www.interface-horsdoeuvre.comle journal de l’art contemporain, juil. - nov 2021
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n°47
Bien vues,
Mal vues,
Pas vues
1 © Elsa WERTH, RÈGLE DU JEU, 2021 (détail)
impression sur puzzle 143 (-1) pièces, 18,5 x 25 cm, 30 exemplaires, éd. Interface, Dijon
ÉDITO Mais qu’est-ce qui est « bien vues, mal vues, pas vues » ?!
bien vues,
mal vues, Les expositions, leurs œuvres sont toujours les bienvenues et depuis plus d’un an, la Culture et les arts plastiques en particulier,
pas vues ont subi un arrêt brutal avec ce Covid international.
Si les Statements et autres protocoles résistent à une monstration ou physicalité de l’œuvre présentée pour exister, beaucoup
toutefois échappent à ce postulat et doivent s’exposer pour être vues ou mal vues, au sens propre comme au figuré !
Ce numéro de horsd’œuvre fait état de quelques expositions significatives que l’on aurait voulu mieux voir sur le territoire. Des
expositions tronquées de beaucoup de semaines de visibilité, des expositions montées et démontées sans avoir été vues, des
projets décalés d’un an ou deux, des expositions qui n’auront au final pas lieu. Le sentiment d’une pause subie, difficile à vivre
pour un grand nombre d’artistes et par les lieux de diffusion et production. Artiste, ce n’est pas un métier totalement comme
un autre et l’on se devait de réfléchir autrement pour ne pas rompre tous ces flux de création et de liberté d’expression.
Bon horsd’œuvre et que chacun trouve plaisir à retourner au contact de la création sans modération.
Frédéric BUISSON
Permanente, l’exposition temporaire confinée
de Caroline Achaintre L’exposition Permanente nous permet de nous rendre compte du vaste répertoire de Caroline
Achaintre. Empreinte de nombreuses références artistiques, son œuvre reprend les codes
Caroline Achaintre, Ten-Eyed & Observateur, 2019 et Wimper, 2018 * Permanente, Capc, Bordeaux de grands mouvements de l’Histoire de l’Art tels que l’art primitif et le Primitivisme dans les
Photo : Arthur Péquin, Courtesy de l’artiste /Arcade, Londres | Bruxelles & Art : Concept, Paris formes primaires qu’elle emploie, mais également l’Expressionnisme allemand, par la richesse
de sa palette chromatique. Elle fait parfois allusion à d’autres tendances artistiques telles que
Depuis plus d’un an maintenant, les établissements culturels font pâle figure face aux restrictions le Dripping de Jackson Pollock, notamment dans son œuvre Hocus Locus où les fils de laine
gouvernementales forçant à de multiples fermetures et entraînant du même fait une frustration dessinent un motif similaire à des coulures, particularité que l’on retrouve dans la technique
de plus en plus pesante tant pour les professionnels que pour le Grand Public. de l’artiste américain. La scénographie, présentant des supports aux formes géométriques
Le Capc de Bordeaux n’a pas fait exception à la règle et ses expositions ont connu certains similaires à celles du jeu Tetris, peut quant à elle faire écho aux tendances du groupe italien
bouleversements : depuis septembre 2020, l’installation de l’artiste londonienne Samara Scott des années 80 Memphis en abordant le Design dans un style pop, léger, ludique et surtout
habillait la nef de l’établissement à l’occasion de son exposition The Doldrums, laquelle n’a pu accessible.
être accessible au public que d’une manière fractionnée. Plus durement encore, l’exposition Les matériaux employés par Caroline Achaintre révèlent aussi l’une des particularités de son
Permanente de Caroline Achaintre a quant à elle été privée de son public durant la quasi totalité travail résidant dans sa volonté d’exploiter des objets issus de la vie quotidienne en transformant
de son installation et n’a pu être présentée que les six derniers jours avant son départ. Cette leur statut premier en celui d’œuvre d’art à part entière. Les poteries aux formes affaissées - et
proposition de la commissaire d’exposition Alice Motard avait investi les galeries en miroir du défiant parfois les lois de la gravité - ainsi que les tapisseries accrochées aux murs sont rendues
rez-de-chaussée, caractéristiques de l’ossature de l’ancien Entrepôt Lainé, jusqu’au 23 mai inutilisables et vouées à un emploi purement esthétique. Nous retrouvions déjà cette volonté lors
2021. Cette vision bilatérale du travail de l’artiste, confinée malgré elle, avait pourtant de quoi de la tendance anglaise de l’Arts and Crafts de la seconde moitié du XIXe siècle sous l’impulsion
susciter la curiosité, l’étonnement et l’admiration du public. de William Morris ; les formes ainsi que le mode de présentation d’objets de la vie quotidienne
Née en 1969 à Toulouse, Caroline Achaintre s’engage en premier lieu dans des études de leur confèrent non seulement un style singulier, mais permettent également de les défaire de leur
ferronnerie à la Kunsthochschule de Halle, puis part à Londres où elle vit encore aujourd’hui. fonction utilitaire, en interrogeant les limites entre art et artisanat.
Elle y suit des études d’art, notamment au sein du Chelsea College of Art and Design puis Les cultures pop et « dark » s’invitent pareillement dans son travail à travers plusieurs clins
du Goldsmiths College, années durant lesquelles elle découvre le travail du textile. Elle d’œil, dont des références à certains groupes de rock tels que les Beatles (à l’image de son
développe rapidement un style multi-disciplinaire qui lui est propre, dont les thématiques œuvre Helter-Shelter faisant directement référence au titre du groupe Helter Skelter), Kiss ou
rappellent son éclectisme culturel personnel issu des trois pays dans lesquels elle a élu bien encore Slipknot qu’elle affectionne particulièrement. Elle s’inspire des films d’horreur et des
domicile au cours de sa vie. séries B - notamment ceux présentant des personnages masqués - tels que Scream, la Casa de
Lorsque nous débutons notre déambulation dans la galerie de gauche du Capc, nous découvrons Papel ou Massacre à la tronçonneuse. La Commedia Dell’Arte, les personnages clownesques
de multiples tapisseries et céramiques qui se côtoient, accrochées aux murs ou présentées à la et l’univers du carnaval de manière plus générale sont également des éléments exploités à de
manière d’un étalage marchand. multiples reprises par l’artiste, notamment par la présence de motifs d’arlequin, en forme de
Nous sommes, dès notre entrée, instantanément interpelés par une imposante tapisserie en forme losanges.
de main que représente l’œuvre Glover. À l’instar d’autres œuvres du même registre présentes Le travail de Caroline Achaintre, tantôt dans l’évocation de formes anthropomorphiques, tantôt
dans l’exposition telles que Cruizer, BiaUltra, ou bien encore Louis Q, cette gigantesque main doté de formes plus abstraites - mais aux motifs toujours très organiques - témoigne de l’intérêt
de laine tuftée aux textures et aux couleurs diverses et variées, parfois criardes et contrastantes, qu’elle porte pour l’Homme, les civilisations ethniques et les matières issues de la nature. De
offre à notre œil une vision paradoxale située entre l’agréable et l’inconfortable. Elle nous nombreuses œuvres prennent une forme de masque, rappelant les masques traditionnels de
prépare à la découverte de l’univers caractéristique de l’artiste peuplé de créatures colorées, différentes civilisations (Monika évoque ici plutôt les masques africains d’une manière simplifiée,
hybrides et polymorphes. tandis que Befor a des airs de masque Tiki hawaïen). Cette notion de masque, fondamentale
Glover se désignerait presque telle une allégorie d’un travail manuel cher à Caroline Achaintre, dans son œuvre, est omniprésente - toutes les céramiques accrochées aux murs sont d’ailleurs
qui donne de sa personne dans chaque réalisation qu’elle entreprend. Elle s’adonne elle-même censées être de véritables masques -. Ils font référence aux déguisements que l’on peut porter
à la confection de ses pièces, dont l’élaboration de ses tapisseries où elle exploite les possibilités afin de masquer ou travestir notre identité, mais également, métaphoriquement, le masque que
du pistolet à laine avec lequel les fils viennent perforer une toile vierge - un travail à l’aveugle l’on peut arborer afin de s’adapter à la vie sociétale dont nous faisons partie.
témoignant de sa rigueur et de sa spontanéité -. Elle modèle ses poteries et élabore leurs motifs Aussi, la paréidolie prend tout son sens dans sa démarche puisqu’elle s’amuse à placer au
à l’aide de matériaux divers tels que du carton ondulé ou des filets dont les empreintes apportent sein de ses œuvres des repères permettant à notre œil de concevoir mentalement un visage sur
un effet de texture aux plaques de grès qu’elle façonne. La scénographie est également réalisée une surface qui ne s’y prête pas forcément au premier abord. Nous retrouvons cet aspect dans
par ses soins, que ce soit dans le choix de la couleur des murs - elle opte ici pour un lilas au ses céramiques mais aussi dans ses tapisseries et ses œuvres en osier (son œuvre Ten-Eyed
sous-ton bleuté permettant de contrebalancer les tonalités jaunes de l’éclairage - ou dans le & Observateur représente d’ailleurs de manière très explicite différentes paires d’yeux). Du
choix de la forme des cimaises - rappelant l’architecture des châteaux ou des temples -. même fait, nombre d’œuvres comportent un titre à caractère nominatif (Monika, Louis Q...) et
Dans la galerie de droite, nous découvrons tous les médiums de prédilection employés par renforcent cette volonté de personnification de l’objet.
