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Published by chantal.fauvette, 2016-03-16 12:18:24

carnet_de_chants

1€

CARNET
DE

CHANTS
DE

LUTTES

Brochure de chants de
luttes internationales

Présentation :

Des révoltes ouvrières et paysannes au début de l’époque moderne, au mouvement anti-CPE, du Chant des
ouvriers de Pierre Dupont en 1846 à la Rage du peuple de Keny Arkana en 2006, les chansons ont toujours
accompagné ceux qui luttent. Elles expriment les espoirs, les injustices, les rêves et la révolte des opprimés
dans tous les pays, à chaque époque.

Nous reprenons ces chansons, dans les manifs ou entre militants, car elles sont l’héritage du mouvement
ouvrier, de la volonté de changer le monde. Elles sont la mémoire des luttes et l’expression de ce qui a
changé ou, au contraire, des injustices qui perdurent depuis plus de deux siècles. Elles sont l’expression
des nouvelles luttes qui sont nées, le féminisme, l’antimilitarisme, l’anticolonialisme…

Certes, les chansons ne changent pas le monde, mais elles accompagnent ceux qui luttent pour cela et
nous aident à le comprendre pour mieux le transformer. Elles nous aident à nous souvenir que nous ne
sommes pas seuls dans nos combats. Elles unissent ceux qui se battent au-delà des frontières et même
des années.

Ce carnet ne regroupe certes pas tous les chants de lutte de l’histoire. Il est plutôt centré sur les chansons
françaises, européennes et américaines. Mais est-il possible d’être exhaustif ?

A travers plusieurs époques, nous avons essayé de regrouper l’essentiel. C’est pourquoi certaines chansons
sont classées par rapport à la période de l’histoire qu’elles mentionnent et non par rapport à leur date
d’écriture.

Certaines chansons ont des paroles plus que « limite » et sont à prendre au second degré, mais nous
aident aussi à comprendre l’état d’esprit du mouvement ouvrier à certaines époques.

Certains groupes ont récemment repris certaines de ces chansons (Jolie Môme, les Motivés  ! Les amis
d’ta femme, Ska-P…) et leur ont ainsi donné un nouveau souffle. De nombreux sites sont consacrés aux
chansons révolutionnaires et ouvrières (notamment http://www.chambre-claire.com ; http://drapeaurouge.
free.fr ; http://chantsdeluttes.free.fr ; chorale des sans-noms ; Front musical d’intervention).

Cela permet notamment de connaître les airs pour les chanter tous ensemble dans les prochaines manifs
et occupations !

Sommaire :

I. Les prémisses 9.Le temps des cerises 2
10.The Red flag
A. Révolution française et débuts du mou-
vement ouvrier B. La Commune

1.Dans les prisons de Nantes 11.La canaille
2.La Carmagnole 12.L’Internationale
3.Le Chant des ouvriers 13.Les internationales
4.Les canuts 14.La semaine sanglante
5.La Ricamarie 15.Pas morte
6.Gloire au 17ème C. La Belle époque
7.Le Grand Métingue du Métropolitain 16.Hardi camarades
8.La Varsovienne / Warshwianka 17.Grève générale

18.Drapeau rouge III. Fin de siècle
19.La Cucaracha
20.Bandierra rossa A. Après-guerre et anti-colonialisme
21.La jeune garde / La Joven Gardia
22.La Lega 1. Le déserteur
23.Révolution 2. Quand un soldat
24.La grève des mères 3. Parachutiste

II. La classe ouvrière en lutte B. 68 et années de poudre

A. 14-18 4. La pègre (Nous sommes tous)
5. A bas l’État policier
1.La butte rouge 6. La Blanche hermine
2.Craonne 7. El pueblo unido
3.Zimmerwald 8. Sans la nommer
9. Le chiffon rouge
B. La Révolution russe 10. Hymne des femmes

4.Les partisans C. La crise : années 80-90
5.La marche de Boudienny
6.L’appel du Komintern 11. Nicaragua
7.Le chant des survivants 12. Antisocial
8.Chant des martyrs 13. Le bruit et l’odeur
9.Potemkine 14. Qu’est-ce qu’on attend
15. Un jour en France
C. L’entre-deux-guerres
D. Le renouveau des luttes
10.Solidarité / Solidarity forever
11.Le front ouvrier / die Einheitsfront 16. Clandestino
12.We shall not be moved 17. État policier
18. El vals del obrero
D. La Guerre d’Espagne, Résistance et anti- 19. La rage
fascisme
3
13. A las barricadas
14. Paso des Ebro
15. Les quatre généraux / Los cuatro generales
16. Bella ciao
17. Le chant des partisans
18. L’affiche rouge
19. Le chant des marais / Die Moosoldaten
20. L’Estaca

I. Les prémisses Mais s’il faut qu’on me pende
Lan diguidiguidan, lan diguidiguidiguidiguidan
De 1789 à 1870, les régimes se succèdent en France Mais s’il faut qu’on me pende
(Républiques, monarchies, Empires). La nouvelle Déliez moi les pieds (bis)
classe dominante, la bourgeoisie industrielle, doit
s’organiser, s’unir avec l’aristocratie et la classe La fille était jeunette
des propriétaires fonciers. Face à elles, la classe Lan diguidiguidan, lan diguidiguidiguidiguidan
ouvrière émerge, aux côtés de la paysannerie La fille était jeunette
pauvre. En 1830 et en 1848, ce sont les ouvriers Les pieds lui a délié (bis)
parisiens qui chassent les monarchies… Mais pour
se retrouver sous le joug de bourgeois républicains Le prisonnier alerte
qui n’hésitent pas à leur tirer dessus. Lan diguidiguidan, lan diguidiguidiguidiguidan
Le prisonnier alerte
Les premières grèves ouvrières puis la Commune Dans la Loire [Louère] s’est jeté (bis)
seront la preuve que la lutte des classes décrite par
Marx, entre bourgeois et prolétaires, est bien réelle Dès qu’il fut sur les rives
et qu’aucun système n’est stable tant qu’il est fondé Lan diguidiguidan, lan diguidiguidiguidan
sur « l’exploitation de l’homme par l’homme. » C’est Dès qu’il fut sur les rives
ce principe qui fait naître l’Association internationale Il se prit à chanter (bis)
des travailleurs (AIT), la première internationale, en
1864, puis l’Internationale ouvrière en 1889. Je chante pour les belles
Lan diguidiguidan, lan diguidiguidiguidan
A. Révolution française et débuts du Je chante pour les belles
mouvement ouvrier Surtout celle du geôlier (bis)

1. Dans les prisons de Nantes Si je reviens à Nantes
Lan diguidiguidan, lan diguidiguidiguidiguidan
Vincent Scotto / René Sarvil, 17ème siècle Si je reviens à Nantes
Ouais je l’épouserai (bis)
Cette très vieille chanson populaire a souvent été Dans les prisons de Nantes
reprise. Sans être révolutionnaire, elle exprime Y’avait un prisonnier (bis)
l’insoumission et la désobéissance.
2. La Carmagnole
Dans les prisons de Nantes,
Lan diguidiguidan, lan diguidiguidiguidiguidan La Carmagnole est l’un des plus vieux chants
Dans les prisons de Nantes, révolutionnaires français. Elle date de la Révolution
Y’avait un prisonnier (bis) française. Monsieur et Madame Veto sont le roi et
la reine Louis XVI et Marie-Antoinette.
Personne ne le vint l’vouer
Lan diguidiguidan, lan diguidiguidiguidiguidan Jusqu’en 1917, à chaque évènement révolutionnaire,
Personne ne le vint l’vouer on y a ajouté des couplets. De nombreuses versions
Que la fille du geôlier (bis) existent. Celle-ci est plutôt abrégée. On y a ajouté
le Ca ira, autre chant révolutionnaire distinct mais
Un jour il lui demande souvent chanté en même temps.
Lan diguidiguidan, lan diguidiguidiguidiguidan
Un jour il lui demande Madame veto avait promis (bis)
Oui que dit on de moué (bis) De faire égorger tout Paris (bis)
Mais son coup a manqué
On dit de vous en ville Grâce à nos canonniers
Lan diguidiguidan, lan diguidiguidiguidiguidan
On dit de vous en ville 4
Que vous serez pendu (bis)

Refrain (Ajouts de la Commune)
Dansons la carmagnole, vive le son, vive le son, Vive la Commune de Paris (bis)
Dansons la carmagnole, vive le son du canon Ses barricades et ses fusils (bis)
Ah ! Ca ira, ça ira, ça ira La Commune battue
Les aristocrates à la lanterne Ne s’avoue pas vaincue.
Ah ! Ca ira, ça ira, ça ira (Refrain)
Les aristocrates on les pendra Elle aura sa revanche
Vive le son (bis)
Monsieur veto avait promis (bis), Elle aura sa revanche
D’être fidèle à sa patrie (bis) Vive le son du canon !
Mais il y a manqué, Ah ça ira ça ira ça ira
Ne faisons plus quartier Tous les bourgeois goût’ront de la bombe
Ah ça ira ça ira ça ira
Antoinette avait résolu, (bis) Tous les bourgeois on les sautera.
De nous faire tomber sur cul, (bis)
Mais son coup est manqué, (Ajouts fin du XIXème siècle)
Elle a le nez cassé Que faut-il donc au plébéien (bis)
Le bonheur de tous et le sien (bis)
Chantons notre victoire, vive le son, vive le son Prendre terre et machine,
Chantons notre victoire, vive le son du canon Désinfecter l’usine.
Refrain
Le patriote a pour ami, (bis) Et sauver l’ouvrière
Toutes les bonnes gens du pays, (bis) Vive le son (bis)
Mais ils se soutiendront, Et sauver l’ouvrière
Tous au son des canons. Vive le son du canon !

L’aristocrate a pour amis, (bis) (Ajouts après 1917)
Tous les royalistes à Paris, (bis) Vive la Commune de Russie (bis)
Ils vous les soutiendront, Ses mitrailleuses et ses fusils (bis)
Tous comme des vrais poltrons Après s’être battue
La Commune a vaincu.
La gendarm’rie avait promis, (bis) Refrain
Qu’elle soutiendrait la patrie, (bis) Elle a eu sa revanche
Mais ils n’ont pas manqué, Vive le son (bis)
Au son du canonnier, Elle a eu sa revanche
Vive le son du canon !
Amis restons toujours unis, (bis)
Ne craignons pas nos ennemis, (bis) 3. Le Chant des ouvriers
S’ils viennent nous attaquer,
Nous les ferons sauter Pierre Dupont, 1846
L’un des premiers chants ouvrier, il exprime la
Oui je suis sans culotte moi, (bis) naissance de la conscience de la classe ouvrière à la
En dépit des amis du roi, (bis) veille de la seconde révolution industrielle.
Vivent les marseillois,
Les Bretons et nos lois Nous dont la lampe, le matin,
Au clairon du coq se rallume,
Oui nous nous souviendrons toujours, (bis) Nous tous qu’un salaire incertain
Des sans culottes des faubourgs, (bis) Ramène avant l’aube à l’enclume,
A leur santé buvons, Nous qui des bras, des pieds, des mains,
Vivent ces bons lurons, De tout le corps luttons sans cesse,
Sans abriter nos lendemains
Contre le froid de la vieillesse. 5

(Refrain) Ménageons-le dorénavant,
Aimons-nous, et quand nous nous pouvons L’amour est plus fort que la guerre ;
Nous unir pour boire à la ronde, En attendant qu’un meilleur vent
Que le canon se taise ou gronde, Souffle au ciel de la terre.
Buvons (ter)
A l’indépendance du monde ! 4. Les canuts

Nos bras, sans relâche tendus, Aristide Bruant, 1910
Aux flots jaloux, au sol avare,
Ravissent leurs trésors perdus, En 1830 et 1834, les révoltes des Canuts, ouvriers
Ce qui nourrit et ce qui pare : tisserands lyonnais, sont les premières grandes
Perles, diamants et métaux, luttes ouvrières en France. Réprimées dans le sang,
Fruits du coteau, grains de la plaine ; elles marquent néanmoins la classe ouvrière.
Pauvres moutons, quels bons manteaux
Ils se tissent avec notre laine ! Pour chanter Veni Creator
Il faut avoir chasuble d’or.
Quel fruit tirons-nous des labeurs (x2)
Qui courbent nos maigres échines ? Nous en tissons pour vous
Où vont les flots de nos sueurs ? Gens de l’église,
Nous ne sommes que des machines. Mais nous pauvres canuts,
Nos Babel montent jusqu’au ciel, N’avons point de chemises.
La terre nous doit ses merveilles
Dès qu’elles ont fini le miel, (Refrain)
Le maître chasse les abeilles. C’est nous les Canuts
Nous allons tout nus.
Au fils chétif d’un étranger
Nos femmes tendent leurs mamelles, Pour gouverner, il faut avoir
Et lui, plus tard, croit déroger Manteaux et rubans en sautoir.
En daignant s’asseoir près d’elles ; (x2)
De nos jours, le droit du seigneur Nous en tissons pour vous
Pèse sur nous tous despotique : Grands de la terre,
Nos filles vendent leur honneur Mais nous pauvres canuts,
Aux derniers courtauds de boutique. Sans draps on nous enterre.

Mal vêtus, logés dans des Mais notre règne arrivera
trous, Quand votre règne finira.
Sous les combles, dans des (x2)
décombres, Nous tisserons
Nous vivons avec les hiboux Le linceul du vieux monde,
Et les larrons amis des Car on entend déjà la révolte qui
ombres; gronde.
Cependant notre sang vermeil
Coule impétueux dans nos (Refrain)
veines ; Nous sommes les Canuts
Nous nous plairions au grand Nous n’irons plus nus.
soleil,
Et sous les rameaux verts des 5. La Ricamarie
chênes.
Rémy Doutre
A chaque fois que par torrents
Notre sang coule sur le monde, Alors que le 17ème refuse de tirer sur les grévistes en
C’est toujours pour quelques tyrans 1907, on se souvient qu’en juin 1869, l’armée avait
Que cette rosée est féconde ;
6

tiré sur les 15 000 mineurs de la région stéphanoise Mais il se peut qu’un jour vous versiez sang et
qui manifestaient, avec la population de Saint- larmes
Etienne. La répression fait 14 morts, dont un enfant Souvenez-vous alors du mot fraternité
de 16 mois. C’est la « Fusillade du Brûlé. »
Soldats, lorsque vous avez massacré des frères sans
La Ricamarie exprime la haine des ouvriers envers défense,
les massacres d’État. Le refrain original reste très Vous êtes des bourreaux.
patriotique et n’est rapidement plus chanté :

« Soldats, quand vous frappez l’ennemi de la France 6. Gloire au 17ème
/Dans un loyal combat, vous êtes des héros ; /Mais
quand vous massacrez vos frères sans défense, /Vous Monthéus, 1910
n’êtes plus soldats, vous êtes des bourreaux. »

Ils réclamaient leurs droits par une grève immense, En 1907 éclate une grève des vignerons dans toute la
Nos courageux mineurs aux traits noirs mais France. A Béziers, le 17ème régiment d’infanterie est
riants, envoyé pour rétablir l’ordre. Les soldats, originaires
Plus de bras au travail, donc un morne silence de la région, refusent de tirer.
Règne autour de leurs puits, naguère si bruyants.
Mais, hélas ! tout à coup la fusillade tonne, En 1910, le chansonnier Monthéus, futur auteur
Puis on entend des cris de douleur et d’effroi ! de la Butte rouge et de la Jeune Garde, compose
La poudre est en fumée et le clairon résonne, cette chanson en leur honneur, sur une musique de
Onze frères sont morts en réclamant un droit. Chantegrelet. Lénine en exil à Paris allait souvent
l’écouter chanter.

