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Genre et développement : aspects socio-démographiques et culturels de la différenciation sexuelle, 1998

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Published by Haut Commissariat au Plan du Maroc, 2018-03-05 05:52:11

Genre et développement : aspects socio-démographiques et culturels de la différenciation sexuelle, 1998

Genre et développement : aspects socio-démographiques et culturels de la différenciation sexuelle, 1998

Keywords: Genre,Développement,Différenciation sexuelle,Maroc,CERED,HCP

yaux concernant la scolarisation selon le sexe des
hef de noyau familial

entes de la scolarisation Moyen pour mieux Autres Ne sait Pas Total
vivre sa vie
s et accès au Accès au Travail
seulement

49,7 13,5 12,9 0,7 10,1 100,0
64,2 10,0 12,8 0,6 1,9 100,0
68,5 5,7 12,3 - 0,8 100,0
67,2 4,8 11,1 2,7 1,0 100,0
59,2 5,9 18,1 1,2 4,2 100,0
55,7 11,2 13,2 0,8 6,8 100,0

61,0 11,1 13,7 0,7 2,6 100,0
49,0 11,3 12,6 0,9 12,1 100,0
55,7 11,2 13,2 0,8 6,8 100,0

56,2 11,1 13,2 0,9 6,0 100,0
53,3 11,7 13,0 0,3 11,2 100,0
55,7 11,2 13,2 0,8 6,8 100,0

10

Tableau 2: Attentes exprimées par les chefs de noy
enfants et l’âge du chef d

Caractéristiques et Atte

sexe de l’enfant Acquisition de connaissances seulement Acquisition de connaissances

travail

Garçons

Niveau d’instruction

Aucun 76,5

Fondamental 84,3

Secondaire 85,5

Supérieur 89,5

Autres 77,6

Total 79,3

Milieu de résidence

Urbain 84,4

Rural 72,8

Total 79,3

Sexe du CNF

Masculin 78,7

Féminin 82,9

Total 79,3

Source: CERED, Enquête Nationale sur la Famille, 1995.

11

yaux concernant la scolarisation selon le sexe des
de noyau familial (suite)

entes de la scolarisation Moyen pour mieux Autres Ne sait Pas Total
vivre sa vie
s et accès au Accès au Travail
seulement

15,6 5,1 1,1 0,1 1,6 100,0
11,9 1,2 2,1 - 0,5 100,0
12,0 0,4 2,1 -
7,7 - 2,8 - - 100,0
17,0 1,4 2,6 - - 100,0
14,4 3,4 1,6 0,1 1,4 100,0
1,2 100,0
10,8 1,8 2,3 0,1
19,0 5,5 0,6 0,1 0,6 100,0
14,4 3,4 1,6 0,1 2,0 100,0
1,2 100,0
15,3 3,1 1,7 0,0
9,2 5,3 1,1 0,1 1,2 100,0
14,4 3,4 1,6 0,1 1,4 100,0
1,2 100,0

11

En somme, il semble que la scolarisation des filles reste conçue
dans le cadre de ce qui est considéré un rôle biologique de la femme et
ses prolongements sociaux au sein de la famille (éducation, entretien,
santé, etc.). Il s’agit d’une conception de la scolarisation des filles qui
reste utilitaire. Au lieu de viser la promotion et l’autonomie morale et
matérielle de la femme, elle vise plutôt une reconstruction et une
revalorisation des rapports de genre favorisant toujours le sexe
masculin par rapport au sexe féminin. Remarquable est le fait que les
objectifs de la scolarisation des filles ne semblent pas être fortement
ébranlées ni par le sexe, ni par l’âge, ni par le niveau d’éducation ou le
milieu de résidence.

Si jusqu’à présent on a vu que sans distinction du sexe, du
milieu de résidence ou du niveau scolaire du CNF, ces derniers restent
toujours favorables à la scolarisation féminine. On doit aussi noter
qu’ils aspirent pour les filles à un niveau d’étude appréciable au même
titre que les garçons. L’indicateur choisi pour mettre en évidence cet
aspect est le niveau minimum d’éducation dont les enfants ont besoin
aujourd’hui pour pouvoir mener une vie satisfaisante à laquelle les
parents aspirent.

Compte tenu des attentes différenciées par sexe qu’on vient de
noter, on s’attendait à ce que les CNF aspirent à des niveaux d’études
plus ambitieux pour les garçons que pour les filles. A notre surprise, la
différence entre les sexes n’est pas significative. En effet du tableau 3,
il ressort que 55% des CNF de sexe masculin et 50,4% de sexe
féminin souhaitent que leurs filles poursuivent leurs études jusqu’au
supérieur pour pouvoir mener une vie satisfaisante. Pour les garçons,
les proportions sont respectivement de l’ordre de 56% et 49,6%. Les
proportions des CNF qui aspirent à un niveau d’étude élevé sont
légèrement plus élevées pour les garçons que pour les filles, sans que
l’écart soit énorme. Pour chacune des modalités des caractéristiques
retenues (sexe, milieu de résidence, et niveau d’instruction), l’écart
entre sexes, toujours à l’avantage des garçons, reste dans le même
ordre que celui relevé au niveau global et ce indépendamment du sexe,
du milieu de résidence et du niveau d’instruction. Enfin, à propos du
niveau d’instruction, il y a lieu de noter que même les CNF sans aucun
niveau ou d’un niveau d’étude bas (le fondamental) aspirent à un
niveau supérieur (respectivement 44,7% et 70% pour les garçons et
40,4% et 65,7% pour les filles).

112

Un autre fait intéressant à signaler est la proportion élevée des
CNF indécis (seconde proportion élevée après le niveau supérieur),
qui concerne légèrement plus de filles que de garçons. Cet écart par
sexe a tendance d’ailleurs à s’accentuer lorsqu’on passe du milieu
urbain au milieu rural, du CNF masculin au féminin et à mesure que le
niveau d’instruction s’élève. Ce niveau élevé des indécis s’explique en
grande partie par l’incertitude que manifestent les parents quant à
l’avenir scolaire de leurs enfants et au niveau d’analphabétisme qui
prévaut chez ces derniers. En témoigne à cet égard la part élevée de
ces derniers lorsqu’il s’agit des «sans aucun niveau scolaire» (30,3%
pour les garçons et 32,6% pour les filles) comparée aux autres niveaux
d’étude.

113

Tableau 3: Niveau minimum d’éducation dont les enfants on
niveau d’instruction, et le milieu de ré

Caractéristiques du CNF et sexe de l’enfant Fond. 1°cycle Fond. 2°cycle Sec

Garçons 3,4 1,5
Niveau d’instruction 1,1 0,6
Aucun
Fondamental --
Secondaire 0,5 -
Supérieur 2,0 1,7
Autres 2,4 1,2
Total
Milieu de résidence 0,9 0,7
Urbain 4,4 1,9
Rural 2,4 1,2
Total
Sexe 2,5 1,2
Masculin 2,1 1,3
Féminin 2,4 1,2
Total
Filles

11

nt besoin pour mener une vie satisfaisante selon le sexe, le
ésidence du CNF et le sexe de l’enfant

Niveau minimum d’éducation
condaire Formation Professionnelle Supérieur Autres Ne sait pas Total

9,3 8,1 44,7 2,7 30,3 100,0

10,0 7,2 69,8 3,3 8,0 100,0

9,4 7,0 77,9 4,5 1,2 100,0

9,0 4,8 73,5 9,5 2,7 100,0

9,2 6,9 59,7 4,7 15,8 100,0

9,4 7,6 55,0 3,4 21,0 100,0

8,4 8,1 64,9 4,1 12,9 100,0

10,8 6,9 42,3 2,4 31,3 100,0

9,4 7,6 55,0 3,4 21,0 100,0

9,8 7,7 55,9 3,6 19,3 100,0

7,5 6,8 49,6 2,3 30,4 100,0

9,4 7,6 55,0 3,4 21,0 100,0

14

Tableau 3: Niveau minimum d’éducation dont les enfants on
niveau d’instruction, et le milieu de réside

Caractéristiques du CNF et sexe de l’enfant

Fond. 1°cycle Fond. 2°cycle Sec

Garçons

Niveau d’instruction

Aucun 6,7 2,2

Fondamental 2,9 0,9

Secondaire 0,4 0,8

Supérieur 0,5 -

Autres 5,3 1,7

Total 5,2 1,7

Milieu de résidence

Urbain 1,9 0,9

Rural 9,4 2,7

Total 5,2 1,7

Sexe

Masculin 5,6 1,8

Féminin 3,0 1,1

Total 5,2 1,7

Source: CERED, Enquête Nationale sur la Famille, 1995.

