futures recherches. On a, en effet, le souci de donner une impulsion à l’action que l’on souhaite.
3. La conclusion combinaison
En réalité, la conclusion combine très souvent ces deux procédés et, tout en rappelant globalement les grandes lignes du sujet, s’ouvre vers l’avenir. Ainsi celle d’une étude sociologique sur les élections présidentielles de 2007 en France et sur les premiers mois de la présidence de Nicolas Sarkozy :
« La campagne présidentielle de 2007 a marqué une accélération dans la mutation de notre vie politique, passée du texte à l’image, du discours au symbole, de la conviction à la croyance. La politique, pour être acceptée, a besoin d’être mise en récit, au travers de grands mythes, qui visent à structurer une réalité complexe et multiforme, et à en livrer une version consommable répondant au format et aux critères du spectacle médiatique. La geste présidentielle ouvre une suite de récits. Ce faisant, elle contribue à « mythologiser » la politique et donc à la faire accepter, voire à la faire désirer, comme le montre le puissant mouvement de « peopolisation » qui est en cours. Elle pourrait tout aussi bien contribuer, un jour, à la faire rejeter ».
Denis Muzet, « La geste présidentielle »,
in F. Jost et D. Muzet, Le Téléprésident, Ed. de l’Aube, 2008, pp. 60-61.
L’article venait de démontrer que le pouvoir désormais prend la forme d’un récit spectaculaire. Cette brève conclusion est à la fois récapitulative et prospective : elle rappelle que la politique se donne une nouvelle présentation, mais elle s’inquiète à la fin d’un éventuel effet inverse de ce changement dans le futur.
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C. POUR EN FINIR
 Une faute à ne pas commettre : conclure sur un point de détail. Il est évident d’après ce qui précède que c’est sur l’ensemble du sujet traité que doit porter la conclusion, ou en tout cas le point essentiel dégagé.
 Une manie inefficace : celle de la citation en guise de conclusion. À moins d’être parfaitement adaptée au sujet que vous avez traité, elle provoque une sorte de rupture avec votre style personnel et relâche plutôt l’attention du lecteur (ou de l’auditeur) qui vous avait jusqu’ici suivi dans votre raisonnement.
 Un cas particulier : la conclusion de chaque partie importante du texte. Elle fixe les idées sur ce qui vient d’être traité et, les « arrières » ainsi assurés, permet de passer au point suivant, qu’elle annonce parfois : on pourrait donc appeler ces conclusions partielles de « conclusions-transitions ».
 Quelle doit être la longueur d’une conclusion ? Cela dépend évidemment d e la longueur du texte. Pour un court article d’une à deux pages, la conclusion ne devra pas excéder une dizaine de lignes. Mais un rapport de 30 pages peut présenter une conclusion de deux pages. Proportionnez votre conclusion au « calibre » de votre œuvre.
À l’oral, méfiez-vous des conclusions qui traînent. Si vous avez annoncé « Et maintenant je voudrais conclure ce trop long exposé ... », n’ouvrez pas de nouveaux développements devant votre auditoire qui se lasse.
 Enfin, et surtout, que la conclusion, même si elle est récapitulative, ne donne jamais l’impression que vous piétinez, que vous vous répétez. Cherchez des formules de synthèse denses et originales.
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II. L’INTRODUCTION
Vous faire écouter ou vous faire lire, tel est votre objectif. La réussite dépend en grande partie de votre départ. Voilà pourquoi la première qualité d’une introduction est d’intéresser au sujet les auditeurs ou le lecteur. Au besoin en les forçant, parfois avec vigueur, le plus souvent par le charme, l’inattendu, la pertinence de vos paroles initiales. Après avoir saisi l’attention, vous cherchez à donner l’envie de connaître la suite. Pour cela, facilitez la compréhension de tout ce que vous allez dire en préparant les destinataires à cheminer avec vous. Que la question soit claire dès le début afin qu’on éprouve le besoin de connaître la réponse. Et pour guider mieux, indiquer d’avance la route qui sera la vôtre et sur laquelle vous souhaitez qu’on vous accompagne. Aujourd’hui, dans la presse notamment, l’introduction et souvent remplacée par ce que l’on appelle le « chapeau » de l’article. C’est un texte court qui, non seulement attire l’attention sur le sujet, mais aussi résume plus au moins le contenu. Parfois l’introduction traditionnelle subsiste après le chapeau.
A. QUE DIRE AU DÉBUT ?
1. Ne comptez pas sur le titre éventuel de votre exposé ou de votre écrit pour préciser le sujet que vous traitez. Un titre est rarement assez explicite, souvent il n’est pas lu, et s’il l’est, parfois mal compris ou par retenu. Dites-vous au départ que vos auditeurs ne sont pas au courant.