(Refrain) Cette chanson exprime la contradiction du
Soldats, lorsque vous massacrez des frères sans mouvement ouvrier à la veille de la Première
défense, guerre mondiale, entre la révolte et des sentiments
Vous êtes des bourreaux. patriotiques encore prégnants.

On a tué l’enfant dans les bras de sa mère, Légitime était votre colère
Egorgé lâchement une femme à genoux, Le refus était un devoir
Un paisible vieillard qui défrichait sa terre On ne doit pas tuer ses père et mère
A ce moment fatal servit de cible aux coups Pour les grands qui sont au pouvoir
Mais voila sur le sol et dans le sang qui coule Soldats votre conscience est nette
Vont se mêler les pleurs que versent leurs parents On n’se tue pas entre Français
Consternée autour d’eux, on voit aussi la foule Refusant d’rougir vos baïonnettes
Muette de terreur devant leurs corps sanglants Braves soldats oui vous avez bien fait

La cour de l’hôpital est pleine de victimes (Refrain) 7
De morts et de blessés, de simples curieux Salut, salut à vous
On se dit en pleurant, quel était donc leur crime Braves soldats du 17ème
Pour tomber à jamais sous les coups furieux Salut braves pioupious
Ici c’est l’orphelin qui pleure père et mère Chacun vous admire et vous aime
Une femme en sanglots auprès d’un corps d’enfant Salut, salut à vous
Là-bas un ouvrier qui reconnaît son frère A votre geste magnifique
Parmi tous ces débris de chair morte et de sang Vous auriez en tirant sur nous
Assassiné la République
Vers le champ du repos un funèbre cortège
Immense et menaçant porte douze cercueils Comm’ les autres vous aimez la France
On pleure, on pleure encore, on entend, le dirais-je J’en suis sûr même vous l’aimez bien
Des lamentations dans le triste recueil Et sous votre pantalon garance
On parlera longtemps soldats de ce « fait d’arme » Vous êtes restés des citoyens
A vous vos souvenirs, triste célébrité La patrie c’est d’abord sa mère
Celle qui vous a donné le sein

Et vaut mieux même aller aux galères Il est venu pour troubler le métingue,
Que d’accepter d’être son assassin Le grand métingu’ du métropolitain !
(x2)
Espérons qu’un jour viendra en France
Où la paix la concorde régnera Moi j’ tomb’ dessus, et pendant qu’il proteste,
Ayons tous au cœur cette espérance D’un grand coup d’ poing, j’y renfonc’ son chapeau.
Que bientôt ce grand jour viendra Il déguerpit sans demander son reste,
Vous avez jeté la première graine En faisant signe aux quatr’ municipaux
Dans le sillon d’l’Humanité A la faveur de c’que j’étais brind’zingue
La récolte sera prochaine On m’a conduit jusqu’au poste voisin
Et ce jour là vous serez tous fêtés
Et c’est comm’ ça qu’a fini le métingue,
7. Le Grand Métingue du Métropolitain Le grand métingu’ du métropolitain !
(x2)
Maurice Mac Nab / Camille Baron
Morale :
C’était hier, samedi, jour de paye, Peuple français, la Bastille est détruite,
Et y a z’encor des cachots pour tes fils !
Et le soleil se levait sur nos fronts Souviens-toi des géants de quarante-huit
Qu’étaient plus grands qu’ceuss’ d’au jour
J’avais déjà vidé plus d’un’ bouteille, d’aujourd’hui

Si bien qu’j’m’avais jamais trouvé si rond Car c’est toujours l’pauvre
ouverrier qui trinque,
V’là la bourgeois’ qui Mêm’ qu’on le fourre au
violon pour un rien,
rappliqu’ devant l’
C’était tout d’ même un bien
zingue : chouette métingue,
Que le métingu’ du
Feignant, qu’ell’ métropolitain ! (x2)

dit, t’as donc lâché

l’turbin?

Oui, que j’ réponds, car
je vais au métingue,
Au grand métingu’ du
métropolitain!
(x2)

Les citoyens, dans un élan sublime, 8. La Varsovienne / Warshwianka
Etaient venus guidés par la raison
A la porte, on donnait vingt-cinq centimes Waclaw Swiecicki
Pour soutenir les grèves de Vierzon
Bref à part quatr’ municipaux qui chlinguent En 1897, le poète Waclaw Swiecicki fait d’un vieux
Et trois sergents déguisés en pékins, chant polonais l’hymne de protestation des militants
internés par le Tsar. Sous le titre A las barricadas, il
J’ai jamais vu de plus chouette métingue, devint le chant des républicains espagnols en 1936.
Que le métingu’ du métropolitain ! Ici, la version française la plus répandue (une autre
(x2) existe) et la version russe en phonétique.

Y avait Basly, le mineur indomptable, La Varsovienne
Camélinat, l’orgueil du pays En rangs serrés l’ennemi nous attaque
Ils sont grimpés tous deux sur une table, Autour de notre drapeau groupons-nous.
Pour mettre la question sur le tapis Que nous importe la mort menaçante
Mais, tout à coup, on entend du bastringue ; Pour notre cause soyons prêts à souffrir
C’est un mouchard qui veut fair’ le malin ! Car le genre humain courbé sous la honte
Ne doit avoir qu’un seul étendard,
Un seul mot d’ordre Travail et Justice, 8
Fraternité de tous les ouvriers.

(Refrain) Quand nous en serons au temps des cerises
O frères, aux armes, pour notre lutte, Et gai rossignol et merle moqueur
Pour la victoire de tous les travailleurs. Seront tous en fête
(x2) Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur
Les profiteurs vautrés dans la richesse Quand nous chanterons le temps des cerises
Privent de pain l’ouvrier affamé. Sifflera bien mieux le merle moqueur
Ceux qui sont morts pour nos grandes idées
N’ont pas en vain combattu et péri. Mais il est bien court le temps des cerises
Contre les richards et les ploutocrates. Où l’on s’en va deux cueillir en rêvant
Contre les rois, contre les trônes pourris, Des pendants d’oreilles
Nous lancerons la vengeance puissante Cerises d’amour aux robes pareilles
Et nous serons à tout jamais victorieux. Tombant sous la feuille en gouttes de sang
Mais il est bien court le temps des cerises
Warshwianka (russe) Pendants de corail qu’on cueille en rêvant
Vixri vrajdebie veiut nad nami
Temnie cilie nas zlobno gnetoot Quand vous en serez au temps des cerises
V boy rokovoy mie vstoopili s vragami Si vous avez peur des chagrins d’amour
Nas eshshe sooddbie bezvestnie jdoot Evitez les belles
No mie podiemem gordo i smielo Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Znamia borbie za raboche delo Je ne vivrai pas sans souffrir un jour
Znamia velikoy borbie vcex narodov Quand vous en serez au temps des cerises
Za loochshiy mir, za sviatooyou svobodoo ! Vous aurez aussi des chagrins d’amour

Na boy krovavie, J’aimerai toujours le temps des cerises
Svatoy i pravie C’est de ce temps-là que je garde au cœur
Marsh, marsh bpered Une plaie ouverte
Rabochiy narod ! Et Dame Fortune, en m’étant offerte
Ne saura jamais calmer ma douleur
Mret v nashi dni s goloddooxi rabotchie J’aimerai toujours le temps des cerises
Stanem li, bratia, mie dolshe molchat ? Et le souvenir que je garde au cœur
Nashix spodvijnikov younie ochi
Mojet li vid eshafota poorat ? 10.The Red flag
Nam nenavistni tiranov koroni
Tsepi naroda-stradaltsa mie tshtim. Jim Connell, 1889
Krovioo narodnoi zalitie tronie Ce chant a été composé par un socialiste irlandais.
Krovioo mie nashix vragov obagrim. On le chante sur l’air de « Mon Beau Sapin. » Il est
toujours chanté par le Labour Party de Tony Blair
V bitve velikoi ne sginoot bessledno et Gordon Brown, bien que celui-ci ait depuis très
Pavshiye s tshestyou vo ima idiey longtemps abandonné le drapeau rouge et le camp
Ix imena s nashei pesniei pobednoi des travailleurs…
Stanoot sviashshennie milonam lyoudiei.
The worker’s flag is deepest red
9.Le temps des cerises It shrouded oft our martyred dead;
And ere their limbs grew stiff and cold
Jean-Baptiste Clément / Antoine Renard Their life-blood dyed its every fold.

Le Temps des cerises n’est pas un chant (Refrain) 9
révolutionnaire, mais plutôt une chanson d’amour. Then raise the scarlet standard high!
Pourtant, il deviendra le symbole des espoirs de la Beneath its folds we’ll live and die.
classe ouvrière, notamment après la Commune. Though cowards flinch and traitors sneer
We’ll keep the red flag flying here.

Look ‘round, the Frenchman loves its blaze, Trompant l’estomac par la coeur.
The sturdy German chants its praise, C’est à crédit qu’il fait ripaille
In Moscow’s vaults its hymns are sung Qu’il loge et qu’il a des habits
Chicago swells the surging throng.
C’est l’homme à la face terreuse
It waved above our infant might Au corps maigre, à l’oeil de hibou
When all ahead seemed dark as night. Au bras de fer, à main nerveuse
It witnessed many a deed and vow, Qui sortant d’on ne sait pas où
We will not change its color now. Toujours avec esprit vous raille
Se riant de votre mépris
It suits today the meek and base,
Whose minds are fixed on pelf and place, C’est l’enfant que la destinée
To cringe beneath the rich man’s frown, Force à rejeter ses haillons
And haul that sacred emblem down. Quand sonne sa vingtième année
Pour entrer dans nos bataillons.
With heads uncovered swear we all Chair à canon de la bataille,
To bear it onward till we fall; Toujours il succombe sans bruit
Come dungeons dark or gallows grim,
This song shall be our parting hymn. Ils fredonnaient la marseillaise,
Nos pères les vieux vagabonds
B. La Commune Attaquant en quatre-vingt-treize
Les bastilles dont les canons
11. La Canaille Défendaient la vielle muraille.
Que de trembleurs ont dit depuis :
J. Darcier / J-B Clément 1871 C’est la canaille, eh bien j’en suis !

En 1840, le bourgeois Antoine Frégier invente la 12. L’Internationale
terrible expression de «  classe laborieuse, classe
dangereuse. » En 1871 cette chanson se revendique E. Pottier / P. Degeyter, 1871
de la « Canaille. » Une chanson très actuelle, comme
le montre le dernier couplet. C’est en pleine répression de la Commune que le poète
Eugène Pottier écrit les paroles de l’Internationale...
Dans la vieille cité française Mais ce n’est qu’en 1888, après la mort de Pottier
Existe une race de fer (1887), que l’ouvrier lillois Pierre Degeyter compose
Dont l’âme comme une fournaise la musique que nous connaissons. La musique
A de son feu brûlé la chair. originale était en fait l’air de la Marseillaise !
Tous ses fils naissent sur la paille
Pour palais ils n’ont qu’un taudis Et c’est à partir du congrès d’Amsterdam de la IIème
Internationale en 1904 que ce chant devient l’hymne
(Refrain) du mouvement ouvrier mondial.
C’est la canaille, et bien j’en suis.
Debout ! Les damnés de la terre
Ce n’est pas le pilier du bagne Debout ! Les forçats de la faim
C’est l’honnête homme dont la main La raison tonne en son cratère :
Par la plume ou le marteau gagne C’est l’éruption de la fin
En suant son morceau de pain. Du passé faisons table rase
C’est le père enfin qui travaille Foule esclave, debout ! Debout !
Les jours et quelquefois les nuits Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !
C’est l’artiste, c’est la bohème
Qui sans souper, rime, rêveur, 10
Un sonnet à celle qu’il aime

(Refrain) 13. Les Internationales
C’est la lutte finale
Groupons nous et demain L’Internationale, devenue l’hymne du mouvement
L’Internationale ouvrier mondial, a été traduite dans un très grand
Sera le genre humain. nombre de langues. En voici quelques extraits.
(x2)
Anglais
Il n’est pas de sauveur suprême :
Ni Dieu, ni César, ni tribun, Arise ye workers from your slumbers
Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes ! Arise ye prisoners of want
Décrétons le salut commun ! For reason in revolt now thunders
Pour que le voleur rende gorge, And at last ends the age of cant.
Pour tirer l’esprit du cachot Away with all your superstitions
Soufflons nous-mêmes notre forge, Servile masses arise, arise
Battons le fer quand il est chaud ! We’ll change henceforth the old tradition
And spurn the dust to win the prize.
L’État comprime et la loi triche ;
L’impôt saigne le malheureux ; So comrades, come rally
Nul devoir ne s’impose au riche ; And the last fight let us face
Le droit du pauvre est un mot creux. The Internationale unites the human race.
C’est assez languir en tutelle, (x2)
L’égalité veut d’autres lois ;
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle, Castillan
« Egaux, pas de devoir sans droits ! »
La ley nos burla y el Estado
Hideux dans leur apothéose, Oprime y sangra al productor.
Les rois de la mine et du rail Nos da derechos irrisorios,
Ont-ils jamais fait autre chose No hay deberes del señor.
Que dévaliser le travail ? Basta ya de tutela odiosa,
Dans les coffres-forts de la bande Que la igualdad ley ha de ser,
Ce qu’il a créé s’est fondu. No más deberes sin derechos,
En décrétant qu’on le lui rende Ningún derecho sin deber.
Le peuple ne veut que son dû.
Agrupémonos todos,
Les Rois nous saoulaient de fumées. En la lucha final.
Paix entre nous, guerre aux tyrans ! El género humano
Appliquons la grève aux armées, Es la internacional.
Crosse en l’air et rompons les rangs ! (x2)
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
A faire de nous des héros, Italien
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux. Lottiamo lottiamo, la terra sia
Di tutti uguale proprietà
Ouvriers, Paysans, nous sommes Più nessuno nei campi dia
Le grand parti des travailleurs ; L’opra ad altri che in ozio sta
La terre n’appartient qu’aux hommes, E la macchina sia alleata
L’oisif ira loger ailleurs. Non nemica ai lavorator’
Combien de nos chairs se repaissent ! Così, la vita rinnovata
Mais si les corbeaux, les vautours, All’uomo darà pac’ e amor’.
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours ! Su lottiamo ! L’ideale
Nostro alfine saré
11

L’Internazionale Vaagn til Kamp af jer Dvale,
Future umanité. Til den allersidste Dyst;
Og Internationale
Portugais Slaar Bro fra Kyst til Kyst.