11

nt besoin pour mener une vie satisfaisante selon le sexe, le
ence du CNF et le sexe de l’enfant (suite)

Niveau minimum d’éducation
condaire Formation Professionnelle Supérieur Autres Ne sait pas Total

9,3 6,4 40,4 2,4 32,6 100,0

12,7 5,4 65,7 3,1 9,3 100,0

8,3 9,1 75,6 4,1 1,7 100,0

11,6 2,8 72,9 9,4 2,8 100,0

9,1 5,7 53,9 4,5 19,8 100,0

10,1 6,1 50,4 3,1 23,4 100,0

10,2 7,0 61,6 4,3 14,1 100,0

9,9 4,9 36,1 1,7 35,3 100,0

10,1 6,1 50,4 3,1 23,4 100,0

10,5 6,0 50,9 3,2 22,0 100,0

7,6 6,5 47,4 2,8 31,6 100,0

10,1 6,1 50,4 3,1 23,4 100,0

15

Après avoir déterminé le niveau minimum jugé nécessaire pour
chaque CNF pour que les enfants puissent mener une vie satisfaisante,
on avait demandé à ces derniers l’existence ou non d’enfants
scolarisés, âgés de 7-22 ans, ayant quitté un établissement scolaire
avant d’atteindre le niveau mentionné. Le tableau 4 présente la
distribution des réponses données par les CNF selon le sexe et le
milieu de résidence (urbain ou rural). Il en ressort que les proportions
des CNF ayant déclaré l’existence de garçon n’ayant pas atteint le
niveau espéré (20,3%) sont plus élevées que celles de ceux ayant
déclaré des filles (16,8%). La distinction selon le milieu de résidence
permet de constater que le milieu rural détient les proportions les plus
élevées aussi bien pour les garçons que pour les filles (respectivement
23% et 17,9%). Cet écart entre sexes pourrait s’expliquer par la
persévérance des filles à réussir leur scolarisation mieux que les
garçons.

Tableau 4:Répartition des chefs de noyaux familiaux
selon l’existence des enfants scolarisés âgés de 7-22
ans qui ont quitté l’école avant d’atteindre le niveau
minimum d’éducation souhaité par le CNF, ENF 1995

Existence d’enfants 7-22 Garçons Filles

ans ayant quitté l’école Urbain Rural Total Urbain Rural Total
avant le N.M d’éducation

Oui 18,4 23,0 20,3 16,1 17,9 16,8

Non 81,6 76,9 79,8 83,9 82,1 83,2

Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

Source: CERED, Enquête Nationale sur la Famille, 1995.

Une fois les CNF qui ont déclaré l’existence d’enfants âgés de
7-22 ans ayant quitté le système scolaire avant d’atteindre le niveau
minimum d’éducation souhaité ont été identifiés, nous présentons
dans le tableau 5 la répartition de ces derniers en fonction du niveau
minimum déclaré selon le sexe et le milieu de résidence.

Pour chaque milieu et chaque sexe, on constate que les CNF les
plus insatisfaits sont ceux qui aspiraient à un niveau supérieur, qui
représentent plus de 65%. Résultat qui semble concorder avec les
résultats qu’on vient de voir en ce qui concerne le niveau minimum
nécessaire.

Par ailleurs, d’un milieu de résidence à l’autre, les proportions
concernant les garçons paraissent légèrement plus élevées que celles

116

du sexe féminin: respectivement 69,4% contre 67,7% en milieu urbain
et 68,8% contre 65,2% en milieu rural.

Un fait frappant qui se dégage de ce tableau est le niveau des
proportions des insatisfaits parmi les CNF ruraux qui aspiraient pour
leurs filles aux niveaux fondamental 1 (7%) et fondamental 2 (3,9%)
qui est largement supérieur à celui des proportions relatives à ceux qui
aspiraient aux mêmes niveaux scolaires pour leurs garçons
(respectivement 3,2% et 1,9%); soit le double d’un sexe (féminin) à
l’autre (masculin).

Plus frappant encore est la proportion élevée des CNF urbains
insatisfaits qui aspiraient au niveau secondaire pour leurs filles
(12,6%) comparé à ceux qui aspiraient au même niveau pour les
garçons (1,6%). Ceci s’expliquerait en grande partie par l’abandon,
pour de multiples raisons qui concernent plus particulièrement les
filles que les garçons du milieu rural pour les niveaux fondamental 1
et fondamental 2 et en milieu urbain pour le secondaire.

Tableau 5: Répartition des CNF qui ont des enfants de
7-22 ans ayant quitté le système scolaire avant

d’atteindre le niveau minimum jugé nécessaire auquel
les parents aspirent selon le milieu de résidence et le

sexe

Niveau minimum Milieu de résidence du CNF et sexe de l’enfant

d’éducation des enfants Urbain Rural

Fondamental 1er cycle Garçons Filles Garçons Filles

Fondamental 2ème cycle 0,9 1,1 3,2 7,0

0,7 0,9 1,9 3,9

Secondaire 1,6 12,6 13,4 13,5

Formation Professionnelle 13,1 13,4 10,5 7,4

Supérieur 69,4 67,7 68,8 65,2

Autres 4,2 4,3 2,2 3,0

Total 100,0 100,0 100,0 100,0

Source: CERED, Enquête Nationale sur la Famille, 1995.

Enfin pour expliquer le décalage observé entre le niveau
souhaité par les CNF et le niveau acquis, nous présentons dans le
tableau 6 les raisons invoquées par ces derniers selon le sexe de
l’enfant et le milieu de résidence. Il est éloquent de constater que le
désintéressement des enfants est évoqué à raison de 51,5% pour les
garçons et 45,8% pour les filles. Pour les filles rurales on enregistre la
proportion la plus basse qui est de 27,8%. Il s’agit probablement d’une
raison utilisée par les parents pour se déculpabiliser tout en attribuant

117

l’échec aux enfants eux même. Cette raison, qui consiste à dire «ce
sont eux qui ne veulent pas étudier», est beaucoup plus citée en milieu
urbain. Ceci témoigne de la liberté laissée aux enfants et du
relâchement du contrôle des enfants par les parents.

A part cette raison qui est la plus citée, la deuxième raison
évoquée pour les filles est le manque de moyens financiers (34,3% des
CNF). Selon le milieu de résidence cette raison constitue un handicap
majeur pour réaliser le souhait des parents en ce qui concerne la
scolarisation des filles. Il est beaucoup plus ressenti en milieu rural
(44,3%) qu’en milieu urbain (28%).

La troisième raison citée est le problème d’accès qui concerne
au niveau national 16,3% des filles. Il s’agit d’un problème qui
entrave beaucoup plus les filles du rural (34,8%) que celles qui
résident dans l’urbain (seulement 4,6%). Il est aussi cité comme
obstacle à la réalisation du niveau souhaité pour les garçons en milieu
rural (23,6%) mais son niveau reste au-dessous de celui cité pour les
filles rurales.

Enfin, on citera la raison relative aux attitudes des parents qui
est citée par 12,2% des CNF pour ce qui est des filles rurales contre
6,3% pour les filles urbaines. Les garçons sont par contre très
rarement affectés par cette raison puisque les proportions des CNF qui
l’ont déclaré restent faibles et ne dépassent guère les 2,6%.

118

Tableau 6:Répartition (%) des CNF selon la raison pour
laquelle leurs enfants n’ont pas atteint le niveau

minimum d’éducation dont ils ont besoin pour mener
une vie satisfaisante.

Raisons évoquées Garçons Filles

Urbain Rural Total Urbain Rural Total

Problèmes d’accès Oui 4,2 23,6 12,5 4,6 34,8 16,3

(manque d’école, de Non 95,8 76,4 87,5 95,4 65,2 83,7
places, …)
Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

Manque de moyens Oui 29,4 41,4 34,5 28,0 44,3 34,3

financiers Non 70,6 58,6 65,5 72,0 55,7 65,7

Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

Obligation de travailler, Oui 7,4 8,6 7,9 4,0 5,7 4,6

d’aider les parents Non 92,6 91,4 92,1 96,0 94,3 93,4

Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

Enfants préfèrent Oui 13,1 7,3 10,6 4,6 2,6 3,8

travailler que de Non 86,9 92,7 89,4 95,4 97,4 96,2

poursuivre études Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

Désintéressement des Oui 57,8 43,0 51,5 57,1 27,8 45,8

enfants Non 42,2 57,0 48,5 42,9 72,2 54,2

Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

Attitudes des Parents Oui 2,0 2,6 2,2 6,3 12,2 8,6

envers l’école Non 98,0 97,4 97,8 93,7 87,8 91,4

Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

Autres Oui 7,6 6,7 7,2 9,7 8,7 9,3

Non 92,4 93,3 92,8 90,3 91,3 90,7

Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

Source: CERED, Enquête Nationale sur la Famille, 1995.

IV. Genre et filières scolaires ou professionnelles.

Toutes les études portant sur l’orientation et les filières
fréquentées par les filles montrent deux constats:.

• Le premier indique que la clientèle féminine a tendance à diminuer
aux niveaux d’études plus avancés ;

• Le second confirme que cette clientèle féminine se retrouve très
concentrée, à tous les niveaux, dans les secteurs de formation
traditionnellement féminins, secteurs qui offrent généralement
des emploi moins valorisants.

Au Maroc, les données disponibles montrent que malgré
l’augmentation de la part des femmes dans la population active, bien
des secteurs de travail leur sont encore fermés comparativement aux

119

hommes. Les choix d’orientation des étudiantes ne laissent pas
entrevoir de grands changements à cette situation. Un grand nombre
d’entre elles se concentrent encore dans les filières débouchant sur les
occupations traditionnellement féminines ayant une connotation de
soutien ou de service à la population, c’est à dire l’enseignement, les
professions paramédicales, les techniques sociales, et surtout les
activités subalternes dans les bureaux et les commerces.

Même si elles sont plus nombreuses à s’inscrire dans le secteur
professionnel elles sont loin d’être majoritaires dans ce secteur
puisqu’elles représentent, en 1995, à peine 34% de la clientèle des
centres de formation publics. Non seulement elles sont moins
présentes, mais leur part par rapport au sexe masculin à tendance a
diminuer à mesure que le niveau de formation baisse: 50,8% au niveau
de la spécialisation, 29,1% au niveau de la qualification, 33,4% pour
le technicien et 32,7% pour les techniciens supérieurs.

