1 le journal de l’art contemporain, déc. 2023 - avril 2024 dijon ➤ bourgogne ➤ france ➤ europe ... n°51 Marc Camille Chaimowicz, Celebration? Realife Revisited, 1972-2002, collection Frac Bourgogne Espace des Arts, Chalon-sur-Saône, 2015 © Photo : Masahiro Handa Faites la fête ! www.interface-horsdoeuvre.com
2 De tous temps et de toute part, la fête a rythmé les sociétés humaines, marquant les cycles de la vie, rassemblant autour de symboles, autorisant des moments d’euphories, de relâchements, voire de transgression. Ces parenthèses dans les quotidiens prennent des formes et des significations divergeant d’une société à une autre. Dans le contexte d’épidémie où la promiscuité est proscrite et les rassemblements interdits, la fête a revêtu des formes inédites. Transgression à part entière, elle s’est vue s’adapter au monde virtuel par le biais de la visio-conférence, devenue l’alternative autorisée et sécurisée aux rassemblements de visu. Particulièrement marginalisée, elle s’est tenue de manière clandestine et a, sous cette forme, été considérée comme « une mise en danger de la vie d’autrui ». Si, pendant ces moments, la vie productive et le travail se sont vus préservés, les rassemblements festifs ont été considérées comme des prises de risque bannies par le pan officiel de la société. Or, dans notre monde moderne, la fête peut justement se définir comme le contre-pied aux moments de labeur. Ainsi, pour Laurent Sébastien Fournier, « Une société sans fêtes n’est donc imaginable qu’à condition de restreindre la vie à une suite linéaire de tâches techniques et utilitaires. » 1 La fête est en effet un relâchement nécessaire où se construit une autre sphère sociale, autour de l’insouciance et du lâcher-prise, du renforcement des individualités par rapport à autrui et au sein de la collectivité. La fête est d’un certain point de vue le pan de la vie où peuvent se forger des identités plus alternatives voire marginales : on s’autorise les déguisements, on lâche prise sur le dancefloor, on se rencontre et on forge des liens, on forme des pairs, et si tout est souvent très éphémère, ce sont toujours autant de bulles ô combien agréables et bel et bien nécessaires – bien que considérées ces dernières années comme « non essentielles ». Alors : quel est le sens de la fête aujourd’hui ? Quelles formes prend-elle, après avoir été interdite ? Quelles sont ses alternatives, quand nous ne sommes autorisés qu’à (télé)travailler ? Quelles réponses aux besoins sociaux de relaxe et de liesse collective ? Comment peuvent se construire nos identités lorsque nous sommes proscrits chez nous ? D’autres moments de sociabilité s’inventent-ils ? Et quand est-il lors d’un retour (relatif) à la normale ? Allons-nous nous replier davantage sur nos sphères domestiques, où allonsnous voir, au contraire, la fête exploser lorsque les interdictions seront levées ? […] C’est que les manières d’appréhender et de faire la fête en disent long. En tant que rassemblement collectif, la fête est un marqueur social et sociétal, que nous pouvons observer afin de comprendre un groupe ou d’analyser une société. Dan Dipiero 2 a par exemple analysé la « post-crash party music » et la manière de faire la fête de la génération post- effondrement financier de 2008 dans le contexte des « ravages climatiques » : la fête est, pour ces jeunes occidentaux, « frénétique, radicale, nihiliste du temps présent » en conséquence de la prise de conscience que le monde peut s’effondrer dès le lendemain… Audelà des recherches, écrits et théories ; de quelles formes se vêtissent les fêtes et leurs significations, dans les formes artistiques, qu’elles soient performées ou plastiques ? Dans le contexte d’épidémie mondiale et des conséquences réglementaires qui ont été mis en place, de la catastrophe climatique et de l’effondrement de la biodiversité en cours, des guerres et de la menace nucléaire… Comment les œuvres se font-elles l’écho de nos fêtes actuelles et à venir ? Laëtitia TOULOUT 1. Laurent Sébastien Fournier, « La fête est-elle non-essentielle ? » 2. Dan Dipiero, « Danser jusqu’à l’effondrement » Faites la fête ! Pour ce numéro de horsd’œuvre, il nous a été proposé d’écrire sur le thème de la fête. J’ai choisi d’écrire sur Snow dancing, une œuvre de Philippe Parreno. Snow dancing, c’est avant tout un livre qui est en fait le compte-rendu d’une discussion avec Liam Gillick, où Philippe Parreno décrit à l’avance les préparatifs, le déroulement et la fin d’un évènement qui a tout l’air d’une fête. Cette fête a eu lieu au Consortium, à Dijon, le 19 janvier 1995, en suivant les indications données dans le livre. Il était d’ailleurs à disposition des participants. Les traces laissées dans le centre d’art par cette fête ont formé, du 20 janvier au 08 mars 1995, l’exposition du même nom. Toutes les citations de cet article proviennent de la première édition du livre Snow Dancing, de Philippe Parreno, paru en 1995 chez GW press LTD. To be creative is to party J’ai ce souvenir d’obscurité en pointillés. L’inverse du flash. “The building has a multiple personality disorder. […] If the building is a metaphorical brain, then the people hanging around are a bit like ideas or concepts moving around and constantly running into each other.” Ce n’était vraiment pas comme d’habitude. Quand on m’emmène au Consortium pour ce genre d’évènements, normalement, il y a beaucoup de lumière et les discussions résonnent un peu, trahissant la place majoritaire laissée au vide. Il y a un moment où les personnes présentes regardent les murs, un peu en ligne côte à côte, puis regardent les autres gens présents, puis forment des petits groupes circulaires et discutent entre eux, en oubliant ces murs et finalement l’art qui y est accroché. Moi, je ne vois que des genoux. C’est ma ligne d’horizon : un peu les sacs à mains mais surtout les genoux. “The whole effect is like the process of morphing, the electrical current always having to go through a series of voltage transferrals before anything can be used.” Mais cette fois-ci c’est différent. J’ai une vision à hauteur de l’évènement, une vision d’ensemble. Les gens sont devenus les murs, ils portent l’art à 360°, ça me fait vraiment comme un zoom à regarder. Toute la notion d’échelle est perturbée entre autres par ces grands tee-shirts qui obligent les groupes de personnes à se coordonner, ou au moins à ne pas tomber ensemble. Et puis même s’ils tombent… Le but ici n’est pas là. Je ne sais pas bien quel est le but d’ailleurs. Pas sûr que, dans la salle, on en sache beaucoup plus. Il ne s’agit pas d’une banale inversion binaire de la situation, ni d’une pseudo immersion décorative en guise de vernissage. Je n’ai aucune idée du temps que ça a pu durer cette fois-ci, alors qu’en règle générale je trouve le temps long pendant ces vernissages. “We are in a place that has all the elements required to create a community. […] For them play allows access to power. To play is to prove that you can do it.” On a créé une situation, une mise en scène, sûrement, puisqu’un décor, des accessoires, et même un script précèdent l’événement. On a généré les conditions minimales pour que quelque chose de collectif se déroule. Et avant même que les comportements ne se dessinent, Philippe Parreno, Snow Dancing, Le Consortium, Dijon, 1995 © Photo : André Morin un peu comme prévu, ils étaient déjà archivés dans un livre-œuvre qui en avait prédit le potentiel sans en indiquer le chemin. En tous cas pour l’instant j’y suis, et sans pouvoir me l’expliquer – je n’y comprends jamais rien de toutes façons à leurs trucs, j’ai dix ans – je sens que ce moment est charnière. Je perçois qu’il y aura un avant et un après, qu’il va permettre une ouverture, que cette ouverture va poser les repères à un autre endroit, et que cela va dégager une échappatoire. “The whole set of pictures have no life until they are filmed. In time only the drawings may