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Published by geigerantoine, 2017-09-07 06:21:08

RETOUR DE ROME

RETOUR DE ROME
ANTOINE GEIGER

INTRODUCTION

C’est la première fois que j’y met J’ai finalement échoué chez
les pieds. La ville des villes n’était jusqu’ici dans mon Simona (fig.2), une dame

esprit qu’un mythe abstrait, quelque-chose dont on parle adorable qui possède un

pour se rappeler les splendeurs passées. J’arrive un beau grand appartement au 4è

matin de Janvier, sous des latitudes plus douces que nos étage d’un bel immeuble

-8°C Parisiens, de grands pins parasols nous accueillent, ma donnant sur l’Avenue d’Ita-

valise et moi. Sans appartement et sans parler Italien, je lie. Ma chambre faisait fa-

découvre ma nouvelle maison pour la demi-année à venir. cilement 35m2, à l’angle

J’avais beaucoup d’attentes au pays des romains, celui de de l’immeuble elle offrait

Fellini, de Pasolini, Sorentino et tous ceux qui les précèdent. deux fenêtres, avec une

Ces attentes furent toutes dépassées. Rome est toujours une vue imprenable sur le mur fig.2 vue de ma chambre

bonne nouvelle, elle dépasse tout ce qu’on peut imaginer. d’Aurélien et la Porta Pia. Je pouvais enfin com-
En tant qu’architecte, ce fût une gifle formidable. En tant mencer mon séjour dans la ville éternelle.
que photographe, un terrain de jeu inépuisable. En tant A l’issue de cette semaine de solitude, vinrent les cours

qu’homme, une leçon d’humilité. d’Italien où se rencontrèrent les regards incertains avant de

Je suis venu en avance, le temps de trouver un ap- former rapidement un groupe solide. Les cours se passent

partement et de prendre des cours d’Italien. La première à l’autre bout de la ville, près de l’école. Nous venions de

semaine fût la plus dense, une des plus étranges de ma vie. toute l’Europe, tous dans la même quête de depaysement.

Difficile de s’arrêter dans une ville qui recèle tant de mys- Après un mois passé ici, Rome était devenu ma

tères. 200km de marche et 16 visites d’appartements plus maison. C’était le moment de découvrir la faculté d’Archi-

tard, il ne restait de moi plus rien d’un Parisien (fig.1). En tecture, le campus, les cours, les professeurs, les étudiants.

fig.1 200km en 1 semaine sept jours, toute autre chose que Rome me paraissait lointaine. Elle se situe à Testaccio, quartier de Rome créé en 1921,

épousant le dernier virage du tibre avant la cloture sud-

ouest du mur d’Aurélien. Les locaux de la faculté d’Archi-

tecture de Roma Tre occupent d’anciens abattoirs au bord

du Tibre, réhabilités avec une grande justesse et partagés

avec l’académie de musique et l’annexe du MACRO. Le site

est précédé par un grand marché couvert qui fait la vie du

quartier, et qui nous servait de cantine le midi. C’est un

quartier extremement apprécié des romains pour ses res-

taurants et ses bars. Nous avions la possibilité de choisir

nos cours. Se faisant, les trois premières se-

maines furent une libre exploration à travers

les salles de classes et les emplois du temps. Je comprends

vite que l’administration n’est pas leur fort, mais aussi que

tout le monde est assez souple et détendu concernant l’or-

ganisation, la présence, les horaires… C’est dans un bain

d’incertitudes qu’ont flotté ces 5 mois à Roma Tre, jamais

bien certain que les cours auront lieu, et où. Somme toute,

tout le monde arrivait à s’organiser et nous avons appris même temps tant de question et tant de crainte de parler

à faire avec. Le premier cours auquel j’assistait était celui d’un sujet que je ne maitrisait pas : le paysage. C’était bien

d’histoire de l’architecture assuré par Saverio Sturm. C’est le sujet du workshop, et nous avons à cette occasion explo-

là que j’ai découvert les secrets de la composition architec- ré les « vides » de Rome, nous avons lu dans son histoire,

turale chez les maîtres Italiens. C’était une chose inédite, dans sa géologie, dans sa topographie, dans sa juridiction,

jamais en France l’on aurait pensé à enseigner ce genre les mécanismes qui ont fait d’elle l’agglomération la plus

de chose. Bernini et Boromoni furent une véritable décou- étendue d’Europe, qui l’ont fait contourner des étendues

verte, et j’ai décidé de suivre ce cours tout le semestre. Cer- de nature et de ruines colossales, et laissé entrer en elle des

tains eurent lieu dans les églises même, c’était exceptionnel paysages inimaginables dans d’autres villes.

de pouvoir vivre ces histoires et ces espaces en cours. Enfin, Rome fût une leçon en soi.