Selon les filières, on en trouve très peu dans des spécialités qui
sont restées exclusivement masculines comme la pêche maritime
(0,7%), les mines (2,6%), l’agro-industrie (4,8%) et l’industrie
mécanique, métallurgique et électrique (4,3%) alors qu’elles dépassent
largement la moitié dans des filières comme la santé (83,5%),
l’artisanat (broderie, tapisserie….) 76% et l’administration de gestion
(principalement le secrétariat de direction, dactylographie).

Au niveau du secondaire public où les filles représentent 44%
du total des inscrits, on remarque qu’elles constituent une autre fois,
seulement 2% de la clientèle du génie mécanique et 2,3% du génie
agricole alors qu’elles représentent plus de la moitié dans les filières
des lettres (53,6%), les langues (54,4%) et le génie économique et
gestion (54,4%).

Les statistiques de la clientèle de l’enseignement public
montrent que les femmes accèdent plus difficilement à des filières
jusqu’à présent restées exclusivement masculines et à des niveaux
d ’études avancés. L’orientation et les choix de formation que font les
jeunes des deux sexes restent encore reliés aux stéréotypes
traditionnels. De plus, plusieurs élèves, notamment les filles, sont
victimes des orientations imposées par les conseils de classe (cas du
cycle fondamental et du secondaire) sans prise en compte de l’avis de
l’élève. Aussi, on ne peut aborder l’orientation sans parler du manque
d’information dans ce domaine. Quant au peu d’instruments

120

d’informations (affiches, dépliants…) qui existent, ils renforcent
l’exclusion d’un des sexes et mentionnent rarement l’accessibilité aux
filles.

On doit tout même admettre que le système scolaire n’est pas
l’unique responsable d’une telle situation. Plusieurs facteurs entrent en
jeux. On peut citer, entres autres, les stéréotypes, bien sur, mais il y a
aussi l’origine socio-économique de l’élève, l’attachement de l’élève à
un métier, et les débouchés que permet telle ou telle filière sur le
marché de l’emploi.

Pour remédier à la situation, ou du moins réduire les disparités
qui existent, toute une série d’interventions encourageant et favorisant
l’accès des filles à d’autres filières considérées masculines s’imposent.
Parmi ces dernières, on peut citer: le développement d’une
information efficace en direction des jeunes et de leurs parents,
comme du personnel des départements qui s’occupent de l’enseignant
(classique ou technique), particulièrement celui qui s’occupe de
l’orientation.

V. Genre et personnel enseignant.

L’intégration de l’enfant dans le système d’enseignement
constitue une deuxième étape majeure de la socialisation. Dès que les
enfants ont acquis une certaine autonomie et nécessitent moins de
soins, ils sont pris en charge par l’école où se prolonge encore pendant
quelques années l’atmosphère familiale quand l’homme centralise les
décisions majeures: les femmes y sont pour la plupart des éducatrices
accessibles aux enfants, alors que les hommes occupent en majorité
les postes de décisions. Les écoles perpétuent elles aussi la
démarcation entre les sexes, non seulement par la répartition de leur
personnel, mais aussi par le choix des modèles véhiculés dans les
manuels scolaires (Lemrini, 1994).

En plus des attitudes des enseignants et des connaissances et
valeurs qu’ils transmettent, il faut compter comme source d’influence
la répartition par sexe selon le cycle d’enseignement (tableau 7); dans
la mesure où plus on passe d’un cycle à l’autre plus les femmes
enseignantes sont moins présentes que les hommes.

121

Tableau 7:Répartition des enseignants selon le cycle et
le sexe en 1996-97

Cycle/Sexe Femme % Homme % Total
100,0
Fondamental 35,3 64,7 100,0
100,0
Secondaire 30,1 69,9 100,0

Supérieur 23,4 76,6

Total 33,9 66,1

Source: Annuaire Statistique de 1996-97.

Ainsi, pour l’année 1996-1997 on remarque qu’à mesure que le
niveau d’enseignement s’élève la présence des femmes diminue: elles
comptent pour 35,3% des enseignants du cycle fondamental, 30,1% du
secondaire, et près de 23,4% au niveau universitaire.

Par ailleurs la hiérarchie administrative dans le système scolaire
reproduit l’atmosphère familiale dans laquelle l’homme symbolise le
pouvoir de décision: les femmes y sont dans leur quasi majorité des
enseignantes donc plus accessibles alors que les postes des plus hautes
autorités sont occupés par des hommes. Jusqu’en 1997, on constate
qu’aucune femme n’est désignée recteur, très peu de femmes sont
doyennes de facultés (deux femmes doyennes de faculté contre 37
doyens en 1996-97) et rarissime sont les femmes directrices d’écoles,
de collèges ou de lycées. Elles représentent respectivement 6,4%,
4,7% et 4,7% contre 93,6% et 95,3% pour les hommes. Encore une
fois on remarque que plus on descend dans la hiérarchie plus les
femmes sont relativement plus nombreuses: Toujours pour l’année
scolaire 1996-97, les femmes représentent, par exemple au niveau du
secondaire, 4,7% des directeurs ou proviseurs, 5,4% des censeurs,
8,6% des surveillants généraux d’externat.

On remarque ainsi que même si en terme absolu, le nombre de
femmes n’a pas cessé d’augmenter dans le système scolaire marocain.
Cette présence accrue n’a pas provoqué une occupation plus poussée
de ces dernières des postes de décision mais plutôt une concentration
relativement plus accentuée des femmes dans des postes traditionnels
d’enseignants ou des postes de décision intermédiaires, notamment
comme surveillantes.

Il ressort ainsi que la hiérarchie administrative dans le système
scolaire et la répartition par sexe perpétuent la démarcation entre les
sexes et renforcent aux yeux des élèves et des étudiants la répartition
des tâches par sexe qui prédomine dans la société. D’où la nécessité

122

d’un effort en vue d’équilibrer les modèles masculins et féminins dans
l’environnement scolaire des jeunes enfants notamment ceux qui
laissent penser que la disponibilité, le contact facile et l’écoute des
autres sont présentés comme féminins tandis que la colère,
l’agressivité, l’énergie et le leadership sont présentés comme des traits
de caractère masculin.

VI. Genre et contenu des programmes enseignés.

Pour ce qui est de la relation genre et programmes enseignés, on
abordera la question en insistant sur l’intérêt de l’introduction de la
condition féminine et l’éducation sexuelle dans les programmes
scolaires.

A. Pour une introduction de la condition féminine dans les
programmes scolaires.

La condition féminine au Maroc et les luttes passées et présentes
des femmes sont presque inexistantes dans les manuels
d’enseignement. Ainsi au problème de la représentation stéréotypée
des personnages dans les manuels d’enseignement, s’ajoute celui du
quasi-silence gardé par les sciences sociales enseignées au sujet des
femmes en tant qu’individus et en tant que groupe social. La
participation de la femmes à la résistance et à l’indépendance du pays,
les contributions des femmes à la vie sociale, leurs contributions
diverses à l’économie, à la science, à la culture et aux arts aux
structures du pouvoir y sont passablement escamotées.

L’ensemble des médias, notamment la télévision, la publicité et
les autres représentations sociales et culturelles n’illustrent que très
rarement ou jamais de telles réalités, ce qui a pour effet de renforcer
dans l’esprit des jeunes, le caractère universel des modèles qui
s’imposent à la société. Il s’avère d’autant plus nécessaire que le
système d’enseignement supplée à cette lacune en citant des femmes
qui avaient marqué la vie au Maroc, qu’elles soient récentes ou
anciennes.

Actuellement plusieurs chercheurs (Moulay Rchid A., 1994,
Mernissi. F, 1996, Daoud Z. 1997) s’intéressent à l’histoire de la
condition féminine et tentent de faire sortir les femmes qui ont marqué
l’histoire du Maroc de l’ombre où elles ont été confinées comme:
Fatima Fihria dite Oum el Banine, Hawwa al Massoufia, Oumi Hani
fille du Cadi Ibn Atiya, Lala Aîcha Al Hurra., Khadouj Zerktouni

123

(Sœur du Martyr Mohamed Zerktouni), Fatima Zohra (la première
femme tuée par balle à Marakech). Il convient également de s’ouvrir
sur l’histoire universelle de la femme.

Les résultats de ce genre de recherches devraient également
corriger un handicap important, soit la rareté des exemples connus de
femmes ayant fait preuve de bravoure, de dévouement et d’honneur au
pays au même titre que les hommes. Ces modèles devraient recevoir
plus d’attention afin de motiver les femmes à les prendre comme
exemple.

On ne peut terminer cette partie sans souligner la réflexion qui
doit être entamée à partir des différents écrits sur la condition
féminine et sur son évolution récente. Cette réflexion critique qui
mettrait en valeur la participation de la femme inciterait
principalement les jeunes à confronter les images reçues avec la
réalité ; ils comprendraient mieux les causes et les facteurs de la
perpétuation des stéréotypes. Les nouvelles générations pourraient
ainsi saisir la possibilité et la nécessité d’un changement laissant de
côté les stéréotypes.

B. Pour une introduction de l’éducation sexuelle dans les
programmes scolaires.

Les enfants d’âge scolaire vivent des transformations
physiologiques et psychologiques qui nécessitent une information et
une éducation en matière de sexualité. Ces transformations suscitent
chez eux des questions. Des réponses leur sont offertes par des amis,
des membres de leur famille et les médias.

Dans le cadre de l’éducation en matière de population, des
thèmes, comme la connaissance de la physiologie, de la reproduction,
et de la sexualité humaine ont été introduits. Il reste que ces
connaissances demeurent insuffisantes puisqu’elles sont abordées sans
aucun lien avec les valeurs culturelles, sociales et affectives qui y sont
intimement attachées.

