SOMMAIRE
Silence, on tourne... depuis
un siècle p. 2
Ces films mythiques
tournés sur la Côte d’Azur
p. 6
Et aujourd’hui ?
p. 36
La Commission du Film,
qu’est-ce que c’est ?
p. 37
Les tournages récents
p. 40
Photo DR
ÉDITO par Pascale Primi Des films mais aussi
des séries...
p. 50
La Côte d’Azur, terre de tournages
Parler de tournages sur la Côte d’Azur, c’est comme parler de nougat à Montélimar ou de bêtises à ... Et des émissions télé
Cambrai. Depuis que la caméra a fait son apparition et que l’homme s’est mis en tête de raconter des p. 62
histoires avec des images qui bougent, les paysages de la Côte d’Azur, de Menton à la Seyne-sur-Mer en
passant par Monaco, ont, comme la lumière attire le papillon de nuit, aiguisé les envies des cinéastes en Leur maison a servi
tous genres. Qui ont vite compris qu’entre sa nature contrastée et son architecture exceptionnelle, de décor de tournage
notre région offrait un écrin de rêve au 7e art. Un art mais aussi une économie, à laquelle la Côte d’Azur
a très tôt déroulé le tapis rouge. A Cannes, bien sûr, avec le Festival qui attire le monde entier sur la p. 68
Croisette tous les ans en mai. Et qui vient de fêter la naissance de son petit frère, CanneSéries. Mais
aussi et beaucoup plus tôt à Nice, dont les Studios de la Victorine célébreront l’an prochain leur 100e La Victorine, une histoire
anniversaire. Même s’il n’a plus la grande forme de ses années de gloire, le centenaire ne se porte pas si centenaire
mal. Le Var de son côté possède avec Saint-Tropez l’un de ces lieux à jamais liés au cinéma.
Ce magazine hors série vous propose de vous souvenir des films mythiques tournés sur la Côte d’Azur p. 72
et désormais indissociables de nos paysages. Et de découvrir la vitalité actuelle de l’activité de tournage
dans notre région, avec toujours de grands films, mais aussi un véritable boom des séries, téléfilms et À Saint-Tropez, le musée
émissions de télévision, documentaires, sans oublier les webséries, qui prennent une place croissante des gendarmes...
dans les habitudes de consommation de fictions. et du cinéma
p. 78
Hors-série : la Côte d’Azur, 214, boulevard du Mercantour
terre de tournages 06290 Nice Cedex 3.
Impression : Imprimerie Tiber S.p. À Via
Date : mai 2018. Della Volta - 179 - 25124 Brescia - Italie.
Prix de vente : 3,90 €. CPPAP Nice-Matin : 0420 C 86665.
Edité par SAS Groupe Nice-Matin, CPPAP Var-Matin : 0420 C 85864.
214, boulevard du Mercantour ISSN en cours. Dépôt légal à parution.
06290 Nice Cedex 3. Coordination : Corinne Heller
Directeur de la Publication : et Pascale Primi.
Jean-Marc Pastorino. Rédaction et mise en page : Pascale Primi
Directeur des Rédactions : Conception maquette et photo de la Une :
Denis Carreaux. Rina Uzan, Franck Fernandes et Dominique
Impression du cahier intérieur : Leriche.
SAS Groupe Nice-Matin, Crédits photos : DR et Nice-Matin.
« La reproduction même partielle des articles est interdite ».
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1955 LA MAIN AU COLLET
d’Alfred Hitchcock
Photo D.R.