Fomos de fumo embriagados. Catalan
Paz entre nós, guerra aos senhores!
Façamos greve de soldados! Amunt els damnats de la terra,
Somos irmãos trabalhadores! Amunt els qui pateixen fam,
Se a raça vil cheia de galas La força pel dret és vençuda,
Nos quer à força canibais, S’acosta el bell temps de la pau
Logo verá que as nossas balas Del passat destruïm misèries,
São para os nossos generais! Esclaus aixequeu vostres cors,
La terra serà tota nostra,
Bem unidos, façamos, No hem estat res i ho serem tot.
Nesta luta final
Duma terra sem amos És la lluita final,
A Internacional! Unim-nos i demà
La internacional
Allemand Serà el gènere humà.

In Stadt und Land, ihr Flamand
Arbeitsleute,
Wir sind die staerkste Ontwaakt! verworpenen der aarde.
Partei’n Ontwaakt! verdoemd’in hongers sfeer.
Die Muessiggaenger schiebt Reed’lijk willen stroomt nu over d’aarde.
beiseite! En die stroom rijst al meer en meer.
Diese Welt muss unser Sterft, gij oude vormen en gedachten.
sein! Slaaf geboor’nen, ontwaakt! ontwaakt.
Unser Blut sei nicht mehr De wereld steunt op nieuwe krachten,
der Raben Begeerte heeft ons aangeraakt.
Und der maechtigen Geier
Frass! Makkers! ten laatste male.
Erst wenn wir sie vertrieben Tot de strijd ons geschaart,
haben En de Intemationale,
dann scheint die Sonn’ ohn’ Zal morgen heersen op Aard’.
Unterlass! (2x)

Volker, hoert die Signale! Grec
Auf, zum letzten Gefecht!
Die Internationale Empros tis gis i kolasmeni
Erkaempft das Menschenrecht Tis pinas sklavi, empros, empros
To dikio apo to kratira vgeni,
Danois Sa vronti, sa keravnos
Ftanun pia tis sklavias ta hronia
Rejs Jer! Fordømte her paa Jorden! Tora emeis i tapini tis gis
Rejs dig, du Sultens Slavehær! Pu zusame sti katafronia
I Rettens Krater buldrer Torden, Tha ginume to pan, emis.
Nu er det sidste Udbrud nær!
Bryd kun Fortids more Mur i Stykker. Ston agona enomeni 12
Slaveskarer, der er kaldt! Ki as mi lipsi kanis
Snart Verdens grundvold sig forrykker, Oh nati ! mas prosmeni
Fra Intet da vi bliver Alt!

Sto kosmo i Diethnis Nekez ginen elkarganatu
Indazu albiristea.
Néerlandais Gertatuak ez du ardura,
Jende esklabua jeiki,
Vooruit, gij werkers van de wereld Aldaketak datoz mundura,
Het eigen lot in eigen hand Nor den herriak badaki.
Wij vechten voor de revolutie
En de tijd staat aan onze kant Oro gudura ala!
Weg met alle krachten die verknechten Bihar izan dadin
Kameraden, vooruit, vooruit Internazionala
Als wij bereid zijn om te vechten Pertsonaren adin
Is er geen kracht die ons nog stuit
Breton
Bal de vuisten kameraden
Tot de eindstrijd bereid War sav ! Va breudeur,ret eo sevel
En d’Internationale zal heersen wereldwijd Ar paour ‘zo o tuiñ gant an naon
Ar skiant a lâr a vouezh uhel
Philippin N’em gannañ start,skeiñ hep tamm aon !
Skuizh omp aet, re bell omp bet deñved ,
Bangon, sa pagkakabusabos Mevelien gaezh, war sav, war sav !
Bangon, alipin ng gutom! Ur bed all gwelloc’h a vo savet
Katarunga’y bulkang sasabog Lec’h ma vimp mestr hep bezañ sklav.
Sa huling paghuhukom.
Gapos ng kahapo’y lagutin. Sed an emgann diwezhañ
Tayong api ay magbalikwas! Holl war sav ha warc’hoazh
Tayo ngayo’y inaalipin, E kerzho unanet
Subalit atin ang bukas. Ar pobloù skoaz ouzh skoaz.

Ito’y huling paglalaban 14. La semaine sanglante
Magkaisa’t nang masaklaw
Ng Internasyonal Jean-Baptiste Clément
Ang buong daigdigan.
Du 20 au 27 mai 1871, l’armée Versaillaise d’Adolphe
Polonais Thiers reprend Paris aux mains des communards. La
répression fait au moins 30 000 morts. La chanson
Wyklety, powstan ludu ziemi, La semaine sanglante est écrite comme un défi aux
Powstancie, których dreczy glód, bourgeois.
Mysl nowa blaski promiennymi
Dzis’ wiedzie nas na bój, na trud. Sauf des mouchards et des gendarmes,
Przeszlosci slad dlon nasza zmiata, On ne voit plus par les chemins,
Przed ciosem niechaj tyran drzy! Que des vieillards tristes en larmes,
Ruszamy z posad bryle swiata, Des veuves et des orphelins.
Dzis niczym, jutro wszystkim my! Paris suinte la misère,
Les heureux mêmes sont tremblant,
Bój to jest nasz ostatni, La mode est aux conseils de guerre,
Krwawy skoñczy sie trud, Et les pavés sont tous sanglants.
Gdy zwiazek nasz bratni
Ogarnie ludzki ród. (Refrain) 13
Oui mais !
Basque Ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Zutik lurrean kondenatu
Zaren langile tristea,

Et gare à la revanche, Demain les gens de la police
Quand tous les pauvres s’y mettront. Refleuriront sur le trottoir,
Quand tous les pauvres s’y mettront. Fiers de leurs états de service,
Et le pistolet en sautoir.
Les journaux de l’ex-préfecture, Sans pain, sans travail et sans armes,
Les flibustiers, les gens tarés, Nous allons être gouvernés
Les parvenus par l’aventure, Par des mouchards et des gendarmes,
Les complaisants, les décorés Des sabres-peuple et des curés.
Gens de Bourse et de coin de rues,
Amants de filles au rebut, Le peuple au collier de misère
Grouillent comme un tas de verrues, Sera-t-il donc toujours rivé ?
Sur les cadavres des vaincus. Jusques à quand les gens de guerre
Tiendront-ils le haut du pavé ?
On traque, on
enchaîne, on Jusques à quand la Sainte Clique
fusille Nous croira-t-elle un vil bétail ?
Tout ceux À quand enfin la République
qu’on ramasse De la Justice et du Travail ?
au hasard.
La mère à côté 15. Elle n’est pas morte
de sa fille,
L’enfant dans E. Pottier, 1886
les bras du « Le cadavre est à terre mais l’idée est
vieillard. debout » s’écrit Victor Hugo à la fin de
Les châtiments la semaine sanglante, qui met fin à la
du drapeau Commune. Cette chanson lui fait écho
rouge 15 ans plus tard.
Sontremplacés
par la terreur On l’a tuée à coups d’ chassepot,
De tous les A coups de mitrailleuse,
chenapans de Et roulée avec son drapeau
bouges, Dans la terre argileuse
Valets de rois et d’empereurs. Et la tourbe des bourreaux gras
Se croyait la plus forte.
Nous voilà rendus aux jésuites
Aux Mac-Mahon, aux Dupanloup. (Refrain)
Il va pleuvoir des eaux bénites, Tout ça n’empêche pas, Nicolas,
Les troncs vont faire un argent fou. Qu’la Commune n’est pas morte !
Et dès demain, en réjouissance (x2)
Et Saint Eustache et l’Opéra
Vont se refaire concurrence, Comme faucheurs rasant un pré,
Et le bagne se peuplera. Comme on abat des pommes,
Les Versaillais ont massacré
Demain les Manon, les Lorette Pour le moins cent mille hommes.
Et les dames des beaux faubourgs Et ces cent mille assassinats
Porteront sur leurs collerettes Voyez c’ que ça rapporte.
Des chassepots et des tambours
On mettra tout au tricolore, On a bien fusillé Varlin.
Les plats du jour et les rubans, Flourens, Duval, Millière,
Pendant que le héros Pandore Ferré, Rigault, Tony Moilin,
Fera fusiller nos enfants. Gavé le cimetière.
On croyait lui couper les bras
Et lui vider l’aorte. 14

Ils ont fait acte de bandits, Place aux vrais fils de la terre,
Comptant sur le silence, Place aux enfants du labeur !
Ach’vés les blessés dans leurs lits, « Affranchissons tous nos frères ! »
Dans leurs lits d’ambulance. Sera le cri des vainqueurs.
Et le sang inondant les draps
Ruisselait sous la porte. Longtemps rivés à la chaîne,
La faim nous a tourmentés.
Les journalistes policiers Assez, assez de nos peines !
Marchands de calomnies, Nous saurons nous libérer !
Ont répandu sur nos charniers
Leurs flots d’ignominies Car les puissants de ce monde
Les Maxime Ducamp, les Dumas, N’oeuvraient que par nos outils.
Ont vomi leur eau-forte. Dans la révolte qui gronde,
Nous forgerons nos fusils !
C’est la hache de Damoclès,
Qui plane sur leurs têtes. Brisons enfin l’insolence
A l’enterrement de Vallès Des nobles et des richards !
Ils en étaient tout bêtes. En terre plantons la lance
Fait est qu’on était un fier tas De notre rouge étendard !
A lui servir d’escorte !
(Et) si demain le peuple bouge
C’qui vous prouve en tout cas, Nicolas, Aux quatre coins de la terre
Qu’ la Commune n’est pas morte ! Flottera le drapeau rouge,
(x2) Le drapeau des prolétaires

Bref, tout ça prouve aux combattants 17. La grève générale
Qu’Marianne a la peau brune,
Du chien dans l’ventre et qu’il est temps Jacques Turbin
D’crier : Vive la Commune !
Et ça prouve à tous les Judas Depuis le temps qu’on crève,
Qu’si ça marche de la sorte, De froid, de faim, de tout,
Autant faire la grève,
Ils sentiront dans peu, Nom d’Dieu ! Autant crever debout !
Qu’ la Commune n’est pas morte !
(x2) (Refrain)
Marchons à la bataille,
C. La Belle époque Fronts hauts, et poings serrés,
La terre au loin tressaille,
16. Hardi camarades Sous nos souliers ferrés.

L. P. Radine, 1897 Dans la splendeur florale
Du tiède mois de mai,
Ecrite un jeune scientifique incarcéré au secret à La grève générale
Moscou, Hardi, camarades, se répandit vite parmi Commence pour de vrai.
les révolutionnaires russes.
Torrent près de la source,
Marchons au pas, camarades, Et fleuve un peu plus bas,
Marchons au feu hardiment ! La grève dans sa course,
Par-delà les fusillades, Grossit à chaque pas.
La Liberté nous attend !
Partis à quelques hommes,
Sans armes en haillons, 15

Voyez amis, nous sommes Parmi les cadavres épars,
Déjà des millions. Contre nous, le parti de l’Ordre
Le brandissait au Champ de Mars (bis)
Que veulent nos cohortes Puis planté sur les barricades,
De libres travailleurs ? Par le peuple de février
Frayer de leurs mains fortes Il devint pour les camarades,
La route aux temps meilleurs. Le drapeau du peuple ouvrier. (bis)

L’armée attend en ligne, Quand la deuxième République
Mur aux créneaux d’acier. Condamna ses fils à la faim,
Les chefs ont pour consigne : Il fut de la lutte tragique,
Ne faire aucun quartier. Le drapeau rouge de juin ! (bis)

Voici l’instant sublime : Sous la Commune il flotte encore
Ouvrez vos rangs, soldats ! À la tête des bataillons
On vous commande un crime, Et chaque barricade arbore
Nous vous tendons les bras ! Ses longs plis taillés en haillons ! (bis)

Victoire, au lieu de mordre Sous la Commune il flotte encore
Le peuple en pleine chair, À la tête des bataillons
Sourds aux bourreaux de l’ordre, L’infâme drapeau tricolore
Ils ont mis crosse en l’air ! En fit de glorieux haillons ! (bis)

Devant nous, plus d’obstacle : Noble étendard du prolétaire,
L’armée a fait son choix, Des opprimés sois l’éclaireur.
Elle aide à la débâcle À tous les peuples de la terre
Du vieil ordre bourgeois. Porte la paix et le bonheur ! (bis)

Pour faire la conquête (Après 1917) 16
D’un monde radieux, Les braves marins de Russie,
Plus rien ne nous arrête Contre le tsarisme en fureur,
Soyons nos propres dieux ! Ont fait flotter jusqu’en Asie
Notre drapeau libérateur ! (bis)
18. Drapeau Rouge
Un jour sa flamme triomphale
Première version : Paul Brousse, sur l’air de Armons- Luira sur un monde meilleur,
nous enfants de l’Helvétie, 1877 Déjà l’Internationale
Acclame sa rouge couleur !
Les révoltés du Moyen-Âge
L’ont arboré sur maints beffrois. Seconde version
Emblème éclatant du courage,
Toujours il fit pâlir les rois. (bis) Du sang partout, partout des larmes,
Toujours souffrir, quel triste sort !
(Refrain) Mais nous prendrons un jour les armes
Le voilà ! Le voilà ! Regardez ! Soyons tous prêts, unis et forts (bis)
Il flotte et fièrement il bouge,
Ses longs plis au combat préparés, (Refrain)
Osez, osez le défier ! Tous debout, il est temps, en avant !
Notre superbe drapeau rouge ! Quittons les plaines de misère,
Rouge du sang de l’ouvrier ! (bis) L’horizon est déjà tout en sang,
L’aube se lève mes frères,
Il apparut dans le désordre Frères, suivez votre bannière
Tachée du dans des innocents, (bis)

Déjà la corde qui nous serre 20. Bandiera rossa 1908
Ne tient qu’à peine et va céder,
Les peuples grondent de colère Peut-être le plus célèbre des chants révolutionnaires
Et tous se dressent pour lutter, (bis) italiens, Bandiera rossa est écrit en 1908 par Carlo
Tuzzi sur un air traditionnel lombard. Sous le
La mer humaine crie et gronde, fascisme, les militants communistes y ont ajouté
Plus rien ne lui résistera, des couplets et ont modifié le refrain à la fin de la
Mais sur les ruines du vieux monde chanson
On piochera, on bâtira, (bis)
Avanti o popolo, alla riscossa,
19. La Cucaracha Bandiera rossa (bis)
Avanti o popolo, alla riscossa,
En 1910, la Révolution mexicaine éclate. Cette Bandiera rossa trionferà.
révolutionmenéepardespaysansetdeschefsguerriers
est la première du 20ème siècle. Il ne s’agit plus (Refrain)
d’une révolution d’indépendance nationale comme Bandiera rossa la trionferà (ter)
au 19ème siècle et pas encore d’une révolution des Evviva il comunismo e la libertà.
ouvriers et paysans comme le continent américain
en connaîtra plus tard. La Révolution mexicaine a Degli sfruttati l’immensa schiera
ainsi une importance capitale pour toute l’Amérique La pura innalzi, rossa bandiera.
latine, car elle inspire de nombreuses révoltes. O proletari, alla riscossa
Bandiera rossa trionferà.
Le chant le plus connu
Dai campi al mare, alla miniera,
est la Cucaracha. Elle All’officina, chi soffre e spera,
Sia pronto, è l’ora della riscossa.
se moque des armées Bandiera rossa trionferà.

gouvernementales Non più nemici, non più frontiere :
Sono i confini rosse bandiere.
de Carranza, les O comunisti, alla riscossa,
Bandiera rossa trionferà.
adversaires des

troupes de Pancho

Villa, qui ne peuvent

plus marcher sans

marijuana.