Le système scolaire n’offre actuellement aucun programme
structuré d’éducation sexuelle au sens d’informer les enfants sur tout
ce qui se rapporte aux mécanismes du corps humain, tant féminin que
masculin, et ceci à un âge où ils commencent à se poser des questions,
afin de leur éviter les angoisses ou les malaises que pourraient leur
causer des informations vulgaires et inexactes (Naamane Guessous S.,

124

1991). Bien que certains milieux aient pris des initiatives9 susceptibles
de combler cette lacune, elles ne s’inscrivent pas dans un programme
accessible à tous.

Cette lacune, tolérée jusqu’à présent doit être comblée et les
rôles respectifs de la famille, de l’institution scolaire devraient être
définis.

Le but n’est pas de retirer à la famille ses responsabilités
primordiales dans l’éducation sexuelle des enfants. L’école se doit
d’être plutôt un complément qu’un substitut des parents. Si elle
prétend dispenser aux enfants une formation adéquate, les institutions
scolaires ne peuvent continuer à ignorer plus longtemps la dimension
sexuelle de l’être humain.

Il convient d’autre part d’attirer l’attention sur le rôle des médias
en matière de sexualité. Ces derniers diffusent une information que
peu d’enfants sont en mesure d’accueillir avec un esprit critique. Ils
présentent une réalité tronquée, une conception traditionnelle de la
sexualité et des images de plus en plus suggestives.

Par ailleurs, les quelques renseignements à caractère sexuel que
recueillent ici et là les adolescents sont davantage un palliatif à
l’ignorance qu’une éducation sexuelle véritable. Concernant par
exemple la menstruation, Naâmane Guessous précise qu’il ne faudrait
pas croire qu’aujourd’hui les mères informent davantage leurs filles;
en fait celles-ci ont de plus en plus recours aux ouï-dire. Elle affirme
même qu’en trois décennies, la part des filles qui ont été informées
indirectement sur la question des règles est passée de 37,9% à 54,8%,
alors que celles à qui l’on a parlé directement sont passées de 17,3% à
24,2%.

Cette ignorance entraîne des conséquences trop dramatiques
pour que l’école renonce à son rôle d’éducatrice. Les jeunes
méconnaissent le fonctionnement de leur corps et l’attitude manifestée
par certaines adolescentes lors de leurs premières menstruations en est
une preuve éloquente. De plus, des moyens contraceptifs plus ou
moins efficaces obligent des adolescentes et des jeunes filles à vivre
des grossesses à une étape de leur vie où elles n’y sont pas
physiologiquement, psychologiquement et socialement préparées.

9 Le cas des campagnes de sensibilisation des associations de lutte contre le SIDA.

125

Enfin une éducation sexuelle adéquate aiderait certains enfants,
en majorité des filles, à se protéger contre la honte et le dégoût
qu’elles vivent lors de la période cyclique puisque le sang menstruel
est considéré comme une souillure et non comme un fait biologique
naturel (Naamane Guessous S., 1991, Bourqia R., 1996).

Des raisons d’un autre ordre plaident également en faveur d’un
programme scolaire d’éducation sexuelle. L’école doit donner aux
jeunes le moyen de faire un apprentissage sain de la sexualité et de
remettre en question certains préjugés sexistes en matière de sexualité
qui considèrent l’homme puissant et virile et la femme passive et
soumise tout en insistant sur les rapports harmonieux qui doivent
régner entre l’homme et la femme.

L’apprentissage s’avère en effet déterminant pour leurs relations
futures et les lacunes à ce niveau sont difficiles à combler à un âge
plus avancé. L’éducation sexuelle des jeunes réside dans la
connaissance de leur propre corps masculin ou féminin, la
familiarisation avec le phénomène de croissance, la réflexion sur les
rapports hommes-femmes au moment où ils sont garçons et filles, les
pratiques d’hygiène, les maladies sexuellement transmissibles et les
relations et l’harmonie à l’intérieur du couple et elle doit
s’accompagner d’une prise de conscience des rapports inégaux qui
traduisent le sexisme véhiculé dans la société.

126

Conclusion.

Deux idées principales se dégagent de cette partie. Le sexe
féminin subit une discrimination en matière de scolarisation qui le
perpétue dans les ténèbres de l’ignorance. Pour s’en sortir, il doit
affronter plusieurs difficultés. Ces difficultés trouvent, entre autres,
leur fondement dans les images traditionnelles de la femme qu’on
inculque et qu’on favorise dès les premiers jours au sein de la famille.
Ces valeurs et rapports de sexe se reproduisent aussi au sein du
système scolaire qui les perpétue encore à travers certaines pratiques
sexistes. Une autre idée est que des changements en matière de
scolarisation des filles sont à l’ordre du jour. En effet, même si elle
reste conçue aux yeux des parents sous une forme encore utilitaire, la
scolarisation des filles est de plus en plus acceptée aussi bien en
milieu urbain qu’en milieu rural. Cependant, des efforts importants
restent à faire en milieu rural pour réduire l’écart qui existe entre les
deux milieux.

127

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129

Mutations démographiques et relations
de genre.

133

Mutations démographiques et relations
de genre.

Introduction.

Le concept de genre, «gender» en anglais, a fait son apparition
pour la première fois au cours des années 70-801, en tant que domaine
des études sociologiques dans les universités américaines. Les démarches
ayant adopté cette nouvelle notion se présentent comme une réaction au
traitement courants des faits de sexes. En effet, il semblerait que ces
derniers ont été, grosso modo, pensés comme relevant de la nature, et non
comme des constructions sociales et culturelles. C’est contre
l’interprétation classique de ces faits de sexes que l’approche en terme de
genre s’est érigée. Notons, cependant, que l’anthropologie a commencé à
s’intéresser aux discours scientifiques relatifs aux relations entre sexes
bien avant l’apparition des théories de genre2.

A la base du concept du genre, on trouve les régulations et
constructions sociales des activités à partir des différences biologiques

1 Bawing-Legros B., et Stassen J. F., La famille sous question. Belgique: Dc Boeck
Université. 1996
(exemple: Krauss W.R. «Political implications of gender role: a review of the literature».
American political science review.68:1706-1723. 1974. Le terme gender est apparu pour la
première fois en 1972, dans un ouvrage d’Oakley A., d’après Labourie-Racapé, A. et
Locoh, T «genre et démographie: nouvelles problématiques ou effet de mode?»
communication à la chaire Quetelet 1997. Théories, paradigmes et courants explicatifs en
démographie. Louvain-la-Neuve, 26-28 novembre 1997. p. 4.
2 Voir par exemple: Mc Gregor O.R. «The social position of women in England,
1850-1914: a bibliography», The british journal of sociology. 1955; E.E
Evans-pritchard.La femme dans les sociétés primitives. Paris: Presses Universitaires de
France. 1971

134

entre sexes. Ces constructions sociales s’échelonnent durant le temps de
vie et ne comportent ni les mêmes implications ni les mêmes
cheminements pour ce qui est de la division des tâches, de l’accès aux
ressources et des rapports de pouvoir entre sexes. Aussi, le concept est-il
utilisé pour reconnaître que les rôles et les relations entre hommes et
femmes sont déterminés par les contextes socioculturels, politiques et
économiques et non pas uniquement par les différences biologiques. Les
approches basées sur ce concept privilégient «(a) la construction sociale
des rôles masculins et féminins (par opposition à leurs différences
biologiques), (b) les décalages entre hommes et femmes dans tous les
domaines, et (c) les rapports entre hommes et femmes»3.

En démographie, ce concept, appelé également «sexo-spécificité»
dans quelques publications du FNUAP, ainsi que dans certains textes
canadiens4, n’a été réellement introduit qu’après la Conférence
Internationale sur la Population et le Développement de 1994. Celle-ci a
soulevé la problématique d’égalité entre sexes et promotion des femmes,
soulignée dans son programme d’action. C’est ainsi que, conformément
aux principes et aux objectifs de ce programme, et en accord avec le
Plate-forme de la Conférence de 1995, tenue à Beijing, le FNUAP a
élargi sa politique d’intervention laquelle, au lieu de couvrir le seul
terrain des activités intéressant spécifiquement les femmes, met de plus
en plus l’accent sur la problématique des relations hommes-femmes et ce,
à travers l’accroissement du pouvoir d’action des femmes, l’amélioration
de la condition de la femme, l’égalité pour la petite fille, la
responsabilisation et la participation des hommes5.

La présente étude essaie d’utiliser cette nouvelle approche pour
examiner ces interactions avec différentes composantes de la dynamique
démographique. Pour ce faire, quatre principaux axes interdépendants ont
été retenus en fonction des données disponibles. Le premier examinera
les relations de genre au sein de la famille et leurs implications sur

3 Topouzis D. et Du Guerny. Modules sur le genre, la population et le développent rural
(module1, p. 2). FAO, SDWP, nov, 1995
4 Selon Lbourie-Racapé, A. et Locoh, T (1998) «Genre et démographie: nouvelles
problématiques ou effet de mode?». INED. Dossiers et Recherches. n° 65 (communication
à la chaire Quetelet 1997. Théories et courants explicatifs en démographie:
Louvain-la-Neuve, 26-28 novembre 1997). p. 3.
5 Voir, à titre d’exemple, les directives applicables à l’appui du FNUAP ainsi que: UNFPA
Population Policies and Development Strategies: Post-ICPD Perspectives. Technical
report. n° 27. New York. N.Y

135

l’autonomie des femmes. Le second discutera les articulations de genre
en liaison avec le phénomène de nuptialité ; le troisième analysera les
effets de genre sur les comportements de procréation. Enfin, le quatrième
étudiera les inégalités de genre, d’une part en matière d’allaitement et de
caractéristiques anthropométriques et, d’autre part, par rapport aux soins
de base curatifs et préventifs relatifs aux enfants en bas âge.