l’artiste : la céramique, la tapisserie, mais aussi la vannerie et le dessin aquarellé. Ceci Le caractère polymorphe de son travail permet au spectateur d’être confronté à sa propre
nous amène à comprendre, en un sens, son cheminement artistique. Toute œuvre se réalise, interprétation, et une seule et même œuvre peut ainsi renvoyer une image différente en fonction
initialement, par un dessin préparatoire dans le but d’obtenir une visualisation préalable de la personne qui la contemple. Louis Q en est un bon exemple : certains verront se dessiner
du résultat souhaité. Rien n’est laissé au hasard ; Caroline Achaintre a en tête, et ce dès les une sorte de canard, tandis que d’autres y verront plutôt un chat... Chaque œuvre se module et
prémices de la conception de ses pièces, quel matériau elle souhaite exploiter et quelle forme change d’aspect à travers les yeux de la personne qui la regarde, accordant un caractère à la
elle souhaite lui accorder. Ces dessins sont également utiles pour les artisans avec lesquels elle fois saisissant et mystérieux.
collabore pour les éléments dont elle n’est pas encore en mesure d’en effectuer elle-même la Le travail de Caroline Achaintre témoigne ainsi d’un éclectisme manifeste tant dans ses influences
réalisation, comme la vannerie ou l’émaillage des céramiques. que dans les matériaux qu’elle emploie. Elle offre au spectateur une pluralité d’éléments et de
références qui en font toute sa richesse. Si l’exposition fut confinée et privée de son public,
Caroline Achaintre, Monika, 2019, céramique émaillée, 40 × 28 cm l’équipe du Capc s’est tout de même investie au mieux afin de faire découvrir l’univers de cette
Glover, 2018, laine tuftée à la main, 170 × 190 cm, Permanente, Capc, Bordeaux artiste d’une autre manière, notamment via un système de médiation numérique disponible sur
Photos : Arthur Péquin, Courtesy de l’artiste / Arcade, Londres | Bruxelles & Art : Concept, Paris leur chaine Youtube ou sur leur site internet où l’on retrouve des vidéos « capsules » présentant
l’exposition Permanente à travers des thématiques bien spécifiques.
Océane PENNEROUX-PIERRE ZELENKAUSKIS
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le temps retrouvé
La semaine dernière DESIRANT, hier BUDGETER, aujourd’hui CHANCELE, le visiteur de Louise Lawler, No Drones Coloring Book, 2013, Museum LAb[au], 365, 2016, acier, aluminium, pmma, système
l’exposition X de Claude Closky au Frac des Pays de la Loire est accueilli par un mot inscrit Ludwig, livre de coloriage, 28 × 20,1 cm, 24 pages. élèctronique, LED, ordinateur, logiciel, dim. variable.
en capitales lumineuses sur la façade du bâtiment. Un nouveau mot est généré chaque jour X : Frac Pays de la Loire, Carquefou, 2020-21 X : Frac Pays de la Loire, Carquefou, 2020-21
de façon aléatoire à partir d’une combinaison de huit lettres, produite par un programme commissariat Claude Closky - Photo : Fanny Trichet commissariat Claude Closky - Photo : Fanny Trichet
informatique. Tous les mots de 8 lettres pourrait être le titre de l’œuvre 1 si elle était signée
Closky. Or, si le visiteur est bien convié à une exposition de l’artiste, l’artiste invite le visiteur (carte postale, livre), plutôt qu’une forme véritable. Il faut se pencher sur chacune d’entre
à voir des œuvres qui ne sont pas de lui (sauf une) 2. elles, et ce geste, cette posture, lui en fait oublier les autres... pour un temps seulement parce
que le système Closky ne permet pas d’oublier. On y accumule des données, et à chaque
Les artistes ont été choisis par Claude Closky pour tout ce qu’ils entretiennent avec le temps fois l’œuvre qui suit est comprise au sens, au rythme, de la précédente. Les liens se tissent
qui passe. Et tout y passe justement : le plus conceptuel, On Kawara envoie pendant dix ans dans la durée.
une carte postale indiquant chaque jour l’heure de son lever (I got up, 2008), la plus sensible,
Sofi Urbani invente Le (R)éveil amoureux, 2006, qui se déclenche quand heures et minutes Il semble préexister à ce dispositif un souci d’exhaustivité. Or, depuis qu’il a commencé
sont identiques. Ou encore l’angoissante Dora Garcia compile des informations glanées à œuvrer dans les années 1990, si Claude Closky met en place des systèmes strictement
dans des articles de presse pour dresser un futur apocalyptique dans les fins du monde déterminés, il entretient une vision enjouée de l’art conceptuel. Il n’épuise pas, il se contente
(2006). Ces artistes s’emparent du temps pour l’objectiver et en proposer une représentation d’un commencement d’énumération pour donner du sens, et nous renvoie à nos propres
singulière. Entre absurdité et logique, les œuvres explorent les rythmes qui guident notre obsessions. En emportant le visiteur dans une succession de petits formats, Closky déclenche
quotidien et celui des artistes. David de Tscharner fait montre de la nécessité vitale de créer une frénésie qui se révèle être une course… contre le temps. Durant l’année qui vient de
chaque jour dans One Sculpture a Day, composée de trois cent soixante-six petits volumes s’écouler chacun a pu ou a dû expérimenter des rapports au temps différents. Le confinement
colorés correspondant aux nombres de jours d’une année. Cet art du comptage, qui sied a empêché nos vies et a donc permis ou au moins suscité réflexions et désirs. Si l’idée
parfaitement à Claude Closky, confine à l’obsession chez Elsa Werth, dont Nouvelle année d’un monde d’après a fait long feu, X a le mérite de formuler des hypothèses. Pressés par
(2018), propose un calendrier composé de trois cent soixante-quatre fichiers pdf à télécharger le temps, débordés, à moins de s’obliger à « prendre le temps », X propose une réflexion
qui débute chaque jour... par la date du jour formant une année sans fin. Cette sélection, à sur nos propres modes d’organisation. Matthieu Saladin demande au personnel du Frac
la fois foutraque et rationnelle est à l’image de l’artiste-commissaire. Les œuvres – protocoles, de travailler le plus lentement possible et de noter ses réflexions dans un petit carnet (une
multiples ou éditions de milliers de pages – fixent leurs propres conditions d’exposition et journée de travail, 2019). On y appréhende alors un temps extrêmement plastique qui n’est
ne se laissent pas appréhender si facilement. Alors pour accéder à l’exubérance jubilatoire pas seulement celui de la montre, ou celui de la nature mais le temps bergsonien de la durée
de Mrzyk & Moriceau, ou aux pages de cahier de coloriage signés Louise Lawler (!), pour intérieure et subjective. X invite, sinon à reprendre le contrôle, à dédramatiser notre rapport
finalement dépasser la dimension déceptive de ce type de présentation (une seule page, au temps. Un temps qui pourrait se résumer ainsi : « Une heure n’est pas qu’une heure, c’est
une seule image par jour) il faudra revenir inlassablement... ou bien consulter le site internet un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats 3. » Un temps retrouvé.
de l’exposition https://x.sittes.net actualisé chaque jour d’ouverture par Claude Closky lui-
même, à distance. Bertrand CHARLES
Une distance qui sied au contexte si particulier de cette année 2020-21. En dormance 1. LAb[au], 365, 2016, panneau led
pendant plusieurs mois, l’exposition pouvait se visiter virtuellement. Cette prolongation 2. Claude Closky invente des systèmes et se plaît à les perturber. Dans l’exposition, il expose Fake News, 2018, un
dans l’espace était la bienvenue, elle s’accompagne d’une prolongation dans le temps, site internet qui chaque minute diffuse un nouveau dessin
l’exposition durera in fine jusqu’en 2 janvier 2022. 3. Marcel Proust, Le temps retrouvé (1927), À la recherche du temps perdu, IV
Avec Claude Closky, on se plaît à compter, énumérer, comparer, classer ou classifier et le « X, un projet d’exposition de Claude Closky » avec M. Aballéa, B. Achour, J. Armleder, S. Bächli, J. Béna, I. Blank,
display proposé, qui évoque davantage le présentoir que le socle, nous y engage fortement : E. Eszter Bodnar, A. Boetti, L. Bourgeois, M. Bourget, S. Calle, H.-F. Chang C. Chevrier, C. Closky, D. Coindet,
de grands plateaux de médium posés sur tréteaux forment une immense table en forme de croix A.‑L. Coste, H. Darboven, D. de Tscharner, Dector & Dupuy, C. Dehove, Denicolai & Provoost, M. Dermisache,
– un X – sur lesquelles sont posées les œuvres. Disposées à plat à intervalles réguliers, elles C. Douillard, Ernest T., R. Fauguet, H.‑P. Feldmann, E. Ferrer, A. Gallego, D. Garcia, M.-A. Guilleminot, R. Hains,
demandent au visiteur de s’approcher de chacune d’entre elles, une à une, progressivement. H. Hellmich, D. Horvitz, P. Huyghe, F. Hyber, A. Jotta, V. Joumard, V. Jouve, On Kawara A. Kelm, M. Kippenberger,
Singulièrement directif, le dispositif contraint davantage qu’il ne guide. Cette autorité dont K. Knorr, Ab[au], S. Lafont, E. Lainé, L. Lawler, Lefevre Jean Claude, M. Lexier, H. Lippard, P. Liversidge, G. Mahé
ne peut se défaire le visiteur engage un curieux rapprochement avec les œuvres. Sans vision et J.-P. Lemée, G. Mayor A. McCollum, A. Messager, A. Mir, J. Monk, Mrzyk & Moriceau, J. Nédélec, V. Novarina,
d’ensemble, les rapports formels qui peuvent se créer habituellement entre les œuvres sont C. Oliveira Fairclough, K. Oppenheim, B. Peinado, E. Péreire, B. Platéus, É. Poitevin, H. Putz & S. Thun, P. Raynaud,
bannis au profit d’une approche à la fois plus intime et plus conceptuelle. Captivé par le texte S. Reggiardo, P.‑L. Renié, R. Rozendaal, J.‑J. Rullier, M. Saladin, Y. Salomone, S. Siegelaub, A. Stieglitz,
de Martine Aballéa ou par l’écran du smartphone de Patrick Raynaud, le visiteur en oublie M. Stilinović, B. Suter, E. Taulois, N. Toroni, E. Tót, P. Umbrico, S. Urbani, C. Vionnet, É. Watier, E. Werth,
visuellement le reste de l’exposition et s’il décide de prendre du recul, il ne peut que survoler H. Wood, Auteurs anonymes : jusqu’au 02/01/22
l’exposition, se situant littéralement au-dessus des œuvres. Il n’en perçoit alors qu’un format
RÈGLE DU JEU
PERDRE UNE PIÈCE DE CETTE ŒUVRE
Elsa Werth
Nous commençons à peine à sortir la tête de l’eau après plus règles si évidentes que parler de règles semble hors de propos.