Pourquoi La Main au Collet (To catch a Thief) ment, Frances gare le bolide dans un chemin en épingle à cheveux, au bord de
est-il un film gravé dans toutes les mémoi- la corniche. La vue est superbe. Le Chat retrouve son calme, fouille dans un
res ? Le talent du réalisateur ? La justesse panier. Il en retire de quoi boire du whisky. Et dévore une cuisse de poulet
des acteurs ? La beauté des décors ? Le suspense sous le regard bienveillant de Frances. Suivra un baiser de feu et de glace.
du scénario ? Sans doute. Mais surtout, la force du Derrière eux : Monaco. Cadre du nouveau destin de l’actrice.
destin. Nous sommes en 1955. Grace Kelly vient de triompher à Hollywood (Oscar
de la meilleure actrice en 1954 pour Une fille de la Province). En avril 1956, elle
Nul n’a oublié et n’oubliera jamais cette longue séquence de La Main au Col- épouse Rainier et met un terme à sa carrière d’actrice. C’est toujours et
let. Frances Stevens (Grace Kelly) est au volant de sa puissante décapotable. encore dans les lacets de Cap d’Ail surplombant la Méditerranée que son
Blonde. Cheveux au vent. Le foulard noué autour du cou. Robe rose. Lèvres destin basculera une nouvelle fois. Mais après le bonheur total, l’horreur
sang. Éclatante de beauté. Elle est le soleil. À sa droite, Georges Robert, alias absolue.
le Chat (Cary Grant). Bronzé.Visage fermé mais sourire énigmatique. Le che- Le 13 septembre 1982, la princesse Grace quitte Roc Agel, propriété de la
veu lisse. Poivre. L’ancien cambrioleur mêle élégance et séduction avec inso- famille princière sur les hauteurs de Monaco, au volant de sa Rover 3500S V8
lence. La Sunbeam Alpine Talbot dévale la corniche à toute vitesse. Georges pour conduire sa fille Stéphanie, 17 ans, à un stage à Paris. La voiture quitte la
Robert est anxieux. Il se sent suivi. Frances accélère. Elle fait une embardée route CD 37 dans un lacet à Cap-d’Ail, enfonce le rail de sécurité, dévale une
pour éviter un bus. Puis manque de renverser une passante avant de perdre pente à-pic avant de s’immobiliser. Et d’emporter Grace dans la légende.
le contrôle de son véhicule une seconde fois pour éviter… une poule. Finale-
PHILIPPE COURTOIS
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Alfred Hitchcock en visite sur
le port de Cannes.
(Photo Gilles Traverso)
Hitchcock : -fait, Fenêtre sur Cour, L’homme qui car il maniait un français impecca- le désordre, rendant l’histoire
le chaud en savait trop, Sueurs froides ou ble, quoique teinté d’un fort accent. incompréhensible.
et l’effroi encore La Mort aux Trousses. Tous Sa présence, sa réputation électri-
sur la Côte des classiques ! Jamais il ne fut plus sent : comme Orson Welles, autre Un fiasco suivi d’une injustice : mal-
grand qu’à cette époque. monstre sacré, il est autant star gré La Main au Collet (1955), mal-
C’est une belle histoire que celle Et pourtant, il tourna plus de qua- que les stars qu’il fait tourner. gré Les Oiseaux (1963), Sir Alfred
de la rencontre entre la Côte tre-vingts films dans sa longue car- Hitchcock n’a jamais figuré au pal-
d’Azur et Sir Alfred, petit bon- rière. Hitchcock à l’aéroport de L’injustice cannoise marès du plus grand des festivals
homme joufflu et rondouillard, au Nice, Alfred sur la Croisette, le de cinéma.
regard bleu acier souvent voilé maestro assis à une terrasse de Il fut du premier Festival de Can-
par les volutes d’un gros cigare. restaurant... nes, en 1946, avec le film Les Enchaî- Mais il a fait encore mieux, en
Ce cinéaste, l’un des plus impor- À peine le plus célèbre des réalisa- nés, qui mettait en scène Cary gagnant le cœur du public, en le
tants du XXe siècle, a posé ses teurs de l’époque est-il vu ici que Grant et Ingrid Bergman. Ce fut… faisant frissonner de peur et de
caméras de Monaco à Nice, en la foule espère qu’il repassera par une véritable catastrophe : le pro- plaisir, et en permettant à Rainier
passant par Grasse, Vence, Saint- là. Pour l’approcher et lui parler, jectionniste s’étant emmêlé les de Monaco de rencontrer sa prin-
Jeannet et une dizaine d’autres bobines, le film a été présenté dans cesse.
communes de la Côte pour y
réaliser La Main au Collet, l’un des
chefs-d’œuvre du Septième Art.