L’objectif est de prendre en compte différents les rôles socialement
assignés à chacun des deux sexes en vue de contribuer à la
compréhension des mécanismes qui les régissent et leur3 répercussions
sur les variables démographiques.

I. Familles et relations de genre.

A. Permanences et changements des structures familiales et
relations de genre.

La famille, espace de socialisation et de transmission des valeurs et
normes socioculturelles, est le premier lieu où se définissent les rapports
et statuts des personnes selon leur âge et sexe. Dès lors, l’étude de ses
structures s’impose car les positions et rôles des individus au sein de leurs
familles peuvent différer en fonction de leur nature et de leur
composition.

Il y a quelques décennies, la famille patriarcale était l’unité de base
qui caractérisait la société marocaine comme c’était le cas pour d’autres
pays méditerranéens. Les relations entre sexes étaient marquées, le plus
souvent, par une subordination des femmes aux hommes et une certaine
séparation entre univers masculin et univers féminin.

Sous l’effet de la scolarisation, de l’urbanisation, de la mobilité
géographique, des médias, bref de ce qu’on appelle par convention «les
variables de modernisation», les mentalités et les styles de vie
commencent à changer. Le coût des enfants s’est accru nécessitant une
amélioration des ressources du foyer, notamment par la mobilisation des
femmes à travailler en dehors du foyer et leur participation au budget
familial. Supplantée dans bien des cas par l’école, l’entreprise et les
nouvelles organisations politiques et syndicales, la famille cesse en fait
d’être le principal lieu dépositaire des valeurs. Avec l’abandon progressif
des idéaux traditionnels en matière de reproduction, ces transformations

136

se sont accompagnées, sur le plan de l’habitat, d’un passage de la grande
maison au petit logement ou à l’appartement 6.

Ces facteurs ont contribué à changer les structures familiales et à
améliorer progressivement la position des femmes au sein de la famille et
de la société, en général. D’autres rôles que ceux d’épouses et de
procréatrices commencent à leur être reconnus.

Les données de l’Enquête Nationale sur la Famille réalisée en 1995
(ENF 95) montrent, en effet, que parmi l’ensemble des ménages, les
familles nucléaires représentent la fraction la plus importante des
ménages marocains. Pas moins de six ménages sur dix (60,3%)
appartiennent à ce type. Il y a treize ans, en 1982, il ne représentaient que
51,1% 7. En leur ajoutant les familles nucléaires abritant des personnes
sans lien avec le chef de ménage dont celles qui travaillent pour le
compte du ménage (femme de ménage, concierge, gardien, etc. Cette
catégorie de personnes seront appelées des isolés), leur poids atteint
62,4% (63,9% en milieu urbain et 59,2% en milieu rural). La majorité
des familles nucléaires est biparentale, c’est à dire composée des deux
parents et un ou plusieurs enfants célibataires. Les familles
monoparentales ne constituent que 8,1% avec une fréquence plus élevée
en milieu urbain qu’en milieu rural: 9,1% contre 6,8%. Les couples sans
enfants (familles incomplètes), qui sont le plus souvent l’aboutissement
chronologique et quelquefois le point de départ des familles complètes,
ne représentent pas plus que 3,5%.

Toutefois, par delà les signes de changement affectant les
structures des ménages, des permanences subsistent dans les
comportements et les relations sociales. La grande famille, c’est-à-dire le
réseau de parenté, est une réalité encore vivace dans la société marocaine.
Les familles nucléaires, tout en résidant dans une habitation séparée,
restent dépendantes du réseau de parenté. En témoigne la fréquence
élevée de chefs de ménage qui habitent dans la même localité, voire la
même construction que leurs parents et leurs beaux-parents. En témoigne
aussi l’importance des visites régulières et des aides mutuelles entre les
membres du réseau de parenté8. La plus forte représentation des familles

6 Kerrou M. et Kharoufi. M (1994) Familles, valeurs et changements sociaux. In Monde
arabe. Maghreb Machrek n°144 avril-juin; pp. :26-39.
7 CERED, (1991) Population l’an 2062. p. 134.
8 Voir à ce sujet l’étude intitulée «rapports familiaux: modalités d’échange et liens de
solidarité» in CERED, Famille au Maroc. Les réseaux de solidarité familiale, (1996).

137

complexes dans les campagnes (37,3%) relativement aux villes (30,7%)
révèle d’abord la prégnance de certaines traditions patriarcales dont la
force d’inertie est maintenue plus en milieu rural, par l’intérêt que peut
présenter ce mode de cohabitation sur le plan économique aussi bien
qu’en raison des contraintes sociales dictées par les coutumes et valeurs
qui prédominent dans ces espaces. Dès lors, il n’est pas étonnant de
constater que l’autonomie des femmes rurales est généralement réduite
par rapport à celle des citadines.

Il est vrai que le modèle où l’homme seul travaille et la femme
reste au foyer, est progressivement remplacé par un modèle où, dans
beaucoup de cas, les deux conjoints sont actifs en dehors du foyer ou de
l’exploitation agricole. Les statistiques montrent que l’activité des
femmes s’est accrue significativement, bien que leur participation dans la
vie active reste éloignée de celle du sexe masculin. En effet, leur taux
d’activité est passé de 8% à environ 13% entre 1971 et 1994, soit 5,4 de
plus. En milieu urbain, les données les plus récentes de l’enquête
spécifique de l’emploi de 1997 situe le taux d’activité des citadines
autour de 23% sachant que celles-ci exercent essentiellement des travaux
rémunérés.

Cependant, cette participation accrue dans la vie active n’a pas
entraîné une nouvelle division significative des tâches entre époux. Au
contraire, les hommes semblent continuer à maintenir la plupart des
pouvoirs économiques et à contrôler les processus de prise de décisions
au sein du ménage. Les données au niveau national qui permettent de
vérifier cette hypothèse font défaut. Cependant, selon les résultats de
l’enquête sur la famille, réalisée par le Centre d’Etudes et de Recherches
Démographiques dans la ville de Fès en 1990, les rapports d’obéissance
de l’épouse à son mari ne sont point, dans l’ensemble, démarqués de
ceux qui prévalaient au sein de la famille étendue. En effet, 74% des
chefs de ménages considèrent que les relations familiales continuent à
être souvent caractérisées par l’obéissance de l’épouse à son mari et
21,4% à l’être, parfois. Seul 4,8% ont considéré que ce n’est pas du tout
le cas. Selon les réponses à une autre question de la même enquête,
77,1% des chefs de ménages gèrent eux mêmes les dépenses du ménage
alors que dans 19,6% des cas seulement cette tâche est confiée à l’épouse
et dans 3,2% des cas à d’autres membres du ménage. De même, le travail
domestique reste, généralement, perçu comme une activité
essentiellement féminine. Les revenus des épouses sont souvent

138

considérés comme un simple appoint au revenu de l’homme9. En somme,
le mari reste, en général, le chef du foyer, celui qui prend les grandes
décisions, qui protège et qui sanctionne.

A titre d’exemple, on relève une persistance du caractère agnatique
de la société marocaine(tableau 1). Ainsi, le chef de ménage des familles
nucléaires abritant des conjoints (couples et familles complètes) est
pratiquement toujours de sexe masculin. Cette caractéristique est
d’ailleurs plus marquée dans les campagnes. En milieu urbain, 96,9% des
couples et 98,2 des familles biparentales ont pour chef un homme alors
qu’en milieu rural, ces pourcentages atteignent 98,7%.

Tableau 1: Répartition des chefs de familles nucléaires
par sexe et type de familles selon le milieu de
résidence: 1995

Milieu de Type de familles nucléaires

résidence Couples Complètes Monoparentales Nucléaires+isolés (*) Total

Ensemble

Masculin 97,7 98,4 15,0 91,1 87,3

Féminin 2,3 1,6 85,0 8,9 12,7

Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

Urbain

Masculin 96,9 98,2 11,9 90,5 85,5

Féminin 3,1 1,8 88,1 9,5 14,5

Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

Rural

Masculin 98,7 98,7 20,3 100,0 89,7

Féminin 1,3 1,3 79,7 0,0 10,3

Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

(*) Les familles nucléaires qui regroupent des personnes isolées et sans lien avec le

chef de ménage sont très peu fréquentes. Les pourcentages qui leur correspondent

sont donc affectés d’une plus grande erreur de sondage; ils sont donnés ici pour

assurer la cohérence au niveau de la colonne totale qui en tient compte.

Si les familles monoparentales sont, en général, dirigées par des
femmes, c’est uniquement parce que la proportion d’hommes vivant
seuls avec leurs enfants célibataires est minime. En effet, les adultes qui
élèvent, seuls, un ou plusieurs enfants sont en majorité des femmes âgées.
Ceci s’explique par le fait qu’aux âges élevés, la part des femmes non
célibataires est plus importante que celle des hommes, premièrement en
raison des écarts d’âges au mariage entre les deux sexes (i.e. les hommes

9 Benjelloun T. (1989). «Femmes, économie et culture au Maroc», Revue Marocaine de
Droit et d’Economie du Développement. Ed. Faculté des Sciences juridiques,
Economiques et Sociales de Casablanca, n° 19.p159.