remain.” Après ce soir-là, il y a eu un panneau chez moi. Quand je vous dis que je ne comprends rien à leurs trucs… Il y a carrément un type, il écrit juste la date. C’est tout. Et cette fois-ci, un panneau de signalisation. Au moins, c’est rigolo : il indique SNOW DANCING, et un jour il est dans le salon, un jour il est dans le jardin, un autre dans le couloir. Ça m’amuse assez de déplacer cet objet. Même si en fait, pendant des années il a surtout été stocké dans du papier bulle au fond de la cave, pointant cyniquement des objets entreposés et leurs volumes accentués par la poussière. “They are no children.” No children ? Comment ça no children… C’est peut-être ça, cette obscurité en pointillés : malgré des souvenirs vivaces, malgré des émotions qui ont traversé les années, malgré ce net sentiment d’avoir été là… Peut-être que j’en ai juste entendu parler. Je n’en ai aucun souvenir, mais peut-être qu’on m’avait emmenée voir l’exposition qui avait suivi ? Ou vu des photos prises malgré l’interdiction d’immortaliser la fête. Qui sait ? Toutes ces images sont peut-être en fin de comptes beaucoup trop nettes vingt-huit ans plus tard. Parce qu’en fait, à cette fête, je n’y étais probablement pas du tout. “It is only through imagination and participation that you can take an image away with you.” Pauline ROSEN-CROS
3 Manifeste pro-fête La fête est une matière infinie à penser. On peut développer tout un lexique historico-philosophique, du banquet de Platon au carnaval de Rabelais, de la bohème parisienne aux premières raves des années 1990. On peut interpréter ses manifestations exaltées comme autant de symptômes de la dérive psychologique d’une société : narcissisme, excès de consommation, recherche frénétique d’intensité, soupape de décompression ou revanche sur un quotidien médiocre. On peut faire de la fête une culture, une idéologie, dans laquelle se construit une identité partagée et revendiquée, punk, techno ou LGBTQI+. La fête est un milieu à l’intérieur d’un milieu : pas de monde de l’art sans fêtes, ni de monde de la finance, ni de néo-ruralité alternative sans fêtes, où l’on se super-glue à coups de shots, de traces ou de champignons magiques, pour se rappeler avec quelle profondeur on appartient au groupe. Dans le monde de l’art, la fête est particulièrement présente. Elle est dans les œuvres en tant que motif, dans les vernissages qui dérapent, parfois dans les « afterwork au musée » du jeudi soir à 18h qui traînent un peu. Elle infuse les rapports sociaux, et dès qu’elle est performée, filmée, photographiée, elle bombarde dans les capteurs neurologiques une multitude de sentiments contradictoires et exaltants, de la gêne au désir, de la peur au plaisir. Des sentiments de connexion. De la même manière que les stroboscopes subliment les fêtes les plus décadentes, une situation d’alcoolisme généralisé se transforme soudainement en une communion collective : un espace où l’on s’autorise la vulnérabilité, où se forgent des identités, des appartenances, des solidarités. Dans la fête radicale et militante, on invente, à partir des affects, de nouveaux modes d’être ensemble, pour activer la machine du procès social, pour expérimenter une liberté de pratiques qui fait écho aux revendications des minorités – le milieu queer, par exemple. C’est un temps et un espace nécessaires où les normes, les règles, les ordres, tout ce que Foucault appelait les dispositifs disciplinaires, se relâchent 1. Grâce aux artistes, performeurs, cinéastes, metteurs en scène, écrivains, photographes de la nuit qui produisent les images de la fête, cet espace-temps s’articule autour d’un discours collectif visuel et vital contre le néo-conservatisme qui cherche à contrôler les corps. Un discours en retour, une esthétique de l’émancipation 2, un manifeste pro-fête comme prolongation de la pensée pro-sexe, qui devient une urgence dans les périodes de crise. En pleine crise du Sida, Girl With Arms Akimbo / Boy With Arms Akimbo avait répliqué par l’image à l’oppression symbolique d’État. Le groupe d’activistes queer californien affichait dans les rues et sur les murs des institutions, des représentations inversées de ce qui était safe (les pratiques sexuelles stigmatisées) et unsafe (les figures politiques réactionnaires). Pendant le confinement, la répression publique justifiée par la peur aveugle de la propagation de la maladie a ravivé une forme de jugement collectif d’état d’urgence, autoritaire et intrusif, qui s’est de nouveau infiltré dans l’intimité des rassemblements privés. La fête est (re)devenue une dissidence, une pratique « unsafe ». Je lis le même parallèle dans les mots de Paul B. Preciado : « En 2020 et en quelques mois à peine, la pandémie du Covid est devenue le nouveau sida des normaux, des Blancs et des hétérosexuels. Le masque, le préservatif des masses. (…) Entre 1983 et 2020, le passage du sida au Covid annonce la généralisation (certains diraient la « normalisation ») de la précarité, de la vulnérabilité corporelle et de la mort, en même temps que la surveillance et le contrôle pharmacopornographique du corps individuel et de toutes les formes de relations sociales. » 3 À cette volonté politique de contrôle des corps, Preciado ajoute ici la question des minorités : le Covid est une pandémie mondiale parce qu’elle touche les « normaux, blancs, hétérosexuels », c’est-à-dire les dominants. Il donne ainsi un cadre et un ennemi à cette dissidence : les teufeurs, tout comme la communauté queer, s’érigent contre les représentations d’État, contre la peur du contact, contre la recherche maladive du risque zéro, contre l’angoisse qui paralyse les nations. Dans l’imaginaire collectif, comme la sexualité, la fête est potentiellement un risque pour la société. C’est un sujet de santé publique : consommateurs d’alcool, de cigarettes et de drogues creusent le trou de la sécu, et ils propagent le Covid parce qu’ils consomment aussi des rassemblements culturels… première chose qui pourtant fut interdite, avant les supermarchés. L’État ressuscite ainsi la morale judéo-chrétienne et trouve un bouc-émissaire tout désigné chez ceux qui font la fête ; il culpabilise : pénitence ; interdit : abstinence ; confine : enferme, aliène. La solitude ravage les cerveaux, alors que la fête les soulage. « Le dancefloor est une somme de solitudes » 4 qui se rattachent à un idéal collectif. Face à l’interdiction de contact humain, plutôt que l’abstinence, la contraception a été largement choisie en secret. Les dissidents se sont répartis la responsabilité du risque minime parmi les membres de la communauté consentante et ils ont fait la fête pour survivre. Un manifeste, donc, pour la construction des représentations safe de la fête par les formes artistiques comme acte politique. Pour la fête radicale comme pratique instituante qui injecte son essence affective basée sur la culture de l’émancipation, du consentement, de l’empathie et de la tolérance dans nos sociétés capitalistes. Au lieu de l’abstinence, l’auto-responsabilité - au lieu de la pénitence, l’auto-détermination - au lieu de l’aliénation, la liberté de faire la fête comme on fait l’amour, en reconfigurant de manière constante et consciente tous les paramètres de la réalité normative. Juliette PYM 1. Florian Bardou, « Florian Gaité : ‘Si je finis rétamé, c’est le signe d’une bonne soirée’ », Chronique « C’est reparty », Libération, 24 mai 2023 2. Isabelle Alfonsi, Pour une esthétique de l’émancipation, 2019 3. Paul B. Preciado, Dysphoria mundi, 2022, p. 26 4. Arnaud Idelon, « Faire la fête au système : IN, OFF, AFTER », Poptronics, 29 mai 2019 La genèse du club « Au-delà du club » raconte la scène festive et féminine. La chanteuse et compositrice Hawa Sarita est à l’origine de cette œuvre hybride, où la poésie se mêle aux témoignages. L’artiste, diplômée de Sciences Po, entame un master d’études urbaines, à l’occasion duquel elle s’intéresse