(Refrain) (Refrain)
La cucaracha, la Bandiera rossa la trionferà (ter)
cucaracha Evviva Lenin, la pace e la libertà.
Ya no puede
caminar, 21. La jeune garde
Porque no tiene,
porque le falta Monthéus / Saint-Gilles
Marihuana que fumar.
Ce chant a été écrit avant la scission entre
Ya se van los Carrancistas, communistes et socialistes, au congrès de Tours en
Ya se van para Perote, 1920. Il est l’hymne des organisations de jeunesse
Y no pueden caminar, ouvrières.
Por causa de sus bigotes. La version originale commençait par la phrase :
«  Nous sommes la jeune France  », remplacée par
Con las barbas de Carranza « Nous sommes la Jeune Garde. »
Voy a hacer una toquilla,
Pa ponersela al sombrero 17
Del senor Francesco Villa

Dans le refrain, nous avons l’habitude de remplacer Nous clamons la fraternité,
« C’est la révolution qui s’avance / C’est la bataille La République universelle,
contre tous les coquins. » par « C’est la révolution Empereurs et rois tous au tombeau !
permanente / Et qui sera victorieuse demain. » Tant pis si la lutte est cruelle
Après la pluie le temps est beau.
Les deux derniers couplets ne sont pas de Monthéus.
On les attribue parfois à Aragon. Deux versions du Quelles que soient vos livrées,
dernier existent. L’une avec «  Nous sommes les Tendez vous la main prolétaires.
enfants de la République » et « Le socialisme, ordre Si vous fraternisez,
nouveau », l’autre avec « Nous sommes les enfants Vous serez maîtres de la terre.
de Lénine » et « Le communisme, monde nouveau. » Brisons le joug capitaliste,
C’est cette dernière que nous avons choisie. Et bâtissons dans l’monde entier,
Les États-Unis Socialistes,
Les phrases entre parenthèses ne sont pas chantées La seule patrie des opprimés.
mais criées.

La Jeune Garde Pour que le peuple bouge,
Nous descendrons sur les boulevards.
Nous sommes la jeune garde La jeune Garde Rouge
Nous sommes les gars de l’avenir Fera trembler tous les richards !
Elevés dans la souffrance, Nous les enfants de Lénine (Et de trotsky !)
Oui, nous saurons vaincre ou mourir. Par la faucille et le marteau
Nous combattons pour la bonne cause, Et nous bâtirons sur vos ruines
Pour délivrer le genre humain Le communisme, monde nouveau
Tant pis si notre sang arrose
Les pavés sur notre chemin. La Joven Guardia

(Refrain) Somos la joven guardia 18
Prenez garde ! Prenez garde ! Que va forjando el porvenir.
Vous les sabreurs, les bourgeois, les gavés (et les Nos templó la miseria,
curés !) Sabremos vencer o morir.
V’là la jeune garde ! V’là la jeune garde, Noble es la causa de librar
Qui descend sur le pavé. (Le poing levé !) Al hombre de su esclavitud.
C’est la lutte finale qui commence, Quizá el caminó hay que regar.
C’est la revanche de tous les meurt de faim (Les Con sangre de la juventud.
crève-la-faim !)
C’est la révolution permanente, (Refrain)
Et qui sera victorieuse demain. Que este en guardia,
Prenez garde ! Prenez garde ! Que esté en guardia.
A la jeune garde ! El burgués insaciable y cruel.
Joven guardia,
Enfants de la misère, joven guardia,
De force nous sommes des révoltés No le des paz ni cuartel,
Nous vengerons nos pères (¡Paz ni cuartel!)
Que des brigands ont exploité. Es la lucha final que comienza,
Nous ne voulons plus de famine La revancha de los que ansían pan;
A qui travaille il faut du pain, Es la revolución permanente
Demain nous prendrons les usines, Los esclavos el triunfo alcanzarán.
Nous sommes des hommes et non des chiens. Siempre en guardia,
siempre en guardia,
Nous n’ voulons plus de guerre Joven guardia.
Car nous aimons l’humanité,
Tous les hommes sont nos frères Hijos de la miseria,
Ella rebeldes nos forjó.

Odio a la tiranía E la libertà non viene
Que a nuestros padres explotó. Perchè non c’è l’unione
Más hambre no hemos de sufrir. Crumiri col padrone (bis)
Los que trabajan comerán. E la libertà non viene
La explotación va a concluir. Perchè non c’è l’unione
Nuestras las fabricas serán. Crumiri col padrone
Son tutti d’ammazzar
(Refrain)

Mañana por las calles Refrain
Masas en triunfo marcharán.
Ante la guardia roja Sebben che siamo donne
Los poderosos temblarán. Paura non abbiamo
Somos los hijos de Lenin, (y de Trotski) Abbiam delle belle buone lingue (bis)
Y a vuestro régimen feroz Sebben che siamo donne
El comunismo ha de abatir Paura non abbiamo
Con el martillo y con la hoz. Abbiam delle belle buone lingue
E ben ci difendiamo
(Refrain)
Refrain
22. La Lega
E voialtri signoroni
Chanson de la fin du 19ème siècle, on ne sait pas Che ci avete tanto orgoglio
très exactement qui l’a écrite, mais on retrouve ses Abbassate la superbia (bis)
origines dans les plaines du Pô (région de Padoue), E voialtri signoroni
région rizicole marquée par une transformation Che ci avete tanto orgoglio
partielle de la paysannerie en classe ouvrière et Abbassate la superbia
par des luttes importantes (formation de ligues E aprite il portofoglio
ouvrières, d’où le titre de la chanson ; c’est de là O li o li o la
que vient aussi Bella Ciao). E la lega la crescerà
Il existe une seconde version qui date des années E noialtri lavoratori (bis)
70, écrite par le mouvement féministe. O li o li o la
E la lega la crescerà
La Lega E noialtri lavoratori
I vuruma vess pagà
Refrain (bis )

Sebben che siamo donne Oli, oli, ola
Paura non abbiamo
Per amor dei nostri figli (bis) (Refrain)
Sebben che siamo donne Oli, oli, ola, feminismo vencera
Paura non abbiamo E noi altre feministe (bis)
Per amor dei nostri figli Oli, oli, ola, feminismo vencera
In lega ci mettiamo E noi altre feministe vogliamo la liberta

Refrain : Se ven che siamo donne
O li o li o la
E la lega la crescerà Paora non abbiamo
E noialtri lavoratori (bis)
O li o li o la Abbiam’ delle ben e ben e bone linguie (bis)
E la lega la crescerà
E noialtri lavoratori Se ven che siamo donne
Vogliamo la libertà
Paora non abbiamo

Abbiam’ delle ben e ben e bone linguie 19
E ben ci diffendiamo

(Refrain) Par la raison et par l’action,
Debout partout, Révolution !
Se ven che siamo donne
Paora non abbiamo Révoltez-vous, paysans débonnaires,
Per amore de la vita (bis) Pour cette terre où vous prenez vos biens ;
Se ven che siamo donne Ne soyez plus au progrès réfractaires,
Paora non abbiamo Pour vous, pour nous, soyez-en les gardiens.
Per amore de la vita Défrichez-la de ceux qui l’accaparent,
In quella ci vediamo La terre doit n’être qu’aux travailleurs.
Que les sans-pain du monde s’en emparent ;
(Refrain) A nos efforts, unissez vos labeurs.

E la liberta non vienne Révoltez-vous, les soldatesques masses,
Per che non c’é l’unione Du chauvinisme abattez les champions,
Tradinoi tutte donne (bis) Ne soyez plus la désunions des races
E la liberta non vienne Où dans le sang, crouleront les nations.
Per che non c’é l’unione Réfléchissez qu’en marchant dans les grèves
Tradinoi tutte donne Vous combattez ceux qui marchent pour vous,
Da Oggi va cambiarre Ne soyez plus victimes de vos glaives,
La crosse en l’air ! Frères, venez à nous !
(Refrain)
Révoltez-vous, les amantes, les mères,
E voi altri signoroni Ne soyez plus de la chair à plaisir,
Che c’é avete tanti orgoio N’enfantez plus d’avortons mercenaires,
Abbasate la Supria (bis) C’est de l’enfant que dépend l’avenir ;
E voi altri signoroni L’homme n’est pas ici-bas votre maître,
Che c’é avete tanti orgoio Nul n’a le droit de s’imposer d’ailleurs ;
Abbasate la Supria Libres soyez, mais surtout restez l’être
Adesso noi lottiamo Qui sait aimer, qui nous rendra meilleurs.

(Refrain) Révoltez-vous, inconscients crédules,
Quittez la nuit où vous plongent les dieux,
23. Révolution Pour éviter leurs noires tentacules
A nos flambeaux, désabusez vos yeux.
R. Guérard, 1930 La vérité doit vaincre le mensonge,
Dans son grand livre apprenez tour à tour ;
Révoltez-vous, parias des usines, Quand vous saurez, votre néfaste songe
Revendiquez le fruit de vos travaux. Disparaîtra, faisant place à l’amour.
Emparez-vous des outils, des machines,
Comme à la peine, au gain soyons égaux. Révoltez-vous, enfin tous ceux qui peinent,
C’est par vos bras, vos cerveaux qui fatiguent, Tous les volés, tous les déshérités,
Que le bonheur ici-bas se résout. Unissez-vous pour que les peuples prennent
Ne criez plus contre ceux qui l’endiguent, Les droits, les biens qui leur sont contestés.
Brisez la digue, il s’étendra partout. Si toujours grands les maîtres vous paraissent,
C’est qu’à genoux vous servez les tyrans,
(Refrain) C’est que la peur et l’erreur vous abaissent,
Révolution ! Pour que la Terre Relevez-vous et vous serez les plus grands !
Soit un jour égalitaire.
Révolution pour renverser 20
Tout ce qui peut nous oppresser !
Révolution pour que les sciences
En paix nous donnent leurs jouissances.

24. La grève des mères II. La classe
ouvrière en lutte
Monthéus / Chantegrelet, 1905
La première guerre mondiale éclate en 1914 du fait
Ce chant est à la fois un manifeste antimilitariste de la concurrence entre les grandes puissances
et un appel à l’émancipation des femmes. Dès les capitalistes. Mais ce sont bien les ouvriers, les
années 1920, des appels à la « Grève des ventres » paysans et les pauvres qui vont se faire tuer au
seront lancés par les premières féministes. front. En Russie, pays qui compte le plus de morts,
la Révolution d’Octobre 1917 permet de mettre
Puisque le feu et la mitraille, fin à la boucherie. Elle crée un immense espoir
Puisque les fusils, les canons, chez les opprimés du monde entier. Des millions
Font dans le monde des entailles d’entre eux rejoignent la Troisième Internationale
Couvrant de morts les plaines et les vallons, après 1919. Mais la Révolution ne progresse pas
Puisque les hommes sont des sauvages en Europe. En Allemagne, elle est écrasée dans le
Qui renient le dieu fraternité, sang. En Russie, une clique bureaucratique menée
Femmes debout ! Femmes à l’ouvrage ! par Staline confisque le pouvoir au peuple et arrête
Il faut sauver l’humanité. la révolution pour se maintenir au pouvoir. Le
mouvement ouvrier qui se développe est dominé
(Refrain) par les réformistes et les staliniens qui l’empêchent
Refuse de peupler la terre ! d’aller aussi loin que ne le voudraient les salariés.
Arrête la fécondité ! La crise des années 1930 met en péril la bourgeoisie
Déclare la grève des mères ! qui préfère se réfugier dans le fascisme et la guerre
Aux bourreaux crie ta volonté ! pour éviter la prise du pouvoir par les travailleurs.
Défends ta chair, défends ton sang ! L’incapacité des staliniens à s’opposer à la montée
À bas la guerre et les tyrans ! du fascisme fait comprendre aux communistes de
gauche, appelés plus tard les trotskystes, qu’il est
Pour faire de ton fils un homme, nécessaire de fonder une Quatrième Internationale.
Tu as peiné pendant vingt ans, Lorsque la guerre éclate, ce sont une nouvelle fois
Tandis que la gueuse en assomme les ouvriers qui mènent la Résistance.
En vingt secondes des régiments.
L’enfant qui fut ton espérance, A. 1914 - 1918
L’être qui fut nourri en ton sein,
Meurt dans d’horribles souffrances,
Te laissant vieille, souvent sans pain

Est-ce que le ciel a des frontières ? 1. La butte rouge
Ne couvre-t-il pas le monde entier ?
Pourquoi sur terre des barrières ? Monthéus / G. Krier, 1919
Pourquoi d’éternels crucifiés ?
Le meurtre n’est pas une victoire ! En août 1914, les socialistes français et allemands
Qui sème la mort est un maudit ! oublient leur internationalisme pour se rallier aux
Nous ne voulons plus, pour votre gloire « Unions sacrées » et envoyer les ouvriers s’entre-
Donner la chair de nos petits tuer sur le front. Montéhus lui-même, pourtant
internationaliste et ami de Lénine, chantera des
chants patriotiques entre 14 et 18. En 1919, il
retrouve son antimilitarisme, avec cette chanson
qui évoque la butte de Bapaume, en Champagne.
La chanson est devenue le symbole de la répression
ouvrière.