139

épousent des femmes plus jeunes), deuxièmement en raison de la
surmortalité masculine (i.e. les femmes vivent, en moyenne plus
longtemps que les hommes), et enfin parce que le remariage est plus
facile pour les hommes que pour les femmes. De ce fait, les hommes âgés
ont plus de chance que les femmes de résider ensemble avec leur conjoint
et leurs enfants.

La proportion des femmes qui dirigent un ménage complexe- un
ménage qui regroupe, en plus de la cellule nucléaire de la famille,
d’autres personnes apparentées- est importante, particulièrement dans les
villes. Dans ces milieux, elle atteint 22,5%, soit plus que le double du
pourcentage observé pour la famille nucléaire, à savoir 9,5%. En milieu
rural, le poids des femmes chefs de ménage complexe, bien qu’encore
faible, avoisine celui des familles nucléaires: respectivement 9,7% et
10,3%. Cet écart entre les deux milieux s’explique d’une part, par la
nature même des familles complexes dans les deux milieux (par exemple,
71,6% des ménages complexes ruraux comportent trois générations ou
plus contre 57,1% en milieu urbain10) et d’autre part, par une
émancipation plus poussée des femmes citadines. En effet, celles-ci ne
sont pas toujours restées absentes des mutations de la société et des
changements qui transforment le fonctionnement des familles.

Tableau 2: Répartition (en %) des chefs des familles
complexes par sexe

Lieu de résidence Masculin Féminin Total

Ensemble 83,7 16,3 100,0

Urbain 77,5 22,5 100,0

Rural 90,3 9,7 100,0

Source: CERED (1996) Famille au Maroc. Les réseaux de solidarité familiale.

Un autre exemple indiquant les représentations que les parents se
font des rôles assignés à chaque sexe est reflété par les attentes exprimées
par les chefs de noyaux familiaux concernant la scolarisation de leurs
enfants. Selon l’Enquête Nationale sur la Famille de 1995, les parents ont
déclaré «l’acquisition de connaissances seulement» comme justification
de la scolarisation des garçons dans une proportion de 12,3% seulement
et «l’accès au travail et éventuellement en plus l’acquisition de

10 En milieu urbain, le pourcentage de femmes chef de ménage complexe groupant 3

générations et plus est de 21,8% contre 23,5% pour le reste des ménages complexes. En
milieu rural, ces proportions sont respectivement de 6,5% et 17,8%. Au niveau national,
elles sont respectivement de 13,5% contre 21,3%.

140

connaissance» dans une proportion de 66,9%. Les proportions
correspondant aux filles sont d’une importance inversée: respectivement
79,3% et 17,8%. Ceci suggère clairement les rôles de genre attendus par
la majorité des familles: ce sont d’abord les hommes qui sont
responsables, du point de vue de la culture ambiante, de pourvoir aux
besoins économiques du ménage, à travers un emploi rémunéré; les
femmes devront surtout assumer une fonction de procréation et
d’éducation des enfants, fonction qui pourrait être facilitée par
l’acquisition d’une éducation scolaire, généralement d’une durée moindre
que celle réservée aux garçons. Ces perceptions ne semblent varier
significativement ni selon la génération des parents ni selon leurs milieux
de résidence (voir tableau 3).

141

Tableau 3: Attentes exprimées par les chefs de noyaux
milieu de résidence, l’âge du

Milieu et âge Attentes de la s

Acquisition de Acquisition de connaissanc

connaissances seulement et accès au travail

Garçons

Urbain 10,9 61,0

Rural 14,1 49,0

-30 ans 13,5 54,7

30-44 ans 12,7 58,5

44-59 ans 12,5 56,8

60 ans &+ 10,8 48,3

Ensemble 12,3 55,7

Filles

Urbain 84,4 10,8

Rural 72,8 19,0

-30 ans 74,6 16,8

30-44 ans 80,9 14,5

44-59 ans 80,4 13,7

60 ans &+ 76,6 14,5

Ensemble 79,3 14,4

Source: CERED, Enquête Nationale sur la Famille, 1995.

14

x ayant des enfants concernant la scolarisation selon le
u chefs et le sexe des enfants

scolarisation et sexe des enfants

ces Accès au travail Moyen pour mieux Autres Total
raisons
seulement vivre sa vie

11,1 13,7 3,3 100,0
11,3 12,6 13,0 100,0
11,6 11,3 8,9 100,0
10,8 12,2 5,8 100,0
10,9 13,5 6,3 100,0
12,5 15,6 12,8 100,0
11,2 13,2 7,6 100,0

1,8 2,3 0,7 100,0
5,5 0,6 2,1 100,0
3,9 1,8 2,9 100,0
2,1 1,5 1,0 100,0
3,1 1,8 1,0 100,0
5,8 1,3 1,8 100,0
3,4 1,6 1,3 100,0

42

En raison des caractéristiques des chefs des deux types de ménages
cités précédemment (ménages complexes et ménages nucléaires) et de
leurs tailles moyennes respectives, les parents pourraient être obligés de
faire un choix entre les membres de la famille à scolariser. On pourrait
donc s’attendre à des inégalités d’alphabétisation selon le sexe plus
accentuées au sein des familles complexes. Cette hypothèse est en effet
vérifiée sur la base des rapports des taux d’alphabétisation des deux
sexes: si dans les familles nucléaires, les femmes ont 1,7 fois moins de
chance de savoir lire et écrire que les hommes, dans les familles
complexes ce rapports est de 1,911.

B. Familles, autonomie des femmes et mobilité
géographique.

Au Maroc, la migration vers les villes est composée d’une
proportion importante de femmes. Selon l’Enquête Nationale sur la
Famille de 1995, sur 100 migrants d’origine rurale, 54,6 sont des femmes
et sur 100 migrants d’origine urbaine 53,6 sont de sexe féminin.

Toutefois, les raisons de la migration féminine diffèrent de celle
des hommes. Alors que les causes de l’exode rural masculin sont
généralement d’ordre économique, celles des femmes sont d’abord des
motifs associatifs12. Le tableau 4 montre clairement ce phénomène. Ainsi
82,3% des migrants de sexe masculin à l’Etranger ont quitté le Maroc
pour des motifs liés à l’emploi contre 17,7% des migrantes à l’Etranger.
Inversement, les femmes migrantes à l’Etranger pour rejoindre un
membre de leur famille, généralement le mari, représentent plus de 7 sur
10 migrantes alors que pour les hommes cette fraction atteint à peine
5,0%.

Celles qui quittent la campagne pour s’installer dans une ville pour
des raisons familiales représentent 82,6% de l’ensemble des migrantes du
rural vers l’urbain, soit une proportion double de celle correspondant au
sexe masculin, à savoir 41,5%. Des différences similaires sont observées
pour la migration urbaine, 88,6% contre 56,8%, respectivement. Ce
contraste est encore plus accentué si on considère les migrants âgés de 20
ans et plus (voir tableau 8). C’est dire combien les femmes sont
dépendantes vis-à-vis des autres membres de leur famille dans leur

11 CERED (1996) Famille au Maroc. Les réseaux de solidarité familiale. p. 53, Tableau 20.
12 Ce terme est emprunté à Topouziz D., op. cit. Il s’agit de motifs non économiques, tels
que le désir de retrouver sa famille).

143

mobilité géographique et combien la division sexuelle du travail est
importante dans l’analyse de l’autonomie des femmes.

Les femmes migrantes quand elles exercent une profession,
généralement en tant que salariées ou indépendantes, pourraient devenir,
dans une certaine mesure, indépendantes économiquement par
comparaison à leur situation initiale. De ce fait, leurs droits et obligations
au sein du ménage pourraient changer en leur faveur. De même, quand la
migration entraîne une modification de la configuration du ménage, par
un passage d’une famille large à une famille réduite, la pression
qu’exerceraient sur la femme des membres de la famille autres que ceux
du noyau conjugal peut s’affaiblir, ce qui pourrait contribuer au
renforcement de son autonomie au sein de son ménage. Les données du
tableau suivant, s’elles ne confirment pas tout à fait ces hypothèses,
suggèrent de telles possibilités, au moins pour une partie des femmes
migrantes. En effet, la part des femmes de 15 ans et plus vivant dans un
ménage complexe représente pour les citadines 43,6% lorsque celles-ci
résident dans un autre lieu que celui de naissance et 46,2% pour celles
ayant restées dans leur lieu de naissance (premier panneau du tableau 5).
Pour les femmes rurales, ces proportions sont respectivement de 48,6%
contre 52,9%. Si l’on ne considère que les femmes mariées (deuxième
panneau du tableau), on constate que la différence entre ces deux
proportions est plus importante: respectivement, 37,2% contre 45,2% en
milieu urbain et 48,2% contre 53,5% en milieu rural.

Vu que les femmes suivent habituellement leur conjoint dans sa
migration, et que généralement lorsqu’il y a cohabitation avec d’autres
membres apparentés que ceux de la famille conjugale, ces membres
appartiennent plutôt à la famille du mari, il est intéressant de classer les
femmes mariées selon que leur conjoint réside ou non dans son lieu de
naissance.

144

Tableau 4: Répartition des migran

Raisons de migration Migrants à Migrant
l’Etranger rural v
l’urba

Masculin
Féminin
Masculin

Raisons liées à l’emploi 82,3 17,7 41,7
41,5
Raisons familiales 5,0 70,7 9,3
7,5
Etudes, Education des enfants 11,9 8,2 100,0

Autres 0,8 3,4

Total 100,0 100,0

Source: CERED, Enquête Nationale sur la Famille, 1995.