à l’espace festif. Elle décide de faire porter son mémoire de recherche sur le club, les mobilités nocturnes et la scène. Durant la rédaction de ses travaux, elle se questionne sur le fait d’intégrer ces environnements lorsque l’on est une femme. En tant qu’artiste, elle réalise que la voix des femmes artistes n’est que rarement audible, et souhaite donc créer un espace dédié au témoignage, pour des artistes habituées aux performances. Ce qui était initialement un mémoire de recherche se métamorphose progressivement en un recueil créatif. C’est lors de la pandémie que le livre naît, à une période propice à l’introspection et à la réflexion. Un processus créatif Durant le confinement, Hawa Sarita rassemble huit femmes DJ et débute une série d’échanges et de témoignages. Elle décide de réunir un petit comité d’artistes afin de conserver l’intimité des échanges et de favoriser les discussions. Chacune convoque des souvenirs différents. Chacune habite les espaces très différemment selon son vécu, son identité. Il y a une connivence entre les artistes, mais aussi des dissemblances entre leurs récits. Son projet consiste à faire de la poésie un outil de collecte des expériences personnelles de la scène festive. C’est là qu’apparaît une rupture avec la recherche académique initiée au départ. Hawa Sarita ne souhaite pas de récits formels et policés. Le recueil est consacré à la subjectivité, aux émotions, à la parole libre. Au terme de cette période d’atelier, elle décide de ne pas conserver ces écrits dans son mémoire, et d’en faire un livre. L’ouvrage permet d’honorer le récit des artistes, car c’est un lieu physique pour partager leurs histoires. Son choix se porte sur la poésie, car ce genre littéraire porte en lui un héritage féministe conséquent, depuis Sappho jusqu’aux poétesses afro-américaines. Cet ouvrage est une réappropriation de cette forme d’expression qui a longtemps porté un regard plutôt masculin sur le monde. La poésie telle qu’elle est enseignée est Au delà du club : la scène festive et féministe également très codifiée. L’ouvrage est aux antipodes de cette vision poétique, et les textes qui se déploient au fil des pages ne répondent à aucune contrainte stylistique ou rythmique. En outre, il s’agit d’une polyphonie féminine. Les artistes se sont émancipées des exigences textuelles et littéraires afin de déployer toute leur pensée. D’ailleurs, l’écriture poétique et la performance se font écho, car le lyrisme de ce genre littéraire porte en lui une forme de musicalité. En écrivant leurs vers, les artistes et compositrices performent à nouveau, créant une symphonie des mots qui s’étend au fil des pages. L’ouvrage, œuvre collective L’au-delà du club, c’est ce qui gravite autour du dance floor ; ce sont les dynamiques qui influent sur cet espace clos. Le livre est une investigation sans fards, qui montre les représentations sociales et musicales autour du club. Ce n’est pas un traité théorique. L’ouvrage est un objet d’expérimentation. Certains textes plus explicatifs et sociologiques ponctuent cependant les récits. Ils ont vocation à clarifier certains poèmes, en analysant les témoignages sous un prisme objectif et pédagogique. Cela permet de contextualiser les diverses thématiques de réflexions, qui sont au nombre de cinq dans l’ouvrage. À cela s’ajoute un travail de recherche graphique et visuelle mené par le DJ Ewan, responsable de la direction artistique. Les poèmes sont donc illustrés d’une série de photos argentiques de clubs, afin de nourrir l’imaginaire festif du lecteur. L’esthétique des pages est épurée, dépouillée et le texte occupe une place centrale. Cet ouvrage polyphonique oscille entre confidences et poésie, lyrisme et intime. Proses musicales et constats sociétaux se croisent, pour offrir un portrait de la fête tendre mais aussi incisif. L’œuvre porte un engagement féministe : c’est une scène littéraire pour celles qui foulent les scènes des soirées, sous les néons scintillants. C’est une narration innervée de poésie, qui offre au lecteur une immersion dans un huis-clos de la fête, dans l’intimité du club où la musique est assourdie. L’heure est aux confidences. Radidja CIESLAK Bonella Holloway, Caténation #2, 2021, Théâtre du Ring, Toulouse © Photo : Edwige Mandrou
4
5 Natacha Lesueur - © édition interface, dijon - 2024
6 Le projet Clémentine d’Arnaud Idelon L’envie irrépressible, parce qu’au summum d’une joie, de dépasser l’intensité de l’événement par quelque chose qui relèverait de la bêtise. SURJOIE Au sortir d’une fête, la mer. S’il neige du sable : on s’approche. GOUDES L’état dans lequel plonge une seconde ou une troisième montée d’ecstasy : la surenchère (tamisée ou nauséeuse) sur un fond déjà saturé. STAZ L’état paradoxal où le corps suit encore le rythme, de manière mécanique et obsessionnelle, alors que l’esprit a quitté la fête au même moment que l’énergie. OSTINATO L’absence de fête en soi. DÉFAITE Résurgence impromptue d’un état de fête dans un contexte diurne et socialement normé. REMONTÉE Le sentiment erroné d’une souveraineté absolue des désirs exprimés par un corps ivre ou défoncé. Angle-mort : les désirs des autres corps. MONSTRE Ivresse provoquée par la drogue. (Recherche d’un synonyme plus noble que le terme usité : défonce) NIRVANE Dans la danse, apparition d’une rage dénuée de colère où le corps part à l’assaut de la fête. Signes extérieurs : vagues gestes de boxe, martèlement du sol, mouvements circulaires partant des hanches. HAKAGE Silence retrouvé après une nuit de danse. Soulagement, bourdonnement, impression de vide mélancolique ou salutaire selon le moment. PHENE L’état d’un t-shirt trempé le long du col dans la danse et à la base, à l’endroit où tu essuies ton front. DANSÉ Les minutes ou les heures ou plus où nous restons dans la fête alors même que nous avons statué que nous devrions la quitter. État d’indécision, d’attente, de promesses. STAGNESSE Devenir généreux comme celleux qui ne veulent plus quitter le son et collectivisent cigarette briquets bières et bouteilles d’eau. EMPATHIR La désynchronisation des mouvements des bras des hanches et des jambes malgré une recherche d’équilibre d’ensemble. ACHILLÉE La brusque culpabilité qui tombe alors que la journée se lève sur un paysage de cernes et de mâchoires serrées. L’assombrissement des ambiances inversement proportionnel au taux de lumière. DELYSE La mélancolie d’un lendemain de fête où l’on se sent abandonné par une communauté d’hier. ATOMIE Paysage de nudité où ne plane plus de désir mais une joie commune qui exulte. APHRODIE Alcôve silencieuse à l’abri de la fête où bruissent chuchotements et caresses. CLAIRIÈRE Vivre la fête comme en enfance. STURMER Esprit en danse mais corps stupéfait. HOLE Transhumance d’une fête à une autre indifférente au cycle des nuits et jours. BERMUDIE Empathie emphatique de corps en phase dans leurs danses. EMPHASIE Fête grandiose oubliée de bout en bout. FLÊSH Un échange de regard furtif classé sans suite pour les deux protagonistes. TANGENTE Le mouvement de balance d’un bras métronome qui court derrière la hanche, et puis les fesses, et revient chercher haut, devant les épaules. PENDULE Se dit d’une danse anarchique, sans logique, empruntant à des registres hétérogènes, sur des rythmes absurdes, sans lien (ou léger) avec le son joué au dance floor. CACONNE Quand les bras remontent le long du corps, les versos repliés, et montent jusqu’au visage, le dépassent, pour s’épanouir dans l’air. ATLAS Quand la joie devient danger et que, dans la fosse, on se sent devenir proie. CHAROEE Compréhension nette du monde dans un état modifié de conscience. (featuring Lucus) VIVID.E En after, personne évoquant ses traumas. (featuring Julie) DEEPEUSE Un tunnel sans regret. (featuring Lucus) PASSERIEL Tourner en rond comme un poisson rouge, poussé par un sentiment de fomo à l’intérieur même de la fête, un désir d’ubiquité, d’être au dance