d’un an passé sous le signe des restrictions, des confinements et Pourtant, c’est ici une fois le jeu achevé et apparemment gagné
des couvre-feux. Le premier confinement en particulier nous a que sa règle est énoncée, et celle-ci trahit son essence même.
confronté à l’ennui. Sans surprise, pour tuer le temps, la vente Cette instruction n’implique pas seulement l’incomplétude du
de jeux de société a explosé, notamment celle des puzzles. puzzle, mais la perte d’au moins une pièce, hantise pour tout
Interface a choisi ce jeu d’image et de patience pour être l’objet joueur ! Ce faisant, Elsa Werth ne rend pas seulement leur
d’une édition de multiples en collaboration avec une artiste. dignité aux notions de perte ou d’inachèvement, elle dénonce
également l’absurdité qu’il y a à « vouloir toujours gagner ».
Pour cette première édition, Elsa Werth, déjà familière
de cette pratique, s’est prêtée au jeu. Il ne s’agit pas de sa Mais l’artiste ne pervertit pas uniquement l’esprit du puzzle,
première collaboration avec Interface. En 2019, l’exposition elle contrevient au principe même de l’édition de multiples. En
Anywayland lui avait été consacrée, et, parmi les pièces effet, si un joueur se plie à cette règle transgressive en perdant
exposées, l’œuvre Boussole (produite par Interface) consistait une ou plusieurs pièces choisies au hasard parmi les cent
pour le visiteur à lancer quatre petits bâtons en aluminium afin quarante-trois, il devient fort peu probable que son puzzle soit
de lui indiquer les directions pour se rendre littéralement « alors semblable à celui d’un autre. Ainsi, l’œuvre d’art conçue
ailleurs », « nulle part », « quelque part » ou « n’importe où » ! en plusieurs exemplaires identiques, une fois performée par le
On l’aura compris, le jeu, la dérision, voire l’absurde sont au Elsa Werth, RÈGLE DU JEU, 2021 (détails en dernière page) joueur, devient œuvre unique.
cœur du travail d’Elsa Werth. Et le puzzle, « un jeu ordinaire »,
apparaît comme un médium approprié pour cette artiste qui n’aime pas « mettre les spectateurs En investissant le spectateur dans ce jeu transgressif, en le faisant acteur du détournement de cette
devant une œuvre autoritaire ou spectaculaire ». œuvre à la forme si banale, Elsa Werth dénonce et s’amuse de la fétichisation de l’œuvre d’art
unique telle qu’elle est trop souvent présentée : un objet sacré sujet à une contemplation lointaine
En recomposant patiemment les cent quarante-trois fragments de cette mosaïque, le spectateur- et dévote. Entre les règles du jeu bafouées, les multiples devenus uniques et la barrière entre
joueur sera déboussolé de découvrir progressivement cette phrase inscrite noir sur blanc à sa l’œuvre et le spectateur abolie, ce puzzle est iconoclaste à absolument tous les niveaux de lecture !
surface : « RÈGLE DU JEU : PERDRE UNE PIÈCE DE CETTE ŒUVRE ». Elsa Werth manifeste
encore une fois son goût pour la déstabilisation et le contre-usage. Le puzzle est un jeu aux Kaïs BENNANI
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Hugues Reip, Mofette, 2018-2021 © édition interface, dijon - 2021
Hubert Duprat au MAM de la Ville de Paris
Qu’est-ce qu’un symbole artistique ?
« Sans admettre avec un vieil auteur du XVIe siècle, L’étymologie du sumbolon évoque une homogénéité première L’exposition du Musée d’art moderne manifestait le caractère
Estienne de Clave, que les pierreries s’engendrent, ainsi faisant l’expérience de la fragmentation et du divers (spatial intempestif d’une production qui repose sur des idées bien
que des personnes naturelles, d’une semence éparse dans et temporel) avant de revenir à l’Unité. Mais cette objection ne éloignées de celles de la modernité artistique : libération
la matrice du sol, l’on peut bien dire qu’elles sont des tient que si l’on restreint la valeur de l’ajustement symbolique de la singularité, expressivité du sujet, transgression des
minéraux significatifs, des substances loquaces, qu’elles à des échanges humains. Du point de vue de la Nature et de normes, franchissement des limites, etc. En un sens que l’on
sont, en un mot, des symboles. » J.K. Huysmans, À Rebours l’infinité des corps qui la composent, le travail de réunification doit comprendre sans malentendu, la recherche d’Hubert
de ses « parties » suggère une expérience tout autre. La Duprat est « conservatrice », à l’opposé de tout désordre
Symbole : n.m. – V. 1380 ; du lat. chrét. symbolum matière du monde est Une, malgré l’apparence de son infinie (voire d’anarchie 6), celui-ci fût-il justifié pour les sujets par
« symbole de foi », du lat. class. symbolus « signe de diversité. Ajuster au mieux des éléments hétérogènes, n’est- les besoins d’échapper aux organisations humaines. C’est
reconnaissance », grec sumbolon « objet coupé en deux ce pas, précisément, procurer des Symboles de la Réalité, de que l’art de Duprat ne s’occupe pas uniquement de l’Homme.
(tesson) constituant un signe de reconnaissance quand l’Unité dont chaque individu (être ou chose) ne s’extrait que Et c’est pourquoi on ne saurait lui attribuer une signification
les porteurs pouvaient assembler (sumballein) les deux pour les quelques instants d’une existence singulière ? Les politique, pas plus qu’il n’est nécessaire de lui affecter un
morceaux ». (Le grand Robert) pièces d’Hubert Duprat sont des formations symboliques parce quelconque coefficient de « spiritualité » ou d’aspiration à la
qu’elles visent l’Un, que seul l’art peut objectiver dans ce que transcendance. Les symboles artistiques que l’artiste bricole
En 1997, pour le numéro 0 d’Horsd’oeuvre, je rédigeais un l’on nomme « œuvres ». Leur accumulation dans une grande avec ténacité sont connectés à une réalité qui traverse tous les
article sur un Cassé-Collé (1994) d’Hubert Duprat que le Frac exposition rendait clairement perceptible comment toutes règnes du vivant, au ras du concret.