Sur c’te butte-là y’avait pas d’gigolettes 21
Pas de marlous ni de beaux muscadins.
Ah ! C’était loin du Moulin d’la Galette,

Et de Panam’ qu’est le roi des pat’lins. 2. Craonne 1917
C’qu’elle en a bu du beau sang cette terre,
Sang d’ouvriers et sang de paysans, En 1917, les soldats envoyés au front n’ont plus
Car les bandits qui sont cause des guerres d’illusion. Alors qu’on leur avait promis une guerre
N’en meurent jamais, on n’tue qu’les innocents ! courte et propre, ils sont de plus en plus nombreux à
se révolter contre une guerre faite pour les riches et
La Butt’ Rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un dans laquelle ils sont de la chair à canon. En Russie,
matin la Révolution met fin aux massacres et la révolte en
Où tous ceux qui montaient roulaient dans le devient plus grande dans les autres pays.
ravin. La chanson de Craonne est d’auteur anonyme. Elle
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin. a circulé sur le front après l’offensive Nivelle qui
Qui boira ce vin là, boira l’sang des copains. a engendré de nombreux morts et beaucoup de
mutineries.
Sur c’te butte-là on n’y f’sait pas la noce R. Lefèvre et Paul Vaillant-Couturier l’ont retranscrite
Comme à Montmartre où l’champagne coule à après la guerre.
flots;
Mais les pauvres gars qu’avaient laissé des gosses Quand au bout d’huit jours, le repos terminé,
Y f’saient entendre de terribles sanglots ! On va reprendre les tranchées,
C’qu’elle en a bu des larmes cette terre, Notre place est si utile
Larm’s d’ouvriers, larmes de paysans, Que sans nous on prend la pile.
Car les bandits qui sont cause des guerres Mais c’est bien fini, on en a assez,
Ne pleurent jamais, car ce
sont des tyrans ! Personne ne veut plus
marcher,
La Butt’ Rouge, c’est son Et le cœur bien gros, comme
nom, l’baptême s’fit un dans un sanglot
matin On dit adieu aux civelots.
Où tous ceux qui montaient Même sans tambour, même
roulaient dans le ravin. sans trompette,
Aujourd’hui y’a des vignes, On s’en va là haut en baissant
il y pousse du raisin. la tête.
Qui boit de ce vin là, boit
les larmes des copains (Refrain)
Adieu la vie, adieu l’amour,
Sur c’te butte-là, on y Adieu toutes les femmes.
r’fait des vendanges, C’est bien fini, c’est pour
On y entend des cris et toujours,
des chansons ; De cette guerre infâme.
Filles et gars doucement y échangent C’est à Craonne, sur le plateau,
Des mots d’amour qui donnent le frisson. Qu’on doit laisser sa peau
Peuvent-ils songer, dans leurs folles étreintes, Car nous sommes tous condamnés
Qu’à cet endroit où s’échangent leurs baisers, C’est nous les sacrifiés !
J’ai entendu la nuit monter des plaintes
Et j’y ai vu des gars au crâne brisé ! Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l’espérance
La Butt’ Rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un Que ce soir viendra la r’lève
matin Que nous attendons sans trêve.
Où tous ceux qui montaient roulaient dans le Soudain, dans la nuit et dans le silence,
ravin. On voit quelqu’un qui s’avance,
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin. C’est un officier de chasseurs à pied,
Mais moi j’y vois des croix portant l’nom des Qui vient pour nous remplacer.
copains ! Doucement dans l’ombre, sous la pluie qui tombe

22Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards Voici un régiment qui passe.
Tous ces gros qui font leur foire ; Bétail marchant vers la guerre.
Si pour eux la vie est rose, Dans les rangs des yeux clairs fixent notre drapeau
Pour nous c’est pas la même chose. Mais l’officier oblige à se taire.
Au lieu de s’cacher, tous ces embusqués, Au reflet des fusils le soleil a écrit :
F’raient mieux d’monter aux tranchées Tu guideras nos pas, Zimmerwald.
Pour défendre leurs biens, car nous n’avons rien,
Nous autres, les pauvres purotins. Partout la parole de Lénine,
Tous les camarades sont enterrés là, De Liebknecht et de Rosa
Pour défendre les biens de ces messieurs-là. Retentit dans les champs, les casernes, les usines,
(Refrain) L’ennemi est dans notre pays ;
Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront, Si la guerre éclate, le bourgeois à abattre
Car c’est pour eux qu’on crève. Sera écrasé par Zimmerwald.
Mais c’est fini, car les troufions
Vont tous se mettre en grève. B. La Révolution russe
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l’plateau, 4. Les Partisans
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau ! P. Parfenov

3. Zimmerwald 1936 Ce chant de l’Armée Rouge a été écrit sur un air
traditionnel russe. Il en existe aussi une version
En 1915, la Conférence de Zimmerwald, en Suisse, anarchiste et une version tsariste.
rassemble les quelques militants socialistes qui
refusent encore la guerre. Parmi eux, Lénine, Karl Par le froid et la famine
Liebknecht, Rosa Luxembourg… Ils posent les jalons Dans les villes et dans les champs
d’une future internationale. A l’appel du grand Lénine
Cette chanson leur rend hommage. Elle a été écrite Se levaient les Partisans. (bis)
par de jeunes trotskystes français en 1936.
Pour reprendre le rivage
Pionniers rouges, marchons en colonnes, Le dernier rempart des Blancs
Nos pas martèlent le sol ; Par les monts et par les plaines
Drapeaux rouges éclatants au soleil du couchant S’avançaient les Partisans. (bis)
Emergeant de la houle des blés,
Nos pas sur le sol semblent dire en cadence : Notre paix c’est leur conquête
Tu guideras nos pas, Zimmerwald. Car en mil neuf-cent-dix-sept
Sous les neiges et les tempêtes
Là-bas, émergeant de la plaine, Ils sauvèrent les Soviets. (bis)
Paysan reprend haleine,
De la guerre a souffert bien qu’il n’ait pas de terre, Ecrasant les armées blanches
Aujourd’hui c’est toujours la misère ; Et chassant les atamans
On entend sa faux qui chante dans les blés : Ils finirent leur campagne
Tu guideras nos pas, Zimmerwald. Sur les bords de l’océan. (bis)

Sortant éreinté de la mine, (Couplet ajouté par les trotskystes)
Regagnant son noir coron, Les tactiques c’est leurs combines
Le mineur que l’on croise et qui lève le poing Car en mil neuf cent vingt-quatre
Dit : le monde va changer de base. A la mort du grand Lénine
Le pic sur le sol, qui creuse le charbon : Se levèrent les bureaucrates
Tu guideras nos pas, Zimmerwald.
23

5. La marche de Boudienny Dehors, prolétaires,
Marchez et marchez,
un ex-officier de l’armée tsariste rallié à Formez-vous pour la lutte
l’Armée Rouge. Il s’est rendu célèbre comme Drapeau déployé
commandant de la cavalerie rouge fondée par Et les armes chargées
Trotsky. Mais il est vite devenu maréchal de Au pas cadencé.
Staline. Pour l’assaut, avancez,
Il faut gagner le monde,
Dans le sang, la colère Prolétaires, debout.
S’avançait en tonnerre,
L’an second de la Révolution. Le sang de nos frères
Réclame vengeance,
Les légions étrangères Plus rien n’arrêtera
Franchissaient les frontières La colère des masses,
Il fallait repousser l’invasion. A Londres, à Paris,
Budapest et Berlin,
Et la steppe qui s’étonne Prenez le pouvoir,
Vit surgir les colonnes Bataillons ouvriers,
Que Boudienny menait au combat. Prenez votre revanche,
Nous marchions prolétaires Bataillons ouvriers.
Aux batailles meurtrières,
La victoire s’avançait a grands pas. Les meilleurs des nôtres
Son morts dans la lutte
Dans la steppe sans limite, Frappés, assommés,
Enchaînés dans les bagnes.
Bien des os blanchissent, Nous ne craignons pas
Les tortures et la mort,
Des cadavres de vieux partisans ; En avant, prolétaires,
Soyons prêts, soyons forts,
De l’Oural à L’Ukraine
En avant, prolétaires,
Les sillons se souviennent Soyons prêts, soyons forts.

Des Corps Francs Couplet ajouté par les staliniens

Ouvriers et Le seul léninisme
Nous montre la route
Paysans. Et nous mettrons le capital en déroute
Deux classes s’affrontent
Si l’ennemi prend Dans un choc final
Notre mot d’ordre est
pour cible Pour un soviet mondial
Union Soviétique ! Soviet mondial !
Notre peuple
7. Chant des survivants
paisible
Ce chant fut dédié pendant la Révolution russe à la
Et s’il pleut des mémoire de l’étudiant révolutionnaire Tchernichev,
mort en prison sous la torture.
obus étrangers,
24
Que Boudienny

nous mène

Par des routes

anciennes

Protéger les Soviets

en danger

6. L’appel du Komintern

Chant composé pour les dix ans de la fondation
de la troisième internationale, l’Internationale
communiste.

Quittez les machines,

Usé et tombé à la tâche, M’en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un
Vaincu, tu terrasses la mort. monde
Lié et tué par des lâches, Qui chante au fond de moi au bruit de l’océan
Victoire, c’est toi le plus fort, plus fort, M’en voudrez-vous beaucoup si la révolte gronde
Victoire, c’est toi le plus fort. Dans ce nom que je dis au vent des quatre vents

Sans gestes, sans gerbes, sans cloches, Ma mémoire chante en sourdine
En homme, ni pleurs ni soupirs, Potemkine
Tes vieux camarades, tes proches,
Te mirent en terre, martyr, martyr, Ils étaient des marins durs à la discipline
Te mirent en terre, martyr. Ils étaient des marins, ils étaient des guerriers
Et le cœur d’un marin au grand vent se burine
La terre, ton lit de parade, Ils étaient des marins sur un grand cuirassé
Un tertre sans fleurs et sans croix,
Ta seule oraison, camarade, Sur les flots je t’imagine
Vengeance, vengeance pour toi, pour toi, Potemkine
Vengeance, vengeance pour toi.
M’en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un
8. Chant des martyrs monde
Où celui qui a faim va être fusillé
Cette marche funèbre révolutionnaire, a été écrite Le crime se prépare et la mer est profonde
à la mémoire des militants tombés en 1905. Elle Que face aux révoltés montent les fusiliers
est chantée le soir de la prise du pouvoir en
octobre 1917, par le Congrès des Soviets. C’est mon frère qu’on assassine
Potemkine
Vous êtes tombés pour tous ceux qui ont faim
Tous ceux qu’on méprise et qu’on opprime Mon frère, mon ami, mon fils, mon camarade
De votre pitié pour tous nos frères humains Tu ne tireras pas sur qui souffre et se plaint
Martyrs et victimes sublimes. Mon frère, mon ami, je te fais notre alcade
Marin ne tire pas sur un autre marin
Refrain
Mais l’heure a sonnée et le peuple vainqueur Ils tournèrent leurs carabines
S’étire, respire, prospère Potemkine
Adieu camarades, adieu nobles cœurs
Adieu les plus nobles des frères M’en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un
monde
Pour prix de vos peines, la peine de mort Où l’on punit ainsi qui veut donner la mort
Ou bien la prison pour la vie M’en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un
Du bruit de vos chaînes sont pleines encore monde
Les plaines de Sibérie Où l’on n’est pas toujours du côté du plus fort

9. Potemkine Ce soir j’aime la marine
Potemkine
Jean Ferrat, 1965
C. L’entre deux guerres
Hommage aux marins du cuirassé Potemkine qui
se sont mutinés le 27 juin 1905, hissant même le 10. Solidarité (Solidarity forever)
drapeau rouge sur le bateau. Cette mutinerie sur
le principal cuirassé de la flotte de guerre russe a Ralph Chaplin, traduction Jean Baumgarten
lancé un mouvement de grève qui s’est achevé par
la répression de centaines d’hommes, alors que Sur l’air de Gloria Alléluia, Solidarity forever est
1905 est l’année de la première Révolution russe.
25devenu l’hymne du syndicalisme étasunien dans

l’entre-deux-guerres. Des versions existent dans de All the world that’s owned by idle drone
nombreuses autres langues. Is ours and ours alone.
We have laid the wide foundations ;
Solidarité Build it skyward stone by stone.
It is ours, not to slave in,
Nous engraissons le capital et ses usines But to master and to own,
Enchaînés du matin au soir à la machine While the union makes us strong.
Pour notre peine, des salaires de famine
Mais l’Union nous rendra forts. They have taken untold milions
That they never toiled to earn,
(Refrain) But without our brain and muscle
Solidarité mes frères, (ter) not a single wheel can turn,
Car l’Union nous rendra forts. We can break their haughty power,
Gain our freedom when we learned
Mais si un jour nous arrêtons tous nos machines That the union makes us strong.
Mais si un jour nous occupons tous nos usines
Puissants patrons vous ferez alors tristes mines In our hands is placed a power
Car l’Union nous rendra forts. Greater than their hoarded gold,
Greater than the might of atoms,
En combattant pour elle, la classe ouvrière Magnified a thousanfold
Apportera un ordre nouveau sur la Terre We can bring to birth a new world
Au coude à coude restons unis prolétaires From the ashes of the old
C’est l’Union qui nous rend forts. For the union makes us strong.

Solidarity forever 11. Le front ouvrier (die Einheitsfront)

When the union’s inspiration, Bertolt Brecht / Hans Eisler / Kurt Weil
Through the worker’s blood shall run,
Anywhere beneath the sun, Cette marche a été écrite pendant l’entre-deux
There can be no power greater guerres, alors que le fascisme devenait de plus
Yet what force on earth is weaker en plus menaçant en Allemagne. C’est justement
Than the feeble strength of one l’absence d’unité des partis ouvriers qui a laissé la
But the union makes us strong. voie libre à Hitler.

(Refrain) Le front ouvrier
Solidarity for ever (ter)
For the union makes us strong. L’homme veut manger du pain, oui,
Il veut pouvoir manger tous les jours.
Is there aught we hold in common Du pain et pas de mots ronflants,
With the greedy parasite Du pain et pas de discours.
Who lash us into serfdom
And who would crush us with his might ? (Refrain)
Is there anything left us Marchons au pas (bis)
But to organize and fight ? Camarades, vers note front,
For the union makes us strong. Range-toi dans le front de tous les ouvriers
Avec tous tes frères étrangers.
It is we who plowed the prairies,
Built the cities where they trade, L’homme veut avoir des bottes, oui, 26
Dug the mine and built the workshops, Il veut avoir bien chaud tous les jours.
Endless miles of railroad laid ; Des bottes et pas de boniments,
Now we stand, outcast and starving, Des bottes et pas de discours.
Mid the wonders we made
But the union makes us strong.

L’homme veut avoir des frères, oui, Just like a tree that’s standing by the water.
Il ne veut pas de coups d’matraque ni d’prison We shall not be moved
Il veut des hommes et pas des parias,
Des frères et pas de patrons. We are black and white together, (bis)
Just like a tree that’s standing by the water
Tu es un ouvrier, oui, We shall not be moved
Viens avec nous, ami, n’aie pas peur
Nous allons vers la grande union D. La Guerre d’Espagne, Résistance et
De tous les vrais travailleurs. antifascisme

Die Arbeiter Einheitsfront 13. A las barricadas 1936

Und weil der Mensch ein Mensch ist, Cette chanson a été écrite sur l’air de la
Drum braucht er was zum Essen, bitte sehr ! Varsovienne pendant la guerre d’Espagne.
Es macht ihn ein Geschwätz nicht satt, C’était l’hymne de la CNT, organisation anarcho-
Das schafft kein Essen her. syndicaliste.