« Ce fut la conjonction exception-
nelle entre un film, la Côte d’Azur, la
principauté de Monaco et une
comédienne, Grace Kelly », com-
mente Odile Chapel, ancienne
directrice de la Cinémathèque de
Nice.
De cette alchimie allait naître un
long-métrage inoubliable. Entiè-
rement dû au charme et au talent
des acteurs principaux et au
script tiré au cordeau par ce fin
psychologue d’Hitchcock, diluant
avec roublardise la peur dans un
humour très british.
Nous étions au milieu des années
50. La grande période du maître,
qui le vit réaliser en moins de dix
ans Le Crime était Presque Par-
13
1994 LA CITÉ DE LA PEUR
d’Alain Berbérian
32
Rarement la ville de
Cannes et le Festival
auront eu un rôle
aussi important dans
un long métrage.
La même année,
cependant, Grosse Fati-
gue de Michel Blanc
situait également son
intrigue au cœur du
Festival.
(Photo DR)
Le film de Les Nuls est demeu- Succès populaire Les “clés” de la Cité
ré dans les mémoires pour ses
dialogues L’univers des Nuls, qui ont explosé quelques années Outre sa loufoquerie, la Cité
auparavant à la télé, s’illustre dans toute sa dimen- fourmille de références ciné-
Odile Deray (Chantal Lauby), attachée de presse, sion et sans aucune retenue. C’est ce qui en fait la matographiques qui lui confè-
vient au Festival de Cannes pour présenter le film saveur. Si on aime. Car cet humour n’est pas du goût rent un second degré à ne pas
Red is Dead. Malheureusement, celui-ci est d’une de tous. manquer, sous peine de se las-
telle faiblesse que personne ne souhaite en faire Initialement, Les Nuls ont proposé La Cité de la Peur ser parfois.
l’écho. à Claude Berri, qui avait déjà côtoyé le groupe sur Ainsi, la scène de l’interroga-
Mais lorsque les projectionnistes du long-métrage Canal+, mais le cinéaste a jugé le projet assez toire d’Odile Deray est un clin
en question meurent chacun son tour dans d’étran- « débile » pour refuser de le tourner. Il n’en reste d’œil à l’interrogatoire de Sha-
ges circonstances, Red is Dead bénéficie d’une pas moins que les dialogues loufoques sont d’une ron Stone dans Basic Instinct.
incroyable publicité. immense drôlerie. Les répliques les plus « culte » Quand Serge poursuit le tueur
Serge Karamazov (Alain Chabat) est alors chargé de sont encore dans toutes les mémoires. Cannes et mais, au dernier moment, tire
protéger le nouveau projectionniste du film (Domi- son festival sont, pour le coup, tout en haut de cette en l’air, il s’agit d’une référence
nique Farrugia). Dès lors, c’est une avalanche de affiche qui n’a pas fait peur aux spectateurs. Plus de à Point Break de Kathryn
gags à prendre au premier, deuxième et même troi- 2,2 millions d’entrées ont été enregistrées. Un taux Bigelow sorti trois ans plus tôt.
sième degré dès que possible. de rentabilité de 176 % ! Autres références : Pretty
Woman pour la scène de
P. C. shopping ou encore
Bodyguard (évidemment !)
pour l’arrivée en voiture avant
la montée des marches...
Allez, on vous laisse chercher
les autres !