Pour le projet, on m’avait conseillé de prendre Une réelle leçon de vie, de communauté. Après avoir vécu

Vidotto, le meilleur m’a-t-on dit. Avec mon acolyte Alle- en Angleterre et à Amsterdam, et admiré leurs qualités,

mand, nous nous sommes empressés d’intégrer son cours c’était au tour de Rome, de l’Europe du Sud, de la culture

de projet. Il nous laissa au début très perplexe. Des cours méditerranéenne de m’aspirer. Sous des aspects de sale-

monologue présentant exclusivement des exemples d’ar- té, de corruption, de désorganisation, on découvre un sa-

chitecture Scandinave, une orientation trop présente dans voir-vivre réel. Des rues toujours vivantes, des voisinages

l’approche au site de projet, un rapport excessivement hié- soudés, une agriculture locale, un caractère affirmé. Un

rarchique aux étudiants… Nous avons très vite pris nos savoir vivre mais aussi un savoir construire. J’ai vu une

distances. Ca n’est qu’après plusieurs mois que nous avons ville qui n’a eu de cesse que de bâtir sur elle même et sous fig.3 jardins de la Villa Medici

découvert l’homme, lors de différents rdv en tête à tête, et le soleil. Qui a su ventiler ses rues et

visite d’interventions dans Rome. Il s’est avéré être le meil- ses cours, créer des places, fondre ses
leur professeur que j’ai pu avoir jusqu’ici. Un homme églises dans le prolongement du bâti.
marié à l’Architecture, qui la vit comme J’ai vu le grand collage du
une gigantesque pièce de théâtre, extrême- temps et constaté comment la vie

ment pertinent dans ses remarques. Il nous a orienté vers y grouille encore. J’ai été tous les

des projets à visiter dans Rome et jusqu’aux frontières de jeudis soir à la Villa Médicis (fig.3),

l’Ombrie, pour nous aider à comprendre le développement longé le mur d’Aurélien tous les

contemporain de Rome et du logement en Italie. Rien à voir matins, traversé le Tibre, la Piazza

avec ses cours ou ses critiques de projets qui ne parlent que Navona, le Teatro Marcello, le par-

de Copenhague, et sans contact avec l’étudiant. C’était sa vis du Panthéon, la Place d’Espagne

dernière année en tant qu’enseignant et nous fûmes hono- des dizaines de fois en rentrant de

rés de recevoir autant d’attention et de temps de sa part, Trastevere tard dans la nuit. J’ai vu

ainsi que la note finale qu’il nous a attribué : 29/30. une ville à l’agonie plantée dans un

Une autre semaine très intense fût celle du Workshop cadre si invincible pourtant. J’ai com-

avec la Villa Médicis. Dans ma lettre de motivation à Roma pris l’histoire de Paris, de le l’Europe

Tre, ainsi que pour m’inscrire à ce workshop, j’évoquais et de tout l’Occident en comprenant

mon intéret pour les travaux de Stalker, Secchi, Vigano, No- l’histoire de Rome. Comme le stipule

varina. Ce workshop a commencé le premier jour avec une le slogan du jumelage de Janvier
conférence de Francesco Carreri, professeur à Roma Tre et 1956, « Seule Paris est digne de
co-fondateur de Stalker, je n’en revenait pas. Il fût suivi par Rome, seule Rome est digne
une autre donnée par Paola Vigano dans le petit auditorium de Paris ». C’est sans crainte que

de la Villa Médici. Jamais je n’aurais imaginé rencontrer des je retrouve la Ville Lumière, enrichi

figures si importantes de la pensée urbanistique. J’avais en et grandi par ce voyage fondateur.