Bourgogne venait d’acquérir. Écrire en détail sur une seule obéissent à une même loi leur conférant d’ailleurs une sorte
œuvre et non sur une exposition était un choix affirmé : il d’« égalité », malgré la multiplicité des matériaux dont elles L’artiste n’est pas le critique, même par délégation. Il n’est pas
me semblait qu’il était nécessaire de proposer des analyses sont faites. On dirait que toutes obéissent à un mouvement davantage le savant ou le philosophe. Son champ d’action est
fouillées de pièces singulières (par ailleurs illustrées par de centripète, assez opposé au mouvement « loquace », centrifuge, bien plus délicat que les leurs. Son expérience de la réalité est
bonnes photographies) plutôt que de rendre compte d’une à cet « engendrement » significatif dont peut s’enorgueillir, et très différente. Ses symboles n’ont pas d’équivalent et ne sont
exposition entière, objet trop complexe pour donner lieu à une que représente, la bibliothèque des trichoptères. pas traduisibles dans d’autres signes. Et s’il se tient éloigné de
attention précise et éclairante. Autrement dit, je voulais dégager l’expressivité subjective, il ne saurait davantage être – dans
le « significatif » d’une œuvre : le Cassé-Collé en calcaire me On pourrait aussi dialectiser ces deux orientations, et dire que le son essence la plus précieuse et primordiale – un archiviste.
donnait la « matière » à cet exercice d’interprétation consistant « Miroir du Trichoptère » et les œuvres du sculpteur participent On voudra comprendre la part « significative » de ses
à creuser le sens, à « l’engendrer » depuis les artefacts. Car, de de deux dimensions opposées, mais complémentaires. Je crois productions, les savantes gloses qu’il suscite, les commentaires
même que les pierres naturelles seraient, pour le dire comme pourtant qu’il est plus juste de saisir que Langage et Symbole dont il fait l’objet, comme la noble réplique des hommes à
Huysmans, « loquaces », les œuvres qui en sont constituées n’opèrent pas sur un même plan. Le symbolique artistique la « matrice du sol », dans des échanges pleins de terreurs
seraient à leur tour susceptibles de nous parler, en tant que tend vers une clôture, une unification, une concentration pour ses vases. C’est un traditionnel et salvateur aveuglement
langages cette fois, étant issues de la même « matrice du même, qui procède de l’effort de restituer une totalité sans ou bien, dans le jeu social, une flatteuse fausse piste. Pour la
sol ». Ainsi irait la vie des êtres comme la fortune critique partage possible. Par exemple, loin de fournir un aliment à tranquillité nécessaire à une authentique méditation, elles ont
de l’art : l’engendrement des vivants se prolonge dans la l’imagination, les sculptures de Duprat sont très « mutiques » ; l’indéniable vertu d’envoyer tout son monde dans les décors :
production verbale, imaginaire ou conceptuelle, comme on à l’opposé de l’expression libératoire, elles sont tenues et « Enfin seul… »
voudra la qualifier. L’Esprit fait fond sur l’énergie des choses même pleines de retenue, résultant d’un contrôle extrême de
et des « personnes naturelles » pour pouvoir s’envoler tel un la procédure d’unification, tant intellectuelle que matérielle. Ce Emmanuel LATREILLE
papillon merveilleux, laissant derrière lui la matrice rutilante contrôle ne s’explique pas par la seule exigence d’un caractère
et précieuse qu’il a su façonner pour effectuer sa nymphose… artistique rigoureux, d’un esprit méthodique ou quoi que ce 1. « Cassé-Collé », Horsd’oeuvre, n°0, juin 1997, Dijon.
soit de cet ordre. Il procède d’une volonté plus profonde de 2. Hubert Duprat, Miroir du Trichoptère, The Caddisfly’s Mirror, Lyon : Fage, 2020.
Dans l’exposition du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, reconstituer l’Objet, et de ne pas faillir à son endroit, faisant en 3. Monographique : Bertrand Prévost, Hubert Duprat, Marqueterie générale,
il était cohérent que l’immense « bibliothèque » consacrée au sorte que cet objet soit beau. Parti-pris d’autant plus difficile, Bruxelles : La Part de l’œil, 2020 ; collectifs : Hubert Duprat, Les écrits restent,
Trichoptère (en vérité un ensemble documentaire où des livres « symboliquement », que les communications entre les êtres ne 1986-2019, Paris : éditions MF, 2020 et le catalogue de l’exposition du MAM
de toutes disciplines voisinent avec des gravures, des peintures, se déploient qu’au moyen d’innombrables failles, ces vides qui de la ville de Paris : Hubert Duprat, Paris musées, 2020.
mais encore des objets anciens ou contemporains, inspirés à permettent la mobilité entre les êtres, articulant des langages 4. Cf. Alfred Gell, L’art et ses agents, une théorie anthropologique, Paris : Les
fin d’étude, mais aussi de détournement imaginaire et même entre eux. Telle est donc la tension essentielle de la création de presses du réel, 2009.
ludique de l’insecte fascinant) et réunie par Duprat depuis ses Duprat, dans laquelle Symbole et Expression relèvent de deux 5. Bien entendu, le musée est le lieu symbolique de cette réunification, puisque
premières recherches artistiques, ait été placée à l’étage inférieur orientations disjointes. l’œuvre exposée y rassemble en elle-même les divers pôles contribuant à son
du bâtiment. Ce qu’il a nommé « Miroir du Trichoptère » renvoie existence.
à la fois à une fonction naturelle née dans la « matrice du sol 6. Sur un enjeu vieux comme Platon, cf. Edgar Wind, Art et Anarchie, Paris,
» et à son extension dans des expressions humaines, signes de Gallimard, 1988
langages verbaux ou visuels, générés par cette larve qui a tant
intrigué l’homme sous diverses latitudes. Mais cette bibliothèque Hubert Duprat, Mmavp, Paris, 18 septembre 2020-27 juin 2021 - Photo : Frédéric Buisson
n’est pas la seule à laquelle l’artiste ait voué son énergie. La
production littéraire, philosophique ou critique concernant ses
propres sculptures a toujours fait l’objet de ses soins. Si l’ouvrage
imposant qu’est le Miroir du Trichoptère 2 peut sans conteste
être relié au corpus artistique lui-même, la sortie concomitante
de trois catalogues, monographiques ou collectifs 3, sur son
travail propre, n’est pas fortuite. Leur raison d’être est encore à
situer du côté de cet « engendrement vital » dont la recherche
artistique de Duprat (formelle comme conceptuelle) se veut à
la fois le reflet et le moteur.
Cependant, les Cassé-Collé du début des années 1990, je
ne m’en étais pas avisé à l’époque, obéissent littéralement à
la définition originelle du sumbolon : un matériel coupé en
deux, dont les parties sont ensuite réunies pour reconstituer
l’élément premier. Plutôt qu’à une méthode archéologique
rendant compte de la fabrication des silex, les blocs de grès
ou de calcaire brisés en plusieurs morceaux puis reconstitués
par « collage » m’apparaissent désormais comme de strictes
symboles, matière divisée et distribuée (symboliquement…) entre
tous les agents de l’art (artiste, commanditaires, destinataires
multiples 4), avant de faire œuvre au sens plein lorsque ces
mêmes agents coopèrent à leur réunification 5. Ces deux séries
réitèrent par conséquent le processus du Symbole dans la
mesure où elles mettent en jeu un matériau unique. Mais les
autres sculptures qui opèrent avec (quasi systématiquement)
deux matières, n’en sont pas moins des variations rigoureuses
de l’assemblage en quoi consistaient les sumbolon premiers.
L’exposition qui se déployait à l’étage supérieur du musée
rendait compte de ce que je veux identifier comme la « logique
symbolique » du travail de Duprat : bois-laiton, galuchat-
polystyrène, plâtre-cuivre, fil-fer, encre-bois, diamant-
gomme, silex-mousse, corail-pain, argile-pierre, etc., chaque
réalisation de l’artiste procède de l’ajustement spécifique de
deux matériaux.
On objectera que toutes ces œuvres sont, contrairement aux
Cassé-Collé, hétérogènes, et que leurs composants ne sont
pas, à quelques exceptions près (les pièces en béton, pâte à
modeler ou encore en cristaux de pyrite), de même « nature ».
6
Taysir Batniji, Undefined, 1997 (actualisation 2021),
huile sur papier et ruban adhésif kraft sur mur (œuvre disparue), tirage jet d’encre sur papier, 65,6 × 99,3 cm
production MAC VAL avec le soutien d’Après-midi Lab - Photo : © Aurélien Mole - Adagp, Paris 2021
IN-BETWEEN-NESS
Les enjeux d’une approche de l’œuvre par le prisme de la biographie de l’artiste, ou du moins du récit qui en est fait, sont Constitution ne garantit aucun droit fondamental de s’impliquer
soulevés de façon récurrente dans les commentaires sur le travail de Felix Gonzalez-Torres 1 et de Taysir Batniji. En quoi cette dans certaines pratiques sexuelles entre personnes de même
lecture menace-t-elle de limiter la portée d’une démarche, de l’enfermer, a fortiori lorsque l’artiste meurt jeune comme c’est le sexe. Par l’efficacité du dispositif, Felix Gonzalez-Torres
cas pour Felix Gonzalez-Torres en 1996, alors âgé de 38 ans, des suites du SIDA ? D’autant que ce dernier n’aura de cesse expose ce que la séparation entre espaces publics, privés et
de rejeter les étiquettes de l’artiste gay ou latino et leurs déterminismes, refusant d’incarner certaines attentes. Cette méfiance intimes a de discursif, d’idéologique. Pour lui, celle-ci n’existe
à l’égard des catégorisations se manifeste également chez Taysir Batniji par un exercice d’équilibriste entre l’affirmation d’un pas ou plutôt est liée à la propriété, ici en louant des espaces
point de vue palestinien et l’engagement à ne pas être perçu exclusivement comme l’artiste « porte-parole » de la Palestine 2. publicitaires. Taysir Batniji se joue lui aussi des seuils, brouillant
Des écueils qui peuvent certainement être surmontés en montrant ce que ces existences ont de politique, ce que ces histoires les démarcations entre sphère publique et sphère privée, entre
individuelles et collectives ont de conjoint. Taysir Batniji et Felix Gonzalez-Torres savent trop combien les forces sociales et extérieur et intérieur. Dans son journal intime vidéographique,
politiques affectent les vies personnelles, jusque dans la chair. Dans la vidéo Bruit de fond (2007), Taysir Batniji filme son visage il donne à voir les fragments du quotidien gazaoui en pleine
en gros plan. Des séquences en temps réel chez lui à Gaza durant lesquelles il tente de maîtriser le clignement de ses yeux intifada. Aux scènes de rue, dans les échoppes ou encore
tandis que des obus tombent non loin de là. La mise à l’épreuve du corps est perceptible dans ces yeux qui se ferment et cette au sein des foyers se superposent des bruits de circulation,
tête qui se baisse, dans les déglutitions et respirations. Une fatigue qui tranche avec le témoignage d’un chef d’état-major de de machines et de voix, le tout scandé par une séquence
l’armée israélienne : « Ce que je ressens quand je lâche une bombe ? Simplement une légère secousse dans l’aile [de l’avion]. » en mouvement d’un couperet de boucher détaillant de la
Raconter sa vie et celle des autres, c’est se revendiquer comme sujets historiques et potentiellement remettre en cause la viande. L’objectif se déplace avec une même fluidité dans la
narration dominante, officielle. Les portraits que Felix Gonzalez-Torres exécute à partir de 1987 prennent ainsi la forme de série photographique Chez moi, ailleurs (depuis 2000), entre
frises de texte peintes en haut des murs et de photostats combinant sans respect de l’ordre chronologique des événements des rues et les pièces tout autant habitées d’un appartement
considérés comme signifiants dans la vie d’une personne ou d’une institution et amenés à être modifiés. Son autoportrait de familial, des espaces de travail et un aéroport, sans indication
1989 (Untitled) comporte les éléments Red Canoe 1987, Paris 1985, Blue Flowers 1984, Harry the Dog 1983, Blue Lake chronologique ou géographique explicite. À l’instar de Felix
1986, Interferon 1989, Ross 1983, une liste qui s’allongera jusqu’à la dernière version de 1995. Saisi dans des teintes Gonzalez-Torres, Taysir Batniji privilégie une mobilité physique
brunes, l’autoportrait évanescent de Taysir Batniji est quant à lui effrayant en ce qu’il semble exprimer le trouble, l’angoisse et de sens où les rapports de distance concourent à l’équivoque.