14

nts selon le motif du départ, le sexe

ts du Migrants de 20 Migrants inter Migrants inter
vers
ain ans &+ du rural urbain urbain de 20 ans

vers l’urbain

Féminin
Masculin
Féminin
Masculin
Féminin
Masculin
Féminin

5,1 49,5 4,5 27,5 6,7 35,3 6,6
82,6 30,8 87,5 56,8 88,6 44,5 87,4
2,1 10,0 2,1 11,5 2,2 14,1 2,8
10,2 9,7 5,9 4,2 2,5 6,1 3,2
100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

45

L’objectif de ce classement est de mesurer l’importance de la
cohabitation des femmes mariées dans des ménages complexes -
regroupant le plus fréquemment d’autres membres apparentés que leurs
maris et leurs enfants célibataires- selon les deux modalités de résidence
du conjoint des (même lieu de naissance ou non). Cette démarche peut
donner des indications indirectes sur le degré d’interventions d’autres
membres de la famille causant une limitation de l’autonomie de la
femme. La lecture du troisième panneau du tableau 5 montre, en effet,
que les femmes citadines qui habitent dans un lieu différent de celui où
sont nés leurs conjoints, donc généralement loin des membres de la
famille parentale du mari, vivent dans une famille complexe à raison de
33,2% seulement. En revanche, la proportion correspondante pour celles
qui habitent dans le même lieu que celui où sont nés leurs conjoints, donc
généralement avec, ou du moins près, des membres de la famille
parentale du mari, s’élève à 46,0%. En milieu rural, cette opposition est
encore plus éclatante: respectivement 34,6% contre 52,3%. Cela suggère
que la migration, surtout du mari, peut avoir des effets positifs sur
l’autonomie de la femme ayant rejoint son conjoint en facilitant son
indépendance vis-à-vis des membres apparentés au mari et en permettant
une ambiance d’intimité au sein du couple.

Afin de mesurer si l’effet de la résidence dans le lieu de naissance
de l’épouse et celui de son conjoint sur le type du ménage (ie, complexe
ou non) sont statistiquement significatifs ou non, on a eu recours à un
modèle de régression logistique qui sert à modéliser la relation entre une
variable dépendante dichotomique et des variables indépendantes. Ici, il
s’agit d’expliquer la variable dichotomique, «complex», par le statut de
résidence dans le lieu de naissance de la femme et le statut de résidence
de son conjoint, lesquels sont mesurés par deux variables indicatrices
Q2MD8FD et Q2MD8HDI (voir ci-après). Deux autres variables de
contrôle sont intégrées dans le modèle pour mesurer l’effet net des deux
variables indépendantes. Il s’agit de l’âge du conjoint, «Q6H», et le
niveau scolaire de la femme, mesuré par trois variables dichotomiques
comme précisé ci-après:.

146

Tableau 5: Femmes de 15 ans et plus et femmes marié
celles mariées selon que leur conjoint réside ou no
résid

Lieu de résidence et statut migratoire de la femme

Urbain
Lieu de naissance et de résidence identiques
Lieu de naissance et de résidence différent
Rural
Lieu de naissance et celui de résidence identiques
Lieu de naissance et celui de résidence différent
Lieu de résidence et statut migratoire de la femme
Urbain
Lieu de naissance et celui de résidence identiques
Lieu de naissance et celui de résidence différent
Rural
Lieu de naissance et celui de résidence identiques
Lieu de naissance et celui de résidence différent
Lieu de résidence et statut migratoire du mari
Urbain
Lieu de naissance et celui de résidence identiques
Lieu de naissance et celui de résidence différent
Rural
Lieu de naissance et celui de résidence identiques
Lieu de naissance et celui de résidence différent

Source: CERED, Enquête Nationale sur la Famille, 199

14

ées selon leur statut migratoire et le type de ménage; et
on dans son même lieu de naissance par milieu de
dence

Type de ménage des femmes de 15 ans &+

Une seule
personne
Sans famille
Couple seul
Nucléaire
complet
Famille
monoparentale
Nucléaire+ isolés

fratrie
complexe

Total

0,5 0,0 1,4 39,2 9,5 3,0 0,2 46,2 100,0
1,5 0,1 2,2 40,1 8,2 4,2 0,1 43,6 100,0

1,1 0,0 1,4 39,0 5,4 0,2 0,0 52,9 100,0
100,0
1,5 0,0 3,7 40,8 4,8 0,6 0,0 48,6
100,0
Type de ménage des femmes mariées 100,0

0,1 0,0 3,9 46,1 1,5 3,2 0,0 45,2 100,0
0,2 0,0 3,5 52,8 3,0 3,2 0,0 37,2 100,0

0,0 0,0 2,6 41,3 2,3 0,2 0,0 53,5 100,0
100,0
0,0 0,0 4,7 45,2 1,5 0,3 0,0 48,2
100,0
Type de ménage des femmes mariées vivant avec leur conjoint 100,0

- - 4,1 47,1 - 2,8 - 46,0
3,9 59,1 - 3,9 - 33,2

- - 3,0 44,5 - 0,0 - 52,3
6,3 58,6 - 0,5 - 34,6

95.

47

Encadré 1: variables et modè

Modèle:.
Prob (complx=1)=1/(1+e-z) avec Z=B0+B1*Q2MD8FDI+B2*Q2MD8HDI+B3*Q
où B0 est une constante, ε indique un terme aléatoire et Bi (i=0,1,2,3,4,5,6) désign
La probabilité que complx=0 est 1- Prob (complx=1).

Variables du modèle logistique Notation mo

Variable dépendant:

Type de ménage de résidence complx =1

=0

Variables indépendantes:

statut de résidence dans le lieu natal l’épouse Q2MD8FDI = 1

=0

statut de résidence dans le lieu natal du mari Q2MD8HDI = 1

=0

Variables de contrôle:

Age révolu du mari Q6H Va

Niveau scolaire de l’épouse. Q11Fa =1

(catégorie de référence=sans niveau ou coranique) =0

Q11Fb =1

=0

Q11Fc =1

=0

14

èles de régression logistique

Q6H+B4*Q11Fa+B5*Q11Fb+B6*Q11Fc+ε.
nent les coefficients du modèle.

odalités

1 si le type de ménage est complexe,.
0 ailleurs

1 si l’épouse réside dans un lieu différent de celui de naissance,.
0 ailleurs
1 si le mari réside dans un lieu différent de celui de naissance,.
0 ailleurs

ariable continue
1 si l’épouse a le niveau du 1er cycle du fondamental,.
0 ailleurs
1 si l’épouse a le niveau du 2ème cycle du fondamental,.
0 ailleurs
1 si l’épouse a le niveau secondaire ou plus,.
0 ailleurs

48

Encadré 2: Interprétation de la régression logistique

La procédure de la régression logistique estime la probabilité qu’un
événement ait lieu dans le cas d’une variable dépendante dichotomique.
Les coefficients logistiques sont estimés par la méthode du maximum
de vraisemblance. Toutes choses égales par ailleurs, le signe d’un
coefficient permet de savoir si la probabilité de résider dans un ménage
complexe est fonction croissante (signe positif) ou décroissante (signe
négatif) de la variable explicative correspondante. Les coefficients
logistiques peuvent être interprétés en tant que variation du logarithme
népérien de la parité13 (odds en anglais) associée au changement d’une
unité de la variable indépendante en question (ou, pour une variable
dichotomique, la variation du logarithme népérien de la parité associée
au passage de l’état où cette variable prend la valeur 1 relativement à
celui où cette variable prend la valeur 0; ou relativement à la catégorie
de référence en cas d’une variable avec plusieurs catégories comme le
cas ici pour le niveau d’instruction). La colonne «Sig» renseigne sur le
degré de précision statistique des coefficients. Un coefficient est dit
significativement non nul au seuil de 95% si Sig est inférieur où égal à
0,05. Utilisant le test ‘model chi-deux’, le modèle lui même est dit
statistiquement significatif si la probabilité de nullité de tous les
coefficients (sauf B0) est inférieure à 0,05.

Selon le test de chi-deux le modèle est statistiquement significatif
puisque la probabilité de nullité des coefficients s’établit à 0,0000 selon
le test ‘model chi-deux’. Le tableau suivant explicite l’effet net de
chacune des variables du modèle. Le signe des coefficients des variables
sur la résidence dans le lieu natal indique que la probabilité d’une femme
de vivre avec son mari dans un ménage complexe diminue si elle réside
dans un lieu autre que celui où elle est née. Il diminue également si elle
réside dans un lieu autre que celui où est né son mari. Toutefois, seul
l’effet de la résidence hors du lieu de naissance du conjoint semble être
important et significatif. L’âge du mari ne semble pas être déterminant,

13 La parité (odds) qu’un événement ait lieu est le rapport de la probabilité qu’il ait lieu à la
probabilité qu’il n’ait pas lieu. Par exemple, si la probabilité de rester célibataire jusqu’à un
âge est de 0,20 la parité de rester célibataire est 0,20/0,80 =0,25. Il s’en suit que la parité de
ne plus rester célibataire est 0,75/0,20=3,75. Autrement dit, en passant de l’événement
«être célibataire» (qu’on supposera codé par 0) à celui «n’être plus célibataire» (supposé
être codé par 1) la parité est passée de 0,25 à 3,75, soit un accroissement par un facteur de
15. Cette valeur est donnée par Exp (B).