2. Vous n’entrerez donc pas directement dans le vif du sujet, mais vous éviterez autant de démarrer sur :
 Un lieu commun passe-partout,
 Un « hors-d’œuvre » qui n’a rien à voir avec votre sujet,
 Une généralité vague, qui vous fait partir inutilement de trop loin. Si vous
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étudiez par exemple le rendement d’une machine, ne vous croyez pas obligé de remonter au modèle d’il y a deux siècles ou d’évoquer l’ensemble de l’évolution économique de la production contemporaine !
Commencez par étudier entièrement votre sujet, composez complètement le plan : alors seulement, vous songerez au choix d’une introduction. Pascal avait tout à fait raison : « La dernière chose qu’on trouve en faisant un ouvrage est de savoir celle qu’il faut mettre la première ».
Souvenez-vous donc des efforts stériles et déprimants que vous avez faits pour commencer à rédiger une introduction, lorsque le reste n’était pas encore sur pied !
3. N’affirmez pas dès l’introduction ; le problème n’est pas résolu, il s’agit de le poser. Respectez la loi du « suspense ». Un exemple : les auteurs ouvrent ainsi leur article consacré au noyau terrestre (périodique cité plus haut dans ce chapitre, 1B2, aux
pp. 760-761).
« Il est paradoxal que le plus grand océan de la planète, en l’occurrence le noyau terrestre, soit aussi le plus énigmatique. Son inaccessibilité en est la cause. Il est situé à 2900 kilomètres sous nos pieds, alors que les forages les plus profonds ne dépassent pas la douzaine de kilomètres ! Pourtant, en dépit de son éloignement, cette énorme masse liquide, qui représente 16 % du volume de la Terre, constitue un élément essentiel de la dynamique du Globe. Le noyau joue aussi un rôle important sur la biosphère. C’est en effet à l’intérieur du noyau qu’est créé le champ magnétique de la terre. Or l’existence de ce champ est primordiale pour les êtres vivants puisqu’il les protège du rayonnement électromagnétique émis par le soleil. Par ailleurs, on sait que les changements dans les mouvements du noyau sont capables d’altérer la rotation terrestre et, par conséquent, de modifier l’évolution du climat. Enfin, il semble qu’un regain d’activité de la tectonique des plaques ait lieu aux époques géologiques où la fréquence des inversions du champ magnétique se modifie. Mieux connaître les propriétés du noyau terrestre paraît donc essentiel. En l’absence de témoins, les informations les plus directes dont nous disposons proviennent des études sur le champ magnétique terrestre. Malheureusement, nous sommes encore loin de bien connaître ce dernier : comment est-il engendré ? Quand et comment est-il apparu ? Comment a-t-il évolué ? Néanmoins, ainsi que nous le verrons dans la suite de cet article, les progrès techniques réalisés au cours des dix dernières années en sismologie et en mécanique permettent aujourd’hui de mieux
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comprendre comment le noyau a pu se former et évoluer, et comment son histoire a pu affecter l’évolution géologique de la Terre ».
L’introduction pique la curiosité en soulignant un paradoxe : le noyau terrestre, d’une importance capitale, est mal connu ; il reste mystérieux.
Son rôle est ensuite brièvement rappelé : il influe sur la dynamique du globe, sur le magnétisme et la rotation de la terre, etc.
Il est donc essentiel de mieux le connaître et, pour cela, de s’adresser désormais, non plus seulement au magnétisme terrestre, mais à la sismologie et à la mécanique : la dernière phrase annonce le contenu et le plan de l’article.
4. Dire l’essentiel dès le début, c’est déflorer l’intérêt de votre intervention.
5. Trois questions constituent la matière de l’introduction :
 Pourquoi ce problème ? Vous montrez l’intérêt du sujet traité, vous le
rattachez à son contexte, vous le situez, mais avec précision.
 De quoi s’agit-il ? Vous cernez exactement le sujet, vous le limitez, Vous le définissez.
 Quels seront les points traités ? Vous annoncez le plus adroitement possible les divisions de votre plan, vous justifiez rapidement les phases successives de votre exposé. Attention aux « gros sabots » : « Nous allons étudier d’abord ... puis nous passerons à ... enfin nous essaierons de ... » ; mais ce procédé un peu lourdaud vaudrait toutefois mieux qu’une absence complète d’indications. Le destinataire a besoin d’être averti par avance des étapes principales, de disposer de repères afin de ne pas s’égarer en cours de route. À titre d’exemple, voici l’introduction d’un petit ouvrage
consacré à l’astrologie :
« L’astrologie est avant tout une donnée de civilisation liée à la prise de conscience par l’Homme du temps qui s’écoule et des rythmes de la nature. Son histoire s’étend sur une période de plus de 5000 ans et son évolution se poursuit d’une façon discontinue à la fois sur les plans temporel et géographique.
L’observation du ciel, la connaissance de mouvement du Soleil ou de la Lune, des planètes et des étoiles, la succession des jours et des nuits, celle des saisons, ont très tôt marqué l’esprit de l’Homme. C’est pourquoi divers systèmes spatio-temporels de nature
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