face à une identité indéfinie (Undefined, 1997). Il est une synthèse visuelle d’un parcours (administratif) caractérisé par Synonyme de liberté, la marche est, chez ce dernier, mise en
des effacements (ID Project, 1993-2020). Parmi les facsimilés alignés sur le mur figurent un document de voyage valable mouvement de la pensée, associée de surcroît à un geste de
un an délivré par Israël et portant la mention « undefined » pour la nationalité ainsi qu’une lettre du ministère des Affaires collecte qui consiste à prélever par des frottis au fusain et à la
étrangères disant l’impossibilité d’indiquer « Palestine » comme pays de naissance, cette dénomination n’étant plus utilisée mine graphite les empreintes de pas des passants à même le
pour les événements survenus à partir du 13 mai 1948. Gravée dans le marbre, cette déclaration sonne comme la négation bitume (Pas perdus, 2019-2020). Tentatives d’ancrage, faible
de l’identité d’un individu et de tout un peuple, la privation de droits et le maintien dans un état de vulnérabilité. consolation aux déracinements, aux arrachements. Dans sa
Outre l’admiration de Taysir Batniji pour l’œuvre de Felix Gonzalez-Torres qu’il cite d’ailleurs dans son propre travail (Imperfect série de photogravures “Untitled” (Sand), 1993-1994, Felix
Lovers, 2013), ce rapprochement trouve sa pertinence dans le partage d’une position précaire depuis laquelle créer. Felix Gonzalez-Torres enregistre pareillement les traces anonymes
Gonzalez-Torres relie l’instabilité, l’intermédiarité (in-between-ness) de sa démarche, à la situation quotidienne à laquelle il est de passages, les indices de présences désormais absentes,
confronté en tant qu’homme gay : une manière d’être dans laquelle il est contraint par la culture et par la langue à toujours celles d’hommes venant faire des rencontres sur les plages
vivre une vie d’« entre-deux », pour le paraphraser. En affichant sur vingt-quatre panneaux à travers la ville de New York, en puis disparaissant, pour réapparaître continuellement.
mai 1992, une photographie de son lit double aux draps froissés et aux oreillers creusés (Untitled, 1991), Felix Gonzalez- Ne pas tenir en place est peut-être chez Taysir Batniji un
Torres propose aux passant·e·s une activité réflexive, en appelle à leur subjectivité. Cette image intervient comme un support contrecoup à une expérience de l’immobilité forcée et
de projection émotionnelle. Le lit est un terrain d’opinions contradictoires, de contestations, mais aussi de douleur, renvoyant brutale. Réalisées à l’été 2003, les images de la vidéo Transit
à la perte et à l’absence de l’être aimé. Son compagnon Ross Laycock meurt en 1991 du manque de soins, de l’abandon, du montrent des hommes et des femmes qui essaient de tuer le
silence des pouvoirs publics en pleine épidémie du SIDA. Lieu d’une fabrique des rêves, des désirs et des fantasmes, le lit est temps sous une chaleur accablante entre Le Caire et Rafah,
pleinement investi par l’État et sa loi qui régissent, surveillent et répriment ce qu’il s’y passe. 1986 est une date apparaissant point de passage entre l’Égypte et Gaza. Parmi eux, l’artiste
dans le portrait de Felix Gonzalez-Torres en référence au verdict rendu par la Cour suprême des États-Unis dans l’affaire Bowers qui documente clandestinement le voyage, urgence oblige.
v. Hardwick. Il reconnaît la constitutionnalité d’une loi de l’État de Géorgie criminalisant l’homosexualité, avançant que la L’œuvre s’achève sur une séquence au ralenti où les autorités
égyptiennes jettent les passeports palestiniens – confisqués
INSPIRÉ.ES Le pas de la porte à peine franchi, flotte devant Thomas Lévy-Lasne, 2016, Vertige, huile sur toile, 150 x 200 cm chaque soir – en un geste ultime de déshumanisation. La pile
nos yeux, au cœur de l’espace central : une de feuilles blanches, vides, disponibles et réapprovisionnées
peinture d’Odon (Once more, 1999-2000). ses yeux : la toile (Marion Bataillard, Une après-midi à de façon illimitée (“Untitled” (Passport), 1991) est inversement
Ici, la peinture s’émancipe de son châssis, les regarder les choses, 2018 – 2019). porteuse de tant de promesses. Dans une lettre à sa galeriste
papiers sont peints et tressés, formant une À l’étage, se détachent les peintures de Mireille Blanc. Andrea Rosen, Felix Gonzalez-Torres parle d’« un passeport
spirale en suspension. Et pourtant ce n’est pas Une série de petits tableaux sur lesquels on observe des pour un autre endroit, pour une autre vie, pour un nouveau
le spectaculaire, ni le gigantisme de cette œuvre, objets banals. Probablement des objets appartenant à départ, pour la chance ; la chance de rencontrer cet autre qui
qui nous interpelle. C’est plutôt ce tableau, l’artiste et qui partagent le quotidien de son atelier. Des fait de la vie un lieu mouvant, une chance de changer sa vie
plus loin, sur le mur de gauche. Une toile plus natures mortes qui délaissent l’approche classique. On et son avenir, un passeport vide pour la vie : pour y inscrire
modeste, plus classique, éclairée sobrement se complaît à plonger dans ces images qui semblent le meilleur, le plus douloureux, le plus banal, le plus sublime,
d’une lumière d’un blanc chaud et accueillant. garder les traces d’une transformation progressive. et encore pour y inscrire la vie, l’amour, les souvenirs, les
Vertige, de Thomas Lévy-Lasne (2016). On y Quelque chose d’anodin, une tâche ici, une griffure là, peurs, les vides et les raisons d’être inattendues 3 ». Dans une
voit une jeune femme brune, excentrée dans une erreur à la surface de l’image, (Couronne, 2017). Le version plus tardive constituée de livrets à disperser (Untitled
le tableau. Elle se tient debout, au balcon, temps tout simplement, le temps indicible, invisible, est ici (Passport #II), 1993), il en offre une vision idéalisée, sorte
son regard surplombe la ville. Des balcons qui sujet du tableau. La vérité du temps. Comme suspendu, d’absolu, par la représentation d’oiseaux planant dans un ciel
s’étendent à perte de vue, en arc de cercle, nostalgique. À l’image du regard de cette jeune femme nuageux. Proche certainement de la liberté politique de se
infinis, blancs. Une immense barre d’immeubles pensive, les yeux au loin, sur son balcon. Arrêtant son mouvoir à laquelle Taysir Batniji aspire ardemment, lui qui en
de standing. Ici un duo de ces chaises iconiques regard sur une réalité insaisissable, sur cette « ville est privé depuis si longtemps. Pour l’installation L’homme ne
en plastique blanc, symbole de loisirs, de nouvelle, [cette] vie nouvelle, un centre ville pour an 2000, vit pas seulement de pain #2 (2012), il grave patiemment les
vacances et de détente. Là un chat, une jardinière fleurie, quelqu’un a dessiné pour moi, le balcon, le panorama, lettres de l’article 13 de la Déclaration universelle des droits
un couple qui prend le soleil. Mais comment se détendre quelqu’un a choisi à ma place » comme le chante Françoiz de l’homme dans des pains de savon de Marseille, comme un
dans ce lieu où se bousculent les sensations de vertige, Breut dans sa chanson éponyme. Une réalité qu’elle n’a mantra que l’on se répète en espérant son actualisation. Dans
de regret, de mélancolie. Le regard de cette jeune femme probablement pas choisie. Incompréhensible parfois. un texte sur le voyage comme métaphore dans l’œuvre de Felix
nous retient car ces émotions semblent aussi la traverser. INSPIRÉ.ES se traverse et s’appréhende comme un livre Gonzalez-Torres, l’historienne de l’art Nancy Spector note que
Comme une impression de plonger dans le vide, un vide d’art dont on tourne les pages et dans lequel on découvre la définition du « chez-soi » (home) varie constamment, car les
saturé, un vide plein. Plonger dans une contemplation la diversité, la richesse, l’étendue de ce que propose la points de départ et les destinations changent sans cesse 4.