floor et au fumoir, de ne rien manquer. (featuring Manon & Alan) BOCALISER Tentatives d’imitation à contre-temps des mouvements de danse de la personne à côté. (featuring Esmé & Djemil) COPYCHATON Bonsoir collectif qui te donne l’impression fugace mais intense d’être Beyoncé. (featuring Esmé & Djemil) BEYONSOIR Apparitions électriques, hypnotiques et vénéneuses de créatures dans la nuit. (featuring Souad) MURÈNES Histoire d’amour sans producteur.ice. SCRIPT L’envie subite de décomposer la structure de la musique et d’en hurler des composantes en couvrant le son du DJ afin d’en rendre le morceau inaudible. BOUILLABE L’apparition d’un visage à la faveur d’un halo dans la foule. Y reconnaître une joie jumelle. SAMIOSE Phénomène de la tectonique du dance floor qui orchestre la dérive des corps. BAÏNE Phrases et mots suspendus aux clairières de la fête qui s’allument, s’éteignent, clignotent puis sèchent. Langue étrange qui se sédimente non loin des fumoirs. SELS Désigne usuellement la compréhension soudaine d’un état de fait. En argot festif, désigne l’action qui consiste à réunir l’ensemble des conditions à l’apparition soudaine d’un état de fête. S’ÉPIPHANER Quitter une fête pour une autre. PARTYR Sentiment dans la fête d’unité avec le son, les corps, la musique. Impression de réconciliation avec le monde. Se savoir appartenir. OCÉANIE Né d’une résidence du collectif 16am à la supérette, maison des arts de Malakoff, Clémentine est une tentative de référencement de mots manquants pour parler ou écrire sur la fête, ses habitudes, ses pratiques et ses états. Ce lexique en cours d’évolution fait l’objet d’une encyclopédie open sourcée et d’une publication aux éditions éditions dentata : https://dentata.bigcartel.com/product/clementine
7 Looksor, 2018 ; des fidèles se réunissent une dernière fois dans leur temple. Ils apportent leurs dernières offrandes, s’abandonnent à des danses rituelles, murmurent peut-être quelques blasphèmes. Après trente-trois ans, c’est la dernière fois en ce lieu. Ce lieu, ce n’est pas Louxor en Égypte, où est situé le temple voué au dieu Amon, érigé entre 1400 et 1000 avant notre ère. Ce lieu, c’est une discothèque baptisée Looksor, créée en 1985 et fermée en 2018, située à Clisson, petite commune de Loire-Atlantique à une quarantaine de minutes de Nantes. La légère variation orthographique entre Louxor et Looksor ne doit pas nous leurrer : ces deux entités entretiennent bien une filiation multimillénaire, rendue évidente par les deux colosses assis sur la scène de la discothèque, lointains rejetons des statues monumentales encore présentes aujourd’hui sur le site du temple égyptien. De l’Antiquité au tournant du XXIe siècle, des rives du Nil à celles de la Loire, du lieu de culte au lieu de fête, tout semble éloigner Louxor et Looksor. Une question s’impose alors : pourquoi et comment un temple de l’Égypte antique a-t-il bien pu s’inviter en 1985 dans une petite commune de LoireAtlantique, et s’incarner dans une discothèque ? C’est la réflexion – et l’expérience – à laquelle nous a invités l’artiste Tony Regazzoni, à travers deux événements organisés dans le cadre du Voyage à Nantes 2023 : Pharaonik, une installation/clubbing le temps d’une soirée le 1er juillet ; Looksor, une exposition à ASKIP du 30 juin au 20 septembre. Ainsi, après sa fermeture en 2018, l’expérience de la discothèque de Clisson a été recréée au cœur de la cité des Ducs de Bretagne. Les discothèques du type du Looksor se sont multipliées partout en Europe et aux États-Unis depuis la fin des années 70. Mais plusieurs facteurs ont provoqué leur déclin depuis plusieurs années. La fermeture de celle de Clisson en 2018 est le résultat d’une dynamique générale illustrant un basculement du modèle de la fête. Ces lieux plus ou moins mythiques, souvent abandonnés, sont au cœur de la recherche de Tony Regazzoni, aussi bien en tant qu’artiste plasticien que DJ. Archéologue d’un temps pas si éloigné, il explore les nombreuses facettes de ces industries de la fête : leurs esthétique et architecture souvent postmodernes et kitch ; leur univers sonore et musical ; les interactions sociales qu’elles impliquent ; les marqueurs politiques et sociaux auxquelles elles ont pu ou peuvent encore être associées. Cette fascination pour les grands ouvrages abandonnés, désolés et gagnés par le lierre a été prégnante dans l’histoire de l’art jusqu’à devenir un genre à part entière. Les vestiges de la Rome antique à eux seuls ont inspiré d’innombrables peintures, dessins et gravures inscrits le plus souvent entre regard historique et recréation fantasmatique, entre image d’une gloire passée et allégorie de la vanité humaine. Le travail de Tony Regazzoni emprunte à cette tradition. Quant à la discothèque Looksor, elle s’inscrit elle aussi dans une mouvance plus ancienne : l’égyptomanie. Ce concept traduit la fascination pour l’Égypte antique ainsi que ses diverses manifestations, allant de la littérature à l’architecture en passant par la mode vestimentaire, la joaillerie, le mobilier, le cinéma, etc. Ce phénomène existait déjà du temps de l’Égypte antique mais il s’est exacerbé à la fin du XVIIIe siècle à la faveur de quelques succès littéraires ainsi qu’à la campagne d’Égypte du général Bonaparte. En novembre 1921, un cinéma à l’esthétique néoégyptienne a été inauguré dans le quartier Barbès à Paris. Le lieu, qui existe encore, a été baptisé Louxor. Ainsi, la discothèque de Clisson est une autre des innombrables expressions de ce mouvement culturel qui ne s’est jamais réellement tari. Cette assimilation montre l’extraordinaire capacité de synthèse entre des esthétiques apparemment disparates. En effet, il aurait été difficile d’imaginer le mariage d’une civilisation connue par ses temples et ses tombes parsemés de visages de pierres exhumés des Tony Regazzoni sables et le décorum d’une discothèque dominé par le béton et l’acier, le verre et le plastique, les lasers et les néons. En déduira-t-on alors que cette inspiration égyptienne du Looksor n’est que pure esthétique, tant la frontière entre le temple originel et la discothèque semble imperméable ? Cette frontière n’est en réalité pas dépourvue de porosités. Les deux lieux sont d’abord des lieux de rassemblement. L’église, le temple des chrétiens, vient du grec ancien ekklesia qui signifie “assemblée”. Ces fidèles ou ces fêtards-clients aux origines disparates, en se rassemblant, constituent une communauté éphémère. Cette communauté participe à un ensemble de rituels, plus ou moins codifiés ou plus ou moins abandonnés à la transe. Nous savons que chez les populations de l’Égypte ancienne, « les fêtes religieuses et cérémonies funèbres sont animées par des troupes de danseurs pour honorer les dieux ou encore favoriser la résurrection des défunts » (Elisa Castel, Histoire & Civilisations, 2023). Certes, en dépit des statues de divinités égyptiennes dans le décorum de la discothèque, aucun rituel à proprement parler religieux n’était à l’œuvre au Looksor de Clisson. Pourtant, l’esprit qui anime ces masses participe de la même essence. Les deux communautés ont faim de transcendance. À partir des archives du Looksor de Clisson, l’artiste a exhumé les témoignages de certains clients et un mot revenait souvent : l’évasion. Mais de quoi des hommes et des femmes venus librement dans un endroit clos voudraient-ils s’évader ? Peut-être d’un quotidien profane, d’une vie où le spirituel et la transcendance n’ont plus droit de cité. Dans des sociétés où la religion a déserté la place prépondérante qui a longtemps été la sienne, la fête du samedi soir a-t-elle remplacé la messe du dimanche matin ? À l’instar de John Travolta dans Saturday Night Fever (John Badham, 1977), ce looser couronné roi le temps d’une chanson. Il n’est pas anodin que la forme de la discothèque soit quant à elle empruntée aux mythiques pyramides de Gizeh. En effet, cette forme symbolise