149

son effet faible n’est pas significatif. Si la probabilité de vivre dans un
ménage complexe est moins importante lorsque la femme a une
instruction que si elle n’en a pas, seul le niveau secondaire et plus est
déterminant ; étant donné que le coefficient correspondant de ce niveau
est significatif (0,0295), les autres coefficients des niveaux du 1er et du
2ème cycle du primaire ne le sont pas. En conclusion, il apparaît que le fait
d’habiter hors du lieu de naissance du conjoint augmente la probabilité de
vivre dans un ménage nucléaire, et pourrait atténuer l’impact des
ingérences d’autres personnes membres du réseau de parenté.

Tableau 6: Mesure de l’effet des statuts migratoires des
conjoints sur la résidence dans un ménage complexe.

(régression logistique sur la base d’un échantillon de 4826 cas)

Variables indépendantes et de contrôle Fréquence Bi Sig Exp (B)
0,1936 0,0698
Terme constant - -0,0971 0,1620 0,9075

Résidence dans le lieu de Non. 2142. -0,6276 0,0000 0,5339
2684
naissance de l’épouse Oui -0029 0,1583 0,9971
1794.
Résidence dans le lieu de Non. 3032

naissance du mari Oui -

Age du mari (variable continue)

Niveau de scolarisation de la femme
1er cycle du fondamental
2ème cycle du fondamental 467 -0,0079 0,9385 0,9921
240 -0,1730 0,2159 0,8411
Secondaire ou plus 254 -0,3068 0,0295 0,7358

Celles qui restent sur place tandis que leur conjoint a émigré sont
obligées de consacrer plus de temps et d’énergie à leurs tâches au sein du
ménage, pour l’entretien, les soins et l’éducation de leurs enfants. En
plus, elles pourraient se trouver dans l’obligation d’exercer une activité
pour contribuer aux besoins du foyer. Leurs travaux de production et de
reproduction s’alourdissent, à la suite de la migration des hommes, en
particulier quand elle est de longue durée. Ainsi, il en résulte des
changements non seulement dans la structure familiale, mais aussi dans
la division du travail, accompagnés d’un alourdissement de leur emploi
du temps et une disponibilité réduite pour les soins aux enfants14. Ceci
pourrait être le cas quand les envois d’argent par les migrants à leur
famille restée sur place sont trop réduits pour permettre un niveau de vie
adéquat et quand d’autres membres de la famille ne résident pas à
proximité, voire dans le même ménage.

14 Ware H.et Lucas D., «Women left behind: the changing division of labour and its effects
on agricultural production», 1988, cité dans Topouziz D., op. cit.

150

Des données précises permettant de vérifier ces hypothèses ne sont
pas disponibles. Toutefois, l’Enquête Nationale sur la Famille de 1995
permet de donner des éléments de réponse approximatifs. Le tableau 7
donne les femmes mariées, classées selon que leur conjoint est absent de
longue durée ou non, selon leur type d’activité et leur lieu de résidence. Il
indique qu’en milieu urbain, celles résidant avec leur mari ont un taux
brut d’activité15 de 18,7% contre 25,9% pour celles dont le mari est
absent de longue durée; constat qui va dans le sens des hypothèses
avancées précédemment même si l’on considère que les actives sont
occupées. En revanche, en milieu rural, la différence des taux d’activité
entre les deux catégories de femmes n’est pas aussi importante: 32,4%
contre 30,7%. Une des explications est que l’activité féminine dans les
campagnes s’inscrit dans le cadre de l’exploitation familiale. De ce fait,
les femmes dont le mari est absent ont souvent un membre de la famille,
au sens large, qui pourrait fournir le travail agricole qu’exerçait
habituellement le mari avant sa migration. Ceci est d’autant plus vrai que,
selon l’ENF de 1995, le pourcentage des femmes rurales habitant dans
une famille large (de type complexe) est de 70,9% quand leur conjoint est
absent contre 50,8% quand il est présent.

Une autre explication non exclusive de la précédente est que, vu le
caractère saisonnier de l’emploi en milieu rural, le mari pourrait retourner
de temps à autre à son foyer pour aider dans les travaux de champs de
son exploitation qui est généralement de petite taille ; ce qui allège, en
quelque sorte, le fardeau qui pèse sur la femme.

15 Le taux brut d’activité est le rapport, exprimé en pourcentage, entre la somme des actives
occupées et des chômeuses d’une part et la population féminine d’autre part.

151

Tableau 7: Type d’activité des femmes mariées selo

Statut de présence du mari Active occupée Chômeuse

Urbain

Mari présent 17,3 1,4

Mari absent 20,0 5,9

Rural

Mari présent 31,9 0,5

Mari absent 30,7 0,0

Source: CERED, Enquête Nationale sur la Famille, 1995.

15

on le statut de présence dans le ménage de leur mari
Ensemble des actives Inactive Ensemble des mariées

4 18,7 81,3 100,0
9 25,9 74,1 100,0

5 32,4 67,6 100,0
0 30,7 69,3 100,0

52

II. Femmes et relations matrimoniales.

A. Entrée en première union.

Avant d’être l’œuvre de deux individus, le mariage est une affaire
de famille. Dans les sociétés rurales, notamment celles traditionnelles, la
fille est mariée très jeune, surtout si elle est issue d’une catégorie sociale
défavorisée. Elle n’a pas à s’opposer à la décision familiale, même si elle
doit épouser quelqu’un de plus âgé. Son mariage précoce, outre qu’il
permet à sa famille d’avoir moins de personnes à charge, leur épargne
toute possibilité de sexualité prénuptiale et donc, le déshonneur de la
famille.

La femme ressent plus que l’homme la sanction du célibat tardif,
voire définitif. D’ailleurs, l’expression péjorative de vieille fille (bayra en
arabe dialectale) n’a pas d’équivalent masculin. Si elles échappent à cette
menace, les femmes peuvent encourir le risque de répudiation, de
polygynie et de veuvage16. En effet, le risque de terminer sa vie seule,
veuve ou divorcée est plus élevé que pour l’homme, en raison de
l’inégalité des chances devant le deuxième mariage – due, notamment au
fait que la grande majorité des femmes ont la garde des enfants après le
divorce- et du décalage d’âge des conjoints (le mari est généralement plus
âgé). Le sentiment d’insécurité est très élevé car elle ne dispose que peu
de protection contre la décision quasi unilatérale de la répudiation17 et de
la polygynie. Elle subit fréquemment ces menaces, ne serait-ce que
verbales, surtout si elle est issue d’une catégorie vulnérable,
économiquement dépendante. Parmi les catégories socio-économiques
défavorisées, quand l’homme épouse une deuxième femme, c’est souvent
pour qu’elle demande le divorce, évitant ainsi de lui payer son dû au cas
où c’est lui qui demande le divorce (arriéré de la dot; pension alimentaire
pendant la retraite de continence ou autres indemnités dues à la femme).

16 Voir à ce sujet: Bourqia R. (1995) «Women, uncertainty, and reproduction in Morocco».
In Family, gender, and population in the Middle East. Policies in context. Ed. Makhlouf
Obermeyer C. Cairo: The American University in Cairo Press.1995.pp. : 136-146.
17 «L’époux est le possesseur du droit à la répudiation. Mais la délégation peut être donnée
par lui à un homme qu’il choisit, sans qu’il soit nécessaire que cet homme appartienne à la
famille du mari ou remplisse des conditions particulières de ce genre. La femme peut aussi
avoir ce droit, quand il lui est transmis par son mari d’office, ou comme condition imposée
par elle. Comme il lui revient dans le cas du droit d’option prévu à l’article 30, et qui
concerne la femme qui refuse que lui soit jointe une épouse» (CERED (1997) Etat
matrimonial et stratégies familiales. p. 264.

153

La position d’infériorité des femmes se manifeste au début du
contrat du mariage. C’est, généralement, l’homme tuteur qui négocie au
nom de la femme les arrangements du mariage. Le choix du conjoint
dépend de la recommandation de la famille, le père le plus souvent.
L’ENF 95 a montré que le libre choix du premier conjoint reste peu
fréquent (tableau 8):16,1% des femmes ont déclaré avoir choisi elles
mêmes leur premier conjoint et 2,5% sur recommandation d’une amie18.
Même dans ces cas, il est probable que les parents aient été consultés sur
ce choix. L’influence des parents dans les choix matrimoniaux de leurs
filles est très élevée: deux tiers (64,8%) des mariages ont été arrangés par
au moins l’un des deux parents. Sur 100 femmes, près de 16 se sont
mariées pour la première fois à une personne recommandée par un
membre de la famille autre que le père ou la mère. En somme, dans huit
cas sur dix, c’est la famille qui choisit le conjoint de la fille.

L’instruction renforce l’autonomie des femmes dans le mariage en
réduisant l’emprise de la tradition. Ainsi les femmes alphabétisées ont
plus d’opportunité et de liberté de choisir leur partenaire: 41,7% ont
choisi personnellement leur conjoint et 4,5% sur conseil d’une amie, soit
au total 46,2% contre seulement 12,3% pour celles qui sont analphabètes.
L’autonomie de la femme augmente avec le niveau scolaire. Par
exemple, seules 10,2% des sans niveau d’instruction se sont mariées à
une personne de leur propre choix alors que cette fraction atteint 62,6%
pour celles ayant le niveau secondaire (2ème cycle) ou plus. C’est donc le
degré d’instruction des femmes qui explique en grande partie les
différences qui existent entre les femmes des différents milieux et strates
d’habitat vis-à-vis du rôle de la famille dans le choix du conjoint.

18 Les interventions de la famille dans le choix du conjoint sont également importantes
quand il s’agit des hommes, les données de l’ENF de 1995, ne permettent pas, toutefois,
d’en connaître l’ampleur.

154


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