mélancolique du réel, victime du vertige de la modernité. peinture contemporaine. Cette exposition souligne que le Felix Gonzalez-Torres explique lui-même que sa pratique est
Cette toile nous donne le ton de l’exposition. regard du peintre n’est pas simplement un outil au service liée au fait de quitter un lieu pour un autre : « Somewhere
INSPIRÉ.ES rassemble le travail de quinze artistes de la reproduction du réel, un point de vue purement better than this place/Nowhere better than this place », peut-
peintres, autour des questions intrinsèques de la sensoriel. INSPIRÉ.ES met en avant la question du regard on lire sur deux de ses piles (Untitled, 1989-1990). Enfant de
peinture : le regard, la couleur, la matière, la citation, le comme élément à part entière, comme acte sensible. la Révolution cubaine, ses parents l’envoient avec sa sœur à
sujet. Elle interroge aussi la place de l’artiste aujourd’hui, Une manière de considérer les choses, d’examiner les Madrid en 1971, puis vivre à Puerto Rico chez un oncle. Huit
d’un point de vue d’ordre social. Faisant le choix de choses, de les représenter, qui nous permet de mieux années s’écouleront avant que Felix Gonzalez-Torres revoie
montrer l’étendue des approches de la pratique picturale comprendre l’Histoire de la peinture, de notre société et ses parents, en 1979, date à laquelle il s’établit à New York
et de sa diversité, cette exposition est une ouverture, de ses enjeux à travers les yeux des artistes. après avoir été naturalisé américain 5. La route de Taysir
au sens large, sur les pratiques contemporaines de la Batniji est une (itin)érance entre Gaza et la Cisjordanie, puis
peinture. Elle est née du désir de Lucile Hitier, Directrice Élodie BERNARD Naples, Bourges, Paris, Stuttgart, Vichy, Marseille… Dans son
du Centre d’Art Contemporain L’Ar[T]senal de Dreux, de recueil La terre nous est étroite, le poète palestinien Mahmoud
donner la possibilité à un large public d’appréhender la Darwich écrit : « Je suis la terre dans un corps ». Des mots
peinture en montrant le glissement de ce médium hors que Taysir Batniji ferait sans doute siens, le corps pour patrie
du temps qui s’opère d’une génération à une autre, à depuis laquelle résister.
travers, toujours, les yeux des artistes.
INSPIRÉ.ES soulève les questions du regard, celui que Rémi BAERT
porte l’artiste sur notre monde et celui de l’individu
qui doit trouver sa place dans ce monde. Elle révèle 1. Julie Ault (éd.), Felix Gonzalez-Torres, Steidl Verlag, 2006
le sentiment de solitude qui nous envahit parfois. Un 2. Catalogue de l’exposition personnelle de Taysir Batniji : « Quelques bribes
sentiment paradoxal dans un monde où nous sommes arrachées au vide qui se creuse », commissaires : Julien Blanpied et Frank Lamy,
connectés par la force virtuelle des réseaux sociaux qui MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, 2021, p.15
donne l’illusion de faire partie du groupe - une solitude 3. Lettre de Felix Gonzalez-Torres à Andrea Rosen, le 14 février 1992
dans la masse. Cette jeune femme est là, seule face au 4. Nancy Spector, Felix Gonzalez-Torres, New York : Guggenheim Museum, 1995
monde. Comme en écho à la pratique du peintre que l’on 5. Exposition personnelle de Felix Gonzalez-Torres, The Politics of Relation,
imagine passant la journée dans son atelier, entouré de MACBA (Barcelone), commissaire : Tanya Barson, mars-septembre 2021
petits objets, face à ses idées, ses émotions et devant
7
Forsythia, Lilac et Geranium
différents prêteurs, jusqu’à ce qu’elle puisse être réellement ouverte si la situation
sanitaire le permet dans les mois à venir. Mais dans le doute, bien que dînant seuls,
nous dresserons notre plus belle table.
Le titre de l’exposition de Raffaella della Olga, Camila Oliveira Fairclough et Elsa
Werth, identique à celui de la publication, résulte de l’association des titres de
trois poèmes de Mary Ellen Solt, publiés au sein du recueil de 1966 : Flowers in
Concrete. Dès lors, Forsythia, Lilac et Geranium agissent comme des alias aux noms
et à la présence des trois plasticiennes, retirées d’un lieu d’exposition désert mais
réunies autour de la figure de Mary Ellen Solt, artiste américaine disparue en 2007,
intervenant comme une source commune d’inspirations et d’échos, tant formels que
conceptuels. Poétesse, universitaire, traductrice et éditrice, elle aura toute sa vie
fait montre d’un engagement exemplaire, accordant au collectif une place centrale.
La collaboration comme principe de création aura, de façon analogue, constitué le fil
conducteur du travail mené au CLA et dans le livre.
Vue de l’exposition Forsythia, Lilac and Geranium, 2021, Cabinet du livre d’artiste, Rennes Ainsi, l’accrochage dans le lieu d’exposition comme la maquette du livre seront
réalisés par le trio en tant qu’entité créatrice. Prolongeant l’exposition dans l’espace
Depuis près d’un an, le Cabinet du livre d’artiste (CLA), en tant qu’établissement de la page, la publication fonctionnera à la fois comme un catalogue de leurs
recevant du public 1, est soumis aux restrictions imposées par la pandémie de imprimés, précisément réunis au CLA, et un livre d’artiste hybride construisant un
Covid-19. Respectivement, l’exposition de mars dernier a été fermée le lendemain dialogue d’images. Ce livre-exposition est donc à considérer tant comme une pièce
de son vernissage ; celle qui devait la suivre en mai n’a jamais eu lieu ; celle de appartenant à cette dernière que comme l’unique manifestation concrète de cet
septembre a été repoussée en octobre pour finalement fermer à mi-parcours. À sa événement fantôme.
suite, l’exposition collective de Raffaella della Olga, Camila Oliveira Fairclough et On peut alors s’interroger sur la façon dont un livre peut aussi être une exposition
Elsa Werth, initialement prévue à partir du 3 décembre 2020, a été repoussée trois et comment, par les moyens de l’imprimé qui lui sont propres, il parvient à ouvrir de
fois, autant de cartons d’invitation aux dates rectifiées ont été imprimés, jusqu’au nouvelles possibilités de mise en scène. Un exemple fameux est celui de Mel Bochner
journal Sans niveau ni mètre, atteignant son numéro 56. En ce mois de janvier avec le projet Working Drawings And Other Visible Things On Paper Not Necessarily
2021, face aux perspectives d’ouverture plus qu’incertaines, plusieurs questions se Meant To Be Viewed As Art 6 de 1966. Invité à préparer une exposition pour la
sont posées quant au maintien de l’événement à des dates dont l’éloignement fut School of Visual Arts de New York, Mel Bochner demande à plusieurs artistes de
jugé raisonnable à la fin de l’année 2020. Fallait-il le repousser encore de quelques lui confier des dessins, projets ou notes sur papier. Au vu du budget restreint de
semaines ? Fallait-il le reconduire encore plus loin, et avec lui toute activité du CLA, l’école ne permettant ni d’encadrer ni de photographier les propositions alors fort
jusqu’à la rentrée universitaire prochaine ? Fallait-il trouver un autre endroit pour diverses, Mel Bochner décide d’utiliser une technique de reproduction alors à ses
l’établir ou une autre forme ? Ou fallait-il finalement s’en tenir à nos prédictions et débuts : la photocopie, et de présenter les tirages alors redimensionnés en un
maintenir l’événement en dépit de son contexte ? format unique dans un classeur à feuilleter, en quatre exemplaires identiques. Par
Après réflexions, nous prîmes la décision de nous en tenir aux dates fixées, de monter ce geste, l’artiste est non seulement le premier à utiliser la photocopie à des fins
l’exposition sur les deux jours précédant le vernissage, de convertir ce dernier en artistiques en remettant en cause l’unicité de l’œuvre d’art, mais en opérant une
une manifestation encore à définir mais surtout, de choisir d’exposer sans public. mise à l’échelle des contributions, il dote l’espace imprimé de la faculté d’exposition.