l’élévation. Mais il ne s’agit pas à Clisson de pharaons en quête d’éternité dans l’au-delà, mais plutôt de fêtards goûtant une part d’audelà à travers une célébration extatique. Mais que célèbrent-ils ? Une certaine insouciance ? Une certaine jeunesse ? En réalité, c’est une célébration qui n’a pas d’objet. Elle est son propre objet. L’idole est absente, mais les fidèles dansent toujours autour du piédestal. Pour accompagner les événements nantais, Tony Regazzoni a conçu un documentaire fiction baptisé Sur les traces du Looksor. Il n’y a pas que son nom qui emprunte à ces productions télévisuelles sensationnalistes – parfois conspirationnistes – importées des États-Unis. De l’esthétique assez pauvre de la 3D à la mise en scène en passant par les voix et musiques issues d’une banque d’Intelligence Artificielle, tout concourt à créer une dissonance entre la réalité du Looksor et le mythe qu’il est devenu. Dans une discothèque recréée et vide, nous glanons des témoignages à travers quelques traces d’activité humaine comme un cocktail ou un porte-clé. Ils illustrent l’importance qu’a revêtu ce lieu aussi bien pour ses clients que pour celles et ceux qui y ont travaillé, et la nostalgie qu’il suscite encore aujourd’hui. Pour Jean-Michel : « on n’a jamais réussi à retrouver un endroit qui nous a autant inspiré que le Looksor. » Peut-être qu’il a pu, grâce au travail de Tony Regazzoni, retrouver le temps d’une soirée ou d’une exposition cette atmosphère qu’il chérissait tant. Kaïs BENNANI Tony Regazzoni, Sur les traces du Looksor, 2023, animation vidéo couleur en 3D, 24 min Co-production Le Voyage à Nantes et Ultima Notte © Tony Regazzoni - adagp, Paris, 2024 Tony Regazzoni, Pharaonik, 2023, installation visuelle, sonore et performative réalisée pour La Nuit du Voyage à Nantes Production : Le Voyage à Nantes, photo © Clack - David Gallard, 2023
8 Les spaces politiques et ludiques de Lygia Pape : O ovo et Divisor En écrivant sur l’œuvre de l’artiste brésilienne Lygia Pape (Nova Friburgo, 1927 - Rio de Janeiro, 2004), Hélio Oiticica 1 a mis en évidence la présence d’un « état mythique, où les énergies se développent » 2. Cet état mythique, qui renvoie au moment initial de la création où le chaos régnait dans l’univers, est lié à une énergie créatrice illimitée. Illimitée parce qu’indéfinie ; sans formes fixes, tout est fluide et inépuisable. C’est peut-être la caractéristique la plus remarquable de l’art de Pape : la présence d’un chaos primordial, d’un temps et d’un espace où l’absence de formes définies et une puissante instabilité laissent place à des possibilités infinies. De même, la vigueur créatrice du chaos primordial est liée au concept de fête. En 1939, le sociologue français Roger Caillois (Reims, 1913 - Paris, 1978) a écrit : « (...) La fête se présente en effet comme une actualisation des premiers temps de l’univers, de l’Urzeit, de l’ère originelle éminemment créatrice qui a vu toutes les choses, tous les êtres, toutes les institutions se fixer dans leur forme traditionnelle et définitive ». 3 La présence de ce « chaos primordial » dans l’œuvre de Pape sera particulièrement visible à la fin des années 1960, lorsque, par le biais d’œuvres participatives et multisensorielles, l’artiste s’engage dans un effort de dissolution de l’art dans le monde réel. C’est ainsi que son intérêt pour les dynamiques de l’espace urbain l’a amenée à créer des œuvres qui ont capturé de manière inédite une façon de sentir et de penser propre à la culture brésilienne. Il est important de noter que le Brésil a une forte tradition d’occupation de l’espace public par les masses – notamment à l’occasion de fêtes populaires telles que le carnaval –, phénomène qui est constamment associé à une irrévérence et à un esprit festif présumés typiques de cette société. La rue, lieu de rencontre, est sensible à l’organisation sociale urbaine et donc un environnement conflictuel ; c’est pourquoi l’espace partagé de la ville est par nature politique. Par conséquent, le caractère agglutinant des manifestations populaires est d’autant plus fort en période de répression des libertés collectives et individuelles. Au Brésil, les années 1960 ont été marquées par l’instauration d’une dictature après le coup d’État militaire du 1er avril 1964 4, qui a mis en place la censure de la liberté d’expression et la persécution des dissidents du régime. Cependant, la conjoncture du pays n’a pas pu contenir l’apparition de nouvelles manifestations artistiques, plus conscientes de la situation brésilienne. À cette époque, Pape était l’une des artistes les plus engagées dans les questions politiques et sociales, ce qui peut être attesté à la fois par sa participation importante à des rassemblements et à des manifestations pour la fin de la dictature et par la nature ouvertement politique de son art. En 1968, elle présente au public deux de ses œuvres les plus emblématiques : O ovo (L’œuf) et Divisor (Diviseur). O ovo (L’œuf) a été présentée pour la première fois lors de l’événement artistique Apocalipopótese 5. Les Ovos (œufs) de Lygia Pape, des cubes creux fabriqués à partir de planches de bois enveloppées d’une couche de papier ou de plastique fin, présupposaient la participation directe du spectateur : une personne devait entrer dans la structure par une partie ouverte au bas du cube et pousser le papier jusqu’à ce qu’il se brise, dans un acte qui simulait une naissance. Lors de l’événement, trois Ovos étaient occupés par des percussionnistes de samba ; le son de leurs instruments pouvait être entendu de l’extérieur, et ils finissaient par franchir la structure, en jouant et en dansant. Dans un acte transgressif et libérateur, le dualisme entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’espace de l’œuvre d’art et l’espace de la vie quotidienne est brisé. À partir de l’implication active du spectateurparticipant, le processus met en évidence le corps, qui est supposé fournir une signification au monde à partir des sens. Le lieu choisi pour l’événement Apocalipopótese fut « l’Aterro do Flamengo », un grand parc et complexe de loisirs à proximité du Musée d’Art Moderne de Rio de Janeiro. Ce choix est significatif, car il témoigne de la volonté des organisateurs de créer un environnement démocratique, avec une grande circulation des personnes. Libérée de l’environnement oppressant des musées et des galeries, Apocalipopótese se voulait une démonstration artistique collective, dans laquelle le public interagissait directement avec les œuvres et les artistes. Naturellement, l’idéalisation d’un tel évènement est directement liée au contexte de la dictature militaire ; à une époque où les libertés artistiques étaient restreintes, une manifestation de nature participative qui occupait l’espace public avait un pouvoir particulier. Outre l’essence ouvertement politique des œuvres présentées, la transposition même de l’événement dans l’espace public est un acte politique en soi, car elle propose une occupation irrévérencieuse et radicale de l’espace urbain par le peuple. Dans un texte sur Apocalipopótese, l’artiste Hélio Oiticica a comparé l’événement à des manifestations politiques, en particulier la « Marche des Cent Mille » 6 qui a eu lieu en juin 1968 à Rio de Janeiro. Cette comparaison est tout aussi significative pour comprendre l’ampleur de Apocalipopótese et ses répercussions. Selon lui, les deux événements admettraient « l’interférence directe de l’impondérable » 7. Dans un événement artistique où les artistes proposent des idées, qui sont ensuite interprétées par le spectateur-participant – qui en fait ce qu’il veut – les résultats sont imprévisibles ; et les significations, infinies. Dans un court-métrage réalisé lors de l’événement 8, on peut voir des adultes et des enfants interagir avec les œuvres, ce qui souligne son aspect ludique ; on a l’impression d’assister à une grande fête collective, dans laquelle la