PROJET

Le projet de studio était con- cours que des exemples d’architecture scan- taines de ses constructions et
duit par Andrea Vidotto, un des dinave, et les critiques étaient un long mono- comprendre leur contexte. Ses
fondateurs du département Ar- logue peu enclin à la discussion. Vidotto s’est remarques et ses références
chitecture à Roma Tre. C’est un fort avéré être - après quelque entrevues - le meil- fûrent les plus pertinentes
caractère qui nous a au début lais- leur professeur que j’ai eu jusqu’ici. Il a pris le que j’ai pu recevoir à ce jour.
sé perplèxes à travers une manière temps d’expliquer à mon collègue allemand et
d’enseigner très hierarchique et à moi-même, l’histoire des logements à Rome
unilatérale. Nous ne voyions en et leur typologie, de nous faire visiter cer-



le programme consiste en un complexe de

160 logements sur une parcelle divisée en 4 lots.

Le site se trouve à la limite du centre de Rome, à la jointure entre une
zone assez dense (grands axes, immeubles à R+9) et une bande plus rurale
poncutée de maisons individuelles et de grands équipements (terrains de
sport, construction d’une nouvelle ligne de métro). La parcelle s’étend sur
300m pour une largeur de 60m, et note une différence de niveau de 12m
d’un bout à l’autre. Le plus haut etant vers la partie rurale.

La parcelle est divisée en 4 lots distribués à des groupes de 2. Le
masterplan fût donc établi à 8, après une longue analyse du quartier et de
la ville. Nous avons opté pour une solution permettant d’unifier la skyline,
de manière à avoir des bâtiments à R+4 vers la zone la plus basse pour
concurencer la densité de la ville, et de monter progressivement vers des
logements à R+2 et R+1, offrant une typologie plus familiale et restreinte.

Notre projet est situé

sur le 3e lot, nous permettant

donc de développer un bâtiment
principale à R+3 et un bâtiment se-
condaire sur le sud de la parcelle en
R+1, chevauchant la terrasse voi-
sine pour atteindre un RDC. Le bâti-
ment principale longe la rue comme
les autres pour fermer un front de
rue compact (ouvrant sur la zone
occupée par un supermarché), afin
de concentré un espace semi-pu-
blic plus intériorisé au centre de la
parcelle. Il est percé de 4 puis de lu-
mière autour desquels s’articulent
8 appartements par étage. Ces puis
ont également une fonction de ven-
tilation, tous reliés au RDC par une
1:1000 distribution centrale.



Au RDC, la facade nord de
l’édifice principale abrite des espaces
de stockage assignés à chaque ap-
partement, ainsi qu’un local poubelle
à l’angle Est. Au sud, des studios étu-
diants. Un espace paysagé par un plan
d’eau cerclé d’arbres le sépare du se-
cond édifice. Il abrite 4 duplexes dont
2 accessibles en RDC comme des
maisons de villes, et 2 accessibles par
une passerelle en R+1 prolongeant la
terrasse voisine. Dans leur continuité
se développent deux appartements de
pleins pieds qui partagent une cour.

Le parking de la residéence
est semi enterré, accessible par l’angle
N-E du bâtiment principale, il se fond
ensuite dans la pente naturelle. Tous
les appartements sont traversants à
l’exception des studios en RDC du plus
grand édifice. L’agencement des deux
volumes garantie une vue au Sud pour
les appartements les plus hauts, et un
espace central à échelle plus humaine
que la ville environnante. Chaque ap-
partement en RDC possède son jardin
privatif à l’abri des regards.

1:300

La distribution centrale traverse le
batiment en longueur. Elle est ouverte et
connecte les 4 puis de lumière ainsi que les
3 escaliers et ascensceurs. Elle sépare égale-
ment les locaux de stockage des studios de
plein-pied. A l’extrémité Est on trouve les lo-
cals vélos et poubelles. A l’ouest un espace
semi-ouvert permet d’acceder à cette distri-
bution. La facade au nord est recouverte de
briques aux R-1 et RDC, pour créer ce front
compacte mais également pour permettre
la ventialation du parking et des espaces de
stockage par l’espacement des briques passé
2m de hauteur.

1:300

Dans les étages, les appartements
s’articulent autour des puis de lumière. Cela
leur permet d’être traverants malgré une pro-
fondeur de 15m, et de diviser clairement les
espaces de vie au sud, et les chambres au
Nord. Les terrasses sont couvertes par ce ri-
deau de briques espacées, garantissant l’in-
timité et la fraicheur, et offrant la possibilité
de faire pousser des plantes qui casseront la
régularité en facade.