Situation inédite s’il en est, l’absence de public, mieux l’absence de toute activité De la même façon, le livre Forsythia, Lilac and Geranium procède à une mise en
visible au sein de l’université, sous-entendait aussi activer les codes de l’exposition et commun des pratiques des trois artistes qui, bien que très éloignées, se retrouvent
de ses documents sans échos, sans retours, sans que rien de tout cela ne vienne ici dans une même égalité de traitement. Construit de façon instinctive, ce livre
relayer un événement que l’on peut choisir de venir convoquer physiquement, ou pas, propose différentes compositions obtenues par collages ou juxtapositions d’images,
car finalement, comme on peut parler des livres que l’on n’a pas lus 2, on peut sans d’œuvres et d’objets issus de leurs répertoires respectifs. Au cœur de cet ensemble,
nul doute parler des expositions que l’on n’a pas vues. Si l’on pense instantanément chacune des trois artistes investit tour à tour des espaces individuels comme autant
à la fameuse série de Robert Barry de 1969, Closed Gallery, c’est bien via ce que de fenêtres où l’on voit poindre un même rapport au langage, à l’imprimé, à la forme
l’on pourrait qualifier de « péritexte » de l’exposition que l’artiste donne finalement comme motif et à l’économie de moyens.
une existence à sa pièce. En effet, celle-ci consiste en l’impression et la diffusion de Une célèbre déclaration de Mary Ellen Solt est mise en exergue par les trois artistes
trois cartons d’invitation à des expositions ayant lieu les unes après les autres dans à la manière d’un manifeste préfigurant l’exposition et l’ouvrage qui en résulte :
trois villes différentes (Amsterdam, Turin, Los Angeles) sur lesquels est simplement « What is a word? According to Webster a word is a speech sounds that conveys
mentionnée la phrase : « During the exhibition the gallery will be closed » qui, si elle meaning. Or it is a group of letters, written or printed, that represents meaningful
annule toute possibilité d’accès à l’événement, n’affirme à aucun moment qu’il n’a speech sounds. Traditionally poetry focuses primarily on the spoken word. Concrete
pas eu lieu quand même. D’ailleurs, c’est précisément le temps de l’exposition que la poetry invites us to consider words not only as symbols that convey meaning but as
galerie reste fermée et non le contraire. S’il est grisant de s’autoriser à penser que things in themselves.Think of a word and each of the letters of the alphabet of which
trois expositions bien que privées de public ont bien eu lieu, les vecteurs et rapporteurs it is composed as material objects occupying space 7. » C’est précisément au sein
indirects ont donné corps à ce projet comme il en est de tout événement annoncé, de l’espace du livre que les mots imprimés prennent toute leur dimension d’« objets
en particulier à notre époque : cartons et affiches d’invitation, articles de presse, matériels », comme l’ultime lieu de visibilité.
envois par la poste, agendas, newsletters, réseaux sociaux, fiches de salles, cartels, Aurélie NOURY
catalogues, livres d’or, entretiens, conférences, visites guidées, photographies,
archives, tous les documents dits annexes à l’événement mais incontestablement 1. Le Cabinet du livre d’artiste, situé sur le campus Villejean de l’université Rennes 2, est à la fois une
fondateurs. bibliothèque consacrée aux publications d’artistes (4000 titres librement accessibles au public) et un lieu
Dès lors, notre exposition maintenue coûte que coûte et, faut-il l’admettre, livrée d’expositions consacrées à l’imprimé (environ cinq expositions par an).
à elle-même le temps de sa propre tenue, doit pouvoir trouver un autre mode 2. Pierre Bayard, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?, Paris, Minuit, 2007
d’existence, du storytelling aux imprimés qu’elle a et va générer. Ainsi, le carton 3. Seth Siegelaub, « On Exhibitions and the World at Large », Conversation with Charles Harrison, Studio
d’invitation et le journal de l’exposition seront diffusés comme à l’accoutumée, les International, vol. CLXXVIII, n°917, décembre 1969, p. 202, cité et traduit par Anne Mœglin-Delcroix,
cartels et fiches de salle seront répartis dans l’espace d’exposition physique et « La documentation comme art dans le livre d’artiste », dans Sur le livre d’artiste : Articles et écrits de
reproduits en ligne, des photographies de l’accrochage seront réalisées selon notre circonstance (1981-2005), Marseille, Le Mot et le reste, 2006, p. 305.
habitude et accessibles sur notre site internet et surtout, la conception, le transport, 4. À titre d’exemple, on peut citer January 5 – 31, 1969, New York, Seth Siegelaub, 1969, réunissant les
l’accrochage, le contenu, l’inauguration, la documentation et la médiation autour de œuvres de Robert Barry, Douglas Huebler, Joseph Kosuth et Lawrence Weiner.
cette exposition seront transposés et rendus par l’intermédiaire d’une publication 5. Trouble : « Prédictions », Paris, Revue Trouble / Kadist Art Foundation; Noisy-le-Sec, La Galerie; Vitry-sur-
d’artistes, objet de notre demande de soutien, conçue et réalisée collectivement Seine, MAC/VAL; Genève, MAMCO; Nice, Villa Arson, 2007
par les trois plasticiennes par et pour l’occasion. On pourrait même affirmer que 6. Mel Bochner, Working Drawings and Other Visible Things on Paper Not Necessarily Meant to Be Viewed
cette publication devient le prétexte à l’exposition, entendant à nouveau les mots de as Art, New York, School of Visual Arts, 1966.
Seth Siegelaub qui, dès les années 1960, déclarait : « L’utilisation de catalogues et 7. Mary Ellen Solt, Words and Spaces, 1985.
de livres pour communiquer (et disséminer) l’art est le moyen le plus neutre pour Vue de l’exposition Forsythia, Lilac and Geranium, 2021, Cabinet du livre d’artiste, Rennes
présenter le nouvel art. Le catalogue peut maintenant jouer comme information
de première main pour l’exposition, en opposition avec l’information de seconde
main au sujet de l’art dans les magazines, catalogues, etc., et, dans certains cas,
l’«exposition» peut être le «catalogue» 3. »
À la différence des publications de Seth Siegelaub dont les pages imprimées contiennent
à proprement parler l’exposition 4, ou d’expériences plus contemporaines comme la
revue Trouble 5 de 2007, réunissant vingt-sept artistes pour une exposition collective
fictive n’existant que sous la forme de cette publication, notre exposition aura bien lieu
sur un mode d’existence physique, à ceci près qu’elle devra être appréhendée avec
l’ouvrage Forsythia, Lilac and Geranium qui en constituera à la fois le catalogue, le
moyen d’accès et la proposition plastique des artistes à s’y confronter.
Sur ses supports de communication, l’exposition s’annonce du 4 février au 25 mars
2021, le catalogue s’en nourrissant devant paraître après coup. Il n’est pas exclu
de prolonger l’exposition au-delà de cette date, en fonction des autorisations des
8
Rose Gold Cécile Bart, Dentelle #1, 2020, pastel à l’huile sur papier
(diamètre des cercles 150 cm), Frac Franche-Comté, Besançon
Commissaire : Sylvie Zavatta - © Photo : Nicolas Waltefaugle
« Je me revoyais dans ce magasin de soieries en Suisse, la couleur intimement liée à la forme irradie, déborde le les Cages. Le rapport au corps du spectateur est inversé, il
debout, perdue dans la contemplation de cette splendeur cadre qui lui est imparti. Le mouvement est partout, à aucun se penche, entre dans l’intimité de la recherche, de l’atelier.
étalée devant moi : des dessins hardis de fils de métal, moment l’œil ne peut trouver le repos. Énergique, ce wall
un fond rouge cuivré, miroitant d’or et d’argent, un tracé noir ; painting est construit sur la notion de formes trapézoïdales, Puis le corps sculpté et photographié, non plus filmé comme
c’était excitant, sauvage, barbare. J’étais comme hypnotisée, de plans chavirés. Le fantôme de Rose Gold entre alors en dans Silent Show, est à nouveau présent dans la Suite dans
et contre toute attente, achetai le tissu. » résonnance avec le mouvement et les figures de l’incroyable les images. Apparaissant de manière parcellaire, il nous
acrobate qu’elle était. Cette œuvre rejoint les assertions conte une autre histoire. Il est saisi dans l’instant, dans
Mary WIGMAN, Le langage de la danse,1986 que développe le chorégraphe Rudolf Laban sur la forme un geste de renversement, dans une situation incongrue.