liberté et la spontanéité sont des aspects centraux. Pratiquement en même temps qu’elle produit O ovo, Lygia Pape propose Divisor (Diviseur). Dans cette œuvre, qui sera sa première expérience collective, les participants passent leur tête à travers des trous découpés dans une seule grande pièce de tissu (30 x 30 m). Les têtes sont séparées des corps, qui deviennent invisibles lorsque la scène est vue d’en haut : l’apparence est celle d’un seul organisme, vivant, en éternelle mutation. La première activation de Divisor a eu lieu dans la Favela da Cabeça 9, à l’occasion de laquelle Pape a donné le tissu à des enfants pour qu’ils jouent avec. Cette première expérience a été filmée par l’artiste. Dans le film 10, il est possible de voir les enfants utiliser le tissu de différentes manières, découvrant intuitivement ce pour quoi il a été produit. Pape a ensuite organisé diverses activations de l’œuvre dans l’espace urbain, avec des publics variés. L’expérience exige une coopération entre les participants, qui doivent se déplacer dans la même direction bien qu’ils soient séparés par les espaces entre les trous. Pour que le mouvement se produise, outre une conscience aiguë de son propre corps, le participant doit avoir une conscience des corps qui l’entourent. Le corps dynamique et vivant de Divisor ouvre des possibilités pour de nouvelles formes d’appréhension du corps, de l’espace urbain et de l’interaction entre les deux. Dans le contexte de la dictature, l’œuvre est aussi un acte de résistance et un exercice de liberté. Selon le critique d’art Paulo Herkenhoff (Espírito Santo, 1949), Divisor serait « une alternative à la claustrophobie sociale de la dictature » 11 ; par l’appropriation de l’espace urbain et la mobilisation collective, l’œuvre crée une nouvelle relation entre la ville et l’habitant, ouverte et libre. Le caractère ludique de Divisor est aussi important que son caractère politique, les deux étant intrinsèquement liés. Dans les enregistrements des activations de l’œuvre dans les espaces urbains, il est possible d’observer les participants rire et bouger leurs corps de différentes manières, découvrant les différentes possibilités de mouvement du tissu dans un jeu presque enfantin. O ovo et Divisor sont donc des actes politiques. Basées sur un langage ludique d’appropriation de l’espace public et de mobilisation des corps, ces œuvres se révèlent des formes de résistance à l’environnement oppressif de la dictature militaire. La manière dont l’art participatif s’est manifesté au Brésil à la fin des années 1960, bien qu’elle présente des similitudes avec les expériences menées à la même époque sur d’autres territoires, a pour particularité une sensibilité qui utilise la distorsion de la rationalité comme rébellion contre l’autorité et les structures rigides. Lygia Pape avait une vision extrêmement aiguë de la ville et de ses phénomènes : à travers des pratiques innovantes, elle a pu explorer la dynamique de la société brésilienne dans toute sa complexité, traitant avec une extrême lucidité les processus politiques et sociaux du pays et sa production a toujours cherché à intégrer l’altérité ; immergée dans des références culturelles brésiliennes, Pape a été capable de créer un langage universel à partir d’une réalité locale, tout en refusant avec véhémence de fournir des images d’exotisme. Maria FAORO 1. Hélio Oiticica (Rio de Janeiro, 1937 - Rio de Janeiro, 1980) était un artiste visuel brésilien connu pour sa participation au mouvement néo-concret et plus tard pour son implication dans le mouvement Tropicália de la fin des années 1960. 2. Oiticica, Hélio. “Tropicália Series 2. Lygia Pape”, Dans : Lygia Pape Magnetized Space, ed. par le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, 2011, p. 245. [traduction de l’auteur] 3. Caillois, Roger. L’homme et le sacré, Paris, Gallimard, 2020, p. 131-136 4. La dictature militaire brésilienne est le régime établi au Brésil le 1er avril 1964 et qui a duré jusqu’au 15 mars 1985, sous des gouvernements militaires successifs. 5. La manifestation artistique « Apocalipopótese », initialement conçue par l’artiste Hélio Oiticica, s’est déroulée à Rio de Janeiro pendant trois dimanches consécutifs en juillet 1968. Organisé par le critique Frederico Morais (Belo Horizonte, 1936), cet événement a été l’une des premières manifestations d’art public organisées au Brésil, à laquelle ont participé les artistes d’avant-garde les plus importants de l’époque. Apocalipopótese : terme créé par l’artiste et graphiste Rogério Duarte (Ubaíra, 1939 - Brasília, 2016), mélangeant les mots portugais apocalipse (apocalypse) et hipótese (hypothèse). 6. La « Marche des Cent Mille » (« Passeata dos Cem Mil ») fut une manifestation populaire contre la dictature militaire brésilienne, organisée par le mouvement étudiant. Elle a eu lieu le 26 juin 1968, dans la ville de Rio de Janeiro, en présence de nombreux artistes et intellectuels (y compris Lygia Pape). 7. Oiticica, Hélio. “Apocalipopótese” Dans : Figueiredo, Pape, Salomão (Ed.), op. cit., p. 128. [traduction de l’auteur] 8. « Apocalipopótese, Guerra & Paz » (« Apocalipopótese, Guerre et paix ») (1968, Raymundo Amado, 9 min) [vidéo]. Youtube. 9. Favela (bidonville brésilien) située à Rio de Janeiro. 10. Lygia Pape, Divisor, performance dans la Favela da Cabeça, Rio de Janeiro, 1968. Film Super 8. 11. Herkenhoff, Paulo. “Lygia Pape: The art of passage.” In: Lygia Pape Magnetized Space, ed. par Blanco, BorjaVillel, Vélasquez. Museo Reina Sofía, 2011, p. 48. [traduction de l’auteur] Lygia Pape, Trio do embalo maluco, performance musicale avec les œufs, 1968, photo n & bl, 18 x 24 cm. Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid, 2011 © Projeto Lygia Pape & Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía
9 Il y a ce moment où l’on sent que son corps et son esprit vacillent. Tout se met doucement à basculer. On est bercé par le rythme ralenti de la musique qui lentement s’essouffle. Endormi par la lumière qui petit à petit vient réenchanter l’espace, après l’avoir électrifié de toute sa force. L’euphorie et les excès laissent place à une sorte de mélancolie joyeuse. Une effervescence qui s’estompe et se transforme. On se pose, ici ou là, on se laisse gagner par ces instants étirés – comme suspendu au rien. On entre dans le monde d’après. L’AFTER. AFTERPARTY, exposition collective qui s’est tenue en 2020 à la Fondation du doute est à regarder rétrospectivement comme une tentative. Une tentative de s’immiscer dans ce moment singulier à travers le regard des artistes. Une tentative de prendre la respiration de la création nouvelle, une tentative de prendre du recul par rapport à une période de notre vie où tout a été chamboulé. Basculé, bousculé, mis sens dessus dessous. Notre monde nos manières de fêter ne sont plus le tranquille lâcherprise de l’après-travail ou de l’après-repas, c’est un après qui par son essoufflement durable nous force à nous concentrer sur cet étirement, cette suspension. C’est un après qui s’étire, s’étiole, montre notre fragilité, et malgré elle, ou grâce à elle notre besoin de créer, de s’exprimer, de vivre. Après l’après c’est différent de l’after d’avant qui faisait partie du bousculement, de la précipitation et de l’essoufflement. Ainsi, cette respiration nouvelle met en lumière ce qui auparavant paraissait marginal, éloigné du centre et inutile. C’est parce que les artistes sont à la marge qu’ils sont nécessaires. Ils profitent de l’espace vierge laissé autour des centres d’agitation. C’est par la marge que l’on peut observer le centre. AFTERPARTY, comme un moyen d’interroger le sens politique de la fête à travers le livre éponyme édité en 2018 de François Prost, série de photographies qui dresse un état des lieux de ces architectures de fête mises à la marge des villes, ou encore la sculpture Soulèvement #2 (2018) de Ugo Schiavi qui nous donne à voir une