(Refrain) Negras tormentas agitan los aires
Drum links, zwei, drei (bis) Nubes oscuras nos impiden ver.
Wo dein Platz, genosse, ist Aunque nos espere el dolor y la muerte
Reih’dich ein die Arbeiter-Einheitsfront, Contra el enemigo nos llama el deber.
Weil du auch ein Arbeiter bist !
El bien mas preciado
Und weil der Mensch ein Mensch ist, Es la libertad
Drum braurt er auch noch Kleirder und Schuh ! Hay que defenderla
Es macht ihn ein Geschwätz nicht warm con fe y con valor.
Und auchkein Trommeln dazu. Alza la bandera revolucionaria
Que llevara al pueblo a la emancipacion
Und weil der Mensch ein Mensch ist, Alza la bandera revolucionaria
Drum hat er Stiefel im Gesicht nicht gern. Que llevara al pueblo a la emancipacion
Er will unter sich keinen Sklaven sehn
Und über sich keinen Herrn. En pie obrero a la batalla
Hay que derrocar a la reaccion
Und weil der Prolet ein Prolet ist,
Drum wird ihn kein anderer befrein. A las Barricadas! (bis)
Es kann die Befreiung der Arbeiter Por el triunfo
Nur das Werk der Arbeiter sein. De la confederacion.
(x2)
12. We Shall Not Be Moved
14. El paso del Ebro
Composé dans les années 30 aux États-Unis, il
s’agit d’un chant de grève populaire. Ce chant populaire a été composé pendant la
guerre d’Espagne, contre les troupes franquistes.
We shall not, we shall not be moved (bis)
Just like a tree that’s standing by the water El ejercito del Ebro 27
We shall not be moved. Rum balabum balabum bam bam
(x2)
The Union is behind us, (bis) Una noche el rio paso
Just like a tree that’s standing by the water Ay Carmela, ay Carmela
We shall not be moved (x2)

We will stand and fight together (bis),

Y las tropas invasoras Quand Noël sera venu (ter) 28
Rum balabum balabum bam bam Mamita mia
(x2) Ils seront pendus.
Buena paliza les dio
Ay Carmela, ay Carmela Le pont des Français tiendra (ter)
(x2) Mamita mia
Rien ne passera.
El furor de los traidores
Rum balabum balabum bam bam Car nos vaillants miliciens (ter)
(x2) Mamita mia
Lo descarga su aviacion Le garderont bien.
Ay Carmela, ay Carmela
(x2) Quatre généraux félons (ter)
Mamita mia
Pero nada pueden bombas Oui, nous les pendrons.
Rum balabum balabum bam bam
(x2) Los cuatro generales
Donde sobra corazon
Ay Carmela, ay Carmela Los cuatros generales (ter)
(x2) Mamita mia
Que se han azaldo(bis)
Contrataques muy rabiosos
Rum balabum balabum bam bam Para la Noche buena (ter)
(x2) Mamita mia
Deberemos resistir Seran ahorcados (bis)
Ay Carmela, ay Carmela
(x2) Puente de los Franceses (ter)
Mamita mia
Pero igual que combatimos Nadie te pasa (bis)
Rum balabum balabum bam bam
(x2) Porque tus milicianos (ter)
Prometemos resistir Mamita mia
Ay Carmela, ay Carmela Qué bien te guardan (bis)
(x2)
Le case de Velasquez (ter)
El ejercito del Ebro Mamita mia
Rum balabum balabum bam bam Se cae ardiendo (bis)

15. Les quatre généraux (Los cuatro Con la quinta columna (ter)
generales) Mamita mia
Metida dentro (bis)
Paroles françaises Jean Baumgarten
Madrid, qué bien resistes (ter)
Chant populaire de la guerre d’Espagne, il appelle Mamita mia
la population à se battre contre les généraux qui Los bombarderos (bis)
ont trahi le peuple.
De las bombas se rien (ter)
Les Quatre généraux Mamita mia
Los Madrilenos (bis)
Quatre généraux félons (ter).
Mamita mia Marchaos legionarios
Sont en rébellion. (bis) Marchaos hitlerianos

Marchaos invasores Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos
Mamita mia plaines ?
A vuestra tierra ! Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on
enchaîne ?
Porque el proletariado (ter) Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.
Mamita mia Ce soir l’ennemi connaîtra le prix du sang et les
Gano la guerra (bis) larmes.

16. Bella Ciao Montez de la mine, descendez des collines,
camarades !
Ce chant antifasciste a été composé sur l’air d’une Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les
chanson traditionnelle des ouvrières des plaines du grenades.
Pô. Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé, saboteur, attention à ton fardeau :
Una mattina mi son svegliato dynamite...
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
Una mattina mi son svegliato C’est nous qui brisons les barreaux des prisons
e~ho trovato l’invasor. pour nos frères.
La haine à nos trousses et la faim qui nous
Oh partigiano, portami via pousse, la misère.
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao Il est des pays où les gens au creux des lits font
Oh partigiano, portami via des rêves.
che mi sento di morir Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue,
nous on crève...
E se io moio da partigiano
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il
E se io moio da partigiano passe.
Tu mi devi seppellir Ami, si tu tombes un ami sort de l’ombre à ta
place.
E seppellire lassu~in montagna Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao les routes.
E seppellire lassu~in montagna Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous
Sotto l’ombra di~un bel fior. écoute...

E tutti quelli che passerano Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao enchaîne ?
E tutti quelli che passerano Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos
Te diranno: che bel fior. plaines ?

E quest’è~il fiore del partigiano 18. L’affiche rouge
O bella ciao, bella ciao, bella ciao ciao ciao
E questo’il fiore del partigiano Aragon / Léo Ferré
Morto per la libertà
Le 21 février 1944, l’armée allemande couvre les
17. Le chant des partisans murs de Paris de grandes affiches rouges. Elles
font état de l’exécution de 23 « terroristes » dont
M. Druon / J. Kessel / A. Marly, 1943 elle dénonce les origines et les appartenances
politiques (Arméniens et juifs d’Europe de
Cette chanson est considérée comme l’hymne de l’Est, communistes). Cette affiche symbolise la
la Résistance. Malgré ses auteurs intellectuels et Résistance et son internationalisme.
gaullistes, elle reconnaît le rôle central de la classe
ouvrière dans la lutte contre le nazisme. 29

Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vous vous étiez servis simplement de vos armes Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes 19. Le chant des marais
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang Chant composé par des déportés allemands au
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles camp de Börgermoor en 1933. Il circule par le
Y cherchait un effet de peur sur les passants bouche à oreille d’un camp à l’autre et est traduit
par des prisonniers français à une date inconnue.
Nul ne semblait vous
voir Français de Il symbolise l’héroïque
préférence résistance à l’intérieur même
Les gens allaient des camps de concentration et
sans yeux pour vous d’extermination.
le jour durant
Mais à l’heure du Le Chant des marais
couvre-feu des doigts
errants Loin dans l’infini s’étendent
Avaient écrit sous Les grands prés marécageux
vos photos « Morts Pas un seul oiseau ne chante
pour la France » Dans les arbres secs et creux
Et les mornes matins
en étaient différents Refrain
Ô terre de détresse
Tout avait la couleur Où nous devons sans cesse
uniforme du givre Piocher.
A la fin février Dans ce camp morne et
pour vos derniers sauvage
moments Entouré d’un mur de fer
Et c’est alors que Il nous semble vivre en cage
l’un de vous dit Au milieu d’un grand désert.
calmement
Bonheur à tous Bruit des pas et bruit des
Bonheur à ceux qui armes
vont survivre Sentinelles jour et nuit
Je meurs sans haine en moi pour le peuple Et du sang, des cris, des larmes
allemand La mort pour celui qui fuit.

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses Mais un jour dans notre vie
Adieu la vie adieu la lumière et le vent Le printemps refleurira
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent Liberté, Liberté chérie
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses Je dirai : Tu es à moi.
Quand tout sera fini plus tard en Erivan
Ô terre enfin libre
Un grand soleil d’hiver éclaire la colline Où nous pourrons revivre
Que la nature est belle et que le cœur me fend Aimer. (bis)
La justice viendra sur nos pas triomphants Ô terre d’allégresse
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline Où nous pourrons sans cesse
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant Aimer. (bis)

30

Die Moorsoldaten (Refrain)
Si~estirem tots, ella caurà,
Wohin auch das_ Auge blicket, I molt de temps no pot durar:
Moor und Heide nur ringsum, Segur que tomba, tomba, tomba
Vogelsang uns_ icht erquicket, Ben corcada deu ser ja
Eichen stehen Kahl und krumm. Si tu l’estires fort per (a)quí
I jo l’estiro fort par (a)llà
Wir sind die Moorsoldaten Segur que tomba, tomba, tomba
Und ziehen mit dem spaten ins Moor I~ens podrem alliberar

Hier in dieser öden Heide -P’rò~és que, Siset, fa molt temps ja!
Ist das Lager aufgebaut. Les mans se’m van escorxant,
Wo wir ferne jeder Freude I quan la força se m’en va
Hinter Stacheldraht verstaut. Ella~és més ampla~i més gran.
Ben cert : sé que~està podri_da,
Morgens ziehen die Kolonnen p’rò~és que, Siset, costa tant
In das Moor zur Arbeit hin. Que~a cops la força m’obli_da.
Graben bei dem Brand der Sonnen, Torna’m~a dir el teu cant !
Doch zur Heimat steht der Sinn.
L’avi Siset ja no diu res,
Auf und nieder gehn die Posten, Mal vent que se’l va~emportar :
Keiner, keiner kann hindurch. Ell, qui sap cap a quin indret,
Flucht wird nur das Leben kosten ! I jo a sota~el portal.
Vierfach ist umzäunt die Burg. I quan passen els nous vailets
Estiro~el coll per cantar :
Doch für uns gibt es kein Klagen, El darrer cant d’en Siset,
Ewig kann’s nicht Winter sein. El darrer que~em va~ensenyar
Einmal werden froh wir sagen :
Heimat, du bist wieder mein ! III. Fin de siècle

Dann ziehn die Moorsoldaten
Nicht mehr mit dem Spaten ins Moor

20. L’Estaca Après la Seconde guerre mondiale, la classe
dominante est obligée de faire de fortes concessions
Lluis Llach, 1968 aux ouvriers. La bourgeoisie s’est indécemment
enrichie avec la guerre ; en France, neuf patrons sur
Cette chanson catalane a été écrite sept ans avant dix ont collaboré avec l’Allemagne nazie… La classe
la mort de Franco et la chute de la dictature. Il ouvrière est organisée, combative et aspire à de
s’agit d’une métaphore du régime, comparé à un réelles améliorations de ses conditions de vie. Les
vieil arbre à abattre. plus opprimés se révoltent aussi. Dans les colonies,
les peuples dominés luttent pour leur indépendance.
L’avi Siset em parlava Face à la Guerre froide, les antimilitaristes et
De bon matí al portal, les peuples non-alignés affirment leur rejet de
Mentre(s) el sol esperàvem l’impérialisme et du stalinisme.
I~els carros vèiem passar:
-Siset, que no veus l’estaca En Amérique latine, les révolutions font trembler la
On estem tots lligats?
Si no podem desfer-n(o)s-en bourgeoisie et les pays impérialistes. En 1968, en
Mai no podrem caminar
France, neuf millions d’ouvriers arrêtent le travail

et sont près de chasser le pouvoir gaulliste. Dans

leur sillage, les femmes puis les LGBT s’organisent

pour exiger de nouveaux droits et le renversement

de cette société. 31

Mais arrive la crise des années 1970. La bourgeoisie Je viens de recevoir
dont les profits sont moins élevés revient sur les Mes papiers militaires
acquis sociaux un à un. Elle installe des dictatures Pour partir à la guerre
militaires dans les pays trop rebelles. Aux États-Unis Avant mercredi soir
et en Grande-Bretagne, Reagan et Thatcher cassent
les services publics et les droits des travailleurs. Monsieur le Président
Dans toute l’Europe, les gouvernements de gauche Je ne veux pas la faire
comme de droite mettent en place des politiques Je ne suis pas sur terre
d’austérité économique. A l’Est, les régimes staliniens Pour tuer des pauvres gens
s’effondrent et avec eux l’espoir d’une société non
capitaliste. L’économiste libéral Fukuyama annonce C’est pas pour vous fâcher
« La fin de l’histoire. » Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Pourtant, dès 1995 la résistance reprend. En Je m’en vais déserter
Amérique latine, le projet de zone de libre-échange
et la mondialisation capitaliste sont contestés Depuis que je suis né
par les zapatistes du Chiapas au Mexique. Le J’ai vu mourir mon père
mouvement alter-mondialiste rassemble des millions J’ai vu partir mes frères
de personnes contre le libéralisme et la guerre. Il Et pleurer mes enfants
affirme qu’«  Un autre monde est possible  !  » Au
Venezuela, Chavez entraîne les peuples à se dresser Ma mère a tant souffert
contre les États-Unis. En France, la grève victorieuse Elle est dedans sa tombe
de 1995 ouvre un cycle de lutte dont le mouvement Et se moque des bombes
anti-CPE de 2006 est un point fort. Au Moyen- Et se moque des vers
Orient, les peuples ne se laissent pas faire non plus
et mettent en échec les projets des États-Unis, de Quand j’étais prisonnier
l’Union européenne et de l’État israélien. On m’a volé ma femme
On m’a volé mon âme
Si le chômage, la précarité et le racisme augmentent, Et tout mon cher passé
l’heure est à la résistance et pas à la morosité !

A. Après-guerre et anti-colonialisme Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
1. Le déserteur Au nez des années mortes
J’irai sur les chemins
Boris Vian / Harold Berg
Je mendierai ma vie
Cette chanson a subit les foudres de la censure Sur les routes de France
française en 1954. Vian a même été obligé d’en De Bretagne en Provence
changer la fin ; celle que l’on entend le plus Et je dirai aux gens:
souvent dit : « Prévenez vos gendarmes / Que je Refusez d’obéir
n’aurais pas d’arme / Et qu’ils pourront tirer. » Refusez de la faire
Nous avons rétabli la version originale ici, moins N’allez pas à la guerre
pacifiste mais plus efficace ! Refusez de partir

Monsieur le Président S’il faut donner son sang
Je vous fais une lettre Allez donner le vôtre
Que vous lirez peut-être Vous êtes bon apôtre
Si vous avez le temps Monsieur le Président

Si vous me poursuivez 32
Prévenez vos gendarmes
Que je possède une arme
Et que je sais tirer

2. Quand un soldat Alors, de combat en combat,
S’est formée ton intelligence.
Francis Lemarque, 1952. Tu sais qu’il n’y a ici-bas
Que deux engeances :
Cette chanson s’inscrit dans la lignée des chants Les gens biens et les terroristes,
antimilitaristes à l’époque des guerres de décoloni- Parachutiste
sation (Indochine et Algérie notamment).

Fleur au fusil, tambour battant, il va Puis on t’a donné des galons,
Il a vingt ans, un cœur d’amant qui bat Héros de toutes les défaites
Un adjudant pour surveiller ses pas Pour toutes les bonnes actions
Et son barda contre son flanc qui bat. Que tu as faites.
Tu torturais en spécialiste,
Quand un soldat s’en va-t-en guerre, il a Parachutiste.
Dans sa musette son bâton d’ maréchal
Quand un soldat revient de guerre, il a Alors sont venus les honneurs,
Dans sa musette un peu de linge sale. Les décorations, les médailles
Pour chaque balle au fond d’un cœur,
Partir pour mourir un peu, Pour chaque entaille,
A la guerre, à la guerre Pour chaque croix noire sur ta liste,
C’est un drôle de petit jeu Parachutiste
Qui n’va guère aux amoureux.
Mais, malheureusement pour toi,
Pourtant c’est presque toujours Bientôt se finira ta guerre :
Quand revient l’été qu’il faut s’en aller Plus de tueries, plus de combats.
Le ciel regarde partir ceux qui vont mourir, Que vas-tu faire ?
Au pas cadencé. C’est fini le travail d’artiste,
Parachutiste.
Des hommes il en faut toujours,
Car la guerre, car la guerre C’est plus qu’un travail de nana
Se fout des serments d’amour, D’commander à ceux qui savent lire,
Elle n’aime que l’son du tambour. Surtout qu’t’as appris avec moi
C’que veut dire
Quand un soldat s’en va-t-en guerre, il a Le mot antimilitariste,
Des tas d’ chansons et des fleurs sous ses pas Parachutiste.
Quand un soldat revient de guerre, il a
Simplement eu d’la veine et puis voilà. (ter) T’as rien perdu de ton talent,
Tu rates pas une embuscade
3. Parachutiste Mais comme on n’ tire pas vraiment,
Tu trouves ça fade.
Maxime Leforestier, 1971 C’est pt’êt pour ça qu’ t’as les yeux tristes,
Parachutiste.
Les parachutistes se sont tristement illustrés dans
les guerres de décolonisation, notamment par la Mais si t’es vraiment trop gêné
torture en Algérie. D’être payé à ne rien faire,
Tu peux toujours te recycler
Tu avais juste dix-huit ans Chez tes p’tits frères.
Quand on t’a mis un béret rouge, J’ crois qu’on engage dans la Police,
Quand on t’a dit : « Rentre dedans Parachutiste.
Tout ce qui bouge. »
C’est pas exprès qu’t’étais fasciste, 33
Parachutiste.