d’un mouvement et ses évolutions potentielles dans son texte Ces sculptures photographiées par l’artiste n’apparaissent
L’architecture du Frac Franche-Comté a inspiré à Cécile Bart intitulé « Vision de l’espace dynamique » (1938-1950) jamais dans leur intégralité. Des nuques, des visages, des
l’idée de faire une exposition non pas tant sur la danse mais et dans lequel il précise « Bien plus encore, c’est comme corps culbutés, des mains se donnent à lire sur ces posters
sur l’un de ses arts périphériques, le cirque. Il est introduit si ces formes croissaient, se rétractaient, s’absorbaient partiellement recouverts d’un voile de couleur, un tissu peint
par les solides et hautes colonnes du hall qui convoquent la mutuellement ou en engendraient d’autres, modifiant leur marouflé en partie sur le mur et la photographie. Un poster
notion même de chapiteaux. Ainsi après avoir réalisé les forme dans un processus perpétuel de transformation. » 1 doublé d’une peinture/collage qui déploie une séquence
Suspens, les Pendus… l’artiste inaugure les Trapézistes. dans laquelle couleur et forme, abstraction et figuration,
Le geste chorégraphique ne cesse d’habiter l’œuvre de dialoguent, se recouvrent, se dévoilent à intervalle régulier
Cette exposition, Rose Gold, évoque à la fois un personnage, Cécile Bart. Dans Glisser, les lignes sont les traces d’un dans une sorte de travelling latéral. Une fois encore le rythme
trapéziste renommée, et une ou des couleurs. Le corps n’y est mouvement, d’une chorégraphie à venir ou passée. Comme anime ces œuvres, leur insuffle la vie, fait glisser le regard et
représenté qu’avec parcimonie mais sa présence ne cesse le précise l’artiste, il s’agit d’« une ou des trajectoires le corps du spectateur d’une œuvre à l’autre. Une certaine
d’être sollicitée, en filigrane ou de façon spectrale. possiblement faites ou à faire » 2. Glisser peut manifestement proximité émane de ces sculptures recadrées qui perdent de
s’entendre comme l’amorce d’une nouvelle typologie de leur superbe et gagnent en humanité. Un voile de pudeur les
Ici le regard et le corps du spectateur sont sollicités pièces. Les lignes développées par Cécile Bart se meuvent recouvre pour mieux les révéler, mettre en exergue certains
différemment en fonction des espaces parcourus. Dans un dans l’espace, accompagnent les corps des spectateurs, détails anatomiques que d’ordinaire nous ne remarquons
premier temps, le regard se hisse et découvre les Trapézistes elles en sont comme le prolongement. La couleur, devenue pas. Alors, le spectateur s’interroge sur ce qui est donné
qui le surplombent, ces peintures/écrans qui magistralement ligne, quitte l’espace bidimensionnel de la toile pour se à voir, sur cette figure qui voilée disparaît parfois, sur les
déploient leur couleur dans le grand hall d’entrée. Ces répandre dans l’espace réel. Cette proposition rappelle le mises en perspectives ainsi signifiées, sur le sens de cette
œuvres ne bougent pas mais le regard fait s’interpénétrer dessin Figur und Raumlineatur (figure et réseau de lignes nuque, de ce corps renversé et flouté et se trouve renvoyé à
les couleurs et les démultiplier. Alors le spectateur passe en dans l’espace) d’Oskar Schlemmer daté de 1924. Ici les sa propre vulnérabilité.
dessous, lève la tête, la tourne et choisit son point de vue. Il lignes se propagent, se déploient sur le sol et les murs,
compose, façonne sa propre histoire à l’œuvre. elles s’inscrivent dans l’ensemble de l’espace d’exposition Le concept de vanité contemporaine revisité apparaît en
et peuvent se lire comme le décor dans lequel le corps est filigrane ; bien sûr aucun crâne, aucune bougie ne sont ici
Plus loin, sa trajectoire le conduit dans une salle que tout invité à pénétrer, à se mouvoir et à expérimenter. Elles se présents mais les figures parfois nimbées par ce voile ont
semble opposer à ce bel et large espace ouvert à la lumière croisent, se chevauchent, forment des angles obtus, incisifs une aura singulière et évoquent une sorte de Memento Mori
naturelle. Plus petite, elle est sombre et close. Le noir et le et conduisent le regard vers un horizon ponctué par la rappelant l’extrême fragilité de la vie.
rouge y sont de mise et résonnent en maîtres. Cette boîte quiétude et la stabilité d’une peinture/écran dont la gamme
noire, dans laquelle nous sommes projetés, présente des chromatique évoque l’enchantement et résonne avec l’une Non loin de là se trouvent des Lisses, des fils de laine ou de
corps dansant. des dernières œuvres, non achevée, de Turner : Confluent coton tendus. L’allusion à l’une des figures de la mythologie,
de la Severn et de la Wye, dit Paysage avec une rivière Clotho, est tentante : Hésiode disait de cette Parque, fileuse,
Dans ce Silent Show les extraits de films projetés en noir et une baie dans le lointain, de 1845. Joris-Karl Huysmans que sa quenouille déroulait le fil de la vie. Ces Lisses
et blanc sont souvent recadrés puis démultipliés, traversant décrit cette peinture dans la Revue Indépendante en 1887 : s’adaptent aux espaces qu’elles occupent, et affirment la
une partie des peintures/écrans pour s’arrêter sur un mur « Quant au Turner, lui aussi vous stupéfie, au premier notion même de verticalité. Elles forment à priori des espaces
ou directement sur le sol. Ici le corps est à l’honneur, celui abord. On se trouve en face d’un brouillis absolu de rose dans lesquels le spectateur peut pénétrer mais avec une
spectral et fantomatique de ces danseurs plus ou moins et de terre de sienne brûlée, de bleu et de blanc, frottés grande attention car les fils ne sont pas fixés au sol. Lestés
anonymes mais également celui du spectateur projeté dans avec un chiffon, tantôt en tournant en rond, tantôt en filant d’un plomb, ils présentent une grande légèreté. Fragiles, ils
ces cadres lumineux et ces espaces scéniques. Il évolue en droite ligne ou en bifurquant en de longs zig-zags. » Il se meuvent de manière presque imperceptible, formant des
parmi ces personnages, leurs histoires, leurs moments de poursuit : « Devant les yeux dissuadés, surgit un merveilleux écrans traversants à partir desquels le spectateur est conduit
vie. Le corps du visiteur suit les mouvements du boxeur paysage, un site féerique, un fleuve irradié coulant sous un à prendre conscience de l’espace qui l’environne. À travers
qui ouvre le bal et l’accueille avec puissance et énergie à soleil dont les rayons s’irisent. Un pâle firmament fuit à perte eux apparaît, sur un mur opposé, un wall painting dont les
l’entrée de la salle. Il enchaîne sur les danseurs apprentis ou de vue, se noie dans un horizon de nacre, se réverbère et formes en tondo inscrites en négatif découvrent un fond doré.
chevronnés qui tournoient avec fougue et application mais marche dans une eau qui chatoie, comme savonneuse, avec Puis une autre salle se profile dans laquelle est projeté dans
toujours dans un calme absolu – si ce n’est le ronronnement la couleur du spectre coloré des bulles. »3 La couleur, son un fondu enchaîné, un diaporama constitué de vues – de
des projecteurs. Aucune bande son n’accompagne leurs rapport à l’environnement et au spectateur, semblent être sources et de registres divers, qui se répondent mutuellement
gestes et pourtant la musicalité et le rythme sont partout. Ils au centre de l’attention de ces deux artistes. Les lignes vives et évoquent le travail de mise en perspective des images
semblent sourdre de ces tableaux, de ces instantanés de vie et soutenues orange et rose de Cécile Bart se retrouvent développé par Aby Warburg dans l’Atlas Mnémosyne.
en mouvement permanent. dans cette peinture/écran comme vaporisées. Moirées, elles
apparaissent poudrées, légères et délicates. Le regard se Ces œuvres offrent une véritable respiration, un sentiment de
Poursuivant sa déambulation, savamment orchestrée par perd alors dans cet océan de couleurs chaudes et douces. plénitude. Elles déploient un espace hors du temps, offrent une
l’artiste, le spectateur rencontre Le fantôme de Rose Gold. plongée dans un univers chromatique riche et sensuel. Le doré,
Dans ce wall painting des formes carrées et rectangulaires couleur phare et peu fréquente dans l’œuvre de cette artiste,
se chevauchent par endroits, redessinant des surfaces qui y est à l’honneur. Solaire, lumineuse, porteuse d’espoir, elle
s’inscrivent en réserve sur le mur. Deux couleurs recouvrent irradie avec intelligence dans l’espace d’exposition.
partiellement le mur, le rose et le doré, qui lorsqu’elles se
superposent en créent une troisième, le gris. Difficilement Line HERBERT-ARNAUD
lisibles, ces plans lumineux et dynamiques entrent en
tension, se meuvent, dansent sur le mur. Ils font peut-être 1. Rudolf Laban “Vision de l’espace dynamique”, dans Danser sa vie, Écrits
écho à la poésie chromatique du ciné-dancing de l’Aubette sur la danse, p 111, Éditions du Centre Pompidou, 2011
à Strasbourg, à l’élémentarisme et aux contre-compositions 2. Propos recueillis auprès de l’artiste en mai 2021
antistatiques dans lesquelles Théo van Doesburg bascule 3. Joris-Karl Huysmans, dans La Revue Indépendante, Nouvelle série. n°4,
sa toile à 45 degrés et y déploie des surfaces inclinées, Février 1887
dissonantes et dissidentes. Dans Le fantôme de Rose Gold,
Cécile Bart, Hanged and Happy, 2013, 22 Minis Pendus (dim. variables),
120 x 120 x 140 cm, Frac Franche-Comté, Besançon
Commissaire Sylvie Zavatta - © Photo : Nicolas Waltefaugle
Il recouvre sa sérénité puis vient se polariser dans la salle
des Minis qui présente des œuvres à échelles réduites, des
maquettes mais également des petites peintures/écrans
autonomes qui nécessitent une toute autre attention, une
nouvelle attitude. Elles ne se déploient plus dans l’espace mais
concentrent leurs richesses chromatiques dans des formats
discrets comme entre autres les Tondo, les Profils, les Pendus,
9
annemasse HORSD’ŒUVRE n°47 château-gontier mouthier-haute-pierre RDV T&G © Taroop & Glabel, 2021
édité par l’association
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