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Cannes Séries :
Heureux événement sur la Qui insiste : « CanneSéries est le com- de futures séries à succès pourrait Israël et l’Italie
Croisette. Le Festival de plément artistique du MIPTV, ou plutôt, bien se dérouler à Cannes même, où sur le podium
Cannes a un petit frère, le MIPTV est le marché de CanneSéries, la Ville vient de signer une conven-
CanneSéries, qui a vu le jour le 4 comme le Marché du Film est celui du tion avec l’Université Côte d’Azur, En attendant, la première édition a
avril dernier. Ne s’agirait-il pas plutôt Festival. » Vivendi et Canal + pour la création notamment consacré une large part,
d’une petite sœur puisque c’est sur du CanneSéries Institute. Une forma- hors compétition, aux séries françai-
tapis rose qu’il a été porté sur les Une formation spécialisée tion dont la première édition pro- ses les plus populaires, dont Section
fonts baptismaux ? Avec pour par- pose à huit jeunes auteurs interna- de Recherches, série « gendarmes-
rain David Lisnard, le maire de Can- Et si le vainqueur n’est pas une série tionaux de suivre pendant cinq que » installée à Grasse depuis plu-
nes, qui l’a voulu très fort et l’a hissé française ni une série tournée dans semaines un programme intensif sieurs années et qui situe chacun de
à bout de bras, parfois en jouant des notre région (il n’y en avait aucune d’écriture de séries, avec des accom- ses épisodes sur la Côte d’Azur (voir
coudes contre l’adversité, jusqu’à son en compétition officielle), l’événe- pagnements et interventions de pro- pages 52 à 55).
berceau, au Palais. Et pour marraine ment aura tout de même braqué les fessionnels du Groupe Canal + et de Le grand public était au rendez-vous,
une bonne fée nommée Fleur Pelle- objectifs sur Cannes et sa région, Serial Eyes, émanation de l’école de avec 35 000 places gratuites distri-
rin, ex-ministre de la Culture. associé le nom de la Côte d’Azur à cinéma de Berlin. buées, des projections, master clas-
L’enfant se porte bien si l’on en croit l’idée de la série et attiré sur la Croi- Souhaitons que certains des partici- ses et événements dans toute la ville
le joli succès remporté par cette sette tout ce que le monde compte pants seront suffisamment séduits qui ont séduit.
première édition, avec un jury prési- de décideurs en la matière. De là à par le cadre de travail proposé pour Côté palmarès, rappelons que le prix
dé par l’écrivain et scénariste Harlan imaginer que quelques-uns décident souhaiter y situer leur création. Et de la meilleure série a été remporté
Coben. de venir tourner leur prochain opus qu’on retrouvera celle-ci lors d’une par When Heroes Fly (Israël) d’Omri
« La série est devenue un genre majeur sous nos climats, il n’y a qu’un pas. prochaine édition du Festival des Givon, tandis que le prix spécial
tant sur le plan économique qu’artisti- Qui pourrait être franchi d’autant Séries. d’interprétation est allé aux acteurs
que et Cannes se doit d’être à la pointe plus allègrement que les sentiers ont « Le grand défi des années suivantes de Miguel, autre série israélienne et
en terme de médias émergents, souli- déjà été bien souvent balisés (voir sera de faire venir les jeunes talents », le prix d’interprétation à Francesco
gne David Lisnard. pages précédentes). confirme le maire de Cannes. Montanari, qui incarne le juge anti-
Et que l’écriture d’un certain nombre mafia d’Il Cacciatore, série italienne.
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la Croisette a vu la vie en rose
Page de gauche : Harlan Coben, président du jury de
ce premier CanneSéries, sur la scène du palais des
Festivals.
En haut à gauche : le réalisateur italien d’Il Cacciatore,
Stefano Lodovichi, Francesco Montanari, prix d’inter-
prétation et le scénariste Davide Marengo à leur arri-
vée à la cérémonie de clôture.
En bas à gauche l’actrice Audrey Fleurot.
Ci-dessous : Patrick Dempsey, acteur principal de La
Vérite sur l’affaire Harry Québert, le réalisateur Jean-
Jacques Annaud, l’acteur américain Ben Schnetzer,
l’actrice et mannequin norvégienne Kristine Froseth
et l’auteur Joël Dicker. (Photos Patrice Lapoirie)
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