B. 68 et années de poudre 5. A bas l’État policier

4. La pègre (Nous sommes tous) Dominique Grange

Dominique Grange Cette chanson dénonce l’État et la répression, sur
un air traditionnel notamment utilisé pour les
Après mai 68, plusieurs organisations d’extrême chansons des SS.
gauche, dont la JCR, sont interdites par le gouver-
nement De Gaulle, tandis que Daniel Cohn-Bendit, Puisque la provocation
alors militant d’extrême gauche, est expulsé en Celle qu’on a pas dénoncée
tant qu’Allemand. De Gaulle fustige la « chienlit » Ce fut de nous envoyer
tandis que les bourgeois reprochent à Cohn-Bendit En réponse à nos questions
d’être un « juif allemand. » Vos hommes bien lunettés
Bien casqués, bien boucliés
La pègre on en est, Bien grenadés, bien soldés
La chienlit aussi Nous nous sommes mis à crier
Des éléments par-
fait’ment incontrôlés, (Refrain)
Des indésirables A bas l’Etat policier (ter)
Des autres enragés
Et quelques milliers d’ Parce que vous avez posté
groupuscules isolés. Dans les cafés, dans les gares
Vos hommes aux allures bizarres
(Refrain) Pour ficher, pour arrêter
Nous sommes tous des Les Krivine, les Joshua
dissous en puissance Au nom de je n’sais qu’elle loi
Nous sommes tous des Et beaucoup d’autres encore
Juifs et des Allemands Nous avons crié plus fort
Nous sommes tous des
dissous en puissance Mais ce n’était pas assez
Nous sommes tous des Pour venir à bout de nous
Juifs allemands ! Dans les facs à la rentrée
Vous frappez un nouveau coup
Nous sommes des gau- Face aux barbouzes, aux sportifs
chistes, Face à ce dispositif
Des aventuristes Nous crions assis par terre
Marxistes léninistes guévaristes ou trotskystes, Des Beaux-Arts jusqu’à Nanterre
Nous sommes des anars
Nous en avons marre Vous êtes reconnaissables
De voir vos flicards quadriller nos boulevards. Vous les flics du monde entier
Les mêmes imperméables
C’est dans vos prisons, La même mentalité
C’est dans vos Beaujon Mais nous sommes de Paris
Que nous écrirons nos plus belles chansons, De Prague et de Mexico
Vous n’avez rien vu, Et de Berlin à Tokyo
Vous n’y avez pas cru Des millions à vous crier
Vous l’aurez voulu, ça se passe dans la rue
Nous sommes beaucoup,
Nous sommes partout
Ce n’est qu’un début la lutte continue !

34

6. La Blanche hermine D’être enchaîné plus longtemps
Elle aura bien de la peine
Gilles Servat, 1970 Pour élever les enfants
Elle aura bien de la peine
Contrairement à ce qui est souvent cru, cet hymne Car je m’en vais pour longtemps
officieux de la Bretagne n’est pas un chant royaliste
chouan. Elle date de 1971 et fait référence à une lé- Elle aura bien de la peine
gende bretonne, celle d’une hermine qui, poursuivie Pour élever les enfants
par une meute de chiens s’arrête devant une rivière Elle aura bien de la peine
boueuse et s’écrie : « Plutôt la mort que la souillu- Car je m’en vais pour longtemps
re » (« Kentoc’h mervel eget bezañ saotret »), de- Je viendrai à la nuit noire
vise de la bretagne. Tant que la guerre durera
Comme les femmes en noir
Et comme l’extrême droite souille cette Blanche Her- Triste et seule elle m’attendra
mine, Servat écrit un texte en 1998, « Touche pas à
ma blanche hermine ! » Il y rappelle que l’hermine Je viendrai à la nuit noire
« est blanche seulement ! Ni bleue, ni rouge », qu’el- Tant que la guerre durera
le « a la queue noire » et que « l’été sa robe devient Comme les femmes en noir
marron, la plus métisse des couleurs ! » Il rappelle Triste et seule elle m’attendra
que Le Pen n’est pas « la voix de la Bretagne », que Et sans doute pense-t-elle
«  son château est près d’Paris et Vitrolles » loin de Que je suis en déraison
l’Armorique. « Quant à la Bretagne profonde, elle a De la voir mon coeur se serre
voté pour un maire noir à St Coulitz ! » Là-bas devant la maison

Seule reste une certaine misogynie… Et sans doute pense-t-elle
Que je suis en déraison
J’ai rencontré ce matin De la voir mon coeur se serre
Devant la haie de mon champ Là-bas devant la maison
Une troupe de marins Et si je meurs à la guerre
D’ouvriers, de paysans Pourra-t-elle me pardonner
Où allez vous, camarades D’avoir préféré ma terre
Avec vos fusils chargés A l’amour qu’elle me donnait ?
Nous tendrons des embuscades
Viens rejoindre notre armée Et si je meurs à la guerre
Pourra-t-elle me pardonner
(Refrain) D’avoir préféré ma terre
La voilà, la blanche hermine ! A l’amour qu’elle me donnait ?
Vivent la mouette et l’ajonc ! J’ai rencontré ce matin
La voilà, la blanche hermine ! Devant la haie de mon champ
Vivent Fougères et Clisson ! Une troupe de marins
D’ouvriers, de paysans
Où allez vous, camarades
Avec vos fusils chargés 7. El pueblo unido
Nous tendrons des embuscades
Viens rejoindre notre armée S. Ortega / Quilapayun, 1970
Ma mie dit que c’est folie
D’aller faire la guerre au Francs Cette chanson a été écrite par les chiliens Sergio
Mais je dis que c’est folie Ortega et Quilapayun en 1970, avant le coup d’État
D’être enchaîné plus longtemps de Pinochet. Après le coup d’État certains ont
chanté : « El pueblo armado jamás será matado
Ma mie dit que c’est folie ! » (le peuple armé ne sera jamais mâté).
D’aller faire la guerre au Francs
Mais je dis que c’est folie 35

¡ El pueblo unido jamás será vencido ! A des lendemains qui chantent
Sous le soleil.
De pie cantar, que vamos a triunfar
Avanzan ya banderas de unidad (Refrain)
Y tú vendrás marchando junto a mi C’est elle que l’on matraque,
Y así verás tu canto y tu bandera Que l’on poursuit que l’on traque.
Al florecer la luz de un rojo amanecer C’est elle qui se soulève,
Anuncia ya la vida que vendrá Qui souffre et se met en grève.
De pie marchar, que el pueblo va a triunfar C’est elle qu’on emprisonne,
Será mejor la vida que vendrá Qu’on trahit qu’on abandonne,
A conquistar nuestra felicidad Qui nous donne envie de vivre,
Y en su clamor mil voces de combate Qui donne envie de la suivre
Se alzaran dirán canción de libertad Jusqu’au bout, jusqu’au bout.
Con decisión la patria vencerá
Je voudrais, sans la nommer,
(Refrain) Lui rendre hommage,
Y ahora el pueblo que se alza en la lucha Jolie fleur du mois de mai
Con voz de gigante gritando ¡ adelante ! Ou fruit sauvage,
¡ El pueblo unido jamás será vencido ! (bis) Une plante bien plantée
Sur ses deux jambes
La patria está forjando la unidad ; Et qui traîne en liberté
Se norte a sur, se movilizará, Ou bon lui semble.
Desde el salar ardiente y mineral,
Al bosque austral, unidos en la lucha Je voudrais, sans la nommer,
Y el trabajo, irán, la patria cubrirán. Vous parler d’elle.
Su paso ya anuncia el porvenir. Bien-aimée ou mal aimée,
De pie cantar, que el pueblo va a triunfar. Elle est fidèle
Millones ya imponen la verdad ; Et si vous voulez
De acero son, ardiente batallón, Que je vous la présente,
Sus manos van llevando la justicia On l’appelle
Y la razón. Mujer, con fuego y con valor Révolution permanente
Ya estás aquí junto al trabajador.
9. Le chiffon rouge
8. Sans la nommer
Michel Fugain, 1977
George Moustaki, 1974
Accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge
Dans cette chansons, Georges Moustaki veut Une fleur couleur de sang
rendre hommage à une femme « sans la Si tu veux vraiment que ça change et que ça bouge
nommer ». On apprend à la fin qu’il s’agit de Lève-toi car il est temps
la révolution permanente. Moustaki s’est Allons droit devant vers la lumière
toujours défendu d’avoir écrit une chanson En levant le poing et en serrant les dents
révolutionnaire, elle a néanmoins été, durant Nous réveillerons la terre entière
les années 70, un symbole des mouvements Et demain, nos matins chanteront
d’extrême gauche et anarchistes.
(Refrain)
Je voudrais, sans la nommer,
Vous parler d’elle Compagnon de colère, compagnon de combat
Comme d’une bien-aimée,
D’une infidèle, Toi que l’on faisait taire, toi qui ne comptais pas
Une fille bien vivante
Qui se réveille Tu vas pouvoir enfin le porter

Le chiffon rouge de la liberté

Car le monde sera ce que tu le feras

Plein d’amour de justice et de joie 36

Accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge C. La crise : années 80-90
Une fleur couleur de sang
Si tu veux vraiment que ça change et que ça bouge 11. Nicaragua
Lève-toi car il est temps
Tu crevais de faim dans ta misère Carlos Mejia Godoy
Tu vendais tes bras pour un morceau de pain
Mais ne crains plus rien, le jour se lève En 1979 éclate la révolution sandiniste au Nica-
Il fera bon vivre demain ragua, le Front sandiniste de libération nationale
(FSLN) mettant fin à la dictature de la famille
10. Hymne des femmes Somoza. Elu démocratiquement, le régime applique
série de réformes socialistes ambitieuses, mais se
Cette chanson a été heurte à l’embargo étasunien de Ronald Reagan et
composée en 1971 par à la guerre civile. Les milices paramilitaires anti-
le groupe féministe les communistes, les Contras, sont entraînées, ar-
« Petites marguerites. » mées, équipées, financées et approvisionnées des
Elle est sur l’air du Chant forces paramilitaires rebelles, appelées Contras.
des marais. Elle est rapi- Leurs attentats feront 29 000 morts. La tension
dement devenue l’hymne est telle
du Mouvement de libéra- qu’en 1990,
tion des femmes (MLF). le peuple
préfère céder
Nous qui sommes sans et vote pour
passé, les femmes l’opposition
Nous qui n’avons pas d’histoire de droite…
Depuis la ‘luit des temps, les femmes Celle-ci sera
Nous sommes le continent noir aidée par les
Etats-Unis,
(Refrain) la Banque
Levons-nous, femmes esclaves Mondiale et
Et brisons nos entraves le FMI pour
Debout ! Debout ! Debout ! mettre à sac
les acquis de
Asservies, humiliées, les femmes la révolution
Achetées, vendues, violées sandiniste.
Dans toutes les maisons, les femmes
Hors du monde reléguées Ay Nicaragua, Nicaragüita
La flor más linda de mi querer
Seules dans notre malheur, les femmes Abonada con la bendita
L’une de l’autre ignorées Nicaragüita
Ils nous ont divisées, les femmes Sangre de Diriangén.
Et de nos soeurs séparées
Ay Nicaragua sos más dulcita
Reconnaissons-nous, les femmes Que la mielita de Tamagás
Parlons-nous, regardons-nous Pero ahora que ya sos libre
Ensemble on nous opprime, les femmes Nicaragüita
Ensemble révoltons-nous Yo te quiero mucho más.

Le temps de la colère, les femmes 37
Notre temps est arrivé
Connaissons notre force, les femmes
Découvrons-nous des milliers

12. Antisocial Qui est de pas laisser à ces messieurs qui légifè-
rent,
Trust, 1980 Le soin de me balancer des ancêtres
On a beau être né Rive gauche de la Garonne
Sortie en 1980 sur l’album Répression, la chanson Converser avec l’accent des cigales
est emblématique de la révolte au début des an- Ils sont pas des kilos dans la cité gasconne
nées 80 et de la crise dans laquelle nous sommes A faire qu’elle ne soit pas qu’une escale
encore… Même si depuis, Bernie Bonvoisin le leader On peut mourir au front et faire toutes les guerres
du groupe a affiché son soutien électoral à Fran- Et beau défendre un si joli drapeau
çois Bayrou ! Il en faut toujours plus pourtant y a un hommage
à faire
Tu bosses toute ta vie pour payer ta pierre tom- A ceux tombés à Montécassino
bale,
Tu masques ton visage en lisant ton journal, (Refrain)
Tu marches tel un robot dans les couloirs du mé- Le bruit et l’odeur
tro, Le bruit et l’odeur
Les gens ne te touchent pas, il faut faire le premier Le bruit du marteau-piqueur
pas, (x2)
Tu voudrais dialoguer sans renvoyer la balle,
Impossible d’avancer sans ton gilet pare-balle. La peur est assassine
Tu voudrais donner des yeux à la justice Alors c’est vrai je pénalise
Impossible de violer cette femme pleine de vices. Ceux qui flinguent les mômes
Qu’ont pas la pelouse en bas
(Refrain) Je suis un rêveur
Antisocial, tu perds ton sang froid. Et pourtant ami j’analyse
Repense à toutes ces années de service. Je suis un érudit et je vous dis :
Antisocial, bientôt les années de sévices, Je suis serbo-croate et musulman
Enfin le temps perdu qu’on ne rattrape plus. Voilà le hic
Un prêtre polonais républicain
Ecraser les gens est devenu ton passe-temps. Et laïque
En les éclaboussent, tu deviens gênant. Et si certains regrettent de ne pas être noir de
Dans ton désespoir, il reste un peu d’espoir peau
Celui de voir les gens sans fard et moins bâtards. Je n’ai qu’une réponse : les gars vous avez du pot
Mais cesse de faire le point, serre plutôt les
poings, L’égalité mes frères n’existe que dans les rêves
Bouge de ta retraite, ta conduite est trop parfaite Mais je n’abdique pas pour autant
Relève la gueule, je suis la, t’es pas seul Si la peur est un bras qui nous soulève
Ceux qui t’enviaient, aujourd’hui te jugeraient. Elle nous décime, j’en ai peur pour la nuit des
temps
13. Le bruit et l’odeur Elle aime Noah
Mais faut qu’y gagne les tournois
Zebda, 1993 Elle aime Boli
Mais n’a jamais rien aboli
J’suis tombé par terre Elle aime Noah
C’est pas la faute à Voltaire Mais faut qu’y gagne les tournois
Le nez dans le ruisseau Elle aime Boli
Y avait pas Dolto Mais n’a jamais rien aboli
Si y’a pas plus d’anges dans le ciel et sur la terre
Pourquoi faut-il qu’on crève dans le ghetto Qui a construit cette route? 38
Plutôt que d’être issu d’un peuple qui a trop souf- Qui a bâti cette ville?
fert Et qui l’habite pas?
J’aime mieux élaborer une thèse A ceux qui se plaignent du bruit
A ceux qui condamnent l’odeur