Marianne de l’ancienne République renversée, en ruines sous le regard presque indifférent du spectateur. Regard sur ce qu’il reste depuis les zones périphériques de l’après. Mais l’arrière-goût amère et sucré de cet espace/temps particulier nous intrigue et nous attire. L’after englobe nos peurs et nos fantasmes, à l’image de b0mb (2018), vidéo en générative d’Émilie Brout et Maxime Marion qui nous plonge au cœur des absurdités et des angoisses de notre monde contemporain. Ces multiples regards nous obligent à repenser le sens de cette fête qui nous a enivrés. Sous couvert de l’after, les œuvres réunies ici nous interpellent sur notre façon de penser, d’habiter, de façonner, de projeter ou bien d’abandonner le monde d’aujourd’hui. Cette nouvelle génération d’artistes – dont les œuvres résonnent en nous comme une détonation – déconstruit les esthétiques établies, les codes érigés et adulés de la création artistique contemporaine actuelle. Une détonation qui renverse les illusions entretenues par notre société mondialisée, toujours plus individualiste. AFTERPARTY n’est donc pas qu’un clown triste qui voit la party se terminer. Les œuvres choisies, parfois empreintes de mélancolie et de spleen, à l’image de Chagrin (2019), de Thomas Wattebled, une fontaine hermétique, qui ne laisse entendre que le son étouffé de l’eau prisonnière de son armure de zinc, ou de Private party (2011), série performance et photographie de Marek Kvetan, qui dessine une fête pour une personne avec des confettis. Toutes, révèlent un regard lucide et combatif sur notre société. À travers elles, c’est tout l’engagement d’une génération qui se fait sentir, une véritable force collective s’en dégage, comme le rassemblement des voix en une puissance commune. AFTERPARTY n’a pas vocation à poser un regard sur le monde ou faire prendre conscience de quelque chose. L’exposition – cela aurait pu aussi prendre la forme d’une édition, car cette réflexion est en mouvement permanent – rassemble simplement les travaux d’une génération en marge, la génération d’après : Une Nouvelle Garde. Une génération qui rompt avec les académismes contemporains, sans vouloir s’insérer dans une mode. Après le temps des avant-gardes, cette génération d’artistes ouvre de nouvelles perspectives à l’œuvre, à la création, aux systèmes de présentation, aux circuits de l’art. Les artistes réunis ici ne prétendent pas « faire du nouveau ». Ils observent le monde, ses failles et ses fissures. C’est dans ces fissures qu’ils créent leurs œuvres. Comme un nouveau souffle, un nouveau cycle commence, plus fragile. L’AFTERPARTY. élodie BERNARD AFTERPARTY Vue de l’exposition collective AFTERPARTY, septembre 2020, Fondation du doute, Blois. Commissariat Elodie Bernard Bienvenu au Dancing ! Dans le quartier des Grésilles à Dijon, la fête rime avec la célébration du territoire à l’écoute de ses habitant.e.s. Le programme festif et participatif que conçoit Le Dancing 1 en 2021, avec Julie Desprairies pour créer du lien social, suscite en retour, au sortir du COVID, le désir des femmes de trouver un lieu pour danser entre elles 2. Bientôt suivi d’une demande de jeunes filles entre 14 et 17 ans de vivre à leur tour une soirée qui leur ressemble. Ces demandes étant relayées auprès d’Alice Maillot et de Frédéric Seguette, c’est à la Salle des fêtes de la Mairie Annexe des Grésilles que se sont déroulées trois Ladies’ Night 3 et une Tchikitas’ Night 4. Le Dancing, qui les a accompagnées, invite en 2023 la chorégraphe Malika Djardi. Plusieurs répertoires de musiques et de danses se côtoient dans ces soirées. L’idée est de mettre en jeu une dimension collective de création par la découverte de pas et de rythmes, sur une «playlist» ouverte que diffusent les DJ. Malika Djardi Malika Djardi est une interlocutrice de choix. Elle a fréquenté enfant l’école coranique, pratiqué les danses populaires de France et d’Algérie, puis s’est formée à la danse contemporaine. Elle pose dans ses créations la place des rituels et des croyances et oriente ses danses dans un rapprochement significatif entre art et vie. Deux de ses pièces, Sa Prière (2014) 5 et Martyre (2024) 6, concernent sa mère (sa conversion religieuse, puis sa perte de mémoire). Malika Djardi la filme et s’interroge sur le socle commun de ses gestes et leurs tournures individuelles. Chaque corps n’est-il pas un langage puisé à la fois dans un héritage, l’intime et l’actualité, témoignant d’un monde personnel dans le monde de tous, en lien avec un imaginaire ? Aussi les notions de transmission et d’expérimentation en danse sont-elles fondamentales. Elles permettent une sensibilité plus grande à l’expression des idées et des sentiments rendus par les mouvements, une meilleure conscience de soi, de l’espace et des autres. Ladies’ Night Avec les danses chaabi, alaoui, baladi et raï du Maghreb que les femmes se montrent, Malika Djardi s’imprègne de déhanchements, de manières de bouger les bras, taper du pied ou poser le regard. Elle leur communique en retour ce qui soutient un élan, un développement sensoriel, une structure dansée. Ces partages de savoir-faire et de spontanéité permettent de considérer la place de la tradition et celle de l’interprétation, la valeur du mimétisme et le sens de la recherche – ce qu’artiste et amatrices fondent ensemble à travers leurs transmissions réciproques. L’attention aux soins du corps est aussi favorisée par La Coursive 7 à travers la pose de henné, la réalisation du buffet, la location de robes. Les femmes se filment avec leur téléphone, s’adressent leurs images et partagent sur les réseaux sociaux. Malika Djardi souhaite incorporer toutes ces pratiques culturelles, et poursuivre ainsi une sorte d’écriture documentaire, avec le projet de laisser paraître dans sa danse les traces d’une rencontre. Tchikitas’ Night Les jeunes filles viennent avec leurs rêves sous un code vestimentaire rose et blanc, et Barbie 8 pour thème. Le Dancing en partenariat avec Zutique Productions 9 dédie quatre jours d’ateliers aux préparatifs de la fête. Un DJ leur apprend à mixer. Malika Djardi leur propose une chorégraphie pop sur la chanson de Dua Lipa, Dance the Night (de Barbie sirène), et les techniques d’expression du Soul Train qui met en vedette chaque danseuse lorsqu’elle passe au milieu des autres. à l’heure de l’émancipation 10, des projets d’avenir, devant les rapports entre hommes et femmes et les règles non écrites de la vie en société, le féminisme est d’actualité. De même ce qui reste des valeurs attachées à une poupée, à la consommation et au marketing. Tout cela revient à accueillir les danses traditionnelles et celles dans l’air du temps qui se propagent d’un corps à l’autre de manière ludique et actuelle. Dans cette faculté de donner et de recevoir se dessine une expérience joyeuse et libératoire. Beaucoup d’autres femmes sont venues d’ailleurs, enrichissant de leur influence le métissage culturel. La présence du Dancing dans le quartier s’accorde avec l’idée de porosité et de mixité. Quelle que soit la fête, si elle s’attache à des mouvements et se cherche un nom, elle s’appelle avant tout écoute-accueil-partage. Bienvenu aux Grésilles ! Martine Le GAC 1. Frédéric Seguette dirige Le Dancing CDCN, centre de développement chorégraphique national Dijon BourgogneFranche-Comté. Mélanie Garziglia est sécrétaire générale, Alice Maillot, chargée du développement territorial, Julie Desprairies chorégraphe invitée pour le programme « Dansez sur moi ». 2. Notamment les femmes musulmanes que les rites religieux n’autorisent pas à danser avec les hommes. 3. Les 29 octobre 2021, 29 août 2022 et 4 novembre 2023. Titre d’une chanson de Kool & The Gang, 1979. 4. Le 27 juillet 2023. Titre inspiré d’une chanson du rappeur français Jul, Tchikita, 2016. 5. Sa Prière, à l’affiche du Festival Ville de Dijon « Les Nuits d’Orient et d’ailleurs », le 7 déc. 2023 au Théâtre des Feuillants. 6. Martyre (en cours), création avec Le Gymnase CDCN de Roubaix en mars et au programme du Festival Art Danse, les 4 et 5 avril 2024 au Dancing à Dijon. 7. L’association La Coursive aide à l’entreprenariat et à l’insertion professionnelle. 8. Poupée créée par Mattel en 1959, et film de Greta Gerwig, Barbie, 2023, avec Margot Robbie et Ryan Gosling, sorti en France le 19 juillet. 9. L’association Zutique Productions fait découvrir des pratiques artistiques aux jeunes des quartiers. 10. Cf. le mémoire de Nassima Salhi, Le Combat silencieux, sous la direction de Sammy Engramer, DNSEP Art/ Master 2, ENSA Dijon 2015, dans lequel sont évoqués les obstacles politiques, culturels, économiques et religieux à l’émancipation des femmes algériennes et les ressorts d’une pensée fine et réfléchie pour les comprendre, les assumer ou les transformer. Ladies’ Night, 27 août 2022, Salle des fêtes de la Mairie Annexe des Grésilles & Le Dancing, Dijon © Photo : Naemi Elmekki