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Le second édifice est
pensé comme un agglomérat
de maisons de ville. Les deux
premières sont accessibles en
RDC par une cour d’entrée si-
gnalée par une fente sur deux
niveaux dans la façade. Les
deux suivants sont distribués
grâce à une coursive au R+1
dans la prolongation de la
terrasse voisine, en traversant
une cour similaire. Enfin, en
chevauchement de la parcelle
voisine se font face deux ap-
partements de pleins pieds
partageant une cour commune
et proposés à un usage multi-
générationel. Tous les apparte-
ments disposent de jardin pri-
vatifs, et de terrasses tournées
au sud, ouvrant sur le grand jar-
din commun à tous les lots, ou-
vrant lui même vers une longue
bande rurale d’une quizaine de
km de longueur.

1:300

ESTIMO

Le cours d’Estimo visait à
apporter une dimension réaliste
au projet, à travers des rendus com-
prenant des calculs de budget, de dé-
perdition énergétique, des tableaux
de financements, de surfaces ou de
consommation. Nous avons choisi
avec mon binôme de tirer parti du
BIM et d’apprendre à utiliser les
plugins intégrés à Archicad, afin de
faire ces calculs. En est sorti un cer-
tain nombre d’informations très pré-
cises référencant chaque élément et
lui assignant des valeurs d’énergie et
de prix. Le cours s’apparente à ceux
d’Ambiance que nous avons à Mala-
quais mais s’applique directement
au projet de studio.



HISTOIRE DE L’ARCHITECTURE

Le cours d’histoire de l’architec-
ture proposé par M.Strum fût une excel-
lente introduction à l’histoire de Rome.
En tant qu’étudiant étranger, j’ai pu non
seulement y perfectionner ma compré-
hension de l’italien, mais également ap-
prendre à lire les façades et les plans des
grands maîtres.
A Rome, on apprend la compo-
sition géométrique, chose qui m’était
étrangère et est soudainement devenue
cruciale à mes yeux. Les cours ont par-
fois lieu dans les églises, nous mettions
véritablement en pratique cette compré-
hension de l’histoire et de l’espace. Sans
doute mon souvenir le plus marquant.
Le programme s’est ensuite vite orien-
té vers le 20e siècle, mais toujours dans
une mise en perspective de ce que nous
avions appris des anciens. Ma compré-
hension du 20e Siècle acquise à Mala-
quais s’est donc vue enrichie et décuplée
grace à cette approche très complète des
16e, 17e et 18e Siècles en Italie.

Visite de la Galleria Spada et la perspective forcée de Boromini

WORKSHOP VILLA MEDICI

Organisé par Laure Thiérée, paysa-
giste pensionaire de l’Académie de France à
Rome, ce workshop de 5 jours était une col-
laboration entre Roma Tre et l’école de pay-
sagisme de Marseille. Nous avons d’abord eu
des conférences de Francesco Carreri, Paola
Vigano, Jean Noël Consales de l’école de Mar-
seille et Aurélien Delpirou, maître de confé-
rence à l’école d’urbanisme de Paris.

L’étude portait sur les espaces «vides»
de Rome, ces grandes bandes vertes dépour-
vues de construction pour des raisons di-
verses (réserves, ruines, parcs de villas, in-
divisions de terres, propriétés de la ville...).
L’obectif était d’explorer et d’identifier en
groupe des points stratégiques où créer des
connections dans la ville. La complexité était
de résoudre ces noeuds dans une optique de
construction minimale. Nous avions beau-
coup à apprendre des paysagistes. Nous
avons enfin présenté nos projets à l’audito-
rium de la Villa Medici.

WORKSHOP VILLA MEDICI

Bien que cet échange fût univer-
sitaire, Rome est une leçon d’architec-
ture à elle seule. J’y ai produit nombre
de photographies, écrits et dessins. Cette
production est le témoins de ma décou-
verte de Rome, elle compte probable-
ment plus que les projets d’école dans
le sens ou elle témoigne d’une reflexion
globale à l’échelle de l’individu, et pas
seulement à celle de l’Architecte.

ENSEIGNEMENTS


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