Je me présente Pour que notre jeunesse d’une main vengeresse
Je m’appelle Larbi, Mamadou Juan et faites place Brûle l’état policier en premier et
Guido, Henri, Chino Ali je ne suis pas de glace Envoie la république brûler au même bûcher,
Une voix m’a dit Marathon cherche la lumière Ouais !
D’en bas j’ai puisé un combat la bonne affaire Notre tour est venu, à nous de jeter les dés
J’en ai bavé de la peur que j’ai lu dans les yeux Décider donc mentalement de s’équiper
De ceux qui ont eu trois fois rien et qui le croient Quoi t’es miro, tu vois pas, tu fais semblant, tu ne
précieux m’entends pas
Quand j’ai compris la loi, j’ai compris ma défaite Je crois plutôt que tu ne t’accordes pas vraiment
Intégrez-vous disait-elle, c’était chose faite le choix
Beaucoup sont déjà dans ce cas
Le bruit du marteau-piqueur dans les oreilles Voilà pourquoi cela finira dans le désarroi
Tu finis ta vie, (dans ta tête) bourdonnent les Désarroi déjà roi, le monde rural en est l’exemple
abeilles. Désarroi déjà roi, vous subirez la même pente,
l’agonie lente
14. Qu’est-ce qu’on attend C’est pourquoi j’en attente aux putains de politi-
ques incompétentes
Suprême NTM, 1995 Ce qui a diminué la France
Donc l’heure n’est plus à l’indulgence
Ecrite dix ans avant les révoltes des quartiers Mais aux faits, par le feu, ce qui à mes yeux sem-
populaires de novembre 2005, cette chanson est ble être le mieux
presque prophétique... Pour qu’on nous prenne un peu plus, un peu plus
au sérieux
(Refrain)
Mais qu’est-ce, mais qu’est-ce qu’on attend pour Dorénavant la rue ne pardonne plus
foutre le feu ? Nous n’avons rien à perdre, car nous n’avons
Mais qu’est-ce qu’on attend pour ne plus suivre jamais rien eu ...
les règles du jeu ? A votre place je ne dormirais pas tranquille
La bourgeoisie peut trembler, les cailleras sont
Les années passent, pourtant tout est toujours à dans la ville
sa place Pas pour faire la fête, qu’est-ce qu’on attend pour
Plus de bitume donc encore moins d’espace foutre le feu
Vital et nécessaire à l’équilibre de l’homme Allons à l’Elysée, brûler les vieux
Non personne n’est séquestré, mais s’est tout Et les vieilles, faut bien qu’un jour ils paient
comme Le psychopathe qui sommeil en moi se réveille
C’est comme de nous dire que la France avance Où sont nos repères ?
alors qu’elle pense Qui sont nos modèles ?
Par la répression stopper net la délinquance De toute une jeunesse, vous avez brûlé les ailes
S’il vous plaît, un peu de bon sens Brisé les rêves, tari la sève de l’espérance.
Les coups ne régleront pas l’état d’urgence Oh ! quand j’y pense
A coup sûr... Il est temps qu’on y pense, il est temps que la
Ce qui m’amène à me demander France
Combien de temps tout ceci va encore durer Daigne prendre conscience de toutes ces offenses
Ça fait déjà des années que tout aurait dû péter Fasse de ces hontes des leçons à bon compte
Dommage que l’unité n’ait été de notre côté Mais quand bien même, la coupe est pleine
Mais vous savez que ça va finir mal, tout ça L’histoire l’enseigne, nos chances sont vaines
La guerre des mondes vous l’avez voulue, la voilà Alors arrêtons tout, plutôt que cela traîne
Ou ne draine même, encore plus de haine
Je n’ai fait que vivre bâillonné, en effet Unissons-nous pour incinérer ce système
Comme le veut la société, c’est un fait
Mais il est temps que cela cesse, fasse place à 39
l’allégresse

15. Un jour en France De la grande babylon
Me dicen el clandestino
Noir Désir, 1996 Por no llevar papel

La chanson a tourné en boucle dans les manifs Pa una ciudad del norte
anti-Le Pen de 2002. Elle est le symbole d’une géné- Yo me fui a trabajar
ration engagée contre le fascisme. Mi vida la deja
Entre Ceuta y Gibraltar
Au bistrot comme toujours Soy una raya en el mar
Il y a les beaux discours Fantasma en la ciudad
Au poteau les pourris, les corrompus aussi Mi vida va prohibida
Dents blanches et carnassiers Dici la autoridad
Mais a la première occasion
Chacun deviendrait le larron Solo voy con mi pena
De la foire au pognon oui qui se trame ici Sola va mi condena
Allez danse avec Johnny Correr es mi destino
Por no llevar papel
Se rappellent de la France Perdido en el corazon
Ont des réminiscences De la grande babylon
De l’ordre, des jeux, d’l’essence Me dicen el clandestino
Quand on vivait mieux Yo soy el quiebra ley
Il y avait Paul et Mickey
On pouvait discuter mais c’est Mickey Mano negra clandestina
Qui a gagné Peruano clandestino
D’accord,n’en parlons plus Africano clandestino
Marijuana ilegal
Un autre jour en France
Des prières pour l’audience Solo voy con mi pena
Et quelques fascisants autour de 15 % Sola va mi condena
Charlie défends-moi ! Correr es mi destino
C’est le temps des menaces Para burlar la ley
On a pas le choix pile en face Perdido en el corazon
Et aujourd’hui je jure que rien n’se passe De la grande babylon
Toujours un peu plus Me dicen el clandestino por no llevar papel.

FN Souffrance Mano negra clandestina
Qu’on est bien en France Peruano clandestino
C’est l’heure de changer la monnaie Africano clandestino
On devra encore imprimer le rêve de l’égalité Marijuana ilegal
On n’devra jamais supprimer celui de la fraternité
Restent des pointillés...Yeah, yeah, yeah ! 17. État policier

D. Le renouveau des luttes Assassin

16. Clandestino (Refrain)

Manu Chao, 1998 Les crimes policiers ou bavures policières

Solo voy con mi pena Il faut que ça cesse, il faut que ça cesse !
Sola va mi condena
Para burlar la ley (bis) Suites inconnues pour 80% d’affaires
Perdido en el corazon
Il faut que ça cesse, il faut que ça cesse !

Votre justice impartiale, on ne va pas nous la faire

Il faut que ça cesse, il faut que ça cesse !

Condamnez vos assassins 40

Si vous ne voulez pas la guerre On ne va pas laisser passer en France
Il faut que ça cesse, il faut que ça cesse ! Pays des droits de l’Homme
Si c’est à moi de prendre le micro Des mises à l’amende comme dans le tiers monde
Laissez-moi m’exprimer ainsi: Par des bâtards sous toutes leurs formes
Murderer, sous toutes leurs formes
Shoot, shoot, le rythme suit sa route, Killa, killa sous toutes leurs formes
Tu connais la stoire-hi
Plus de doute le posse Assassins Pour les familles
Fait partie des gens qu’on écoute C’est dramatique
Des crews qu’on redoute Tragique
Mis sur écoute Pour notre république
Les RGs sont sur ma route Antidémocratique
Vu qu’on ouvre notre gueule Quand la justice
Quand l’Etat français assassine Se mêle au trafic
On ne laisse pas passer le crime Hit sur hit
Non on ne laisse pas passer le crime Je décapite l’élite
Si je laisse passer le crime d’hier Procureurs et magistrats
Demain, ça sera des larmes sur les joues de ma Se mêlent dans les coups de l’État
mère Mais dans l’affaire Laffage
Mes mains, se positionnent sur la feuille Personne n’oublie Malika!
Même un jour de deuil Vous voulez qu’on respecte
Le terrain est hostile Votre État policier ?
A mon style Alors que le policier Hiblot
Ecrivain assassin Sois jugé pour ce qu’il est
J’ai écrit « l’État assassine » avec un goût amer Qu’on arrête de nous tirer dessus comme du gibier
L’état policier n’a pas épargné la vie de Bouziane Arrêtez vos coups de pression
Abdel Kader Pendant vos contrôles d’identité
Ni celle de Jawad Zaouiya, paix à leur famille Arrêtez de nous contrôler
Et justice pour ces cas, que la lumière brille Quand on a rien à se reprocher
Même si le rap est bastonné sur des radios natio- Si vous vous emmerdez
nales Quand vous patrouillez
Que la plupart des groupes vendent Changez de métier !
Leur putain d’âme au cheytan
On sait pourquoi on est dans le HipHop depuis 18. El vals del obrero
tant d’années
Pour que ceux qui n’ont pas de voix Ska-P
Puissent être entendus et respectés
Cette chanson passe dans toutes les manifs, tant
Crois-moi ! La liste est longue, trop longue pour son côté festif que parce qu’elle exprime la
Pour qu’on nous plombe fierté ouvrière.
Trop de larmes coulent sur les tombes
D’innocents en grand nombre Orgulloso de estar (bis)
Et le pire c’est que ça se passe comme ça dans Entre el proletariado (bis)
tous pays Es difícil llegar a fin de mes
Trop de crimes impunis, tortures et sodomies Y tener que sudar y sudar
Dans les commissariats de notre république «Pa» ganar nuestro pan.
Ou de leur dictature
Je m’implique Éste es mi sitio, ésta es mi gente 41
Même si dans le paysage je représente la rature Somos obreros, la clase preferente
Toi tu seras toujours l’ordure Por eso, hermano proletario, con orgullo
Qui s’est cru au-dessus des lois ? Yo te canto esta canción,
Ton uniforme n’est pas une armure Somos la revolución.
Crois-moi !

¡Si senor! la revolución, La rage de voir ce putain de monde s’autodétruire
¡ Si senor!, ¡ Si senor!, somos la revolución, Et que ce soit toujours des innocents au centre des
Tu enemigo es el patrón, tirs,
¡ Si senor!, ¡ Si senor!, somos la revolución, La rage car c’est l’homme qui a créé chaque mur,
Viva la revolución. Se barricader de béton, aurait-il peur de la nature
?
«Estyhasta» los cojones de aguantar a sanguijue- La rage car il a oublié qu’il en faisait parti,
las, Désharmonie profonde, mais dans quel monde la
Los que me roban mi dignidad. Colombe est partie ?
Mi vida se consume soportando esta rutina La rage d’être autant balafré par les putains de
Que me ahoga cada día más. normes,
Et puis la rage, ouais la rage d’avoir la rage depuis
Feliz el empresario, más callos en mis manos qu’on est môme.
Mis riñones van a reventar.
No tengo un puto duro, pero sigo cotizando (Refrain)
A tu estado del bienestar. Parce qu’on a la rage, on restera debout quoi qu’il
arrive,
¡Resistencia! La rage d’aller jusqu’au bout et là où veut bien
nous mener la vie,
Éste es mi sitio... Parce qu’on a la rage, on pourra plus s’taire ni
s’asseoir dorénavant on s’tiendra prêt parce qu’on
En esta democracia hay mucho listo que se lucra a la rage, le coeur et la foi !
Exprimiendo a nuestra clase social. Parce qu’on a la rage, on restera debout quoi qu’il
Les importa cuatro huevos si tienes catorce hijos arrive,
Y la abuela no se puede operar. La rage d’aller jusqu’au bout au delà où veut bien
nous mener la vie,
Somos los obreros, la base de este juego Parce qu’on a la rage, rien ne pourra plus nous
En el que siempre pierde el mismo «pringao», arrêter, insoumis, sage, marginal, humaniste ou
Un juego bien pensado, en el que nos tienen calla- révolté !
dos
Y te joden si no quieres jugar. La rage parce qu’on choisit rien et qu’on subit tout
le temps
¡Resistencia! Et vu que leurs chances sont bancales et bien tout
¡Desobediencia! équilibre fout le camp
La rage car l’irréparable s’entasse depuis un bout
19. La rage de temps
La rage car qu’est ce qu’on attend pour s’mettre
Keny Arkana debout et foutre le boucan La rage c’est tout ce
qu’ils nous laissent, t’façon tout ce qui nous reste,
La rage du peuple (X4) La rage, combien des notres finiront par retourner
Ok, on a la rage mais c’est pas celle qui fait baver, leur veste !
Demande à Fabe, la vie claque comme une semelle La rage de vivre et de vivre l’instant présent,
sur les pavés De choisir son futur libre et sans leurs grilles
La rage de voir nos buts entravés, de vivre en d’oppressants !
travers, La rage, car c’est la merde et que ce monde y
la rage gravée depuis bien loin en arrière adhère, Et parce que tout leurs champs OGM
La rage d’avoir grandi trop vite quand des adultes stérilisent la Terre !
volent ton enfance. La rage pour qu’un jour l’engrenage soit brisé
Pars ! Imagine un mur et abolis la rage ! Et la rage car trop lisent « Vérité » sur leur écran
Car impossible est cette paix tant voulue, télévisé.
La rage de voir autant de CRS armés dans nos La rage car ce monde ne nous correspond pas,
rues. Nous nourrissent de faux rêves pour placer leur
rempart La rage car ce monde ne nous correspond

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pas, Où Babylone s’engraisse pendant qu’on crève
en bas !

La rage d’y croire et de faire en sorte que ça
bouge, La rage d’un Chirac, d’un Sharon, d’un Tony
Blair ou d’un Bush !
La rage car ce monde voit rouge mais de grisaille
entouré Parce qu’ils n’entendent jamais les cris
lorsque le sang coule
La rage car c’est le pire que nous frôlons,
La rage car l’Occident n’a toujours pas hôté sa
tenue de colons !
La rage car le mal tape sans cesse trop
Et que ne sont plus mis au goût du jour tant de
grands savoirs ancestraux
La rage, trop de mensonges et de secrets gardés
les luttes de nos Etats, riche de vérité, pouvoir
changer l’humanité La rage car ils ne veulent pas
que ça change, hein ?
Préférant garder leur pouvoir et nous manipuler
comme leurs engins.
La rage car on croit aux anges et qu’on a choisit
de marcher avec eux
La rage parce que mes propos dérangent
Vois aux quatre coins du globe, la rage du peuple
en ébullition
La rage, ouais la rage ou l’essence de la révolution!

Anticapitalistes, alter-mondialistes, ou toi qui
cherche la vérité sur ce monde, la résistance de
demain
(In cha allah...) à la veille d’une révolution.
Mondiale et spirituelle, la rage du peuple, la rabbia
del pueblo, parce qu’on a la rage, celle qui fera
trembler tes normes. (...Parce qu’on a la rage...)
La rage a pris la populasse et la rage est énorme

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