10 annecy Fondation pour l’art contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon 34 avenue de Loverchy 74000 Annecy tél. 04 50 02 87 52 ouvert mer. au sam. de 14h à 18h ➤ « Anima – Les territoires du Dessin » William Kentridge, Henri Michaux, Roland Topor, Boris Labbé, Ryo Orikasa, Virginia Keaton, et d’autres à venir : 20/04 - 12/10/24 L’Abbaye – Espace d’art contemporain 15 bis chemin de l’Abbaye Annecy-le-Vieux 74940 Annecy ouvert sam. et dim. de 14h à 19h ➤ « Ghetto Bird » Julien Beneyton : jusqu’au 21/04/24 ➤ Philippe Cognée : 24/05 - 25/08/24 annemasse Villa du parc 12 rue de Genève 74100 Annemasse tél. 04 50 38 84 61 ouvert du mar. au sam. de 14h à 18h30 - fermé les jours fériés ➤ « The Analogue Tracks » Florent Meng Lechevallier : 10/02 - 19/05/24 ➤ « Emerald Green Pigment » Laurie Dall’Ava : 10/02 - 19/05/24 auxerre Hors [ ] cadre 49 rue Joubert 89000 Auxerre tél. 06 88 97 42 26 ouvert du mer. au sam. de 14h à 18h ➤ « Suite blanche » Martin Bruneau : 10/02 - 6/04/24 besançon Frac Franche-Comté Cité des arts 2 passage des arts 25000 Besançon tél. 03 81 87 87 40 ouvert du mer. au ven. de 14h à 18h et sam. & dim. de 14h à 19h ➤ « Aux frontières de l’audible » Lawrence Abu Hamdan : jusqu’au 14/04/24 ➤ « Un minuto más (Une minute de plus) » Esther Ferrer : 28/04 - 27/10/24 ➤ « Attention, on danse ! » La Ribot : 28/04 - 27/10/24 brest Passerelle 41 rue Charles Berthelot 29200 Brest tél. 02 98 43 34 95 ouvert du mar. au sam. de 14h à 18h30 ➤ « Elsewhere » Alia Farid : 20/10/23 - 13/01/24 ➤ « Pour des lieux de productions artistiques » Atelier Magma ➤ « MojennLab » Ondine Bertin : 16/02 - 18/05/24 château-gontier Musée d’Art et d’Histoire (org. Le carré) 2 rue Jean Bourré 53200 Château-Gontier ouvert du mer. au dim. de 14h à 18h tél : 02 43 07 88 96 ➤ « Chemins sans fin » Jean-Jacques Rullier : 17/02 - 14/04/24 ➤ « Gontierama 2024 » œuvres dans la ville : 25/05 - 25/08/24 châteauneuf-le-rouge Mac Arteum Le Château Place de la Mairie 13790 Châteauneuf-le-Rouge tél. 04 84 47 06 40 ouvert du mer. au sam. de 14h à 18h ➤ « La grande Forme » D. Cabanes, C. Caprio, S. Delaunay, H. Jo, V. Pagava, G. Siino : 12/05 - 06/07/24 ➤ « Immersion dans la couleur » Charlotte Denamur : 17/05 - 06/07/24 delme Synagogue de Delme 33 rue Poincaré 57590 Delme tél. 03 87 01 43 42 ouvert du mer. au sam. de 14h à 18h et le dim. de 11h à 18h ➤ « The Splits » Josephine Pryde : jusqu’au 04/02/24 ➤ Gina Folly : 02/03 - 02/06/24 ➤ Raphaela Vogel : ../06 - ../09/24 dijon Interface 12 rue Chancelier de l’Hospital 21000 Dijon tél. 03 80 67 13 86 ouvert du mer. au sam. de 14h à 18h ➤ « attention au feu » Benjamin Grivot : 10/02 - 06/04/24 ➤ Natacha Lesueur : 25/05 - 20/07/24 hampont association plus vite 34, rue Principale 57170 Hampont tél. 06 56 78 30 81 ➤ « Itinéraire de pièces détachées » parcours raconté de Metz, Guillaume Barborini montbéliard Le 19 19 avenue des alliés 25200 Montbéliard tél. 03 81 94 43 58 ouvert du mar. au sam. de 14h à 18h et le dim. de 15h à 18h ➤ « Cum Panis » exposition collective, commissariat Grace Gloria Denis et Adeline Lépine : jusqu’au 05/05/24 ➤ « Bac à sable #2, Blood in the machine » collectif Assemble : 08/06 - 25/08/24 mouthier-haute-pierre Le manoir de Mouthier-Haute-Pierre 25 Grande rue 25920 Mouthier-Haute-Pierre tél. 06 12 17 59 19 ouvert du sam. & dim. de 14h à 18h et sur rdv ➤ « Séquence du printemps » G. Courbet, R. Davourie, B. Mantovani, M. Micigolski, G. Pastor Lloret, S. Rinke : 13/04 - 02/06/24 ➤ « Séquence d’été » M. Folléa, P. Pulzer, J.A. Schmidt, L. Simonnet : 29/06 - 08/09/24 ➤ « Séquence de l’hiver » P. Lepeut, J. Liron, R. Renaud, V. Sonnier : 19/10 - 15/12/24 HORSD’ŒUVRE n°51 édité par l’association INTERFACE 12 rue Chancelier de l’Hospital F - 21000 Dijon t. : +33 (0)3 80 67 13 86 [email protected] www.interface-horsdoeuvre.com www.interface-art.com Numéro sous la direction de : Laëtitia Toulout Responsable de la rédaction & conception graphique : Frédéric Buisson Coordination : Nadège Marreau Relecture : Siloé Pétillat ont participé à ce numéro : Kaïs Bennani, élodie Bernard Radidja Cieslak, Maria Faoro Martine Le Gac, Juliette Pym, Pauline Rosen-Cros Laëtitia Toulout Couverture : Marc Camille chaimowicz Celebration? Realife Revisited, 1972- 2002, Collection Frac Bourgogne Double page intérieure : Natacha LESUEUR Fétêtard, 2023 Impression : L’imprimeur Simon ZI Noirichaud - 25290 Ornans Tirage 5000 exemplaires ISSN : 1289-9518 - semestriel Dépôt légal : février 2024 Publié avec le soutien de : mulhouse La Kunsthalle Mulhouse La Fonderie 16 rue de la Fonderie 68100 Mulhouse tél. 03 69 77 66 47 ouvert du mer. au ven. de 12h à 18h, du sam. et dim. 14h à 18h ➤ « Power Up – Imaginaires techniques et utopies sociales » : 16/02 - 28/04/24 ➤ Younès Rahmoun : 07/06 - 27/10/24 paris galerie Natali Seroussi 34 rue de Seine 75006 Paris tél. 01 46 34 05 84 ouvert du mar. au sam. de 14h à 19h ➤ « dragclown » : 21/03 - 31/07/24 st-maurice-lès-châteauneuf Esox Lucius 140 rue de la Gare 71740 Saint-Maurice-lèsChâteauneuf tél. 03 85 84 35 97 ouvert les mer., jeu., ven., sam. et dim. de 14h 30 à 18h30 et sur rendez-vous ➤ Ross Louis et le Collectif Zenner + Issard : 03 - 05/24 ➤ « Pôle Position III » : 04 - 05/24 RDV T&G © Taroop & Glabel, 2023 natacha lesueur féfêtard, 2023 Tirage : 70 ex. numérotés et signés par l’artiste 420 x 594 mm chaque impression coul. sur papier couché Prix : 100 € + 8 € de frais d’envoi Commande : Interface, Dijon www.interface-horsdoeuvre.com Si vous souhaitez que vos manifestations soient annoncées dans l’agenda du prochain numéro, une participation de 30 € minimum est demandée. puzzle édition d’artiste interface 2018-2022 200 x 260 mm 152 pages coul. Prix : 15 € + 8 € de frais d’envoi Commande : Interface, Dijon publicationS Julien Beneyton, NYC, Brooklyn, Flatbush Av & Pacific Street, 2008, acrylique sur bois, 160 x 185 cm. Collection Privée. Courtesy Julien Beneyton horsd’oeuvre n°51 daniel buren Point de vue ascendant, travail in situ 340 x 230 mm, 96 pages coul., textes fr./angl. éd. Interface, Dijon, janv. 2023 Prix : 25 € + 8 € de frais d’envoi Commande : www.lespressesdureel.com Esther Ferrer et La Ribot, 2024 © Frac Franche-Comté. Photo : Nicolas Waltefaugle thiers Le creux de l’enfer 83-85, av. Joseph Claussat 63300 Thiers tél. 04 73 80 26 56 ouvert du mer. au dim. de 14h à 18h ➤ « Mauvais temps » Marion Chambinaud & marjolaine Turpin : 16/02 - 02/06/24 ➤ « forces contraires » Silvana Mc Nulty : 16/02 - 02/06/24 toulouse Le BBB 96, rue Michel Ange 31200 Toulouse tél. 05 61 13 37 14 ouvert du mer. au sam. de 14h à 18h ➤ « Ça improvise du réel » M. Bajo, R. Bobichon, E. Bonduelle, M. Callen, C. DugitGros, C. Dumas, S. Ramdani : 02/03 - 20/07/24 Cédric Caprio - Look !, 2023, 31 bâtons de ski, peinture acrylique, dimensions variables © Carlos Castaleira ... Philippe Ramette... 220 x 165 mm 3 plis, 4 volets coul. Prix : 5 € + 3 € de frais d’envoi Commande : Interface, Dijon